L'appartement que nous occupons, Domi et moi, se situe à la périphérie de la ville, près de Weschester. Ce qui est fort sympathique pour deux raisons : La première est que Domi peut aller à ses cours de flutes à pied ou en transport en commun. La seconde est que nous ne sommes pas directement en ville mais bien dans une friche industrielle qui a été réhabilitée en de nombreux lofts pour peu cher. Or, loger dans une ancienne usine a toujours été mon rêve.

Cela fait maintenant quatre mois que nous sommes aux Etats-Unis. En seulement deux semaines, nous avions trouvées logement, nourriture et travail. Notre loft est au deuxième étage. Quand on y entre, on attend le salon. Sur le mur gauche, des armoires contiennent l'ensemble de nos vêtements et chaussures. Sur la droite, plein de bibelots ornent les étagères qu'occupent également nos collections de DVD, de livres, de mangas et de comics. Toute une baie vitrée donnant sur un balcon éclaire les sofas et la télévision du salon. Sur le mur d'en face, le bar cuisine. Une ouverture dans le mur, sur la droite, donne accès à un couloir. Ce dernier mène à nos deux chambres et à la salle de bain.

Lorsque je rentre cette soirée-là, je n'ai qu'une seule envie : m'allonger dans le divan et ne plus bouger. Hélas, cet espoir ne m'est pas permis. En effet, lorsque je glisse les clefs dans la serrure, de la musique me parvient. Domi fait la fête.

Faisant fi des bribes de conversations que je perçois, j'enlève mes chaussures, étire mes membres ankylosés et daigne seulement ouvrir les yeux lorsque Domi diminue le volume de la musique. Je découvre alors ma colocataire en train de faire des cup-cakes tout en dansant et discutant avec Charles et Erik accoudés au comptoir.

- Coralie où tu étais passée ? Cela fait des heures que nous t'attendons ! On sort ce soir, faut fêter ton nouveau job !

- Après mon entrainement alors.

- Non, DE SUITE !

J'aime beaucoup Domi. Mais, en cet instant précis, je veux la lancer de la terrasse. Je me calme, et lui adresse la parole d'un ton neutre, signe évident que je suis à bout :

- Je vais à l'entrainement Domi. Je vous rejoindrez plus tard. Navrée messieurs.

Tandis que le silence des personnes présentes se prolonge, je me dirige vers ma chambre et en ferme la porte, coupant le fond musical. M'appuyant contre la porte, je ferme les yeux un instant pour éprouver la pleine satisfaction d'être enfin seule. Je suis exténuée et des céphalées vrillent mon crâne. Je fais alors le tour de la pièce : quelques étagères disposent des lectures dont je ne peux me passer, du matériel d'art plastique est éparpillé dans un coin de la pièce et devant moi se dresse mon futon deux places. Je ne fais pas vraiment dans le style minimaliste mais la consonance japonaise m'a toujours plu. De ce fait, les murs sont de couleur papier et la lumière qui passe par la fenêtre trace des arabesques sur le sol recouvert de tatamis. Idéal quand je souhaite réviser mes poomsaes. Tout en me demandant si je mets de la musique relaxante issue de ma chaine stéréo placé à gauche de mon lit lorsque j'y suis et regarde le plafond, je pense que ma première « dispute » avec mon amie c'est déroulé devant d'autres personnes. Magnifique…

Avisant qu'il me reste quinze minutes pour rassembler mes affaires et accéder à mon dojang, je me saisie d'un débardeur et ouvre la porte de ma chambre. Devant moi : un cup-cake avec un glaçage rose et des étoiles bleus. Il est tenu par Erik :

- Je suis venu voir comment tu allais et Domi m'a demandé de te donner cette gourmandise pour se faire pardonner. Ca fonctionne réellement ?

Lui adressant un sourire, je lui dis qu'en effet, ça fonctionnait. D'ailleurs, je ne me gène pas pour croquer avec délectation dans cette pâtisserie tout en me dépêchant de retrouver au salon récupérer mon dobok.

- Merci Domi !

- De rien ma belle. On va au ciné. Téléphone-moi quand tu as fini ton entrainement d'accord ?

- Pas de problème. Salut vous deux !

Et sans attendre la réponse, je cours rejoindre mes partenaires de combat tout en mangeant mon gâteau au chocolat.

Je suis de retour à l'appartement. Il est vide et plongé dans la pénombre. Sans allumer les lumières, je me dirige vers le comptoir où une soupe m'attend. Je n'ai jamais faim après les entrainements et encore moins aujourd'hui : j'ai la cheville gonflée, des bleus aux bras et aux jambes, je me suis faite lyncher, je pue la transpiration et, sans que je m'en rende compte, je me mets à pleurer.

Ce n'est que lorsque j'ai du mal à reprendre ma respiration que je prends conscience du fait que je sanglote. Mes nerfs ont enfin lâchés : joie.

Reniflant bruyamment, je m'essuie le visage avec mes mains pleines de terre (parce que oui, pour réaliser un tableau complet dans la journée de m****, je suis tombée violemment dans les escaliers extérieurs), je me décide à aller prendre une douche. C'est une fois sous l'eau que je me rends compte de l'état exacte de ma cheville : lorsque je la manipule, toute jolie dans cette magnifique couleur schtroumf, je réalise qu'elle est foulée. J'étouffe un cri de rage, termine ma douche, me mets en chemise de nuit et, une fois installée dans le salon, je téléphone à Domitille.

- Salut ma Belle ! Tu vas bien ?

- Nan. Ma cheville est foulée, j'ai des bleus partout, j'ai mal à la tête, je suis nauséeuse, je suis fatiguée et j'ai pleuré. Je ne viens pas vous rejoindre. Excuse-moi auprès des autres. Je les vois demain. Kisu !

Avant que Domi ne puisse me répondre quoique ce soit, je raccroche, jette mon portable sur l'autre divan, me mets un pain de glace sur la cheville après avoir pris des anti-inflammatoires et commence à lire des comics. Mais seulement après dix minutes, je glisse dans le sommeil.

Je suis dans les bras de quelqu'un. Confortables par ailleurs. C'est lorsque l'on me glisse dans mon lit que j'entrouvre les yeux : c'est Erik. Sans même chercher à comprendre les raisons de sa présence dans ma chambre, je referme les yeux, bien décidée à entendre des conversations explicatives. Ce qui ne tarde pas : une seconde personne entre la pièce tandis qu'Erik rabat ma couverture sur mes épaules.

- Comment va sa cheville ? demande Charles.

- Elle est bien foulée. Et elle a des hématomes impressionnants. Tu as couché Domitille ?

- Oui. C'est la dernière fois que je fais un concours de shooter avec elle.

- Je n'aurais jamais cru que tu serais capable d'utiliser ton pouvoir pour gagner un concours de beuverie…

- Je ne veux pas perdre contre elle.

Seul le silence répond à cette déclaration. Au bout de quelques secondes, Charles reprend la parole :

- Je crois que nous nous sommes précipités dans un piège dangereux mon ami…

- En effet. Qu'allons-nous faire d'elles ?

Je n'ai pas entendu le reste de la discussion. Je me suis rendormie. Ou ais-je seulement rêvé ces interventions ? Tout ce que je sais, c'est que le lendemain matin, je suis dans mon lit et ma cheville est bandée. Domitille, quand à elle, a une magnifique gueule de bois…

Lorsque Domi et moi arrivons à l'institut « Charles Xavier », je ne peux que me concentrer sur le château. En effet, l'architecture ainsi que la décoration me demande tellement d'attention que je ne fais pas attention dans les directions prise par ma marche. C'est pourquoi, lorsque mon amie stoppe sa course, je lui rentre dedans. C'est son contact qui me ramène à la réalité :

Nous sommes dans un bureau et je reconnais Charles et Erik près de la fenêtre. Je leur adresse un signe de la main avec un énorme sourire. C'est alors que je regarde qui se situe à côté de ma colocataire sur le divan : la plus grosse peluche bleue que j'ai vu de ma vie. Ma pensée déclenche deux rires : L'un de Charles et le second de l'homme placé derrière le bureau.

Chauve, les yeux bleus, dans un fauteuil roulant, il est sécurisé par une sorte de garde du corps mignon, à l'air patibulaire qui fume un cigare tout en me dévisageant. Face au haussement de sourcil qu'entraine mon inspection, je ne peux que glisser ma langue entre mes lèvres et mettre ma main derrière la tête en prenant un air contrit (imitant à la perfection les personnages de manga, mais en plus mignons).

- Désolée, j'étais dans les nuages. Coralie, enchantée.

- Comment se porte Erik, dites-moi ?

- A merveille. Il fait toujours d'aussi bons chocolats chauds et vous souhaite le bonjour. Il m'a chargé de vous dire que vous ne l'avez toujours pas battu aux échecs.

- J'irai bientôt le voir dans ce cas. Je me présente : Charles Xavier.

- Je m'en suis doutée dis-je en souriant.

Malgré cet échange tout aimable, je sens une forte tension dans la pièce. Lorsque je parcours des yeux les visages des personnes, je remarque que la suspicion ainsi que la réserve peint leurs traits. Poussant un soupir résigné, je m'adresse alors à l'assemblée :

- Vous pouvez me dire ce que j'ai fait de mal ?

- Tu connais Magnéto.

C'est la peluche qui parle. Je ne suis pas assez simplette pour ne pas reconnaitre le premier ministre de ce pays : Hank MacCoy. Je sais que connaitre Magnéto devrait m'apporter des soucis. Mais puisqu'il a perdu ses pouvoirs et que le doyen de l'institut sait où il habite, je me demande la raison de cette interrogatoire…

- Oui, je connais Papy Magnéto. Je fais la différence avec Bébé Magnéto présent dans cette pièce. Au fait Erik, c'est toi qui m'a fait ce bandage ? Mais je ne vois pas en quoi c'est mal. De toute façon, c'est lui qui m'a recommandé pour le poste de psychomotricienne auprès du Professeur. Désolée Domitille mais je ne t'ai pas tout dit hier, je n'ai pas eu le temps. Tu n'avais pas encore fait le lien quand je parlais du vieil Erik ? Bon, sans ça, est-ce que l'on peut me présenter le reste des personnes parce que je suis perdue...

Une femme d'une beauté insolente est rentrée dans le bureau durant mon intervention. Grande, mince, élancée, la couleur bronzée de sa peau jure affectueusement avec ses cheveux d'un blanc d'une pureté extraordinaire et… Oula… il est temps que j'arrête mes délires personnels et la poésie descriptive.

- J'aime bien tes descriptions Coralie.

- Charles, hors de ma tête s'il te plait.

- Désolé. Je te présente Ororo, Logan et Hank.

- Qu'est-ce qu'on va faire d'elle ?

- Logan, j'ai un prénom, utilise-le. Et je ne suis pas une chose qu'on garde mais qu'on adopte.

- Mais c'est qu'elle griffe la petite chose.

Génial, j'ai déjà un surnom. Mais la grosse brute qui se tient devant va vite devenir une amie, de gré ou de force. Juste pour le défi qu'elle représente. Puisque je me suis fixé un objectif ici, je suis beaucoup plus à l'aise. Mais avant que je ne puisse répliquer quoique ce soit, Domi me prend la main et me conduit à l'extérieur :

- Logan est chou, nan ? Je serai bien tenté par me laisser griffer.

- Tu fais déjà des infidélités à Charles ? Attend, je vais le prévenir…

- Sadique. Bon, je t'emmène à ton bureau et te fais visiter. Tu vas adorer ce château !

De cette conviction, je n'en doute pas. J'ai l'impression d'être enfin chez moi.

Je parcours un nombre incroyable de couloirs, de pièces et de chambres. Je crois d'autres mutants, assez pour que mon pouvoir soi en surchauffe et que j'ai besoin de m'isoler afin d'en reprendre le contrôle. Alors, Domi m'emmène dans les sous-sols. Je découvre la « salle des dangers », le « black bird » et même Cérébro. Mais il est l'heure pour mon amie de donner un cours et elle me laisse aller à l'infirmerie toute seule.

- Je te retrouve dans la serre d'ici une heure et demie, d'accord ?

- Pas de problème ma princesse. Bon cours !

- A toute à l'heure !

Je n'ai jamais vu d'infirmerie aussi étrange. Ca ressemble plus à un hôpital qu'autre chose. Scanner, IRM, salle d'opération… et je ne vous parle même pas de la pharmacie ! C'est d'ailleurs dans celle-ci que je trouve du paracétamol et des anti-inflammatoires. Mais tandis que je me cherche un verre, je sursaute soudain : une armoire s'ouvre et libère mon objet de recherche qui se dirige seul vers le lavabo pour se remplir.

- Tu devrais faire plus attention à ce que tu fais.

Je sursaute et perd ma concentration. Une table d'opération se précipite alors vers mon interlocuteur tandis que les piqures souhaitent jouer aux fléchettes. Avant que je n'ai pu reprendre le contrôle de la situation, tout ce stoppe. Soulagée, les jambes en coton, je ne peux que m'assoir sur le sol.

- Tu es dangereuse en fait.

- Je suis désolée Erik. Tu vas bien ?

Aucune réponse. Il se dirige vers moi, se met à ma hauteur et me prend dans ses bars avant de me déposer sur la table d'auscultation. Toujours sans un mot, il me retire ma chaussure puis mon bandage. Moi, je suis rouge pivoine, ne sais plus respirer et ne pense plus depuis quelques secondes. Et, tandis qu'Erik manipule ma cheville, je suis sure qu'il sent très bien l'effet qu'il me fait. On entend mon cœur résonner dans la pièce.

Pour ce qui est de la discrétion, je repasserai…

Quand il fini de me soigner, je doute de recroiser son regard pour le reste de mes jours. Je suis beaucoup trop honteuse. Mais il s'amuse de mon trouble, ne faisant que me titiller par un sourire ou en recommençant le même bandage. Je craque :

- Bon, tu as bientôt fini ?

- Ose me dire que cela ne te plait pas ?

Je crois que je viens d'atteindre des tons insoupçonnés de rouge sur mon visage. Je baisse les yeux vers le sol, bien décidée à me servir de mes pouvoirs pour m'enterrer vivante quand Erik termine le bandage, me remet ma chaussette et ma chaussure et, en sortant, me lance :

- Tu devrais faire plus attention à toi.

Je crois que je vais mourir à cette allure...

- Coralie, qu'est-ce que tu as ?

- Erik a décidé de me faire mourir.

- Raconte ce qu'il s'est passé !

Entre les deux couinements et les quelques rires hystériques de Domitille que j'ai rejoint, je peux résumer l'intervention de Bébé Magnéto sur ma cheville (me confirmant ainsi que c'est bien lui qui m'a soigné hier soir) et l'heure suivant qu'il m'a fallut pour retrouver mes esprits…

- Coralie est amoureuse ! Coralie est amoureuse !

- Domitille la ferme ! Tu n'es pas mieux avec Charles. Et puis je ne suis pas amoureuse !

- Tu ressens seulement une furieuse envie de te glisser dans ses bras et de l'embrasser et de lui faire des câlins et de…

- Tu fais chier.

- Le professeur m'a demandé de te remettre ça.

Ce sont des bons de commande pour le matériel de psychomotricité. J'ai un budget énorme ! Coralie, ne dépense pas tout s'il te plait ! Sans consulter Domitille, je me dirige vers la salle informatique et commence à parcourir les sites de commandes. Cerceaux, ballons, huiles essentielles, tapis de sol… L'après-midi passe sans que je m'en aperçoive. Mettant levée tardivement, je saute le repas du midi et ce n'est qu'en fin de journée que mon estomac me ramène à la réalité.

Je regarde l'heure, constate l'état d'avancement de mes bons de commande, m'étire, sauvegarde mes références dans un nouveau dossier, m'étire de nouveau et rejoins la cuisine, attiré par l'odeur de gâteau au chocolat.

Domitille y est, en compagnie de Charles vêtu d'un tablier de d'Erik qui le soutien moralement. Etre sous les ordres de mon amie n'est pas de tout repos. Je m'installe avec eux et, tandis que Bébé Professeur X me tend une part de gâteau et un bol de chocolat, je me dis que la vie est belle.

Le lendemain, je commence mes recherches de patients.