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NOTE : L'histoire est actuellement en réécriture. Des mises à jour des différents chapitres sont probables.
L'enfance d'un mythe
Chapitre second : La Bête
21 mai 3015 III, région des Béörnider. A la lisière Ouest de Mirkwood.
Nous sommes dans un petit village de bûcherons… Tout est tranquille et semble aller pour le mieux. Tout ?
A la porte d'une maison, une mère dit à voix basse à ses enfants :
- Allez lui donner cela ! Et n'en mangez surtout pas ! Vous savez ce qu'il y a dedans ! Dépêchez vous, et ne vous faites pas voir !
- Oui maman.
Les enfants obéirent à leur mère avec un sourire heureux et se dirigèrent un peu à l'écart du village, vers une vieille maison abandonnée depuis fort longtemps, à en juger par son état…
- Il est là au moins ? demanda l'un des enfants.
BANG ! Un bruit de chute se fit entendre.
- Il est là ! Attrapez-le ! dit le plus vieux des enfants, le chef du groupe.
A cet ordre, tous les enfants se précipitèrent dans la maison. Ils fouillèrent toutes les pièces de la bâtisse au toit instable et trouvèrent finalement ce qu'ils cherchaient dans la plus petite des pièces, la seule à avoir encore un morceau de toit en bon état.
- Beurk ! Ça pue !
En effet, cette pièce contenait beaucoup de plantes comestibles, comme pour une réserve pour l'hiver. Mais la plupart étaient posées à même le sol, et étaient en train de se décomposer. Les enfants avancèrent de bien mauvaise grâce en faisant attention à ne pas poser les pieds dans un tas de choses douteuses et se dirigèrent vers le fond de la pièce, en direction d'un fragile empilement de planches de bois pourri. Là, tentant de se cacher, se trouvait une masse humaine noire de saleté. « Elle » était en train de trembler de peur, recroquevillée dans un coin.
Ils se jetèrent tous dessus, l'extirpèrent de sa cachette et « la » jetèrent violement au centre de la pièce. Puis ils « la » rouèrent de coups.
Après un moment de ce calvaire, « la masse » se mit à pousser des cris de douleur et commença à pleurer.
« Elle » s'enfuya brusquement et très rapidement dans les bois voisins à quatre pattes, en renversant les enfants. Ceux-ci tombèrent pour la plupart au sol et s'écorchèrent un peu la main. Ils jetèrent finalement leur paquet au sol et l'écrasèrent à coups de pieds avant d'entreprendre de détruire tout ce que contenait la pièce.
Puis, satisfaits de leur basse œuvre, ils retournèrent vers la maison de leur mère en simulant des pleurs.
- Ouin, maman ! Regarde ce qu'il nous a fait ! Dirent-ils en montrant leurs écorchures.
La mère de famille, furieuse, appela son mari, et avec d'autres bûcherons, il gagna le bois où « la bête » avait trouvé refuge. Ils la coincèrent rapidement et la rouèrent de coups violents. Après plus de dix minutes, ils la laissèrent là, souffrante et saignante. « Elle » finit par s'évanouir et resta inconsciente jusqu'au lendemain. « Elle » pleura longuement après son réveil et ne bougea de son lieu de torture que quand son ventre commença à protester.
« Elle » se traîna difficilement en vue du village. « Elle » y entra furtivement et chercha un peu de nourriture, ses réserves ayant été impitoyablement détruites. « Elle » inspecta les poubelles des villageois et disputa quelques restes aux chiens. Ceux-ci aboyèrent et firent fuir « La bête », car les bûcherons sortirent furieusement de leurs maisons pour la chasser à coup de pieds.
Une heure après, ceux-ci ne virent pas « la bête » revenir et manger leurs restes, comme si il s'agissait là d'un véritable festin.
Mais soudain, des cris retentirent. « Elle » leva la tête et vit quelques villageois se faire tuer par… des orques. « Elle » prit peur et se cacha contre un mur, espérant passer inaperçue. Mais un orque la vit et s'approcha en levant son épée pour préparer son repas. L'orque n'eut pas le temps d'abaisser sa lame qu'une autre la transperça de toute part. Le corps puant tomba sur « la bête », qui eut alors la plus belle vision qui soit. « Elle » entendit soudain comme un coup de tonnerre et son cœur se mit à battre à cent à l'heure. « Elle » venait de tomber amoureux.
Eönardë le honnit venait de tomber amoureux d'Eliriel la toute belle.
Avec son père Aragorn, la jeune fille de quinze ans massacra la dizaine d'orques qui avait attaqué le village. En récompense, un bûcheron les accueillit chez lui, leur offrant repas et hospitalité. Ils restèrent jusqu'au lendemain, et Eönardë, dit « la bête » fit fi de sa faim. Il admira Eliriel durant son repas et son sommeil, la trouvant plus belle à chaque instant.
Au matin, Aragorn se réveilla d'une excellente nuit. Il avait dormit comme un loir. Il eu un peu de mal à se réveiller aussi quand il sortit prendre l'air, il prit peur en voyant ce qu'il prit pour un orque en train de regarder par la fenêtre de leu chambre.
Il alla furtivement prendre son arc et ressortit. Il se positionna sans se faire voir d'Eönardë et tira à bout portant. La flèche alla se ficher dans l'épaule droite de « l'orque ». Celui-ci cria de surprise et de douleur et se roula au sol.
Aragorn s'approcha et leva son épée. « La bête » se recroquevilla encore plus au sol et tremble de tous ses membres. Quand Aragorn voulut abaisser son épée, il fut soudainement stoppé par une plainte qui lui parvint aux oreilles.
- Pitié… pitié… disait la voix.
Aragorn chercha d'où pouvait bien venir la voix et comprit l'horreur de son acte quand il s'aperçut que l'orque qu'il croyait achever était en fait un enfant, pas du tout un orque. Il rengaina son épée.
A ce moment, Eliriel sortit elle aussi de la maison. Elle vit son père accroupi près d'une forme étrange. Etonnée, elle s'approcha et entendit de son ouïe elfique les plaintes de la pauvre « bête ».
Aragorn se rapprocha de sa malheureuse victime et l'effleura de sa main. La réaction ne se fit pas attendre, « elle » bougea brusquement et s'éloigna de quelques pas en se traînant au sol.
Aragorn voulut de nouveau s'approcher, mais cela eut pour seul effet de terroriser encore plus l'enfant blessé qui se mit à pleurer de plus belle et à s'uriner dessus. Le rôdeur avait tellement honte et pitié qu'il eut lui aussi envie de pleurer. Mais il se ressaisit et recula de quelques pas en parlant d'une voix douce.
- Je m'excuse… je t'ai pris pour un orque… je ne te veux pas de mal… laisse moi te soigner…
Mais l'enfant ne prêta aucune attention à ces paroles et continua à pleurer.
Eliriel décida de s'approcher, mais soudain, un bûcheron intrigué par les bruits étranges qui se faisaient entendre sortit de sa maison et vit « la bête ». Excédé sans savoir pourquoi, il détacha l'un de ses chiens et le lança à l'attaque de « la bête ».
« La bête » prit peur et se mit à courir en direction des bois le plus vite possible. Mais elle était trop lente pour le chien qui la rattrapa à peine après qu'elle y soit entrée. Aragorn et Eliriel entendirent horrifiés des bruits de lutte, des aboiements et des hurlements de douleur.
Le chien revint quelques minutes plus tard avec du sang coulant de sa gueule et un morceau des loques du pauvre enfant coincé entre les crocs. Son maître le félicita, mais cela fit exploser de colère Aragorn et Eliriel. Ils engueulèrent le bûcheron et partirent avec leurs bagages à la recherche du pauvre enfant. En espérant qu'il fut encore vivant.
Ils cherchèrent dans les bois environnants pendant plus d'une heure avant qu'Aragorn ne trouve enfin une piste. Ils la suivirent quelques minutes avant d'apercevoir une vieille ruine. Ils y entrèrent et entendirent les pleurs de l'enfant.
Ce fut Eliriel qui repéra un petit tas miséreux et tremblotant sous un tas de planches de bois pourri. Du sang s'écoulait abondamment de nombreuses morsures de chien et autres blessures. Fous de rages envers les bûcherons, Aragorn et sa fille laissèrent leurs armes au sol en entrant et s'approchèrent de la pauvre « bête ».
Le rôdeur se mit aux côtés du pauvre enfant qui se mit à trembler de plus belle. Le plus doucement possible afin de ne pas lui faire mal, il ôta la flèche qui était toujours fichée dans l'épaule droite de l'enfant. Il put voir, écoeuré, que trois cicatrices s'étaient formées aux environs du lieu de l'impact, et que celui-ci était particulièrement profond. Les cicatrices allaient respectivement sur le bras, le dos et la poitrine sur une longueur d'une dizaine de centimètres. Le tout saignait abondamment.
Aragorn usa de tout son savoir en médecine pour aider le malheureux enfant, tandis qu'Eliriel lui parlait pour qu'il ne sombre pas dans l'inconscience. Ce qu'elle ne savait pas, c'est que l'enfant ne risquait pas d'y entrer et était aux anges. Il adorait entendre la douce voix de la jeune fille.
Finalement, les soins du rôdeur firent leur effet, et le saignement s'interrompit. Aragorn vérifia s'il n'y avait pas des blessures qu'il n'avait pas remarquées, et il découvrit en de nombreux endroits des hématomes particulièrement repoussants. L'enfant devait avoir été souvent battu.
Aragorn fut interrompu dans ses envies de bifteck de bûcheron par deux bras autour de sa taille. L'enfant s'était serré autour de lui et pleurait à chaudes larmes. Sans vraiment savoir quoi faire, Aragorn serra à son tour dans ses bras l'enfant qui pleura de plus belle. Eliriel rejoignit son père et étreignit elle aussi l'enfant. Ils entreprirent de le consoler, et il se calma après un moment. Elle tenta alors une question qu'elle savait être difficile :
- Pourquoi les villageois te traitent-ils comme cela ?
« La bête » se redressa doucement et s'assit au sol après s'être un peu éloignée.
- Moi… moi méchant… répondit-il d'une voix rauque.
Aragorn et Eliriel se regardèrent. Qu'avait donc fait cet enfant pour être ainsi traité ? Ils écoutèrent les paroles dudit enfant pour tenter de comprendre.
- Moi méchant… nana à moi partie quand je nais… toujours. Ada moi pas savoir que moi être. Lui être loin. Grand-ada et grand-nana à moi morts après avoir élevé moi. Bûch'ron méchant prit moi. Lui mort après vouloir couper grand arbre qui bouge. Ma faute, dit femme lui. Bûch'rons gentils prit moi après. Premier vrai Ada à moi mort après accident. Ma faute, dire Bûch'rons. Gentille Nana moi morte pleurs après. Elle gentille. Ma faute, dire Bûch'rons. Moi méchant… moi méchant. MOI MECHANT !
« La bête » roula au sol en pleurant encore plus qu'auparavant.
La pitié d'Eliriel et d'Aragorn atteint un niveau jamais égalé quand ils comprirent qu'il n'avait jamais rien fait de mal. Il avait juste eue une vie malchanceuse, et des imbéciles superstitieux l'en avaient tenu responsable.
Les trois protagonistes de la scène furent soudain interrompus par une voix qui retentissait dans la forêt.
- Grand Frère ! disait la voix.
Aragorn utilisa ses dons de rôdeur et Eliriel ses talents elfiques afin de se dissimuler à la vue de la personne qui arrivait. Ils purent voir une jeune fille avec une miche de pain rassis dans les mains.
Soudain, elle vit ce qu'elle cherchait : son grand frère. Autrement dit, le jeune garçon maltraité. (I) Elle s'approcha rapidement et s'assit à ses côtés.
- Grand Frère ! Dit-elle. Tu vas bien ?
- Ca va, Eowyn (I), répondit le jeune garçon.
- J'ai volé un peu de pain, regarde ! Dit-elle en sortant d'un linge une généreuse boule du divin aliment.
- T'auhais pas dût, tu vas…
Le jeune garçon ne put finir sa phrase, pour la simple raison que sa petite sœur se jeta dans ses bras et se mit à pleurer à chaudes larmes.
- Père et mère me manquent ! Bafouilla-t-elle au milieu de ses larmes. Pourquoi y sont partis ?
- …sais pas… moi aussi eux me manquent.
C'est à ce moment là qu'Aragorn et Eliriel choisirent de se montrer à la vue de la jeune fille. Dès qu'elle décela leur mouvement, elle cessa de pleurer pour se mettre à trembler et se serra encore plus dans les bras de son frère.
- Eux gentils, Eowyn. Eux aidé moi.
La jeune enfant se calma légèrement aux paroles de son grand frère, mais elle resta néanmoins méfiante et ne desserra pas son étreinte.
Suspicieuse, elle regarda Eliriel s'approcher plus avant d'elle et de son frère, précédent l'homme qui devait être son père. Eliriel s'agenouilla à ses côtés, et alors qu'elle allait lui parler elle vit sur les petits bras découverts des marques bleues signifiant beaucoup de choses…
- Ada ! Elle aussi a été battue !
- Non ! S'écria la jeune fille en surprenant Eliriel et Aragorn. Non ! Je suis tombée ! C'est rien !
Aragorn lui saisit une épaule pour la forcer à se calmer puis, quand elle cessa de crier, il lui dit :
- Laisses-moi voir tes blessures. Je vais te soigner. Cela ne fera pas beaucoup mal, je te le promets.
Il fallut plusieurs minutes à Aragorn pour convaincre la jeune Eowyn de se laisser soigner, et alors qu'il avait enfin accès aux blessures, Eliriel et le jeune garçon se redressèrent soudain, tous les sens aux aguets.
Un cri déchira la musique de la forêt. Un cri reconnaissable entre tous, un cri d'orque. Trois des représentants sales, répugnants, immondes, moches, baveux, bêtes, lâches, malhonnêtes et tout et tout de l'espèce pullulante des Orqum Anthropophagum Hum jaillirent d'un fourré d'arbre à une dizaine de mètres de nos amis et se précipitèrent vers eux, tous crocs sortis et cimeterres prêts à découper le repas du soir.
Eliriel les abattit avec son arc, et au moment où Aragorn se releva, une dizaine jaillit à la suite des premiers, vite suivis par d'autres encore dans une autre direction. La forêt était emplie de leurs cris désormais.
- Fuyez, vite ! Hurla Aragorn à l'intention d'Eowyn et de son frère.
Malgré leur réticence à quitter leurs sauveurs, les deux enfants durent se résoudre à obéir en voyant de plus en plus d'orques arriver. Ils s'en allèrent alors rapidement, protégés par Aragorn et Eliriel qui décapitaient orque sur orque.
Mais soudain, après avoir parcourue seulement quelques dizaines de mètres, d'autres orques apparurent et interrompirent leur course. Eowyn évita de justesse un coup de lame, et prit la fuite le plus vite possible, terrorisée. Elle erra pendant quelques jours, seule et perdue, avant d'arriver à un petit village du nom de Rhosgobel (II)…
Le jeune garçon, lui, fut poursuivit par les morceaux de viande avariée sur pattes pendant plus d'une heure avant de réussir à les semer. Malgré tout, terrorisé, il continua de courir jusqu'au soir, ne prenant pas garde à son épuisement croissant.
Quand il s'arrêta enfin, il était parvenu devant un lieu étonnant. Devant lui, aussi loin qu'il pouvait le voir, il n'y avait plus d'arbres. Juste de l'herbe.
Exténué, il s'arracha à sa contemplation et chercha un arbre un peu touffu. Il y grimpa et s'endormit à l'ombre d'une branche…
L'enfance d'un mythe
Le lendemain…
La « bête » se réveilla tôt le matin, encore effarouchée par les évènements de la veille. Fatiguée, pour avoir dormi en étant sur ses gardes, affamée, elle descendit de l'arbre où elle avait trouvé refuge et décida après quelques secondes d'interrogation de retourner où elle avait rencontré Aragorn et Eliriel.
Peut-être ils y seront-ils de nouveau, pensa le jeune garçon.
Il lui fallut marcher jusqu'à la fin de matinée, alors que la soleil était déjà haut dans Vaiya Annûn (III), pour enfin arriver à un endroit connu. Après encore quelques dizaines de minutes, il trouva finalement l'endroit de tous ses espoirs.
Mais il n'y avait plus personne ici, même plus de cadavres d'orques. Seuls quelques branchages cassés et le piétinement furieux des feuilles attestaient de ce qui avait eu lieu ici même la veille.
Il alla voir en direction du village après avoir usée de sa voix, rauque du fait du manque de paroles, et appelé. Il ne lui fallut qu'une dizaine de minutes de discrétion pour arriver dans les ruines du village. Ici et là, des cadavres en plus ou moins bon état étaient éparpillés. Enfants, adultes, vieillards… les mieux conservés étaient encore approximativement reconnaissables, et il reconnut plusieurs personnes, dont la femme de son ancien bourreau, ou le maître des chiens. Ceux-ci baignaient dans leur sang, encore attachés à leurs laisses et dépouillés de la plupart de leur viande.
Mais malgré une longue recherche, le jeune garçon ne trouva aucune trace ni d'Eliriel ou de son père, ni d'Eowyn. Il resta là pendant deux longs jours de solitude afin d'enterrer les corps et espérant au fond de lui que ses sauveurs –s'ils avaient survécu- viendraient le rechercher. Mais au bout de ce temps, découragé et déprimé, il se résigna à partir et alla dans la seule direction qu'il connaissait : vers l'endroit étrange où il n'y avait pas d'arbres. Autrement dit, vers l'Est.
Sans qu'il ne le sache, Eönardë avait scellé son destin en partant maintenant. Car Eliriel et Aragorn revinrent trois jours plus tard après avoir chassé des orques, sans récolter de grandes blessures, et le cherchèrent longtemps afin de tenir leur promesse.
S'ils l'avaient adopté, l'Histoire serait devenue tout autre…
L'enfance d'un mythe
I. Eliriel & Eönardë, C'est pour ça qu'Eönardë dit penser qu'Eowyn de Rohan est sa sœur (cf. Chapitre XVI de la nouvelle version).
II. Rhosgobel : Ville dont on ignore l'appartenance ethnique mais qui serait vraisemblablement Humaine. Elle se trouve au Sud de la Forêt Noire (Mirkwood) et héberge un célèbre magicien brun et sa volière…
III. Vaiya Annûn, Il s'agit d'une des sphères composantes de l'atmosphère d'Arda, où l'on dit que le Roi de la Terre Manwë observe les actions des habitants du Monde… (cf « L'Histoire de la Terre du Milieu », tome I à V)
