Sali-salut ! Bon, j'ai pas grand-chose à dire, si ce n'est toujours la même rengaine, à savoir que l'elfe m'appartient, et les créatures mentionnées sont la propriété de leurs créateurs. Sinon, j'ai une devinette pour vous ! : Je n'ai pas de crocs, mais je mords constamment. Je n'ai pas d'écailles, mais je serpente en vous. Que suis-je ?


Il ne fallut à Théron pas plus de deux jours pour se rendre à la prochaine étape de son voyage qu'il savait long. Son escale suivante se ferait dans un village à l'orée opposée de la forêt. De là il embarquerait au port pour se rendre sur l'île de la Cité-mère où se trouvait son petit-frère Iéron. Mais il devait d'abord traverser une forêt hostile et sauvage, où régnaient des araignées géantes, des sylvoïdes, des tyrannax et autre monstres géants... Mais il y avait également des esprits de son côté ainsi que les elfes. Et il connaissait le chemin le plus sûr pour traverser cet endroit, plus sûr car il menait directement chez les elfes sylvains. Lorsque donc, au soir du second jour suivant sa nuit dans l'ancienne Cathédrale de la Guerre, il arriva au bord de la forêt, il décida de monter son camp pour la nuit. La forêt était grande et les arbres n'étaient pas pour rassurer les voyageurs voyant sa façade : ceux-ci étaient grands et noueux, très vieux et animés de toute la magie des elfes, des esprits et des autres créatures... La nuit du blond se passa sans problèmes et le lendemain aux premières lueurs de l'aubre, il entra sous le couvert des hauts arbres verts.

Le chemin qu'il devait suivre était indiqué au sol par un sentier de terre caillouteux ; tout le reste autour de lui était un parterre de ronces, de feuilles, de petits animaux. La lumière filtrait parfaitement bien au travers des hauts feuillages, donnant à cette forêt qu'il savait dangereuse des airs féériques. Tout l'endroit sentait la terre humide du matin et l'air était frais et tout aussi humide, redonnant quelques vigueurs au combattant courbaturé et qui préférait, pour le moment, nettement ce cadre à celui du royaume de Luca. Au bout de plusieurs heures de marches, le sentier se fit de plus en plus dur à suivre, et Théron son épée en main craignait plus que tout de se perdre et de tomber sur un passe-sentier Fangren ou sur une Mante de la Filandre. Il n'y survivrait pas... Mais pour le moment il arrivait plus ou moins bien à se débrouiller. La solitude et le silence des lieux l'oppressaient et faisaient monter en lui une pression et une peur sourdes ; mais il savait que la peur est l'alliée du guerrier lorsqu'elle est contrôlée, aussi se laissait-il aller à surveiller tous les coins entre les arbres, au-dessus et derrière lui de peur de voir surgir une quelconque créature.

Au moins, dans les égouts il avait été accompagné et donc parfaitement en sécurité dans un endroit où même une bande de loubards ne pouvaient pas survivre une nuit. Mais Théron n'est pas homme à se laisser leurrer par des souvenirs heureux, ou relativement heureux, et il redoubla d'efforts pour ne pas perdre de vue la seule chance qu'il avait de sortir rapidement et à peu près en bonne forme de cette forêt. Lorsque, au bout d'une heure supplémentaire, il se rendit compte que suivre le sentier devenait de plus en plus ardu, il prit le parti de faire une pause pour se remettre les idées au clair ; il s'assit donc contre un arbre, toujours posé sur la terre de son fil d'Ariane. Fermant les yeux et gardant les mains fermement ancrées sur le manche de son épée, il se souvint que beaucoup de créatures sylvaines pouvaient se déplacer sans bruit, les plus dangereuses étant les Vipères de la Filandre. Effrayé par l'idée qu'il y en avait peut-être au-dessus de sa tête, il leva ses yeux bleus ; mais il était désespérément seul dans cet hostile endroit.

Il n'entendit rien. Il ne vit rien. Pourtant, il aurait pu, les recluses pâles sont, à l'instar de toutes les autres araignées de cette forêt, géantes. Mais il ne l'avait pas vue, car elle était entraînée à chasser sans se faire voir. Et, d'un coup, elle projeta de la soie gluante sur Théron qui n'eut pas le temps de réagir ; très rapidement, il eu juste assez d'espace dans son cocon collant pour pouvoir respirer. Il ne pouvait même plus bouger son épée ! Mais il ne pouvait pas mourir maintenant ! Voyant qu'il commençait à se débattre, l'araignée blanche lui donna quelques vagues coups, le but n'étant pas de tuer l'humain qui gigottait comme un vulgaire sanglier. C'est donc tout en traînant son lourd fardeau que l'arachnide entreprit de l'éloigner du sentier pour un endroit plus sûr pour lui, bien qu'elle n'en avait absolument rien à fiche, parce que tout ce qui l'intéressait c'était de faire plaisir à son ami elfe qui lui avait demandé ce service.

Il lui fallut longtemps pour tirer son paquet jusqu'à l'endroit où elle logeait habituellement ; le tout était gardé de créatures embusquées, principalement des araignées, et il y avait des toiles cachées sous une couche de feuille placées ici exprès, pour détecter la présence d'ennemis. En voyant leur compagne revenir avec le butin demandé par leur ami elfe, les autres araignées descendirent, accompagnées d'un serpent long, très long, d'environ deux mètres, aux écailles blanches rayées de rouge en longueur : une Vipère de la Filandre. Une araignée Fouettesoie trancha de sa patte la matière qui engluait Théron, celui-ci brandit son épée et manqua de blesser celle qui l'avait libérée. Toutes les créatures autour de lui s'agitèrent, et le reptile bondit devant lui, crochets dehors, pour le calmer. Comprenant qu'il était en situation d'infériorité, Théron cessa de bouger, mais toujours prêt à attaquer si le besoin se présentait. Il fut décontenancé et sursauta lorsque la Vipère face à lui se mit à parler.

« Théron, fils de Kreon. Bienvenue.

-Vous parlez?, demanda-t-il, trop choqué pour pouvoir dire autre chose. »

La vipère hocha la tête. Sa voix était sifflante et de sexe indéterminé. Chacun des s était traînant et l'obligeait à darder sa langue bifide et noire.

« Le trajet à du être assez mouvementé et innatendu, veuillez nous excuser. Mais c'était le seul moyen de vous emmener ici sans se faire remarquer. En étant enfermé et traîné par une recluse pâle, vous passiez pour du gibier mort et aucune bête hostile n'a suivi votre guide. »

Le blond hocha la tête, comprenant la manoeuvre mais aucunement le but.

« Pourquoi m'avoir enlevé?

-Eh bien, c'était une demande venant d'un être que nous apprécions tous et toutes ici au point d'avoir délaissé nos familles... Ou alors c'est parce qu'ils nous a recuellit après que nous ayons été bannis. Venez, suivez-moi. Vous êtes en sécurité ici, passez seulement exactement derrière moi, le sol est tapissé de toiles et vous ne voudriez pas être englué dedans. »

Théron hocha la tête et entreprit de suivre le serpent. Il avait vu des rats humanoïde pratiquer le ninjutsu. Il avait vu une adolescente vieille de deux siècles. Il avait vu des scorpions géants s'amuser à jouer les destriers pour amuser ladite fausse adolescente. Il avait vu un geist d'abbaye qui lui avait joué une musique. Alors pourquoi être étonné d'avoir devant lui un des prédateurs les plus dangereux de la Filandre après les Mantes, parlant et en plus appliquant à la lettre les règles de bienséance des grandes villes ou des elfes? Il ne comprenait plus rien. Théron était loin d'être stupide, mais tout était trop embrouillé. Comment cette personne dont la Vipère avait parlé pouvait-elle le connaître? Était-ce une connaissance de Luca? Même si la reine des égouts était vieille, cela aurait fortement étonné le combattant qu'elle aie des contacts avec la forêt, sachant qu'elle ne sortait jamais des murs de la cité.

« Je me nomme Ormeronce, reprit le reptile. Je viens du royaume de Filandre, mais je pense que vous le saviez déjà.

-... Oui.

-Vous avez sans doute beaucoup de questions ; attendez que nous soyons arrivés, je pense qu'il répondra à toutes celles dont il sera capable. »

Quelques mètres plus tard, le reptile bicolore s'arrêta et le prévint que la zone des toiles était passée. Il se redressa subitement, effrayant maintenant qu'il n'était plus plaqué au sol, et jaugea Théron du regard pendant plusieurs secondes. Devant le blond et dans le dos du serpent s'élevait un arbre immense, derrière lequel avait été construite une plaque de pierre sur le sol. Une maisonnette de bois était installée dessus et des plants de légumes poussaient sur une zone de potager au pied de la surrélévation de pierre blanche et entretenue. Une construction elfique à n'en pas douter, mais pourquoi enfoncée si loin dans la forêt? Le royaume des elfes se situait bien plus loin, bien moins profond !

« Bien, avant que vous ne le rencontriez, comment dire... Vous emmener ici était une demande venant de lui, mais... Voyez-vous, Sebatsian est un elfe de la plus haute noblesse elfique car il est un descendant très direct d'un ancien dieu de ceux-ci. C'est pour cela que dans sa jeunesse il a été enlevé par des humains. Les expériences qu'il a subies ont été très traumatisantes et c'est pour cette raison qu'il préfère vivre reclus en notre compagnie. Alors je vous prierais, si vous le voulez bien, de ne pas le toucher, sous aucun prétexte, et de ne faire aucune remarque sur son physique, en particulier sur ses yeux. Non, il n'est pas aveugle. Surtout ne le touchez pas. Ou je vous mordrais moi-même. Il sera suffisemment troublé d'être face à un humain. »

Théron hocha la tête, se demandant ce qu'avait bien pu subir ce Sebatsian pour engendrer un tel trauma. Il suivit Ormeronce qui serpenta religieusement sur la pierre d'une blancheur éclatante qui rayonnait la bonne magie, jusqu'à la petite cabanne.

« Je suis ici, Ormeronce. D'ailleurs, je t'ai entendu. Cela t'amuses-t-il de raconter ma vie à tous les voyageurs perdus? »

On sentait dans la voix masculine, cristalline et très mélodieuse comme une pointe de peur mal cachée par la moquerie lancée. La Vipère se redressa vers un arbre non-loin : il en sauta un être gracile. Son étrange beauté frappa soudainement Théron qui eut le souffle coupé le temps de quelques secondes. L'elfe en face de lui n'avait rien des elfes sylvains qu'il avait pu rencontrer jusqu'alors. Ses cheveux, très longs, étaient d'un violet pur et léger, sa peau d'albâtre semblait crier qu'elle était d'une douceur incomparable, les longues, très longues oreilles qui perçaient les fils de soie que formaient ses cheveux avaient quelques bijoux d'or. Il avait de longs doigts graciles porteuses de tatouages rouges ou bleus, traçant des arabesques sur leurs longueurs. Ses jambes, longues, fines, presque féminines, étaient entièrement cachées par un pantalon de toile. Son torse se devinait tout aussi fin que le reste de son corps, mais l'elfe semblait vouloir ne laisser aucune parcelle de sa peau de pêche exposée à la vue. Le plus frappant cependant chez cet être angélique restait son visage : délicat et gracile, on ne lui donnait qu'une vingtaine de très jeunes années. Ses joues arboraient chacune trois traces tatouées rouges symétriques, et un autre triangle de la même couleur descendait de son front caché par ses fins cheveux jusque sur l'arrête de son nez. Et ses yeux. Il étaients si étranges, si captivants. Entièrement blancs, sans la moindre trace d'iris ni de pupilles, ils semblaient pourtant plus expressifs que tous les autres yeux que Théron avait pu voir au cours de sa vie. Sebatsian avait de fins sourcils, un petit nez en trompette et des lèvres à peines fines, étirées en une moue intimidée.

Lorsque Théron se rendit compte qu'il avait fixé la créature divine en face de lui pendant plusieurs secondes, il toussota, rougissant, et détourna ses orbes bleues. Le blond aimait les femmes, il avait toujours aimé les femmes, mais il ne pouvait nier que se retrouver face à un être d'une telle beauté et d'une telle attirante étrangeté l'émoustillait plus que de raison. Ormeronce se dirigea vers l'elfe souplement et grimpa sur son corps svelte, s'enroulant doucement autour de lui. Sebatsian replaça une mèche de cheveux derrière sa longue oreille, gêné, et cela le rendit plus attirant encore, mais Théron se fit violence pour écarter ces pensées.

« Enchanté. »

Sa voix pure et claire, plutôt aigue sans tomber dans l'androgynité rappela le blond à la raison. La voix de Sebatsian était un peu hésitante, preuve de sa gêne et sans doute de sa peur due à ce dont Ormeronce avait parlé tout à l'heure.

« En... Enchanté, répondit le combattant. »

Il se maudit d'avoir bégayé. L'elfe semblait conscient de l'étrange attirance qu'il excercait chez Théron et bien loin d'en jouer, cela l'effrayait.

« Je suis Sebatsian, celui qui a demandé à Sere, la recluse pâle, de vous emmener ici... »

Il toussota.

« Cela risque de vous sembler étrange... Mais... J'ai eu des rêves vous concernant. D'abord il y a une semaine... J'ai vu que vous alliez vous rendre dans cette forêt, et je ne sais pour quelle raison vous m'avez semblé avoir quelque chose de très important à accomplir. Puis, hier, j'ai de nouveau eu ce genre de... Rêve. Vous êtes entré en contact avec des créatures des ténèbres, récemment? »

Théron eu soudain peur de répondre la vérité à Sebatsian. S'il répondait que oui, il avait passé une nuit dans des égouts étranges, qu'allait-il lui arriver? Serait-il considéré comme un traître? Si l'elfe semblait innoffensif, la Vipère et les araignées le semblaient beaucoup moins, et le blond aurait mit sa main à couper que son interlocuteur avait d'autres... Amis, à l'instar de Luca. Sebatsian, semblant percevoir le malaise de son hôte, tenta un sourire gêné, mais il se rétracta bien vite.

« Je vous demande ça parce que j'ai vu que vous aviez rencontré la personne qui dirige toutes ces créatures... Et qu'elle vous a remit une étrange pierre noire. Il se trouve que je possède une relique pareille, mais je l'ai cachée car elle renferme un puissant et vieux pouvoir.

-Et... Vous savez de quoi il s'agit exactement? »

Sebatsian hocha négativement la tête, l'air désolé et fermant quelques secondes ses paupières sur ses yeux blancs et hypnotisants.

« Non, j'en suis désolé, dit il en rouvrant ses yeux. Mais je suis convaincu d'une chose, c'est que cette relique doit vous revenir, en compagnie de celle offerte par la reine des bas-fonds. Cependant, le trajet va être long, et nous allons être surpris par la nuit si nous partons maintenant, alors si vous le voulez bien, je serais votre hôte pour le reste... De la journée. »

Il avait violemment clos ses paupières pendant son temps d'hésitation, comme si un mauvais souvenir avait ressurgit à son esprit. Théron remarqua que les longs doigts tremblaient légèrement, et Ormeronce vint coller sa tête froide et écailleuse contre la joue de Sebatsian, qui porta une main à son front, légèrement rougissant et honteux de son comportement d'à l'instant.

« … Veuillez m'excuser... Ce n'est rien. Si vous le souhaitez, vous pouvez vous décharger de votre arme et de votre armure chez moi, dit il en désignant la toute petite bâtisse. Je vous ferais faire le tour du propriétaire, si vous le voulez. Il y a une rivière non-loin qui se trouve encore sur les territoire de mes amies araignées, vous pourrez vous laver.

-Merci beaucoup. »

Théron suivit Sebatsian dans le petit cabanon. Cela s'apparentait plutôt à une chambre : il y avait un lit fait de différents végétaux formants un matelas qui semblait confortable, et un plateau de bois était supporté par des racines encore vivantes, comme si... Comme si les arbres eux-mêmes avaient décidé d'offrir une protection à l'être gracile et d'apparence si faible et attirante qu'était Sebatsian. Ce qu'au final, le combattant comprenait tout à fait. Peut-être que les conclusions se faisaient trop vite, peut-être était-il un pervers, mais au vu de la délicate beauté de l'elfe, au vu de ce qu'il dégageait, au vu de ce qu'il provoquait en Théron, celui-ci était quasiment sûr que d'autres humains avant lui n'avaient pas eu la retenue dont lui faisait preuve en ce moment... Était-ce cela qu'avait subit Sebatsian? Avait-il été abusé? Le blond frissona de dégoût à cette idée. Certes l'être gracile qu'il suivait pour se rendre à la rivière était beau, très beau et l'émoustillait un peu trop sans le vouloir et sans que lui-même ne sache pourquoi ; mais Théron ressentait plutôt le besoin de le protéger, et non d'assouvir ses étranges désirs en lui.

Le combattant fut tiré de ses pensées par le bruit d'un cours d'eau et il se trouva rapidement face à une rivière large et qui semblait ne pas être très profonde. L'eau en était très claire et il y avait quelques petits poissons colorés nageant sous la surface. Parfois quelques petits lutins lumineux s'approchaient pour lamper une goutte de liquide ; ils ne s'intéressaient pas à eux.

« Vous êtes en sécurité ici, les araignées surveillent tout ce qui peut entrer dans cette zone, même par la rivière. Vous saurez rentrer seul?

-Oui. Merci beaucoup pour l'accueil. »

Il écopa d'un petit sourire gêné et Sebatsian s'enfuit tout aussi vite. Théron fit craquer les os de sa nuque, se sentant tout courbaturé. Il retira rapidement tous ses vêtements et c'est avec une évidente délectation qu'il entra dans l'eau. Elle était plutôt froide mais le guerrier qu'il était s'y fit rapidement, et il s'avança un peu plus dans les flots qui se révélèrent plus profond que ce qu'il avait imaginé. La surface lui arrivait au bassin. Le combattant entra bientôt entièrement dans l'eau et nagea un peu avant de simplement prélasser ses muscles tendus. Théron était quelqu'un de bien formé et de musclé et le savait, et peut-être quelque part au fond de lui aurait-il aimé pouvoir séduire Sebatsian. Mais il chassa ben vite l'idée, la trouvant presque répugnante. L'envie surtout de le protéger était plus présente, et il avait envie de se rapprocher de l'elfe, mais seulement pour entrer dans le cadre de ce qu'il appellerait les « connaissances amicales avec qui on se permet de rire ». Il ne voulait rien de plus et si jamais d'autres envies venaient se tailler un place dans son esprit, il les repousserait avec virulence.

Théron ricana après lui-même en se rendant compte que le sujet de cette attirance plus qu'innattendue envers Sebatisan le taraudait plus qu'il ne l'aurait cru. Mais il se dit que chaque personne qui croisait la route de l'elfe devait ressentir pareilles émotions, et il ferma les yeux dans l'espoir de se détendre.

« Vous riiez, fit remarquer la voix sifflante d'Ormeronce. »

Son arrivée impromptue fit sursauter légèrement Théron, qui tourna son visage de plus en plus barbu vers la Vipère. Celle-ci descendit de la branche d'arbre sur laquelle elle se tenait et le blond put ainsi remarquer qu'elle traînait un petit sac.

« Sebatsian était tendu tout à l'heure, il a oublié de vous demander si vous vouliez vous raser, ou retailler cette méchante barbe. »

Surpris, Théron écarquilla un peu les yeux, mais acquiesca rapidement et prit le sac en remerciant l'animal. Sans vraiment le vouloir, le combattant retint le reptile.

« Est-ce que le... Trauma qu'a subi Sebatsian remonte il y a peu de temps? »

Ormeronce se retourna, l'air suspicieux. Il examina Théron pendant plusieurs longues secondes. Pour qui donc se prenait cet humain? Il pensait pouvoir s'approcher de Sebatsian? Mais le serpent remarqua une espèce de honte et de regret dans le regard bleuté de Théron, qui l'amena à la conclusion que le guerrier n'avait pas posé la question en y réfléchissant. Était-ce une bonne ou une mauvaise chose? Ormeronce savait ce que les humains, les orcs, toutes ces créatures, et même parfois les elfes, pouvaient ressentir à l'approche de Sebatsian. Mais, après moult réflexions, le serpent se dit que si c'était cela ou pas, la réponse n'apporterait pas grand-chose, s'il restait suffisemment dans le vague. En plus, l'humain ne demandait pas ce qu'avait subit l'elfe, mais quand.

« Cela semblera remonter à longtemps pour vous qui êtes humain. Mais pour lui, dites-vous que c'est encore frais. »

La Vipère de la Filandre reparti rapidement pour éviter d'avoir à répondre à d'autres questions dans le même genre, et Théron resta seul à méditer sur les paroles d'Ormeronce tout en rasant cette fichue barbe.

Le combattant passa une nuit des plus reposantes. Pour une fois, il n'avait eu pas besoin de ne dormir que d'un oreille pour assurer sa protection. Même lorsqu'il avait dormi à la Cathédrale de la Guerre, il n'avait pas été rasséréné de savoir que toutes ces créatures grouillaient dans la salle d'en dessous, et dehors, et dans les égoûts. Là, il était certain d'être dans un endroit plus sûr encore que le palais de la Cité-mère, car même la nature semblait se liguer pour protéger l'elfe. Et son sommeil fut d'autant plus réparateur que Sebatsian eut la gentillesse de le laisser dormir deux heures de plus. Il avait laissé son cabanon et son lit à son invité et avait dormi dans les arbres, d'abord pour laisser plus d'intimité à Théron et aussi, le blond le devinait sans peine, car cela l'effrayait de dormir dans la même pièce que lui.

Lorsque le guerrier fut prêt, Sebatsian lui apprit comment enfourcher une Mante de la Filandre, qui étaient les montures les plus adaptées pour traverser la forêt. Car comme on le dit si bien dans la forêt : les meilleurs chasseurs de la Filandre ne chassent pas les Mantes, les meilleurs chasseurs sont les Mantes. L'elfe fut d'une douceur sans pareille pour lui indiquer comment monter la bête sans la blesser et sans se blesser soi-même, et lui apprit également quelques mots en elfique pour pouvoir donner quelques indications s'il le souhaitait. Théron trouva son hôte plus beau encore lorsqu'il se mit à psalmodier des paroles dans cette langue si chantante qu'était l'elfique, mais une fois encore il repoussa ses pensées loin dans son esprit. La marche au travers de la forêt commença. Ils étaient accompagnés d'Ormeronce, qui se logeait sur les épaules de Sebatsian, et de Sere, la recluse pâle qui avait traîné Théron jusque chez l'elfe. Celle-ci avançait un peu en avant du groupuscule maintenant qu'ils étaient sortis de la zone de protection, pour les prévenir en cas de danger. Le blond avait l'impression que la forêt avait l'air beaucoup plus menaçante et dangereuse maintenant qu'il était hors de la zone de vie si bien protégée de l'elfe...

Mais Sere était également une combattante hors-pair et si parfois quelques bêtes s'approchaient de trop près, quelques coups de semonce les dissuadaient de continuer. Théron remarqua bien vite qu'ils se rapprochaient du royaume des elfes, qui était pourvu de sorts de protections puissants. Mais il y avait également, sur ce territoire, un très vieil arbre qui semblait très effrayant. Rien ne poussait autour et même les Tyrranax semblaient l'éviter. Ils y firent escale pour laisser les Mantes se reposer, le blond en profita bien sûr pour demander pourquoi cet arbre parmi les autres semblait mort et tuait toutes les autres plantes.

« Je ne suis pas tout à fait sûr ; mais je crois qu'une banshee est morte ici, il y a des années... »

Théron considéra l'arbre et se dit que Luca aurait pu la renseigner sur ce fait, car elle semblait connaître toutes les légendes, vieilles ou récentes, qui circulaient. Les Mantes ne mirent pas longtemps à reprendre leurs forces ; et ils traversèrent le royaume des elfes des bois en presque trois heures. Ils n'eurent pas le temps de se poser : Sere venait d'être projetée vers eux sans qu'ils ne sachent pourquoi. Comme elle repliait ses longues pattes sur son corps blanc, Sebatsian comprit rapidement qu'elle était morte. Son air si triste et désespéré alors qu'il criait le nom de la recuse pâle serra durement le coeur de Théron, mais ils n'eut pas le temps de réagir : l'elfe avait donné des indications elfiques aux Mantes.

« Qu'affrontons-nous?, demanda désespérément le blond en brandissant son épée.

-Un sylvoïde rapide !, lui répondit Sebatsian en bondissant de sa monture. »

Il attérit à l'horizontale sur le tronc d'un arbre et le grimpa comme s'il marchait sur le sol ; d'ailleurs, ses cheveux semblaient subir la gravité comme si l'arbre en était le centre. Théron resta pantois, était-ce là le pouvoir de Sebatsian? Plier la gravité? Il descendit de la créature de la Filandre qui rejoignait sa comparse, prêtes à se battre. Le guerrier connaissait les sylvoïdes : il y avait des sylvoïdes des cinq éléments, et ceux des forêts étaient les plus rapides. Le blond vit alors avec effroi l'elfe aux cheveux violets tomber droit sur le sol. Comme il allait s'élancer pour le rattraper, il fut coupé par Sebatsian lui-même, qui se réceptionna souplement sur ses mains, pivota légèrement et s'élança de nouveau sur un arbre dont il se servit pour sauter plus haut ; Théron entendit ensuite le grondement outré du Sylvoïde qui venait d'être attrapé et qui chutait, Sebatsian le tenant fermement et se servant de son corps pour amortir sa propre chute. Le combattant n'attendit pas plus longtemps et bondit sur la créature pour le trancher net de son épée. Théron était légèrement vexé de n'avoir rien eu de plus à faire ; mais il avait eu un aperçu de ce dont était capable cet être faussement frêle et il en était ravi et honoré. L'elfe le gratifia d'un sourire qui lui réchauffa.

« Vous êtes très doué en combat rapproché, à ce que je vois, fit remarquer Théron. »

Sebatsian hocha la tête en se relevant.

« Entre autre, oui. Merci de l'avoir achevé. »

Théron lui sourit.

« Que venait faire un sylvoïde rapide en territoire elfique?

-Sans doute a-t-il été attiré par la magie de la pierre... En tout cas, Ormeronce, quand as-tu réussi à le mordre? »

La Vipère se laissa tomber souplement des branchages et Sebatsian la rattrapa sans soucis.

« Lorsqu'il t'as projeté. Tu n'as rien?

-Mes poignets sont un peu douloureux, mais ce n'est rien. »

Il se dirigea ensuite vers un arbre quelconque, et posa ses fines mains tatouées sur son écorce. Théron devina vaguement que c'était pour tenter de retrouver l'énergie magique dégagée par la pierre, puis il entendit Sebatsian murmurer de douces paroles empreintes de regrets en elfique à l'arbre. Puis, l'elfe s'écarta légèrement, banda ses muscles, et asséna un puissant coup du tranchant de la main sur le fin corps du végétal qui craqua et s'effondra. Théron en resta sidéré. Comment un être si frêle et gracile pouvait-il renfermer une puissance de frappe pareille? Était-ce de la magie? Ou bien seulement sa force physique? Ses pensées se dissipèrent lorsque Sebatsian revint avec une pierre ressemblant à celle donnée par Luca ; elle était cependant moins polie et travaillée, couverte de bois et brillait d'un pâle éclat vert. Théron la réceptionna et la contempla quelques secondes avant de la ranger en compagnie de l'autre, à l'abri au fond de son sac. Sebatsian sourit légèrement, toujours intimidé de se trouver en sa présence.

Ils enfourchèrent ensuite les Mantes, l'elfe emportant avec lui le cadavre de son amie Sere, et Théron les quitta très proche de la cité des elfes dans laquelle il pourrait dormir, manger et engager un guide pour le faire sortir d'ici. Sebatsian aurait voulu l'accompagner, lui dit-il, mais passer le territoire des elfes l'effrayait, et le blond ne fit aucune remarque. Il comprenait. L'elfe lui donna un peu d'argent pour continuer, bien peu car il n'en avait pas lui-même l'utilité, mais Théron lui en fut très reconnaissant, et ils se quittèrent dans un sourire. Il ne fallut au guerrier qu'un quart d'heure avant d'atteindre les remparts du royaume sylvestre ; et c'est en pleine forme qu'il sorti, plusieurs jours après, de l'immense forêt, ses pensées souvent tournées vers Sebatsian, et ses pas le menant vers la cité portuaire.


Réponse : En fait, ce n'est qu'une déduction, mais je dirais que c'est le venin de la Vipère. La devinette est posée en texte d'ambiance sur la carte de la Vipère de la Filandre~