Chapitre 1 : Changement de cap

Le château était presque désert lorsqu'Harry, Ron et Hermione quittèrent l'infirmerie, la plupart des autres élèves ayant profité d'une dernière visite autorisée à Pré-au-Lard pour se détendre dans le village sorcier. L'absence des détraqueurs rendait la journée d'autant plus joyeuse, les créatures n'étant plus là pour affecter la météo où l'humeur des jeunes sorcières et sorciers.

Après avoir appris de la bouche d'Hagrid que le professeur Lupin avait démissionné, le jeune Potter était allé voir l'enseignant pour le dissuader de partir. Bien sûr, il savait qu'il n'y parviendrait pas mais il aurait été étrange qu'il n'ait pas essayé. Cependant, contrairement à la première fois où il avait vécu cette discussion, le Gryffondor donna quelque chose en retour au loup-garou lorsque ce dernier lui restitua la Carte du Maraudeur.

Lunard regarda le morceau de papier que lui avait tendu Harry avec un air curieux.

- C'est mon adresse et mon numéro de téléphone. J'ai eu parfois des difficultés à recevoir mon courrier par hibou alors si vous souhaitez garder contact, n'hésitez pas à passer par la poste moldue ou à me téléphoner.

Le professeur resta interdit pendant quelques instants avant que son visage ne prenne une expression émue.

- Merci, Harry… mais êtes-vous sûr de vouloir rester en contact avec quelqu'un comme moi ?

L'élève se contenta de hausser un sourcil, ses lèvres se fendant en un sourire sarcastique.

- Croyez-moi, professeur, de tous les professeurs de Défense contre les forces du Mal que j'ai eu jusqu'ici, vous êtes le seul qui n'ait pas volontairement essayé de me faire du mal. C'est peut-être un peu égoïste de ma part mais j'espère aussi en apprendre davantage sur mes parents à votre contact, en dehors de ce à quoi ils ressemblaient et de leurs traits de caractère les plus marqués. Vous étiez proche d'eux, comme Patmol et j'aimerais… j'aimerais en discuter un de ces jours, si vous êtes disponible.

Le jeune Potter ponctua ses mots en tendant sa main à Lupin, que ce dernier serra avec fermeté, ses lèvres esquissant aussi un sourire.

- Ce sera un plaisir, M. Potter.

- Harry. Vous n'êtes plus mon professeur après tout.

- Soit, Harry. Vous pouvez également m'appeler Remus ou Lunard. Je…

Il fut interrompu lorsque quelqu'un frappa à la porte, qui se révéla bientôt être le professeur Dumbledore, venu lui annoncer que son fiacre l'attendait. Harry ne lui accorda pas un regard, gardant son attention sur Remus. Une fois les adieux prononcés, le directeur se tourna vers Harry.

- Pourquoi cette mine si sombre, Harry ? Tu devrais être fier ce que tu as accompli la nuit dernière.

Le Gryffondor se répondit pas, se contentant de mettre son sac sur l'épaule et de se diriger vers la porte. Le ton de Dumbledore se fit plus doux lorsqu'il reprit la parole.

- Tu as fait quelque chose de noble en sauvant la vie de Pettigrow, il ne faut pas le regretter. J'ai bien connu ton père, et je suis persuadé qu'il l'aurait épargné, lui aussi.

Potter fit volte-face, plongeant son regard dans celui de Dumbledore avant de prendre la parole d'un ton délibérément lent, articulant chaque syllabe.

- Je commence à douter que la noblesse soit la meilleure façon de se conduire, professeur. Mon père a sauvé la vie du professeur Rogue et voyez le résultat. Non content d'être devenu un Mangemort, il ne l'a jamais pardonné pour leur rivalité à l'école et j'en fais quotidiennement les frais. Ma vie n'aurait-elle pas été plus simple s'il était mort ce jour là ? Tout comme la vie de Sirius serait beaucoup plus simple si je ne l'avais pas empêché de rendre justice à mes parents en tuant Pettigrow ?

Dumbledore ne parvint pas à dissimuler sa surprise, et son expression se fit plus sombre. Harry lisait la désapprobation dans les yeux du directeur de l'école mais il ne semblait pas s'en soucier, demeurant silencieux et soutenant le regard du professeur.

Chose étonnant aux yeux de l'adolescent, le vieux professeur n'eut pas recours à la légilimencie.

- Je comprends ton ressentiment, Harry mais il est important pour l'âme d'apprendre à rejeter la haine et à pardonner. C'est ce qui fait de nous des gens bons, comme l'étaient tes parents.

- Tout le monde me dit à quel point ils étaient des gens biens, professeur. Tout le monde semble aussi oublier qu'ils sont également morts, et que plutôt que de me confier à d'autres gens biens, j'ai atterri chez les Dursley, chez qui je suis toujours obligé d'habiter. C'est sans doute le point sur lequel je rejoins le professeur Rogue : il y a des choses qu'on ne pardonne pas.

Et sur ces mots, l'élève laissa l'adulte seul dans le bureau de Lupin, avec des pensées que le vieux sorcier aurait préféré garder enfouies au plus profond de lui.


Il lui avait été ridiculement difficile d'échapper à la compagnie d'Hermione et de Ron, qui tenaient absolument à rester à ses côtés. Hermione en particulier paraissait s'inquiéter pour lui, sachant la joie qu'Harry avait ressentie à l'idée de pouvoir vivre avec Sirius, qui avait été vite remplacée par une amère déception lorsque le fugitif était passé à côté de sa chance de prouver son innocence. A cela s'ajoutait le départ du professeur Lupin, qui rendait l'ambiance à Poudlard d'autant plus morose.

Il était donc très tôt ce matin là lorsqu'il se rendit au septième étage du château, dans la Salle sur demande.

Contrairement aux objets et décorations que la salle créait par magie à la demande de ses occupants lorsqu'ils pénétraient dans la pièce, les objets, meubles et autres choses qui étaient entassés tout autour de lui n'étaient pas conjurées mais bel et bien réels. En effet, il s'agissait de ce que des générations de sorcières et sorciers y avaient caché et, pour une raison ou une autre, laissé sur place.

Harry avait l'impression de faire ses achats dans une sorte de brocante, même si le terme dépotoir aurait sans doute été plus exact. Ayant subtilisé le retourneur de temps d'Hermione la veille au soir, il profita des trois heures dont il disposait pour trouver ce qu'il cherchait.

Ne s'intéressant pas aux Frisbee à dents de serpent et autres jouets, il enfourna un maximum de livres dans un premier sac sans fond, résolu à les trier plus tard et rassembla les bijoux et autres objets de valeur qu'il put trouver dans un second. Ne sachant pas si l'accès à son coffre était surveillé, une source secondaire de gallions serait toujours utile. Dans le troisième et dernier sac, il mit les vêtements qui avaient l'air les moins abimés et les moins anciennes, certaines robes de sorcier étant tout simplement atroces.

Appliquant plusieurs sortilèges pour réduire à la fois la taille et le poids des sacs, il les plaça dans son sac à dos et se dirigea vers la sortie quand un objet étincelant attira son attention.

Son regard se posa sur un diadème argenté disposé sur la tête d'une statue et ses yeux s'étrécirent en reconnaissant l'objet. Il le contempla pendant un long moment, hésitant clairement quant à ce qu'il devrait faire avant d'attraper une boîte en bois qu'il prit plusieurs minutes à ensorceler. Puis il fit prudemment léviter le diadème à l'intérieur. Refermant la boîte, il conjura un cadenas et ajouta plusieurs sortilèges pour assurer qu'il serait très difficile de l'ouvrir.

Laissant échapper un soupir, il sortit un parchemin d'une poche de son sac, qui n'était autre qu'une liste de choses à faire, à laquelle il ajouta à la fin : Chercher du venin dans la Chambre.

Jetant un sort au parchemin pour remplacer la liste par quelques lignes d'un début de dissertation qu'il copia d'un autre parchemin, il le fourra à nouveau dans sa poche et se dirigea vers la sortie, juste à temps pour voir son double disparaître en utilisant le retourneur de temps.


Tout le monde discutait joyeusement à la table des Gryffondor, la Grande Salle étant décorée à leurs couleurs depuis qu'ils avaient remportée la Coupe des Quatre Maisons. Hermione avait le nez plongé dans un livre, Ron était en train de s'empiffrer comme à son habitude, ce pourquoi le jeune Potter n'eut pas grande difficulté à s'esquiver pour suivre la personne qui venait de quitter la table avant lui, de façon plus discrète encore.

Neville Londubat n'avait pas l'air très enjoué ce soir, passant entre les rangées de plantes dans l'une des serres. Il ne les reverrait pas avant la rentrée maintenant, et ce n'était pas au manoir que sa grand-mère lui permettrait de passer autant de temps dans la petite serre qu'il entretenait là-bas. Héritage de son grand-père paternel qu'il adorait, le jeune Gryffondor en avait pris le plus grand soin après sa mort, essayant de maintenir son petit jardin en l'état.

- Neville ?

Le garçon sursauta, manquant de peu de tomber par terre et fut rassuré en voyant Harry s'avancer dans la lumière tamisée.

- Harry ! Tu… tu m'as fait une peur bleue !

- J'en suis désolé. Tu avais l'air tellement perdu dans tes pensées que je ne savais pas trop comment te faire remarquer que j'étais là.

Londubat acquiesça silencieusement, remarquant que Potter s'était avancé pour se tenir à quelques pas de lui, contemplant les plantes. Un silence confortable s'installa entre les deux, jusqu'à ce que Potter ne reprenne la parole d'un ton calme.

- J'ai appris pour tes parents, il n'y a pas longtemps. Je suis désolé de ce qui leur est arrivé

- Oh, ce… ce n'est pas grave. C'est juste que je ne voulais pas que les gens sachent Ils ne sont pas morts mais… ils ne me reconnaissent pas quand je vais les voir à Ste Mangouste.

Potter hocha de la tête et posa une main sur son épaule en voyant le garçon commencer à trembler, visiblement sur le point de pleurer.

- Tu n'es pas seul, Neville. Cette guerre nous a beaucoup coûté à tous les deux mais tant que nous serons vivants, il restera quelque chose de nos parents sur cette terre. Le meilleur moyen de rendre hommage à leur sacrifice, c'est de vivre.

- Ma grand-mère me dit que je devrais faire honneur à ma famille mais je ne suis pas bon en classe…

L'attrapeur ne commenta pas, se contentant de tendre la main vers Neville.

- Est-ce que tu peux me montrer ta baguette ? J'ai cru remarquer quelque chose l'autre jour en Métamorphose.

Le Gryffondor au visage rond parut confus mais il s'exécuta, lui tendant la baguette que le jeune Potter examina consciencieusement.

- Je ne suis pas un expert en baguette mais elle n'a pas l'air neuve. Tu ne l'as pas achetée chez Ollivander ? Lui demanda-t-il tout en la lui restituant.

- Non, ma grand-mère m'a donné celle de mon père.

- C'est un tort. Ollivander dit que la baguette choisit le sorcier, et pas l'inverse. Cela vaudrait peut-être la peine d'aller le voir pour en acheter une autre ? C'est possible que tu aies des difficultés à maîtriser des sorts parce que ta baguette ne fonctionne pas correctement, tu ne crois pas ?

Neville ouvrit la bouche comme pour lui répondre mais il s'arrêta avant qu'aucun son n'en sorte, avant de prendre un air songeur. Il semblait encore plongé en pleine réflexion lorsqu'Harry lui souhaita une bonne nuit dans leur dortoir environ une heure plus tard.


Le voyage à bord du Poudlard Express fut assez ordinaire, Hermione, Ron et Harry partageant un compartiment. Comme le jeune Potter s'en était douté, il reçut une lettre de Sirius qui lui disait que le fugitif et son compagnon ailé allaient bien et qu'ils étaient toujours en cavale.

Ron ne tarda pas à ramener la discussion sur la coupe du monde de Quidditch, sujet qui n'emballait visiblement pas Hermione et qu'Harry se força à commenter avec un enthousiasme qu'il ne ressentait pas.

Après avoir salué M. et Mme Weasley, Harry se dirigea vers les Dursley avec son chariot et leur adressa un sourire radieux.

- Tante Pétunia, Oncle Vernon ! C'est un plaisir de vous revoir.

Les deux moldus n'avaient pas l'air aussi emballés mais ils ne voulaient visiblement pas faire une scène en plein milieu de la gare.

Un sourire flottant toujours sur ses lèvres, Harry commença à échafauder un plan pour résoudre le problème qu'ils représentaient… définitivement.