Ce texte a été écrit dans le cadre de « La nuit du FoF » du 07/04/2012 : il fallait le rédiger sur le thème "Cloche" en une heure.
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Fandom : Blazblue
Résumé : En entendant au loin une cloche, Ragna se souvient de son enfance.
Il fut un temps où nous vivions heureux, tous les trois.
Nous n'avions pas vraiment de parents dont nous nous souvenions. Mais nous n'avions qu'une certitude : nous étions frères et sœur et nous ne devions sous aucun prétexte nous séparer. Alors tous les trois, on nous confia à l'église. Une religieuse nous accueillis avec joie, disant qu'elle ne pouvait pas nous laisser dans une situation si misérable. Alors Saya, Jin et moi, nous emménageâmes dans le Maison du Seigneur, à défaut de n'avoir pu aller ailleurs. Les gens se méfiaient de nous. Mais après tout, qui ne se méfieraient pas de trois enfants dont personne n'avait vu ou entendu parler des parents alors que tout le monde se connaissait ?
Rapidement, je pris le rôle d'homme de la maison, étant l'aîné. J'aidais celle qui nous logeait avec les tâches ménagères, les courses, toutes ces petites responsabilités qui rendait la vie plus facile à une maisonnée de quatre personnes. Bien sur, la Sœur n'était quelque fois pas de cet avis et me disait d'aller jouer avec mon frère et ma sœur, mais je ne pouvais m'y résoudre. Je me sentais comme investi de la mission de fournir à Jin un modèle d'homme à défaut d'avoir un père et de leur fournir à tous les deux une certaine forme de stabilité, de structure.
Un jour cependant, je compris que ramener de quoi manger le soir n'était pas équivalent à être là pour eux. La Sœur avait pour cette fois réussi à me convaincre de rester avec mes deux benjamins pendant qu'elle descendait faire quelques achats en ville. Je rejoignis alors ma fratrie dans la petite étendue d'herbe derrière l'Eglise et ce que j'y vis me surpris. Saya et Jin se chamaillaient pour un jouet que l'un ou l'autre ne voulait pas partager. J'intervins juste à temps pour les séparer avant qu'il n'en viennent aux mains. Ils s'agitèrent encore un peu, mais une fois séparés, ils se calmèrent, sans que l'animosité qu'ils avaient dans le fond des yeux ne s'en aille.
Ils refusèrent catégoriquement de jouer ensemble tout le long de l'après-midi. Alors ils essayaient l'un et l'autre de gagner mes faveurs. Quand j'allais avec l'un, il me faisait un sourire large et sincère, mais l'autre se sentait d'autant plus blessé et délaissé. Alors j'allais le voir et je le consolais, je jouais un peu avec lui, jusqu'à voir la moue boudeuse et triste de mon cadet. Et ainsi de suite jusqu'à ce que la Sœur fut revenue.
Immédiatement, je lui en parlai. Elle m'avoua que la situation durait presque depuis que nous étions arrivés mais qu'elle n'avait jamais voulu m'en parler, préférant que je constate la situation par moi-même.
Ce fut un choc. Eux qui étaient si calmes, souriants, aimables à table et quand je venais les border, se livraient une guerre sans merci sans cesse. Sur l'instant, tout ce que je souhaitai était que la situation change. Grand mal m'en a pris.
C'était un Dimanche matin tout à fait banal. Il y avait du soleil, un petit vent frais, les arbres fleurissaient avec le Printemps nouveau. Comme durant chaque office, nous nous tenions un peu à l'écart, à l'arrière du bâtiment. Saya m'avait réveillée de ma sieste pour me dire qu'elle allait se promener à l'orée des bois non loin. Mon champ de vision était clair et je la savais prudente, donc je la laissai y aller, en lui demandant toutefois de ne pas s'aventurer dans le bois. Je l'observai un instant, pour savoir dans quelle direction elle partait. Le temps d'un battement de cil, elle se trouvait à terre, évanouie. Je bondis sur mes pieds et courrai vers elle. Elle respirait encore mais elle était tellement pâle que je sentis une panique sans nom s'emparer de moi. Jin, ayant pris la peine de descendre de l'arbre sur lequel il jouait jusqu'à présent me demanda d'une petite voix ce qui se passait. Je ne l'entendis pour ainsi dire pas. Il n'y avait pas d'autres sons autour de moi que le bruit de ma course pendant que je portai Saya à l'intérieur de nos appartement attenant à l'Eglise et ces cloches, résonnant presque comme des glas.
Il y eut de longues nuits de veillée au chevet de Saya après cela. Personne ne savait de quoi elle était atteinte. Elle était presque mourante, et personne ne savait pourquoi ou quoi faire. Alors je restai, et je veillai. Et tout le reste suivit une spirale descendante vertigineuse. Perte à répétition des petits boulots que j'avais pu obtenir pour payer des traitements et aider la Sœur à nous nourrir, Jin qui devenait de plus en plus distant de moi, jaloux de sa petite sœur, me disant sans cesse que je ne m'occupait plus que d'elle et en suite logique, les disputes à ce propos. Il se calma peu de temps après que je lui ait infligé sa première gifle. Je m'étais répandu en excuses immédiatement après, mais rien n'y avait fait. Jin s'enfermait lentement dans son petit monde et je ne pouvais pas l'en sortir.
Je ne pris jamais véritablement conscience de la profondeur de cette crise, sauf quand il fut trop tard. Tout était encore beaucoup trop frais dans mon esprit.
L'Eglise en flammes. Jin qui se tenait à quelques mètres du bâtiment, un katana plus grand que lui à la main, contemplant le bûcher sans rien faire pour l'éteindre. J'étais anéanti. Tout ce que Jin pouvait me balbutier, c'était que Saya lui avait donné l'arme et qu'il ne se souvenait pas bien de ce qui s'était passé ensuite.
Ce fut la goutte de trop. Je partis, sans me retourner. Il n'y avait plus rien à sauver. J'étais à présent seul même si la voix de gamin derrière moi m'implorait de rester. Et avant que les flammes n'emporte le clocher, le seul son qui demeurait à mes oreilles était celui du glas.
