C'est peu être un peu ennuyeux pour le moment mais il faut un peu établir le truc.
Prendre un nouveau départ était compliqué.
En se redressant, Izaya bailla derrière sa main. Il était toujours plutôt fatigué puisqu'il n'avait pas pu bien dormir la nuit dernière. Avec un long soupir, il étira ses bras au-dessus de sa tête, et tressaillit lorsqu'un petit choc douloureux se propagea de ses poignets à sa colonne.
Cela faisait deux mois depuis ce que Izaya avait appelé 'la fin'. Shizuo avait déclaré clairement qu'il ne laisserait plus Izaya mettre un pied dans sa vie avec un seul mot: adieu. Il semblait qu'ils avaient tous les deux prévu de se tuer ce soir là. En fait, c'était exactement ce que Izaya comptait faire.
Izaya espérait l'une de ces deux solutions : ou il tuerait Shizuo, ou celui-ci le tuerait. Dans tous les cas, cela aurait marché, et il aurait enfin été libéré.
Libéré de la souffrance qu'il a dû endurer à cause de l'existence même de Shizuo.
Il avait accepté ce qu'il ressentait pour lui depuis longtemps. Mais, qu'il l'aie accepté ne signifiait pas que cela influencerait son comportement.
Il était tombé amoureux d'un monstre. Non-un humain dans la peau d'un monstre. Il ne pouvait plus nier l'humanité de Shizuo après ce combat. Parce qu'à la fin, Shizuo ne l'avait pas tué. Une fois de plus, ils avaient été interrompus. Cette fois par Celty et cette Vorona. Izaya grimaça lorsqu'il pensa à elle. Elle s'était invitée dans leur combat et avait tout ruiné.
Izaya aimait l'humanité. Mais il y a avait un humain qu'il était déterminé à haïr. Heiwajima Shizuo était devenu un monstre aux yeux d'Izaya au moment où il était tombé amoureux de lui. En faisant ça, Izaya était capable de se dire qu'il ne pouvait pas montrer son amour pour Shizuo parce qu'il n'était pas humain. C'était, pour lui, la seule façon de se protéger de ses propres sentiments.
Il était préparé à y mettre fin. À tuer ou à être tué. Mais Shizuo était le seul dans ce monde qu'il autoriserait à le tuer, et cette femme avait failli tout foutre en l'air.
Les deux sortant du combat vivant n'était pas une des options prévues. Et pourtant, il était là, trois mois plus tard, de retour dans son appartement à Shinjuku comme si les choses pourrait retourner à la normale. Mais, Izaya savait que c'était impossible. Rien ne serait plus jamais comme avant. Que ce soit lui, Shizuo, ou encore Ikebukuro.
Être allongé sur un lit d'hôpital avec entre autre les deux bras cassés et une blessure au couteau aide vraiment à faire réfléchir les gens sur leurs erreurs. Ca leur donne du temps. Beaucoup de temps.
Le fait d'avoir fait entrer Shizuo dans sa vie avait été la première. L'aimer avait été la seconde, et celle qui avait eu le plus de conséquences. Et pourtant, même en ayant réalisé ça, il n'arrivait pas entièrement regretter le temps passé à essayer de remédier à cette erreur en démontrant que Shizuo était un monstre. Après tout, ça avait été amusant tant que ça durait.
Mais tout cela était fini, maintenant. Izaya ne comptait plus jamais montrer le bout de son nez à Ikebukuro. Il y avait des chances pour que cela affecte ses affaires, mais il trouverait bien un moyen pour rester en contact avec ses clients d'Ikebukuro.
"Tu devrais être content, Shizu-chan," Izaya murmura dans le vide de son appartement, "je vais finalement rester loin de toi…"
Izaya ferma les yeux, rejoignant le silence régnant autour de lui. Il allait devoir s'habituer à ne plus entendre Nami taper sur son clavier ou s'agiter dans la cuisine. Elle était partie en Amérique étudier la tête de Celty pour Nebula, laissant Izaya travailler seul. Evidemment, il a su lui faire faire un dernier travail: elle a eu l'honneur d'arranger le traitement d'Izaya dans un hôpital en dehors de Tokyo.
Le temps qu'il avait passé à l'hôpital avait été bien plus court que prévu. Izaya avait volontairement évité la rééducation afin de déménager. Il ne pouvait pas risquer de rester trop longtemps au même endroit avec les blessures reçues.
Résultat, Izaya n'était toujours pas capable de courir ou marcher sur de longues distances. Ses bras et le reste de son corps lui faisait mal et étaient toujours faible à force d'être resté au lit.
Encore plus alarmant que les conséquences physiques, l'état dans lequel un duel à mort la mit. Etant une personne qui a peur de la mort plus que tout autre chose, se résigner à tuer ou à ce qu'on le tue avait été difficile. Encore plus difficile quand une troisième option s'était ajoutée aux autres. Le résultat du stress qu'il éprouvait et de la douleur contre laquelle il avait dû lutter, Izaya se trouvait terrifié à l'idée d'affronter Shizuo encore une fois.
C'était la principale raison qui le poussait à prévoir de quitter Tokyo -ou même le Japon- pour de bon. C'était ce qu'il voulait. Tout avait commencé à devenir trop compliqué durant les deux dernières années -pas que ca n'aie pas été amusant, mais tout le monde a besoin de réaliser qu'un jour ou un autre il est temp de bouger.
Ses pensées retournaient à ce jour assez souvent. Comment ça aurait dû se terminer, face à comment ça s'était terminé.
Izaya soupira encore une fois. Il ne pouvait pas se permettre de se fixer dessus encore plus longtemps. Après tout, lui et Shizuo avaient dépassé cela. C'était fini.
...
Pourquoi ça lui faisait toujours aussi mal ?
Changeant de sujet, Izaya pris un de ses nouveaux portables (oui, tous de nouveaux portables, tous de nouveaux numéros) et appela un numéro pour le moins habituel. Il ne pouvait pas rester éloigné pour toujours. Même s'il ne revenait que temporairement, il aurait quand même besoin d'une source de revenus.
"Allo ?" une voix froide répondit.
"Shiki-san," Izaya dit.
"Orihara ?" S'exclama Shiki, sonnant presque choqué, "Ou étais-tu passé ? Pas même mes meilleurs hommes n'ont su te localiser."
"Ahh, j'étais… Parti pour un certain temps," Izaya répondit, "Je compte recommencer mes affaires avec uniquement mes meilleurs clients, en laissant les autres tomber. Le numéro avec lequel je t'appelle est mon nouveau numéro de travail. Tu es le premier sur ma liste de personnes à contacter."
"J'en déduis que tu cherches à éliminer les distractions ? Si je me souviens bien, tu t'es un peu trop investi dans… d'autres affaires."
"Tu as juste, Shiki-san. Je t'assure qu'à présent je me focaliserons uniquement sur le travail et je vais repartir de zéro.
"Repartir de zéro ?" Ricanna Shiki, "Orihara, tu as une idée du nombre d'ennemis que tu t'es fait par le passé. Disparaître pendant quelques mois et changer ton numéro ne vas rien y changer. Ton passé te rattrapera toujours quand tu t'y attendras le moins."
"Je m'en souviendrais. Pour l'instant, sauvegarde mon numéro. On peut recommencer les affaires comme d'habitude. Je suis a ton service."
"Heureux d'apprendre que tu es d'aplomb. Bon retour, Orihara."
Aucun des deux ne pris la peine de dire au revoir avant de raccrocher, et Izaya est encore une fois laissé dans le silence.
Ca faisait bizarre d'être à nouveau dans son appartement après si longtemps. Avec les années, il s'était habitué à être seul, mais à présent le silence était pesant.
Se battant avec son besoin de frissonner, il repoussa sa chaise dans le but d'aller se faire un thé, quand un nouvel email attira son attention.
Cela venait d'une personne inconnue. Il était sur le point de le jeter avec les spams, mais il lut le sujet.
"Penses-tu être en sécurité, Orihara Izaya ?"
Izaya haussa un sourcil. C'était peut être un virus, ou un spam personnalisé.
Ou cela pourrait être une réelle menace.
Réfléchissant aux risques un instant, Izaya décida qu'il s'en occuperait après avoir fait son thé. Mais une fois encore, il fut interrompu -cette fois par la sonnerie du seul vieux portable qu'il n'avait pas jeté.
Regardant l'écran sur lequel était affiché "numéro masqué", Izaya hésita. Quelque chose avait l'air étrange, là, et tout son être lui criait de ne pas décrocher, mais il tendit quand même sa main pour attraper son téléphone.
"Allo ?" Il répondit, détestant immédiatement l'hésitation dans sa voix.
"Ca faisait longtemps, Izaya. Tu te débrouille bien, je crois ?
La prise qu'Izaya exerçait sur l'appareil se relâcha soudainement, et il lui glissa presque des mains. Sa tête se vida et son corps se tendit en réponse à une voix qu'il n'avait plus entendu depuis sept ans. Jusqu'à ce qu'il se force à prendre une dure inspiration, il fut incapable de respirer.
La voix de l'autre côté s'esclaffa. "On dirait que tu te souviens très bien de ma voix. As-tu reçu mon mail ?
Une fois encore Izaya resta silencieux. Sa bouche était sèche et son corps tremblait sans arrêt. Essayer de parler alors qu'ils n'arrivait même pas à respirer correctement était inutile.
La voix, elle continua de parler, elle. " Ton silence en dit bien plus que tes mots. Je suis impressionné par ta réussite. C'est un appartement plutôt bien que tu as.
Cette fois, Izaya ne put retenir le frisson qui le parcouru. Le message trônait en plein milieu de sa boîte mail et Izaya le fixa.
Non, il ne se sentait pas en sécurité. Plus maintenant. C'était clair que l'homme savait ou il habitait et c'était insupportable
"Tu n'es pas du tout devenu plus fort, non ? Si ma voix suffit à te faire paniquer, alors que dirais-tu de découvrir ce que revoir mon visage te fera ? Regarde un peu par la fenêtre."
"Non," répliqua Izaya, ayant enfin retrouvé sa voix, même si c'était plutôt un murmure.
"Ah, il parle !" l'autre se réjouit, "Et bien peu importe que tu regardes ou non, là je peu à peu près te voir à ton bureau depuis la rue en dessous. Je l'ai déjà dit, mais on dirait une chouette (ndt: c'est juste moi ou le chouette ne va pas du tout avec le reste ?) maison."
Izaya se dit qu'il aurait mieux fait de ne pas regarder. Une vague de nausée le prit, accompagnée d'un vertige qui faillit le faire tomber au sol. Tout cela parce que juste en bas de son appartement, il pouvait voir le visage de l'homme qui hantait ses cauchemars depuis plus de sept ans.
La mâchoire de l'homme bougea alors que sa voix se répercutait, bien audible, dans la tête d'Izaya. "Je suis revenu pour reprendre mon esclave."
Un flux incontrolable de rage s'empara d'Izaya lorsqu'il entendit ces mots. "Reste loin de moi," déclara t'il à voix basse.
Après, il pressa durement le bouton pour raccrocher, et sauta hors de sa chaise, faisant fi de la douleur dans ses jambes. Se mettant vite au travail avec une expression neutre, il attrapa son ordinateur et alla droit à l'armoire ou il gardait un sac préparé à l'avance pour ce genre de situations.
Enfilant son manteau en quatrième vitesse, Izaya glissa deux portables dans ses poches, gardant le troisième dans sa main, cherchant déjà un hotel. Le sac sur les épaules, il passa par la sortie de secours à l'arrière de l'immeuble. Les escaliers poussait son corps au delà de ses limites au vu de sa condition mais le flux d'adrénaline dans ses veines le poussa à avancer. Il traversa les rues qui serpentaient derrière l'immeuble jusqu'à ce qu'il arrive de l'autre côté et appelle un taxi.
Donnant l'adresse au chauffeur, Izaya prit un moment pour fermer les yeux et analyser la situation. Il pouvait se cacher pour un certain temps. Mais il devra faire quelque chose rapidement. Cet homme était dangereux, et tant qu'il marchait tranquillement dans les rues de Tokyo, Izaya ne serait jamais en sécurité.
Izaya risqua un coup d'oeil hors de la voiture, et son regard croisa celui de l'homme ayant le potentiel de détruire tout ce qu'il avait peiné à accomplir, qui se tenait tranquillement debout au coin de la rue. La voiture démarra, et l'homme sourit. Le sang d'Izaya ne fit qu'un tour.
Tandis que le taxi tourna, cachant l'homme, les mots de Shiki lui revinrent à l'esprit.
"Ton passé te rattrapera toujours quand tu t'y attendras le moins."
Izaya serra son sac encore plus fort. Il avait dit des choses similaires à d'autres avant. C'était ironique que maintenant, lui était forcé à affronter son passé si soudainement, et probablement au moment le moins bien choisi de sa vie.
Tout en déglutissant, Izaya repoussa son anxiété à l'arrière de son esprit. Il ne pouvait pas se laisser paniquer. La peur était l'ennemi.
(ndt: je n'étais pas sûre de si je voulais continuer, mais je me suis décidée, donc je vais essayer d'être moins long.)
