Disclaimer: Naruto appartient à Masashi Kishimoto, et pas à moi.

Je n'ai pas grand chose à dire, si ce n'est bonne lecture et un grand merci à tout ceux qui ont lu et/ou laissé un review.

A FEU ET A SANG

Chapitre 2


Sakura se hâtait à travers les rues tortueuses de la ville ; la maison de thé vers laquelle elle se dirigeait était si proche de son okiya qu'elle était à pied, quoique les pluies torrentielles aient reprises. Une servante marchait à ses côtés en tenant un parapluie au dessus de sa tête afin de protéger sa coiffure. Elle avait exprimé le souhait de s'y rendre seule, mais Shizune s'y était opposé catégoriquement et avec autant de surprise qu'elle ne s'autorisait à exprimer. Depuis quand une geisha se baladait-elle seule, comme une vulgaire prostituée ?

Sakura avait ragé silencieusement, mais son apparence extérieure avait été toute contrition et compréhension, son visage aussi lisse et inexpressif que la neige. De toute façon, il fallait bien qu'elle obéisse à sa grande sœur ; et puis, elle avait déjà dû insister pour rencontrer ce client, dont Shizune avait voulu se charger. Trop d'opiniâtreté dans une journée aurait paru suspect de sa part, elle qui avait passé sa vie à cultiver l'obéissance.

Elles ne croisèrent pas grand monde en chemin ; la plupart des gens se terraient chez eux en ce jour pluvieux. Des lanternes brillaient devant les maisons, illuminant des marchands ambulants au regard hagard qui n'essayaient même pas d'attirer leur attention en vantant la qualité de leurs produits. La rue, qui débordait d'habitude de vie et de bruits, semblait terne et vide.

Sakura frissonna malgré elle. Il lui semblait sentir la présence de mauvais esprits autour d'elle. La frêle Shizune et, pour être honnête, elle-même il y avait quelques semaines, auraient reculé devant ce mauvais présage, prétextant un malaise passager, mais elle ne pouvait pas se permettre ce luxe à présent : le client de ce soir se révèlerait peut-être d'une aide inestimable.

- Sakura-san, est-ce que tout va bien… ? lança timidement la servante, une fille de quinze ans à peine.

La jeune geisha se contenta de secouer légèrement la tête en guise de réponse. Non. Elle avait tant rêvé de l'avenir, depuis qu'elle avait appris la mort de Haruno Shoichi ; reculer maintenant serait comme le laisser filer à travers ses doigts à jamais. Elle avait pris la décision de changer le cours de sa vie, et elle ne comptait pas revenir sur cette promesse.

Les deux jeunes femmes arrivèrent enfin à destination. Sakura se mit à l'abri de l'auvent du portail en attendant que sa compagne passe, et elles marchèrent ensemble jusqu'à la bâtisse. De là, elles pouvaient entendre des rires masculins rauques et le chant guttural d'un shamisen ; la rumeur habituelle d'une maison de thé à la nuit tombée. La jeune geisha se sentit à la fois apaisée et irritée par ces bruits familiers, qui lui rappelaient que trop ce qu'elle était.

Sakura enleva ses sandales d'un mouvement fluide. Le parquet de la terrasse était frais sous ses pieds, et il émettait un petit craquement musical quand elle marchait, comme le chant d'un oiseau de nuit.

Elle congédia la servante en la remerciant de ses services et la regarda sourire de ravissement - pauvre fille ; elle ne devait pas être habituée aux compliments -, s'incliner puis s'éloigner d'un pas léger en tenant le parapluie rouge au dessus de sa propre tête. Sakura la fixa un moment jusqu'à ce que la porte coulissante s'ouvrit avec un claquement brusque. Une femme d'âge mûr se tenait dans l'entrebâillement, vêtue d'un kimono d'un indigo sombre ; la propriétaire de la maison de thé.

- Bonjour, murmura la jeune femme.

- Bonjour, Sakura-san. Excusez-moi d'avoir tardé… Entrez, je vous en prie.

Elle lui sourit d'un air qui se voulait chaleureux, mais Sakura avait déjà rencontré assez de gens de son espèce pour ne pas y voir que du feu. Il était important d'attirer les geisha dans leur maison de thé, afin que leur commerce prospère, mais au fond d'eux ils les méprisaient. Elles étaient une nécessité dont ils auraient bien voulu pouvoir se passer.

La femme ramassa les sandales de Sakura et les aligna avec celles déjà présentes, puis elle gratifia la jeune fille d'un 'suivez-moi' respectueux, traversa le couloir en sa longueur, ouvrit une porte et s'effaça pour la laisser entrer. La pièce était d'une taille généreuse, et la décoration était sobre. Plusieurs tables basses y étaient disposées. Une ou deux geisha étaient déjà en train de servir leurs clients ; une autre jouait du shamisen – c'était elle que Sakura avait entendue. Des bâtons d'encense brûlaient, remplissant la pièce de fumée et d'une douce chaleur odorante.

La femme fit mine de partir, mais Sakura la retint un instant.

- Attendez, demanda-t-elle. Savez-vous qui est mon client ?

Elle ne répondit pas mais sourit et indiqua discrètement un homme assis, seul, dans un coin. Il regardait dans le vide, sans sourire, mais son expression n'en était pas sévère pour autant ; plutôt comme ironique, et même amusée. Ses cheveux gris étaient coiffés à la manière des guerriers ; un sabre court pendait à sa ceinture. A cette vue, le cœur de la jeune femme se mit à battre à tout rompre ; c'était là l'homme qui l'aiderait à transformer son rêve en réalité.

Elle s'approcha de lui à petits pas, tenant sa tête droite, essayant de camoufler sa tension. Les quelques mètres la séparant de lui semblaient être des kilomètres. Les geisha tournèrent la tête pour la voir passer, la reconnurent, et reprirent ce qu'elles étaient en train de faire, en apparence impassible ; mais Sakura savait qu'elles mouraient de curiosité ; par la nature des choses, une geisha était curieuse. Nul doute avaient-elles déjà essayé de l'approcher, et s'étaient faites refouler.

Lorsqu'elle arriva à ses côtés, il leva les yeux et elle s'agenouilla prestement, inclinant légèrement la tête en guise de salut. C'était une manière pour elle de lui montrer qu'elle était ici pour lui parler, non pas d'égale à égale – elle était une femme, et lui un homme – mais du moins, qu'elle était sérieuse, qu'elle ne serait pas une poupée sans vie, écoutant ce qu'il avait à dire sans piper mot, souriante, lui versant du thé et du saké en continu.

- Bonjour, dit-il.

Il ne semblait pas surpris de son manque de respect, ce qui était étonnant en soi.

En fait, tout en cet homme dénotait l'excentricité. Ses cheveux étaient gris, mais son visage n'était pas ridé. Ses vêtements, son apparence, ne permettaient pas de lui attribuer un statut social : il semblait appartenir à toute les classes et pourtant à aucune ; ni artisan, ses mains étaient trop souples et fines ; ni seigneur – aucun noble ne fréquentaient ce genre d'établissement, surtout habillé avec aussi peu de soin qu'il ne l'était ; on aurait pu le prendre pour un penseur ou un érudit, mais son sabre démentait cette affirmation.

C'était une des servantes qui lui avait chuchoté que Shizune avait pour client un rônin, un samouraï sans maître. Dès lors, Sakura avait été prête à tout pour le rencontrer : un samouraï, libre de toute attache qui plus est – quoi de mieux pour l'aider dans son périple ? Il avait sûrement reçu une éducation pratique, comme tous les autres de son rang. Il saurait la conseiller.

- Bonjour, Hatake-san.

- Je suis confus, répondit-il avec un sourire. Vous connaissez mon nom, alors que je n'ai aucune idée du vôtre.

Ses lèvres esquissèrent un sourire.

- Je m'appelle Haruno Sakura.

Il la contempla calmement, d'un air presque pensif. Si jamais il était étonné, il le cachait particulièrement bien. Peut-être pensait-il que c'était une coïncidence, ou peut-être n'avait-il jamais entendu parler du clan Haruno, quoique ça soit peut probable.

- Quel joli nom, dit-il enfin, et ses yeux pétillèrent d'amusement – ce que Sakura viendrait à nommer 'sourire avec les yeux' .

Elle garda le silence, soutenant son regard, et il poursuivit :

- C'est un nom illustre.

- Mon père le portait bien.

Il eut un tressaillement presque imperceptible, une sorte de tic, sans se départir de son sourire ; elle comprit qu'il s'était douté de ce qui allait suivre dès qu'elle avait prononcé son nom, mais que cette confirmation lui apparaissait tout de même comme une surprise. Pour la première fois, elle se sentit chanceuse d'être une geisha ; du moins avait-elle appris à tenir une conversation et à manier ses paroles comme un guerrier manierait un sabre, avec précision et subtilité.

- Je suis désolé. Votre peine doit être extrême.

Il ne le pensait pas.

- Evidemment, la mort d'un père peine toujours, répliqua-t-elle. Mais à vrai dire, je ne l'ai jamais connu. Ma mère, qui était une geisha, m'a emmenée loin de lui alors que je n'étais qu'une enfant. Je ne lui dois rien.

Elle prit la théière et lui remplit sa tasse, évitant ainsi ses yeux, mais elle pouvait sentir le poids de son regard peser sur son dos. Elle l'avait étonné, et maintenant il était intéressé, pour une raison ou pour une autre. C'était une bonne chose. Les hommes curieux sont plus prompts à accorder leur aide, bien que ce Hatake Kakashi ne soit pas un homme comme les autres.

- Le clan Haruno est désormais sans héritier. C'est dommage, observa-t-il d'une voix tranquille.

- Il n'a certes pas de fils, mais il a du moins une fille.

- Les femmes ne dirigent pas les domaines.

Sakura eut l'impression d'avoir été giflée, et dû lutter pour rester calme. C'était une rengaine qu'elle entendrait maintes et maintes fois avant qu'elle réussisse à asseoir son autorité ; il fallait qu'elle s'y habitue. S'y habituer voulant dire qu'elle ne devait pas s'énerver, ce qui ne ferait que convaincre son interlocuteur qu'elle était folle, et donc inapte au rôle de suzeraine.

- Le sang reste le sang, murmura-t-elle.

Il s'inclina légèrement en signe d'approbation. Oui, le sang était le sang, la famille était la famille ; le clan Uchiha n'avait eut aucun droit de s'approprier les terres Uzumaki, et il n'en avait aucun de conquérir celles des Haruno, pensa-t-elle rageusement. Mais l'ambition et la force comptaient pour plus que la légitimité ou la justice, choses que chaque guerrier prétendait respecter et bafouait en secret.

- Vous comptez donc réclamer votre héritage.

C'était une constatation, non une question. Elle hocha de la tête, et dit avec autant de sang-froid qu'elle put trouver en elle :

- Mais pour cela, j'ai besoin d'aide.

Ils se dévisagèrent. Son visage ne trahissait aucun sentiment, et elle pria avec force que le sien était de même. Ce n'était pas le moment de flancher, ou il refuserait sa proposition – car elle était sûre qu'il savait où elle voulait en venir.

Elle vit ses yeux se plisser – son sourire si particulier – et sut quelle serait sa réponse.

- Vous pourrez compter sur moi.

- Hatake-san.

Elle s'inclina jusqu'au sol. Son cœur battait avec la ferveur de l'espoir et de la joie de la réussite : elle s'était trouvé un allié.

C'était un sentiment de puissance extrême qu'elle n'avait jamais ressentit. Jusque là, elle avait toujours été seule pour fomenter ses rêves fous et ses ambitions délirantes, mais voilà que quelqu'un y prenait part et l'aiderait à les mener à bien. Elle prit brusquement conscience de la qualité surnaturelle de la scène : la pluie qui tombait, la femme prosternée qui s'apprêtait à faire ce qu'aucune de ses semblables n'avait fait, un homme qui acceptait de l'aider.

Mais pour quel prix… ? se demanda-t-elle soudain dans un éclair de lucidité. Qu'est-ce que cet homme étrange pourrait lui exiger en échange de son aide ? Elle n'osa cependant pas lui demander, craignant qu'il ne change d'avis. Il le lui ferait bien savoir assez tôt.

- J'espère avoir le plaisir de vous revoir, dit-il après quelques moments. Je vous enverrai un message.

- Bien sûr.

Elle ne demanda pas quand ça serait, car elle avait l'impression que ce n'était pas un homme à dévoiler ce qu'il comptait faire ; de toute façon, elle ne pouvait pas s'empêcher de lui faire confiance d'instinct, aveuglément presque, comme à un mentor. Il avait dit qu'il la contacterait, et elle était certaine qu'il le ferait.

- Au revoir, Sakura-san. A bientôt.

- A bientôt, Hatake-san.

Elle recula quelques instants à genoux, son front touchant encore le sol, puis elle se leva et s'en alla. Elle croisa la patronne de la maison de thé en sortant, et celle-ci lui offrit un parapluie, car il pleuvait toujours. Sakura l'accepta avec un petit sourire, cette fois insensible au dédain caché de la femme. Il lui semblait que rien n'avait plus d'importance que le voyage pour lequel elle était sur le point de s'embarquer ; cette quête de liberté qu'elle embrassait avec joie et appréhension.

- -

Une fois resté seul, Hatake Kakashi se fit pensif. Il avait accepté la proposition de la jeune femme surtout parce qu'elle l'intriguait, mais non sans arrière pensée. Sous son déguisement de samouraï errant il était aisé de penser qu'il n'avait pas de loyauté fixe ; or ce n'était pas le cas. Kakashi avait des maîtres bien précis, bien qu'il ne les respectait pas, ne les aimait pas et les trahissait sans scrupule quand l'heure l'exigeait.

Et quelque chose lui disait que ce qu'il avait appris intéresserait beaucoup ces seigneurs.


Dum dum dum (roulement de tambour). Que va-t-il se passer? Suspense! Euh... OK, j'arrête.

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