Yoho !
Finalement, je livre un peu plus tôt que j'avais prévu et vous voulez savoir pourquoi (faites pas genre que vous vous en balancez vos noix, je saiiiiis que vous voulez savoir pareille merdasse) ? Tout connement parce que j'ai appris, tout juste hier soir, que j'avais validé mon année donc… FAUT FÊTER ÇA ! Et quoi de mieux qu'un chapitre livré gracieusement par la nana extra que je suis ? Oui oui, les chevilles enflent bien, comme d'hab' :)
J'ai pas grand chose à dire, si ce n'est que j'espère que vous passerez un sympathique petit moment de lecture. Moi en tout cas j'aime bien, l'idée m'est venue comme ça et bien qu'il n'y ait rien de transcendant, ça me plait pas mal d'imaginer les choses ainsi ; en sera-t-il de même pour vous ? Telle est la question… C'est toujours la même question de toute façon ; vous aimez, ou n'aimez pas ? Vous commentez, ou ne commentez pas ? Commenter, non ? :)
Bon allez, suffit le blabla blond et chiant ! Place à la lecture !
Cultiver ou conserver l'unique ? Les deux !
Le rire gras éclate ; son de l'ogre qui bousille les notes de paix. La cohue à ses côtés resplendit d'animation et pourtant il s'en détache. Ce n'est que le fond derrière lui. L'ouïe se pare de la sourdine ; ainsi il s'isole. Que le tapage cisèle l'air. Que la pluie d'hémoglobine colore l'oxygène de son rayon vermillon. La sensation ne touche pas cet au-dehors animal. Pas même l'instrument tyrannique des hurlements n'ouvrent une brèche. Silence du corps et du temps. La pensée également se dissèque ; comment ? Simple liqueur, arôme du mal nommé ivresse.
Chaud sur l'épiderme. Chaud du sang. Chaud en dedans.
L'impression de bouillir assaille, les organes cuisant sur un feu vif. Plus la cascade de l'élixir chute dans le gosier, plus le bouillon mijote. Un flou de l'horizon infeste la prunelle. Les contours bougent telles les danseuses de nuit. Il connaît, par cœur, toujours, ces stimuli.
Grisant. Irréel ; d'être, tout en étant ailleurs.
Plus ici mais encore là, juste lui, que lui. Reste vidé. Puis vient ce moment où l'euphorie s'invite puis détonne tel le fou hurleur ; explose. Le voilà parti dans la pirouette du dérangé. Juste bouger au gré de la ferveur des sens, sans penser ni parler. Rire et chanter d'une vitalité grisée.
« Bon… Bonjour… Gr… Grey ! »
Arrêt. Stop, la déchéance du mouvement. Tout à coup la réalité tombe en un coup de massue sur le crâne.
Il se retourne ; la regarde, presque ahuri.
Bug du cerveau et de la vue qui le prend.
Image fantasque, pur délire se jouant devant lui.
Elle sourit, croquée par une charmante rougeur. Le coquelicot des joues ne se teint pas de la même manière : dans la festivité celui-ci s'habille. Nulle timidité ou autre sentiment du cœur ; le grenat de l'effluve corsée. Comme lui, sauf que c'est sur sa peau de lait que l'alcool diffuse son poison de débauche. Un détail qui ne le happe pas autant que sa voix, piquée d'une légère avidité. Si bienheureuse, dont les lettres composent les mots tachés de naturel.
Dans le normal cette exclamation, poussée en gloussant et en tournoyant, plane. Cet air lui vrille les tympans ; l'antre auditif s'ouvre enfin. Un parasite que devient alors le sucré de cette tonalité. L'écho tape la pensée, la réveille puis la ballote comme un enragé.
Grey, Grey, Grey.
Mot seul. Mot pourri qui vrombit avec vilenie. Que ça. Effarant ; il en reste coi. Inlassable, le mot se répète à jouir de son unique existence. Une chanson à la musicalité empoisonnée qui tel un venin contamine tout l'organisme. Même la puissance luxurieuse du rhum trépasse. Pire, ce dernier descend en chute libre. À peine cet alphabet, emboîté par le sournois, a rugi de vie que de suite l'ébriété est tombée à la renverse. Guère plus l'inconscient du réel mais l'enraciné du présent. L'alentour le fourche. Il voit, ressent, touche, goûte tout de ce qui se passe ou éclos en dehors de lui. Un retour vers le conscient de l'ici et non plus un détour vers la débandade de la pensée.
Non pas la foule détraquée.
Non pas les rixes de fougues bestiales.
Non pas les jurons à la composition attractive.
Non pas la manie si compulsive et jouissive de cogner.
Juste cette femme, ces dires ; ce terme.
Qui le raccroche à la terre du rationnel.
Comment peut-elle ? Oublier, effacer avec tant d'aisance ; alors qu'à l'infini cela a demeuré. Elle dit, énonce d'une normalité complètement sidérante. Ça le choc, le dérange à un point jamais cru possible. Pour la première fois il y a cette absence, celle-là même que sa langue a tant et tant ordonné. La voilà, giclant sans logique ni compréhension. Comme ça ; juste comme ça, en un coup d'éclair.
Il n'y a plus le –sama.
Non.
Juste Grey.
Appellation courante, celle nouée par tous. Il est devenu l'anodin. Sans guère plus d'importance ou de marque distinguée. Prénom qui le ramène dans la foule des autres ; ces quelconques. Plus de place réservée à lui seul.
Non.
Juste Grey.
Qui donc est le véritable enterré ? Suffixe, ou sa propre personne ? Il n'y a plus ce timbre, délicieux de singularité, lorsqu'elle s'adresse à lui. Rangé du côté des usuels. Un traitement non plus spécial mais banal. Déroutant ; cette réaction, sa réaction si brusque de stupéfaction.
Être enfin dépossédé de pareille consonance agaçante, n'est-ce pas là le désir indéfiniment revendiqué ? Haut et fort une telle sommation sa corde vocable a déversée. Sentiment d'exacte fatigue qui l'a transpercé rien qu'à l'entente de cette marque contingente d'attention. À la longue ait venu l'abandon ; jamais la disparition n'est parvenue. Jusqu'à aujourd'hui.
Grey, Grey, Grey.
Le prénom a coulé de ses lèvres synonyme de gourmandise. Ses orbes, vernis d'enthousiasme, l'ont percé d'un regard gonflé du rien. Passion envolée. Fanatisme déporté. Un vide qu'elle lui a injecté. Puis s'est détournée en tout usage. Un salut balancé à la volée, comme pour chaque mage de Fairy Tail. Ainsi le souhait sans fin réclamé s'est réalisé.
Plus de –sama.
Juste Grey.
Or ça ne colle pas.
Or ça sonne mal.
Or ça ne va pas.
Des pas embourbés de détermination sifflent dans l'oreille ; le maître glaçon trace en ligne droite et univoque au-devant. L'autour valse au gré de la démesure.
Ça s'égosille. Ça boxe. Ça jure.
Dans tous les sens et dans tous les coins le capharnaüm règne en véritable despote. Que le tumulte de la fougue humaine braille ; le coursier de l'hiver n'entend pas. La perception n'a dans sa mire qu'une chose : Jubia Loxar. Tout comme la prunelle, magnétisée vers cette silhouette dansante et pétillante.
L'avancée, déroulée dans la lenteur potelée, s'accompagne de l'envoi parfois multiple de paires de claques — fagotant ainsi la couenne d'un clinquant stigmate de rougeaud. Sur le chemin les corps bossus s'amoncellent. Enjamber, riposter, dissoner ; un semi parcours du combattant que cela devient. Puis enfin, après que la poudre du temps se soit futilement échappée de son sablier, le roi du nu sculpte ses jambes en une statue immobile.
L'aiguille du chaud tout à coup lui troue la chair. Alcool remontant ? Ou cri d'existence du sentiment ? Qu'est-ce que ça change… Il brûle tel le poulet rôti cuit à point. Rien à faire de la genèse du feu ; ça bouillonne et c'est tout ce qu'il y a.
« Jubia. »
L'appellation résonne de force. On y devine la gloutonne fermeté y dégoulinant. L'effet est immédiat : la désignée camisole son rire cristallin puis gèle la mouvance effrénée de son organisme. Se retournant, la joie coruscante de la pupille se déverse dans celle pintée de résolution du Mister Freeze.
Les lèvres se déplient à volonté, imbibées d'eau-de-vie tandis que les vocables inscrivent dans leur lettre le ton de la sollicitude.
« Quel… quelque chose ne… ne va pas Grey ? est hachée menu la réplique sous la teneur corsée de la boisson.
— Arrête de m'appeler comme ça. »
Dans la voix vibre et frétille une coulée féroce de souhait. Mieux, l'alphabet coud en son sein l'injonction farouche, celle qui ne se discute pas ; ainsi et pas autrement.
« Ju… Jubia ne comprend pas, s'exprime l'incompréhension, celle-là même confectionnée par l'ourlet du front.
— Appelle-moi comme tu l'faisais avant. »
Piètre tentative quant à délivrer l'explication sans formuler le cru si gênant du désir. Cela n'a au contraire qu'un peu plus enveloppé la mage élémentaire dans le drap cotonneux du trouble.
« C'est-à-dire ? feint l'ignorance absolue celle domptant les marées. Jubia ne saisit pas bien où veut en venir Grey. »
Perfidie ! Ces mots, ce dernier mot à la tonalité infestée d'intention. Jeu de lacune truquée que l'initiatrice des océans compose. À dix kilomètres à la ronde son minois pourtant déguisé de candeur pue la duperie. Pas même la dose excessive du tord-boyaux ne s'y trompe ; clarté pure des dires, ou rien. Tout autre essai à infester la parole de maquillage se voue à l'échec complet de la satisfaction du dessein premier.
Un pantin prisonnier de ses filets. Et ça l'agace, vile malice qui l'oblige à inscrire le dissimulé du cœur dans la réalité. Une fois le conte vrai du chant affectif déshabillé, plus de recul ou d'asile : une fissure du rempart sentimental. Or toujours sa coque d'indifférence il a préservé. Ainsi est son style d'agir. Ainsi se complaît son être, dans cette image du refoulé et du cadenassé. Comment peut-il en être autrement !? Il est Grey Fullbuster, l'expert du froid émotionnel ! Pourtant, aujourd'hui, l'iceberg qui claustre le sentiment fond et ça, c'est une évidence tout aussi terrible à révéler qu'à admettre ; une difficulté triplée du fait du non choix imposé.
Inspiration, expiration. L'air bonifiant encourage l'embarras à détaler. Ça va aller, tout va couler. Nulle prise de tête ou d'accrochage. Juste une cascade naturelle. Enrouler l'oral dans la pure neutralité, pour ainsi traduire l'indifférence clinquante quant à vouloir que se conserve le fameux mot.
« Laisse le –sama. »
D'un trait, sans heurt ni trace d'émoi. Brut et dur ; le timbre pianote l'air de l'impassible. Un imperturbable, en dehors seulement : à l'intérieur un bouillon fumeux et incandescent se fait transfuser tout le long du fleuve veineux.
Chaleur du corps, chaleur du cœur ; psyché en chaleur ?
« Le –sama ? répète la jeune femme, la naïveté toute bricolée. Quel –sama ? »
Surtout, ne pas péter une durite.
Surtout, garder le plus longtemps possible cette attitude royale de détachement.
Surtout, ne pas exposer au grand jour la fièvre enragée qui ronge.
Rester calme, insondable ; ce miroir au reflet de glace. Ne pas la laisser dominer, gagner ; le détraquer. Ça ne fait rien si l'hémoglobine incessamment monte en température. La raison ne peut guère à chaque fois refroidir la flamme ô combien instable et impondérable du ressenti. C'est normal ; logique totale. Oui, quiconque dans pareille situation se verrait à ce point fourcher par un tel raz-de-marée d'ardeur. Ce qui importe absolument est que cette lave en fusion ne provoque d'aucune manière que ce soit une irruption à la surface.
De nouvelles gorgées d'O2 empalent les poumons, tandis que le mâle aux pouvoirs frigorifiant dégorge à la perfection sa prétendue placidité.
« Celui de Grey-sama.
— Aaaaaah, ce –sama-là ! s'exclame-t-elle, la surprise préfabriquée. Et pourquoi au juste Grey-sama veut-il que Jubia continue à le nommer ainsi ?
— Fais-le, c'est tout, assène d'un ordre spartiate le brun.
— Ce n'est pas une réponse, Grey. Si tu ne lui expliques pas, Jubia fera comme bon lui semblera. »
Encore cette manie excédante d'enlacer son nom avec un réel délice d'intention. Satanique qu'elle est à prendre un tel plaisir à s'ériger en seule décideuse de l'acte et de la parole à émettre. Que demeure-t-il ? Si ce n'est la marionnette, le soumis. Ses cordes vocales — véritables renégates quant à faire croire à une féminité toute candide et angélique — tombent dans la dépravation de la manipulation. Les yeux eux-mêmes pétillent de cet éclat rutilant. Que faire ? Si ce n'est succomber, et toujours plus brûler. À chacune de ses résistances ou déroutes la braise a comme semblé doubler d'intensité.
Elle le tient, le possède.
Il abdique.
La touffeur du cœur flambe la plaque de givre.
Son verrou se décadenasse.
Fournaise de la chair.
Le réel s'en imprègne.
« Parce que… j'aime pas. »
Ce nom solitaire, dépouillé de toute attention singulière.
« Parce que… j'veux pas. »
De cette étiquette de l'ordinaire, le refourguant chez le commun des mortels.
« Parce que ça m'plaît pas. »
De ne plus être l'unique.
Car c'est comme s'il faisait parti de ceux-là ; ces inconsidérés.
Car c'est comme si tous deux nouait une relation quelconque.
Car c'est comme si elle aussi demeurait insignifiante.
Or aucun ne place l'autre dans ce monde des masses impersonnelles.
Or aucun ne ligote l'autre d'un lien normatif.
Or Jubia Loxar n'est pas n'importe qui.
Non.
En rien la femme de la pluie n'est comme tous ces autres ; transparente.
Une attraction incomprise.
Une résistance abusive.
Un trouble incisif.
Une attention possessive.
Un laisser-aller impulsif.
Une peur instinctive.
Et il n'y a qu'elle qui soit tout ça à la fois.
Elle et seulement elle.
Qui est cet unique.
L'alcool, ça a du bon : ça vous enlève ce balai que vous avez parfois dans le cul… Ce qui est un peu le cas de Grey ici, il est moins ce constipé du sentiment… M'enfin, y a un putain de chemin à faire avant que le balai soit entièrement sorti ; mais après tout, on l'aime comme ça ce pédoncule.
Merci à vous d'avoir lu jusqu'au bout, j'espère que c'était sympa et pas trop niais ; je trouve pas, même si bon…
Le prochain écrit sera posté entre le 17-22 juin.
Bon début de vacances pour certains, bon glandage pour les autres qui comme moi sont en vacances depuis perpette et puis à la revoyure j'espère !
Bonne écriture et lecture à vous !
