Bien le bonjours à tous en ce ùerveilleux samedi enfin ensoleillé - dsl mais la lumière me manquait depuis des mois.

Comme j'ai assez peu de temps personnel ce week-end, carnaval communal oblige, je vous poste le chap de wonderwall promit en vitesse^^ J'espère qu'il vous plaira !

Merci pour vos reviews, elles m'ont vachement motivée (j'en suis au 2/3 du 3^^)

Bonne lecture !


Wonderwall

Chapitre 2

So I need you

« Je suis sincèrement désolé pour le comportement de mon fils, Lily. Ce qu'il a dit était inadmissible »

« Ne vous en faite pas monsieur Potter » Lily avala une bouchée de gruau, la pâte molle ne lui avait jamais parue si amère, si sèche – l'impression qu'elle avalait du fil barbelé. « Quelque part, j'ai toujours su que … » La jeune fille soupira et détourna la tête pour cacher ses yeux humides.

Bon sang, n'avait-elle plus de nerfs ? Avant, elle était capable de tenir face à la pire atrocité sans sentir ses yeux s'humidifier et maintenant… c'était juste comme si elle était une sorte de fontaine qui pleure à chaque fois que les choses ne se passaient pas comme elle l'aurait voulu.

« Courage » William posa une main réconfortante sur son épaule « Il est buté mais je suis sûr qu'il se rendra compte à temps »

« Merci » murmura Lily en repoussant définitivement son bol de petit-déjeuner. Elle était incapable d'avaler quoi que ce soit ce matin. Elle se sentait presque comme si elle n'avait pas envie de partir. Comme si les mots de James avaient suffi à la convaincre de rester. C'était exactement comme lorsqu'elle avait reçu cette lettre. Elle était perdue entre son envie de partir et celle de rester.

James avait raison sur certains points. Oui, elle les abandonnait. Oui, elle aurait pu faire un stage à Sainte Mangouste si elle y tenait tant, elle avait les notes suffisantes. Et, bien pire, oui, elle ne s'était pas confiée à lui aussi bien qu'elle essayait de le prétendre.

James… Il avait toujours été là. Malgré qu'il l'ait blessée, elle était revenue vers lui. Elle se souvenait si bien ce jour horrible. Ce jour-là … Elle s'en souvenait si bien.

Elle avait l'impression d'étouffer, qu'elle serait incapable de vivre sans sa famille. Son père ne l'avait pas conduite à la gare, son frère n'avait pas rêvé du jour où il prendrait le train. Il ne le prendrait jamais finalement. Sa mère était restée couchée dans son lit et Lily n'avait même pas osé lui dire au revoir de peur que Dorina lui demande une fois encore comment elle osait quitter sa famille après le drame qui venait d'arriver.

Sa sœur l'avait déposée devant la station, les mains cramponnées au volant et les yeux écarquillés sur la route, sursautant à chaque voiture la dépassant. Lily comprenait parfaitement son angoisse après que les deux seuls Evans mâles soient morts en voiture. Elles n'avaient pas été capables d'échanger un mot face au départ de Lily. Elles s'étaient contentées de se serrer dans les bras l'une de l'autre.

Puis Lily s'était retrouvée face à la locomotive rouge, brillante de tout son soûl. Autour d'elle, les gens s'agitaient, discutaient et riaient. Le monde continuait à avancer. Tout se passait comme si rien n'était arrivé. C'était si étrange ... Elle se sentait plonger, suffoquer, face à la réalité.

Son frère et son père étaient morts. Et pourtant, le monde continuait de tourner. Les gens demeuraient insouciants. Ses camarades s'amusaient. Elle avait eu l'impression qu'elle allait s'effondrer, là, sur le sol, devant le train. Alors elle avait serré les poings, tiré ses bagages et s'était enfermée dans un compartiment. Puis, elle avait éclaté en sanglots, laissant toute sa tristesse s'exprimer librement maintenant qu'elle était seule. Pourquoi à ce moment-là, alors que les larmes avaient à peine passé ses yeux durant toute la semaine qui venait de s'écouler ?

Elle avait fini par retourner vers James quand elle avait eu besoin de soutien. Elle n'avait pourtant jamais dit à personne la tragédie qui s'était abattue sur sa famille. Elle soupçonnait que Remus s'en soit douté mais il n'avait rien dit et elle non plus. Visiblement, même si elle avait besoin de James pour se sortir de son deuil, elle ne lui faisait plus assez confiance pour lui confier les malheurs ayant causé son état.

« Lily ! » S'exclama joyeusement Sirius en rentrant dans la cuisine, habillé de son sempiternel bas de pyjama. « Bien dormi ? »

« Hum » Acquiesça la rousse en tentant un sourire « les draps sentaient bons »

Sirius haussa un sourcil puis éclata de rire. « Idiote. C'est quoi pour une réponse ça ? »

« Je… c'est … J'ai dormi dans le lit de James » Avoua Lily avec un petit sourire. Elle avait dormi de nombreuses fois dans son lit au cours de l'année qui s'était écoulée. Elle était presque devenue dépendante à sentir son corps près du sien ou à entendre sa respiration près de son oreille. Dormir dans son lit vide avait juste rappelé douloureusement leur dispute de la veille.

« Je lui piquerai un tee-shirt » Déclara Sirius avec un sourire en coin qui inquiéta Lily. « Comme ça, tu pourras emporter son odeur partout avec toi » La jeune fille fronça les sourcils. C'était rare que Sirius soit si gentil et mature. Cela devait cacher une intention tordue... « Mais épargne-moi le récit des cochonneries que tu feras avec ! »

Evidemment. Lily attrapa un petit pain et le balança à travers la pièce sur le garçon qui éclata d'un grand rire sonore. Lorsque la miche rata sa cible, Lily ayant toujours été très nulle pour le lancé d'objets, Sirius rit encore plus fort. Elle s'autorisa un sourire avant de voir le pain heurter la poitrine de celui qui venait de rentrer.

« On ne joue pas avec la nourriture, Evans » Déclara James d'un ton polaire en ramassant le pain par terre. La jeune fille ferma douloureusement les yeux en l'entendant l'appeler par son nom de famille. « Qu'est-ce que tu fais encore chez moi ? »

« Je… Je » Balbutia-telle, soudain très mal à l'aise. C'était tellement peu habituel qu'il soit si indifférent. Elle avait toujours connu James lui courant après, s'excusant quand ils se disputaient, même quand elle était fautive.

« Elle attend Remus et Peter pour leur dire au revoir » Répondit Sirius à sa place.

« Elle n'a rien à faire chez moi ! » S'énerva James en regardant son meilleur ami qui semblait atterré de son comportement. « Je veux qu'elle parte immédiatement »

« James, s'il te plaît…. » Supplia Lily « Ne… ne soit pas comme ça »

« Tu m'as dit que je devais faire comme chez moi » S'exclama soudain Sirius avec l'air de quelqu'un qui a trouvé un plan génial « Et Lily est mon invitée »

« Tu prends sa défense ! » Rugit James en plantant rageusement son couteau dans la table. Lily sursauta de peur. Il était si hors de lui. Elle avait juste envie de courir dans ses bras et lui dire qu'elle resterait, juste pour lui, s'il le lui demandait une fois de plus. Mais Lily avait sa fierté. Elle avait pris sa décision et ne reviendrait pas dessus.

« Je partirai dès que j'aurai vu les deux autres » déclara-t-elle en sortant de table. « En attendant, je vais aller faire un tour dans la bibliothèque »

« Continue ainsi et tu vas vraiment la perdre » Déclara Sirius en voyant la jeune fille s'éloigner vers les escaliers.

« Si facile » Grogna James en s'asseyant, ses yeux ayant perdu de leur froid pour cette lueur que Sirius n'avait jamais pu identifier. Cette lueur qui avait habité les yeux de son meilleur ami pendant tout l'été de l'année précédente et s'était peu à peu éteinte lorsque, à Poudlard, c'est dans ses bras que Lily était venue se réfugier suite à ses cauchemars.

Avec un sourire benêt, Sirius se souvint le choc qu'ils avaient tous reçu ce matin-là, ce devait être vers le trois septembre. Il s'était levé le premier, une fois n'est pas coutume, et s'était mis en tête de réveiller les trois autres maraudeurs. Mais… il avait frôlé l'arrêt cardiaque quand il avait ouvert le rideau de James et vu la tête de Lily appuyée contre sa poitrine.

Sirius se souvenait avoir accusé James d'être un traître. Il les avait bassiné tout l'été avec Lily, qu'ils s'étaient disputés, qu'elle ne voudrait plus jamais lui parler et voilà qu'ils passaient la nuit ensemble ! Remus et Pet avaient eu la même réaction… Mais quand ils avaient cuisiné James, celui-ci s'était contenté d'expliquer que Lily était arrivée en plein milieu de la nuit, complètement en larmes, apparemment bouleversée, qu'elle s'était lovée contre lui et n'avait eu de cesse de répéter 'Ne m'abandonne pas aussi'.

Doucement, sans qu'ils s'en aperçoivent, les choses s'étaient remises en place. Les maraudeurs et Lily, amis à nouveau. Même si au départ, tout le monde s'était demandé ce qu'il s'était passé, ils avaient fini par ne pas faire de recherches. Parce que Lily était leur amie et qu'elle les avait supplié de ne pas chercher à savoir ce qui c'était passé. Tout le monde avait été brisé à la fin de la cinquième et chacun avait décidé d'oublier la fin de cette année à sa façon.

Sirius soupira. Il s'était passé tant de choses en un an … Et maintenant, Lily partait.

« Puis de toute façon, les oiseaux prennent leurs balais pour Hawai cette nuit et la cuillère s'est fait prendre par le chandelier. Résultat, on se retrouve avec des placards débordants et je te parle même pas de comment la serpillière a réagi quand Elfus s'est fait la malle avec la valise »

« Quoi ? » Par Merlin, James était devenu fou. Définitivement.

Son meilleur ami lui envoya un regard noir. « Deux minutes trente, Patmol. Tu dépasses ton propre record ! » Aww… Sirius grimaça. Ça faisait donc deux minutes trente que James débitait des âneries pour tester son attention et qu'il ne réagissait pas … Tchu ! Il ferait bien d'arrêter de se perdre dans ses pensées.

« Je me demandais combien de temps tu mettrais pour courir après Lily et lui dire une bonne fois pour toute que tu l'aimes » Débita Sirius en repensant au nombre de fois que lui et Remus avaient essayé de forcer James à se déclarer… Et puis, même Lily devait se douter de ses sentiments … Pourquoi étaient-ils si aveugles tous deux, exactement ? « On peut faire une comédie romantique si tu veux »

« Pat' » Gémit James se passant une main sur le front « Ne recommence pas avec- »

« Après tout, Lily est d'origine moldue, ça devrait lui plaire … » Continua son ami « Rem se démerde avec le port des oiseaux de fer » James fronça les sourcils… Quelque chose lui disait que ce n'était pas vraiment le nom que les moldus utilisaient « pour savoir l'heure de départ de Lily, tu traverses le couloir en courant au dernier moment, elle te saute dans les bras juste avant de partir, Happy End et je suis parrain ! »

Soupir désespéré du meilleur ami. « Je ne peux- »

« Merde ! » Explosa Sirius en se mettant debout « C'est si compliqué ? Ca fait deux ans que tu traînes avec ce truc ! Tu es amoureux de ta meilleure amie. C'est si compliqué de le lui avouer une bonne fois pour toute ?! Lily est notre amie à tous et on n'en peut plus de vous voir vous- »

« J'ai promis » Déclara James d'un ton froid en se tartinant un morceau de pain « Elle sait parfaitement ce que je ressens »

« C'est toujours sur le ton de la plaisanterie, Prongs. Comment tu veux qu'elle te prenne au sérieux si tu te contentes de sous-entendus mal placés ? »

« Je le lui ai promis, Sirius » Répéta James d'un ton sérieux en relevant un regard décidé vers son ami « Ce jour… Cette nuit-là, quand elle est revenue vers moi après deux mois à me détester pour Merlin sait quelle raison… Elle m'a demandé de ne plus jamais évoquer mes sentiments. Elle m'a demandé de lui promettre de ne jamais plus vouloir être plus que son ami… »

« Et toi, comme un crétin, tu as accepté ? »

« T'as une idée de ce que c'est, de voir la fille qu'on aime complètement désespérée ? Elle était en larmes, elle tremblait et elle refusait de m'en parler. Et tu sais pourquoi ? Simplement parce qu'elle avait perdu confiance dans son ami… Il fallait bien que je… il fallait que je sois là pour elle »

« Arght » Sirius se frotta la tête « Vous m'énervez tous les deux ! »

« Tu te souviens quand elle nous a demandé de promettre de ne pas chercher pourquoi elle faisait autant de cauchemar en sixième ? » Sirius acquiesça « Tu mourrais d'envie de savoir et pourtant tu as fait ce qu'elle demandait simplement parce que tu es son ami. Même chose pour moi. J'ai promis Pat. C'est comme ça. »

« Quand même » Râla Sirius « J'ai pas envie qu'elle parte »

« Elle veut réaliser son rêve » James répéta la raison qu'elle lui avait donné d'une voix ironique, démontrant par là à quel point il trouvait cela ridicule. « Toute façon, j'ai mal à la gorge à force de lui crier dessus… Bornée comme elle est… »

« Dis Prongs » Demanda Patmol avec les sourcils froncés et un regard inquiet « Est-ce que tu lui as demandé, au moins, de rester ? Je veux dire, sans crier ? »

Un regard très noir de James plus tard, ils partirent plonger dans la piscine qui ornait le jardin arrière de l'énorme bâtisse.

oOoOo

La nuit était particulièrement noire ce jour-là, ce dernier qu'elle passait ici, dans la maison et la chambre de James alors que lui restait dehors sous la tente avec Sirius. Appuyée contre la balustrade de la fenêtre de la chambre, Lily observait calmement le ciel et les alentours du bois et de la maison. C'était si silencieux et serein la nuit. Elle espérait trouver le sommeil bien qu'elle sache pertinemment qu'elle ne fermerait pas l'œil.

Se séparer de sa famille à onze ans avait paru si difficile, si déchirant, un vrai calvaire. Et aujourd'hui, en quittant ses amis comme elle s'apprêtait à le faire, elle retrouvait exactement ce même sentiment d'abandon et de tristesse mêlé à une excitation folle face à l'aventure qu'elle s'apprêtait à vivre. Elle savait que ce serait difficile mais au cours de son temps de réflexion, l'idée lui était apparue de plus en plus séduisante et alléchante. C'était vraiment quelque chose qu'elle voulait faire.

La jeune fille soupira lourdement en jetant un coup d'œil à la lune à moitié pleine dans le ciel. Demain viendraient Peter et Remus. Elle devrait leur dire au revoir, comme à tous les autres, et s'envoler vers son avenir sans eux. C'était extrêmement contradictoire ce qu'elle pouvait ressentir. Elle voulait autant rester que partir, elle se donnait l'impression d'être autant courageuse que lâche, courante que fuyante.

Ses tergiversations furent soudain interrompues par le bruit caractéristique d'un transplanage d'escorte, ressemblant plus à un crac sonore qu'à un pop retentissant. Quand deux personnes voyageaient ensemble, on avait la sensation que la déchirure de l'air était plus forte et puissante. Lily se pencha vers le bas pour distinguer la carrure de monsieur Potter qui venait sans doute de rentrer du travail. Il y avait une femme qu'elle ne pouvait pas vraiment reconnaître à cause de l'ombre. Le père de James se pencha vers celle-ci et l'embrassa tendrement. Lily sentit un sourire naître sur ses lèvres, ils étaient toujours tellement mignon pour des parents …

La jeune fille se redressa quand la silhouette féminine repartit en transplanant. Tiens, elle ne savait pas que madame Potter travaillait ce soir. C'est à ce moment qu'elle se rappela qu'Eleonore était présente au souper. Pourquoi avait-elle été cherché William au ministère ? Elle doutait fortement qu'il ne sache pas transplaner tout seul ! Haussant les épaules, la jeune rousse se décida à aller se servir un verre de lait avant de se recoucher pour de bon. Une longue journée l'attendait.

Dans l'escalier, elle croisa William Potter à qui elle souhaita bonsoir mais il ne lui répondit pas, il ne lui adressa même pas un regard. Lily renonça à comprendre ce comportement étrange. Elle avait parfois l'impression de vivre dans un monde totalement différent du leur. Certainement avait-il dû avoir une soirée chargée.

Une fois son verre en main, Lily s'appuya contre la porte vitrée au travers de laquelle elle apercevait la tente fuchsia de Sirius. Elle avait eu l'étrange sentiment qu'il lui cachait quelque chose récemment, surtout lorsqu'il parlait de ses "petites amies". Mais Sirius avait toujours eu un comportement étrange avec la gente féminine. En cinquième, il refusait d'approcher les filles, ces monstres, à part bien sûr le professeur de défense avec qui il avait eu une relation. Elle et James l'avait surpris en train de l'embrasser à la sortir de son bureau. Celle-ci s'était fait virée à la fin de l'année et personne n'avait eu de nouvelles, pas même Sirius.

Elle pensait pourtant qu'il y avait quelque chose de sérieux entre elle et son ami mais le futur lui avait donné tort. En même temps, à la fin de cette année-là, Sirius avait révélé à Rogue l'emplacement du saule cogneur où Remus passait ses pleines lunes en tant que loup-garou. Cela avait été un tel déchirement au sein des maraudeurs que personne ne s'était vraiment intéressé à la vie sentimentale du garçon. Et puis, c'était également le moment où elle passait très peu de temps avec eux depuis qu'elle avait appris que James la trompait.

En sixième, il avait changé radicalement de point de vue. Il sortait avec une fille par semaine, leur faisant toujours le même numéro de charme idiot auquel elles ne voyaient que du feu. Au départ, il avait jeté son dévolu sur les Serdaigles. Il allait à la bibliothèque, faisant semblent de travailler pour repérer sa 'proie' puis se proposait de l'aider à porter ses livres ou à étudier un cours. Le fait qu'il soit un des meilleurs élèves les mettaient toujours en confiance sur ce sujet. Et le fait qu'il soit si mignon ne faisait que renforcer leur soudain besoin d'aide. Généralement, Sirius passait deux voire trois soirs avec une d'entre elles puis passait à la suite. Après, il était également sorti avec d'autres filles de Pouffsouffle, jamais des Gryffondors, une fois une Serpentard 'modérée' comme avait dit James.

Au contraire de celui-ci, Sirius ne faisait jamais de démonstration ou d'esclandre public, il ne parlait pas en long et en large de sa relation comme Peter et ne prêtait presque aucune gentille attention à la manière de Remus. C'était comme si c'était une sorte de corvée de sortir une fille le soir. Il était extrêmement contradictoire. Il refusait de parler de la fille avec laquelle il sortait comme s'il ne la connaissait pas assez pour aborder le sujet mais dès qu'elle était plaquée, il adoptait le comportement de don juan à deux noises de James.

James… Lily sentit sa gorge se nouer pour une raison qu'elle préférait ignorer en pensant à la manière dont lui, James Potter troisième du nom, ne privait jamais personne d'être au courant de ses histoires de cœur. Enfin, il n'y mettait jamais vraiment de cœur. Parfois, il restait longtemps avec une fille, ce qui était très mauvais puisqu'elle tombait irrémédiablement amoureuse de ce gentil garçon attentionné qu'il paraissait être alors qu'à d'autres moments, il était un véritable muffle. Ah, combien de fois ses compagnes de dortoir ne l'avait-elle pas accusé de trahir la ligue féminine ou elle ne sait quelle stupidité en était amie avec lui !

Quoiqu'il en soit, c'était dingue à quel point les aventures de James et Sirius se faisaient et se défaisaient avec tant de facilité là où toutes les autres personnes se débattaient pitoyablement. Ils avaient un don inné pour ça, c'était certain.

« Lily ? » La jeune fille sursauta et se retourna vers madame Potter qui semblait surprise de la trouver là.

« Je ne vous avais pas entendu rentrer » Dit Lily en terminant son verre « Je venais juste boire quelque chose »

« Rentrer ? » Demanda la femme « Mais nous avez soupé ensemble, tu te souviens ? »

« Oui, je veux dire- je vous ai vu repartir après avoir raccompagné monsieur Potter »

« Oh, William est rentré ? » S'étonna-t-elle en lui souriant de manière condescendante, comme si elle ne comprenait pas de quoi Lily parlait. Celle-ci s'était figée. Si ce n'était pas la mère de James que son père avait embrassé, alors qui était-ce ? « Lily, tu vas bien ? »

Non. Ce n'était pas possible ! Est-ce que le monde ne tournait qu'à ça ? Les gens étaient-ils donc incapable de s'aimer sans se trahir ? Les Potter étaient toujours fourrés ensemble, amoureux comme au premier jour, n'hésitant jamais à s'embrasser ou à se dire qu'ils s'aimaient même en public. Comment avait-il pu ramener une autre femme chez lui ? Que devait-elle faire ? Le dire à Eléonore ou pas ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Ça la détruirait sûrement. Oh Merlin, pourquoi avait-elle dû se pencher par-dessus cette balustrade exactement ?

« Tu l'as vu n'est-ce pas ? » La coupa Eléonore en posant sur elle un regard d'une infinie tristesse « Je suis désolée Lily, j'aurais voulu que tu puisses croire jusqu'au bout à cette famille »

« Vous… vous êtes au courant ? » Chuchota-t-elle en ouvrant les yeux comme si elle voyait pour la première fois cette femme qu'elle admirait tant. Que voulait-elle dire, que cette famille n'était qu'un apparat sans valeur réelle ? Non, elle ne pouvait pas y croire !

« Je sais que l'histoire de tes parents t'a marquée. J'aurais réellement voulu que tu ne découvres pas cette triste vérité » Continua l'adulte en s'approchant de Lily qui se secouait la tête en refusant d'admettre la vérité. C'était tellement impossible ! Pas eux… « Lily, écoute-moi, il ne faut pas que le passé de tes parents ou les agissements de William t'empêche de croire en l'amour, tu sais ? »

« Vous êtes en train de me dire qu'il vous trompe, que vous êtes au courant et que vous laissez faire et que je dois garder confiance en… » Lily secoua la tête plus puisement en sentant un rire tendu lui venir. « Vous mentez à tout le monde en faisant semblant d'être heureux et … »

« Qui a dit que nous faisions semblant ? » La mère de James passa ses doigts le long de la joue de Lily en lui souriant de manière réconfortante. « Ce qu'il se passe entre mon mari et moi est quelque chose que tu ne peux pas comprendre »

« Oh je vous en prie ! Vous l'aimez tellement que vous le laissez- »

« Ces choses dépassent ton entendement et le nôtre. Ce n'est rien que nous puissions contrôler Lily, ni moi, ni William. Tu entends ? »

« Je ne comprends pas »

« Je sais. J'espère que tu n'auras jamais à te retrouver face à une telle horreur toi-même. Mais n'oublie pas ce que je te dis, d'accord. Tu peux avoir confiance en l'amour, Lily, même si ça ne semble pas être le cas maintenant »

« Je ne comprends rien. Comment pouvez-vous dire que ce n'est pas sa faute ? Il vous trompe ! Ouvrez les yeux bon sang ; est-ce que tout le monde devient fou ? »

Son père. James. Son presque beau-frère. Le père de James. C'était quoi, une mode répandue autour d'elle, l'infidélité ? Et après ça, on venait lui dire d'avoir confiance !

« Lily ! » L'interrompit Eléonore en la prenant par les épaules. Elles se dirigèrent vers la bibliothèque. « Ecoute-moi bien, c'est important. Je sais que ce n'est pas quelque chose que je devrais te dire et crois-moi qu'il m'a fallu beaucoup de travail sur moi-même pour arriver à accepter la situation mais si jamais, dans le futur, tu as un doute sur les agissements de mon fils et que je ne suis plus là »

« Quoi ? Mais »

« Ecoute-moi. Tu liras ce livre, d'accord ? » Complètement perturbée, Lily prit le livre que lui tendait la femme en apercevant le titre 'Mille et une maladies magiques extraordinaires' « Ne t'inquiète pas de tout ça pour le moment, c'est vraiment inutile »

« Monsieur Potter est malade ? » Souligna-t-elle en essayant de dénouer la situation dans sa tête « Je suis complètement- Et James, qu'est-ce que- ? »

« Réellement Lily, ne t'inquiète pas pour James, ni William. Personne n'en mourra. Et puis, il y a de grandes chances que James ne soit jamais… » Eléonore soupira et montra les escaliers d'un geste du bras à Lily « Va dormir ma belle et ne te prends pas la tête tant que ce n'est pas nécessaire, d'accord ? »

« Je… Je vais dormir » Termina Lily encore complètement perturbée par ces nouvelles informations. La maladie de l'infidélité ? Elle ne pensait pas que cela puisse exister mais si c'était le cas, elle ne doutait pas que James Potter n'avait pas échappé au maléfice pour en avoir fait elle-même les frais.

oOoOo

Il se sentait abandonné, vidé, lessivé. L'impression que le rouge de la locomotive était moins rouge qu'avant, l'impression que les gens qui souriaient et riaient atour de lui étaient des hypocrites parce que sourire dans un moment pareil, c'était impossible.

Pourtant, il ne montrait rien, restant fier et droit, James Potter, maître des lieux et de Poudlard jusqu'à la fin. Il était vaniteux, inaccessible. Il faisait rêver les filles, pâlir les garçons. Il leur adressait un regard et on le lui rendait en pamoison. Oui, il dominait la foule de sa prestance. Seul.

Rien dans son attitude droite et guindée, rien dans ses plaisanteries vaseuses avec ses amis, rien dans son maintien ni même son regard ne pouvait trahir ce qu'il ressentait, cet abandon total, cet horreur d'être seul. Sans elle.

Lily. Il allait rentrer à Poudlard sans Lily. Déjà l'année passée, après qu'il ait piétiné sa fierté un nombre incalculable de fois pour elle, le fait qu'elle ne soit pas là, avec lui, le tuait. Et c'était une perspective effrayante.

N'était-il donc que ça ? Destiné à exister pour et par Lily Evans ? Incapable d'être heureux et serein quand elle n'était pas avec lui ? Il en arrivait presque à ne plus vouloir la voir, ne plus penser à elle et se détacher définitivement. Se retrouver lui-même, pour lui seulement. Mais plus il essayait et moins il avait envie de se lever le matin.

Son amitié indéfectible avec les maraudeurs avait été mise à rude épreuve aussi cet été-là, après la cinquième. Sirius qui avait indiqué le saule cogneur à Rogue, Sirius qui entretenait une relation avec la prof de défense sans même le lui dire, Sirius qui avait à peine cherché à s'excuser auprès d'eux. Sirius qui embrassait la copine de Peter aussi. Et puis Remus. Remus qui sortait avec cette fille pas nette de Serdaigle et qui ne parlait plus pendant une semaine après. Il n'était même pas amoureux d'elle ! Remus qui s'autodétruisait moralement, Remus qu'on ne pouvait plus convaincre que tout allait bien, Remus qui manquait de tuer Rogue.

Ils étaient écartelés tous. Alors ils avaient recollé les morceaux comme ils avaient pu. Il avait bien fallu. Mais avec Lily, que s'était-il passé ? Elle était devenue folle du jour au lendemain. Elle lui dit 'je veux que tout le monde sache pour toi et moi' et le jour d'après, il était un bâtard qu'elle aurait préféré n'avoir jamais connu. Et elle refusait tellement de lui dire pourquoi elle avait réagi ainsi.

Mais c'était le passé et elle avait également changé pendant ces vacances-là. Elle était brisée, à un tel point qu'elle s'était effondrée contre lui, incapable de passer une nuit seule sans se réveiller en pleurant et terrorisée. C'était comme si il était son soutien et qu'elle aussi avait besoin de lui.

Et peu importe qu'il se soit promis de ne plus accepter qu'elle lui en veuille sans raison, peu importe qu'il voulait exiger d'elle des excuses pour sa folie, peu importe qu'il mourrait de peur de ne pas pouvoir se passer d'elle pour respirer, il l'avait consolée.

C'était comme si… il n'avait pas le choix de son destin et que son destin était avec elle.

Oui, c'était joli à seize ans. Mais on était un an plus tard et elle était aux usa.

Ce serait-ce donc toujours comme ça, indéfiniment ? Lily le repoussant et lui s'entêtant dans sa direction. Il l'aimait oui, bien. Mais combien de temps pouvait-il tenir quand elle le traitait comme elle faisait. Il passait son temps à se battre pour que leur amour résiste au temps, pour qu'ils puissent être ensemble et heureux. Et elle passait son temps à trouver des excuses, des raisons, pour l'empêcher d'être là, avec elle. Pour l'empêcher de l'aimer comme il le voulait.

Et quand il n'y avait pas de raison, elle devenait psychotique ou partait sur un autre continent. Son cœur finirait par lâcher, il n'y avait pas d'autres moyens. Son cœur lâcherait, fatigué de l'attendre, de se battre, et elle n'aurait plus qu'à pleurer sur sa propre bêtise. Il avait l'impression qu'il avait déjà trop investi, que c'était trop tard et –

James Potter se figea au milieu de ce qu'il était en train de dire à ses amis et regarda la jeune fille qui trônait au milieu de la gare. Dans sa poitrine, il sentit son cœur battre furieusement. Cette créature était la plus belle chose qu'il n'ait jamais vue de sa vie. Il ne pourrait jamais en détourner les yeux, jamais s'en détourner, il le savait.

Son corps agit avant qu'il ne lui en donne l'ordre. Il laissa ses trois meilleurs amis derrière lui et s'avança vers la jeune fille qui scannait la foule avec une moue supérieure. Il ne fit pas attention au regard que les gens lui lançaient, il savait à quel point il attirait la convoitise. Mais il remarqua celui qu'on posait sur elle. Elle avait changé, c'était indéniable. Il l'avait déjà vu avant mais il était tellement braqué sur le fait de ne pas la laisser partir qu'il n'en avait pas profité. Aujourd'hui, alors que les élèves les observaient de la manière dont ils regarderaient leurs chefs s'il y en avait, il voyait seulement à quel point ils étaient semblables.

Il savait que jamais il n'abandonnerait ses sentiments, la manière dont son corps réagissait en la voyait, le désespoir pathétique qu'il infusait en elle, en eux. Ils étaient semblables, enfin, royaux, et il pouvait voir que ce n'était pas rien que son corps, son attitude. Non, aujourd'hui il n'avait même pas besoin de croiser son regard vert émeraude pour savoir que chaque fibre de son corps l'aimait autant que lui l'aimait. Que chaque jour qu'il avait passé à la convaincre de l'aimer n'avait pas été perdu parce qu'elle était le miroir de son être et de son ressenti.

Ils étaient égaux.

D'un geste conquérant, sans hésitation, il passa son bras autour de sa taille et lui murmura au creux de l'oreille « Alors, je t'ai manqué princesse ? » En ce moment, aucun autre surnom ne lui aurait mieux convenu que celui-là.

« Atrocement mon amour » Répliqua-t-elle en confirmant tous ses doutes d'amour partagé. Elle se retourna vers lui et l'embrassa tendrement, en représentation devant cette foule qui était nouvelle pour elle, puis effaça du bout du pouce une trace brillante qui lui était restée au-dessus de la lèvre.

Ils rentrèrent dans leur compartiment puis se dirigèrent vers l'arrière du train, un flux de jalousie foudroyant le traversant à chaque fois qu'il voyait un garçon la regarder d'un peu trop près, une fille l'envier un peu trop fort.

Il ne résista pas longtemps avant de la plaquer contre une plaque du train et d'observer son visage. Il était impossible d'enlever ses yeux d'elle, d'arrêter de l'aimer et de la désirer, d'empêcher son cœur de battre trop vite, trop fort, d'empêcher l'air d'emplir ses poumons avec le bonheur qui déferlait sur lui en trop grande quantité.

Parce qu'elle l'avait choisi, lui plutôt que l'Amérique.

oOoOo

James se dirigea vers sa chambre d'un pas groggy, encore rempli par le sommeil duquel il venait juste de s'extraire. Ce rêve, encore, songea-t-il avec rage. Il n'avait fait que celui-là depuis presque dix jours – comme si une force surnaturelle lui avait glissé qu'elle projetait de partir.

Il ne comprenait pas. Elle n'en avait pas parlé, jamais, elle n'avait jamais émis l'hypothèse qu'elle pourrait peut-être ne pas revenir en septième. Il ne savait même pas qu'elle avait envie de voir du pays, de voyager. Il n'avait pas la moindre idée qu'elle tenait à ce point à être médicomage. Il avait été pris par surprise.

Pourtant, il faisait ce rêve avant qu'elle ne vienne ici, depuis bien plus longtemps. Qu'est-ce que c'était ? Un hasard, une coïncidence, une prémonition ? Il aurait aimé que ce soit si facile. Mais comme d'habitude quand ça touchait à Lily, il était perdu.

La seule chose qu'il avait pour acquis était que cette faculté à faire des rêves incluant une partie de futur devait être en connexion étroite avec le fait que sa magie était décuplée par cent quand Lily était à côté de lui.

Lily. Rien que de penser à son nom lui faisait mal. Elle lui faisait toujours mal. Il se souvenait de ses émotions dans son rêve, de cette impression que c'était le destin. Lui allant vers elle, elle le repoussant. C'était vraiment ce qu'il ressentait et cette sensation que son cœur ne tiendrait pas la distance était bien sûr véridique elle aussi. Elle ne pouvait le briser ainsi, autant de fois, sans jamais le détruire totalement.

Est-ce qu'elle souffrait elle aussi, juste un peu, de cette perspective de séparation ?

Est-ce qu'elle avait la moindre idée de ce que ça faisait de se rendre compte un matin qu'on est amoureux et que sa meilleure amie ne veut rien entendre. De ce qu'on ressent quand sa petite amie devient une folle furieuse qui crie sa haine à longueur de journée. Est-ce qu'elle a seulement un indice de l'état dans lequel ça me met quand elle me réveille en pleine nuit, les joues baignées de larmes et les yeux emplis d'un désespoir plus profond que l'enfer ?

Est-ce qu'elle sait à quel point je l'aime et jusqu'où je serais prêt à aller pour elle, par amour pour elle. Est-ce qu'elle soupçonne à quel point je me déteste pour être si faible, incapable de ne pas l'aimer, comme si cela m'était imposé ?

James secoua la tête, se raillant lui-même de ses mots. Quel crétin. Il avait envie de rire pour penser toutes ces choses pathétiques, sirupeuses, romantiques. Ce n'était pas sain pour un garçon de dix-sept ans aussi viril que lui de penser à des choses si …mièvres, écœurantes. Il avait la tête d'un mec sentimental ?

James poussa doucement la porte de sa chambre et s'appuya contre la chambranle, les bras croisés contre sa poitrine. Il ne ferait rien de plus, ne dirait plus rien. Elle avait décidé de partir ? Très bien, qu'elle parte. Et lui trouverait en lui juste assez de contrôle pour ne pas lui montrer à quel point il était faible devant elle, à quel point il était blessé et furieux. Jamais plus il ne supplierait Lily Evans.

Elle était dans sa chambre, dos à lui, regardant quelque chose par la fenêtre. Il se racla la gorge bruyamment pour lui indiquer sa présence. Elle sursauta puis se raidit. Il vit ses mains essuyer ses joues et elle se retourna vers lui. Elle avait les yeux rouges, comme si elle avait été sur le point de pleurer mais bien sûr elle n'avait pas pleuré. Lily ne pleurait jamais, sauf quand elle dormait. Elle ne pleurait jamais avec cette volonté indestructible dans sa tête qui lui disait que pleurer, c'est se montrer faible.

Lily n'était jamais faible autre part que dans l'obscurité de la nuit.

« Je suis juste venue récupérer quelques affaires » Expliqua-t-elle sa présence dans la chambre avant même qu'il demande. James haussa les épaules et se dirigea vers son lit que lequel il s'étala. Il n'avait pas envie de dormir. Outre le fait qu'il soit quatre heures de l'après-midi, il venait de faire une sieste sur le transat dehors et avec ce rêve incessant …

Il surprit le regard de Lily sur lui un instant avant qu'elle ne détourne les yeux avec empressement. Il sourit, se sentant d'humeur presque cruelle. Il avait envie de lui faire mal autant qu'elle lui avait déjà fait mal. Qu'elle supplie pour son pardon. Bien sûr, il ne la ferait jamais souffrir autant, il en était incapable.

« J'ai fait un drôle de rêve » Dit-il après un moment de silence. Lily rassemblait des objets à elle sur son bureau et ses mains tremblaient. « Tu étais jolie »

Elle émit un grognement cynique. « Ca doit faire une sacré différence » Constata-t-elle en levant les yeux au ciel. Elle savait parfaitement que lui plus que tout autre ne la trouvait pas laide. « J'en ai fait un aussi »

« Que je sois beau et désirable n'est pas un fantasme, Lily » Lui fit-il remarquer avec arrogance. Elle tourna vivement la tête vers lui pour le fusiller du regard mais – et James le perçut tout autant – elle fut incapable de nier son affirmation.

« Oh non, tu étais intelligent »

Il ricana « Tu n'as toujours pas digéré que j'ai fait une meilleure note que toi en enchantement l'année passée » Répliqua-t-il en croisant ses bras derrière sa tête, amusée de voir à quel point c'était facile de communiquer avec Lily en étant agressif.

Elle se stoppa, les mains appuyées sur le meuble et soupira lourdement. « Tu sais quoi, tu as raison. Je n'ai pas fait de rêve où tu es intelligent parce que tu l'es déjà. Je n'ai pas rêvé que tu sois beau parce que tu l'es déjà. Je n'ai pas rêvé que tu étais désirable parce que tu l'es déjà. Je n'ai pas rêvé que tu m'aimais parce que tu le fais déjà. Je n'ai pas rêvé que tu étais là pour moi à chaque fois que j'en ai eu besoin parce que tu es déjà là. Tu es heureux ? Va en enfer »

James se redressa sur un coude en observant Lily trembler littéralement de tout son corps. Elle semblait sur le point de craquer, sur le point de laisser une fontaine d'eau percer ses yeux. Sur le point de renoncer. Et c'est exactement ce qu'il voulait. Qu'elle renonce à l'idée idiote de partir.

« J'aurais espéré que tu rêverais de moi tout court » Prononça-t-il sans trop d'animosité. Comment aurait-il pu en la voyant comme ça, secouée des spasmes des sanglots qu'elle ne voulait pas laisser sortir ?

Elle renifla avec furieux et ironie. « Et bien il semble que tout ce que je puisse faire c'est rêver de moi » Contra-t-elle en s'énervant – sur elle-même « Moi devenant jolie, moi devenant vaniteuse, moi méprisant les autres, moi étant meilleur que les autres, moi t'aimant, moi prenant les bonnes décisions, moi devenant… comme toi. Wouah, quel rêve de dingues ! » Elle rigola gauchement, jaune. « Je suis pathétique. C'est au moins une chose que nous avons en commun »

« Une robe blanche, des chaussures noires, des cheveux dix centimètres plus courts. N'est-ce pas, princesse ? » Répondit James en ne s'étonnant même pas autant qu'il aurait dû le faire. Lily se figea et se retourna vers lui. « C'est vrai que tu es vaniteuse à te nourrir de l'envie de devenir aussi parfaite que moi. Je n'aimerais pas que les gens te regardent comme dans ce rêve »

« Tu… toi aussi ? »

James se releva et vint se placer juste en face de Lily. « Allons Lily. Le même rêve, les pouvoir, et tu crois que c'est possible que les forces de la nature permettent que nous soyons séparés pendant un an ? »

James rit, content de son raisonnement, et quitta la chambre en se sentant soulagé. Il ne savait pas comment mais il savait qu'elle ne partirait pas. Et pour le moment, il ne se souciait pas du prix que cette affirmation couterait. Tant qu'elle restait, tout était bien.

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Lily se jeta un coup d'œil dans le miroir et secoua la tête. Ce n'était pas malin de s'être habillé ainsi. C'était comme si son subconscient criait 'Hé James, regarde-moi. Empêche-moi de m'en aller'. Elle savait qu'il adorerait cette tenue. Alors pourquoi rendait-elle les choses plus difficiles encore en la portant ?

Son regard se posa sur sa table de chevet, sur le livre de madame Potter et elle grimaça. Elle voulait dire au revoir à ses problèmes, au revoir à toutes ces choses bizarres ici comme les rêves avec James et cette histoire de malédiction. Lily se pinça les lèvres et regarda à nouveau le livre. Elle ne voulait pas le prendre avec elle. Symboliquement laisser ses problèmes ici par le billet du bouquin.

Elle s'en inquiéterait en revenant. Voilà, parfait. Décision prise, elle empoigna sa valise et alla cacher le livre dans une alcôve discrète derrière la poubelle de la cuisine. Quand elle reviendrait, elle savait qu'elle aurait l'occasion de le récupérer. Et si elle n'avait pas l'occasion de revenir dans la maison de James, cela voulait dire qu'elle n'aurait plus besoin du livre. Elle ne voulait pas penser à cette éventualité pour le moment.

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« James ? » Le jeune homme releva la tête de la lettre qu'il était en train d'écrire. Remus se tenait dans l'embrasure de la porte, les bras croisés. « Lily s'en va. Tu viens lui dire au revoir s'il te plaît ? »

« Non »

« James… »

« Elle ne partira pas Lunard. Laisse tomber. Elle va revenir, tu vas voir »

« Peut-être que si elle voit que c'est sans importance pour toi, elle partira pour de bon » Remarqua le loup-garou « Dans moins de trente minutes, elle sera à l'aéroport et on ne pourra plus rien faire. Si tu ne le fais pas maintenant … »

James soupira et se leva de sa chaise en traînant les pieds. En jetant un coup d'œil par la fenêtre, il aperçut Lily debout à côté d'une voiture noire, sa valise aux pieds. Elle semblait regarder la maison en attendant quelque chose, ou quelqu'un. James sourit, sentant la cruauté naître en lui sous le joug de la colère, et se coucha dans son lit.

« Non. Si elle veut un adieu, qu'elle vienne elle-même » Répliqua-t-il à Remus qui se retournait pour lui dire de se dépêcher. Le jeune homme fronça les sourcils puis marmonna quelque chose à propos des têtes de mules. Dès qu'il eut disparu dans le couloir, James alla se reposter à la fenêtre.

Lily ressemblait à ces héroïnes de roman, parée de ses plus beaux apparats pour s'en aller vers une contrée lointaine. Elle portait une blouse noire qui prenait le vent et découvrait son ventre blanc au-dessus d'une petite jupe en jeans qui lui donnait un air juvénile et atrocement attirant.

Quelques minutes plus tard, il aperçut Remus sortir de la maison et dire quelque chose à la jeune fille qui leva les yeux vers sa chambre. James resta derrière sa fenêtre et croisa son regard. Il savait ce qui allait se passer- ils allaient lutter jusqu'au moment où l'un des deux céderait et rejoindrait l'autre. C'est elle qui rentra dans la maison.

James fronça les sourcils en la voyant disparaître de son champ de vision. Pourquoi avait-elle cédé si rapidement ? Ce n'était vraiment pas dans les habitudes de Lily de le laisser gagner et surtout pas sans se battre. C'était un côté de leur relation qu'il adorait au moins autant qu'il le détestait. Mais là, alors que la rancœur qu'il éprouvait à l'encontre de la jeune fille lui aurait donné l'énergie de lutter contre elle pendant des heures – et ça, malgré son envie de courir dehors lui hurler de ne pas partir – elle … abandonnait.

« Je ne pouvais pas partir sans te voir une dernière fois » La voix de Lily à l'entrée de sa chambre le sortit de ses réflexions. Il se retourna et elle se tenait là, les bras croisés sous sa poitrine, les yeux baissés et le dos légèrement vouté – comme si elle avait peur de lui.

« Regarde-moi alors » Répliqua James avec ironie « C'est fait exprès ta tenue ? »

« Tu as un problème avec mes habits ? » Lily releva le regard et affronta celui de James en retrouvant avec une facilité extrême sa capacité en se disputer avec lui. C'était quelque chose d'inné et peu importe que ce soit sur le ton de la plaisanterie quand ils étaient amis ou pour se blesser mutuellement, elle ne pouvait pas ne pas répondre à ses provocations.

« Si ton seul but était de te taper un mec, y'avait pas besoin de changer de continent » Remarqua James avant d'ajouter « Il existe des paumés même en Angleterre »

Lily ouvrit la bouche, sur le point de faire une remarque vindicative, mais la referma presque aussitôt en soupirant. Elle fit un pas en avant et James fronça les sourcils en se demandant ce qu'elle faisait. « Si c'est la dernière fois que je dois te voir avant un an » Commença la jeune fille en faisant un autre pas « Autant en profiter, n'est-ce pas ? »

A l'évocation de son départ, James sentit sa gorge se contracter. Il était sûr que le rêve était en partie prémonitoire, sûr que les choses se passeraient bien pour lui et Lily mais le départ se rapprochait de plus en plus et il semblait qu'elle ne doutait pas. Il sursauta quand la main de la jeune fille caressa sa joue.

« En profiter ? » Répéta-t-il en haussant un sourcil suggestif. Sa main glissa dans sa nuque et elle l'embrassa.

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Lily était sur le quai de la gare et regardait la locomotive rouge partir. À la fenêtre, James la regardait s'éloigner, la main sur la vitre, le désespoir dans les yeux. Elle-même se sentait horrible. Quel genre de personne égoïste était-elle donc devenue ? Elle abandonnait les gens qu'elle aimait tellement pour se faire … une expérience professionnelle ?

Sûr qu'en allant à Phénix, elle deviendrait un médicomage renommée, qu'elle trouverait une place où elle voudrait, dans la meilleure université, le meilleur hôpital. C'était sa chance. Mais voulait-elle faire passer sa vie publique devant sa vie privée ? Pouvait-elle vraiment… partir ?

C'est trop tard maintenant. Songea Lily en se reprenant. Ses amis seraient toujours là à son retour même si James prendrait son temps avant de lui pardonner. Mais il lui pardonnerait, il lui pardonnait toujours. Autant qu'elle finissait toujours par revenir vers lui, d'une manière ou d'une autre. C'était le destin.

Lily se passa une main dans les cheveux, souriant vaguement quand ses doigts rencontrèrent le vide plus vite qu'espéré. Se couper les cheveux était une chose qu'elle ne faisait pas souvent. Uniquement quand elle prenait de bonnes et grandes résolutions pour sa vie. Comme partir aux Etats-Unis. Parce qu'elle était contente de s'en aller, n'est-ce pas ?

La jeune fille se dirigea vers la sortie du quai en se demandant pourquoi elle était venue dire au revoir au jeune Potter. La séparation n'avait été que plus difficile après avoir vu l'espoir qu'elle ne partait finalement pas dans ses yeux. Après avoir gouté une dernière fois à ses lèvres chaudes, à son embrassade accueillante.

Alors qu'elle allait passer la barrière magique dans l'autre sens en compagnie des familles venues accompagner leur progéniture, un énorme bruit retentit dans toute la gare, paralysant les sorciers. Le sang quitta son visage et avant qu'elle ait compris ce qu'elle faisait, Lily était sur la voie ferrée, courant après le Poudlard Express comme si elle pouvait le rattraper.

Il y avait une légère montée et elle voyait pourtant déjà la fumée au loin. Un énorme nuage de fumée noire montant vers le ciel comme provenant d'un brasier. Un énorme feu produisant une tonne de fumée. A bout de souffle, Lily s'arrêta et osa lever les yeux vers l'horizon. Et comme dans ses pires cauchemars, elle aperçut le cadavre de la locomotive rouge.

Le train avait déraillé et reposait à plusieurs mètres de la voie, tous les compartiments centraux étaient en feu. Quelques élèves tentaient de s'extraire du fourneau en criant à l'aide. Lily aperçut Sirius sortir du premier wagon, le front en sang et la moitié du visage arraché. Son cœur se broya dans sa poitrine et elle reprit sa course effrénée vers le train sans se soucier du danger.

« JAMES ! » Hurla-t-elle, sentant son visage se noyer dans ses larmes. La fumée l'empêchait de respirer correctement et ses yeux se mirent à lui brûler « James ! » Avancer, toujours plus loin, ne pas perdre l'espoir. Sans détacher son regard de la silhouette de Sirius, elle accéléra, criant de plus belle « James ! » autant que ses poumons intoxiqués le permettaient.

Puis, comme une résonnance de ses propres cris, la voix de Sirius s'éleva « James, non ! »

Quand Lily arriva, il était déjà trop tard. Il y eut une autre explosion. Elle se sentit projetée dans les airs et atterrit avec fracas à l'intérieur d'un wagon. Sans prendre la peine de souffrir de ses blessures, elle rampa et sa main se posa au creux de celle du cadavre de James Potter. Maintenant, elle pouvait laisser la mort venir la chercher aussi.

Car jamais elle ne pourrait vivre sans lui, il n'y avait pas de questions à se poser sur ce sujet.

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Lily se réveilla en sursautant et ouvrit brusquement les yeux. Elle dut respirer quelques fois et se faire violence pour se calmer et observer où elle se trouvait. Le hall de l'aéroport. Elle s'était endormie dans la salle d'attente avant l'embarquement. Ce n'était qu'un rêve.

La jeune fille soupira et se passa la main sur le visage. Elle avait peur de partir. Et si James avait raison ? Si, comme lorsqu'ils étaient en cinquième, ces rêves n'étaient pas de simples rêves ? Après tout, ils faisaient tous deux le même. Et ce rêve avait changé. Il ne disait plus qu'elle prenait la bonne décision mais bien qu'une catastrophe allait se produire.

Comme une automate, elle abandonna son sac sur son siège et se dirigea vers les toilettes où elle s'aspergea le visage d'eau. Elle avait du mal à respirer, comme lorsque la fumée encombrait le chemin dans son rêve. Elle releva les yeux sur son reflet dans le miroir et avec horreur repéra une trace de suie sur sa joue.

Dans sa poitrine, son cœur accéléra douloureusement et sa main tremblait quand elle effaça la trace. Ses propres doigts étaient… couverts de sang.

« C'est un cauchemar… » Murmura la jeune fille d'une voix vibrante. Un cauchemar qui recommençait à peine un an et demi après le dernier.

La dernière fois, le rêve qu'elle partageait avec James montrait un dragon furieux qui les poursuivait jusqu'à les retrouver et les tuer. Elle avait encore une trace de brûlure sur la cuisse qui ne s'effaçait pas. Lui avait une énorme cicatrice sur l'abdomen, souvenir de l'éviscération dont il avait été victime dans son cauchemar. Ces traces étaient la preuve que ces rêves n'étaient pas que le produit de leur imagination. Il ne fallait pas les ignorer.

Lily observa l'eau teintée de rouge par le sang de ses mains disparaître dans le lavabo et ferma les yeux un instant. Elle savait ce qui lui restait à faire pour empêcher un malheur d'arriver. Elle avait retenu ses leçons. Elle serait sage et ferait ce que son inconscient lui dicterait.

James avait raison. Elle ne partirait pas.

Comme le dragon l'avait si bien dit lorsqu'elle avait quinze ans, la malédiction gagne toujours.

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Plaqué à la vitre, il regardait la silhouette figée de Lily disparaître dans le lointain. James soupira et se dirigea vers le compartiment de ses amis. Il avait tellement cru qu'elle était revenue sur sa décision en la voyant apparaitre sur le quai. Mais elle n'avait pas sa valise et venait seulement lui souhaiter bonne route.

James ouvrit la porte coulissante en jetant un regard atterré à Sirius qui arrivait à rire dans une telle situation. Il y eu un couinement, le bruit d'une explosion puis tout se mit à bouger. Il se sentit voler, cogner le plafond puis le sol. Il atterrit sur le sol et eut le temps d'apercevoir la porte du compartiment glisser vers lui avant qu'elle ne broie tous les os de sa gorge.

Puis il n'y eut plus rien. Lily et lui avaient été séparés, le destin se contentait de reprendre ses droits sur leurs vies.

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Quand James ouvrit les yeux, il n'essaya pas de respirer ou de déglutir. Il avait l'impression que sa gorge avait doublée de volume. Et une phrase vieille de plus d'une année résonnait dans son esprit. La malédiction gagne toujours ; Lily ne devait pas partir.

Il sauta hors de son lit sans se rappeler de s'y être couché et passa par la salle de bain pour essuyer les traces de suie qui ornaient son visage. Il y avait une longue trace rouge entre sa pomme d'Adam et sa nuque, là où la porte l'avait quasiment décapité. Presque par automatisme, sa main toucha la zone de son ventre barrée d'une large cicatrice et il frissonna.

Il ne laisserait pas Lily s'en aller. Il ne voulait pas d'une funeste fin. Il savait que quelque chose comme ça se passerait. Elle n'avait pas le droit de partir, leurs vies étaient étrangement reliées par une force bien plus puissante qu'eux et il n'y avait pas de choix dans cette situation.

Il descendit Les escaliers quatre à quatre et cria le nom de ses amis en enfilant un blouson moldu. « Remus ! Sirius ! Peter ! On doit partir ! » Les maraudeurs accoururent et se précipitèrent derrière lui dans le jardin de devant.

« James, qu'est-ce qu'il se passe ? » Cria Sirius en le rattrapant

« Il faut empêcher Lily de partir ! » Répliqua James « On peut prendre ta moto ? Lunard et Queudvert nous rejoindrons »

Sirius fronça les sourcils mais la lueur dans le regard de James et l'urgence qu'il mettait dans son ton le convainquirent. « Allons-y »

James ouvrit le portail, les mains tremblantes de peur d'arriver trop tard. Mais il était déjà trop tard. Un bruit énorme résonna et il se sentit projeter sur le sol. Sans faire fit de la cause de ce tremblement, il se redressa et continua à avancer vers la sortie à quatre pattes. A côté de lui, Sirius s'assit et regarda derrière lui.

« Prongs, tes parents… »

And then leave me standing here
Like the fool who is drowning in despair
And screamin'
Oh no I can't let you go,
My little girl
Because you're holding up my world,
So I need you

[So I need you, 3 doors down]