Crédits : l'univers de Bleach et ses personnages appartiennent à Tite Kubo.

Bonjour ! Comme promis, je poste rapidement le chapitre 1, puisque le prologue était court ! On commence à rentrer un peu dans le vif du sujet.

Merci aux personnes ayant ajouté cette fanfic en followers et en favoris !


Chapitre 1 : Terres arides

« Désormais, tu feras partie de la famille Kuchiki. Je veillerai sur toi. »

Le ton était froid, les paroles sonnaient de façon creuse, comme si celui qui les avait prononcé récitait un texte répété. Jusqu'ici, rien d'anormal pour celui qui le connaissait. Or, à cet instant, elle le voyait pour la première fois. Et la première impression qu'elle en retirait, c'est qu'il ressemblait à un bâton rigide sous un froid glacial. Elle l'avait écouté parler sans un mot, dans un silence religieux ou plutôt apeuré. Elle cherchait la sincérité dans des mots énoncés avec si peu de ferveur, d'une façon raisonnée, colorés d'aucun sentiment.

Pourtant, quelque chose luisait au fond de son regard et c'est pour cette raison qu'elle lui prêta attention et qu'elle réfléchit par la suite à ce qu'il lui avait dit. Ce qu'elle avait entrevu tenait en deux mots : de la détermination et… de la souffrance ?

Après cela, elle s'était demandée pourquoi elle. Parfois, elle se posait encore la question.

_ Nii-sama.

Le silence accueillit son réveil. Rukia se sentit tout de suite mal, ses oreilles bourdonnaient, son corps lui semblait en morceaux et la différence notable entre son cerveau et de la bouillie, c'est qu'elle parvenait encore à réfléchir un peu. C'était comme si un orchestre particulièrement bruyant avait pris place dans son crâne, lui jouant une sempiternelle fanfare qui monopolisait toutes ses capacités de réflexion. Ce genre de réveil aurait pu lui faire penser à de la gueule de bois, si Rukia en avait seulement fait un jour les frais. Et ce n'était pas le cas. Non, elle comparaissait plutôt ça à un mauvais rêve, dont on s'extirpait difficilement, à ceci près que celui-ci était entrecoupé de souvenirs. D'ailleurs, pourquoi avait-elle revu l'instant où son destin avait basculé ? Du Rukongai, elle avait rejoint les hauts rangs de la société des âmes aux côtés de Byakuya Kuchiki. Pourquoi revoir ce moment qui avaient lié sous un sceau familial factice deux destins si opposés ? Ces réminiscences lui rappelèrent ses propres doutes, aussi les chassa t-elle de sa mémoire. Il y avait plusieurs choses que Rukia n'aimait pas, dans la vie, et parmi elle, on pouvait compter le doute. Ne pas maîtriser une situation, c'était la suprême horreur, le châtiment divin, le déferlement de la météorite, bref, c'était tout simplement impensable. Plusieurs fois, la Shinigami avait tenté de se canaliser, mais elle avait fini par penser que vouloir tout contrôler, c'était inscrit dans ses gênes.

Comme sa migraine s'amplifiait, elle se redressa, espérant qu'en ouvrant les yeux, elle verrait le manoir Kuchiki. Un oiseau se poserait sur une branche et il chanterait gaiement, non loin des cerisiers qui fleuriraient la saison venue. La sérénité de la demeure Kuchiki apaiserait son âme, la rassurant aussitôt tel un baume appliqué sur une plaie. Paradoxalement, Rukia était à la fois courageuse et craintive. Ses propres peurs, elle les transformait en force. Seulement, parfois elle subissait la dure sanction de l'échec. Et chez les Shinigami, on ne plaisantait pas avec l'échec. N'était pas Dieu de la mort qui le voulait.

La jeune femme pria alors de toutes ses forces, avant d'affronter la réalité du réveil. Et ses épaules s'affaissèrent sous le poids de la déception, durant ce fugace instant où l'on y croit encore et où l'on finit par comprendre petit à petit que la réalité a décidé de se jouer de nous. Visiblement, elle n'avait pas prié assez fort…

Par réflexe, mue par une douleur lancinante, elle se toucha le crâne et sentit quelque chose de dur collé à ses cheveux. Lorsqu'elle ramena sa main devant ses yeux, elle vit une sorte de croûte sombre, presque noirâtre, s'étioler sur ses doigts. Du sang séché…

« Fantastique ! Il ne manquait plus que ça ! On ne pourra pas dire que je ne sais pas soigner mon entrée », Songea la Shinigami, dissimulant son dépit par des sarcasmes. Ainsi, ce n'était donc pas un rêve. Rukia soupira, essayant de trouver une explication probable… en vain. Et cela aussi, ça l'agaçait. L'échec n'était pas une pilule qui passait facilement. Mais alors, échouer sans savoir pourquoi, ça, cela ne passait pas du tout dans l'esprit de la Shinigami.

« Au moins, je suis vivante. Je suppose que c'est un bon début », se raisonna t-elle.

Rukia n'était pas aussi pragmatique que son frère adoptif et elle savait relativiser.

Elle se redressa donc afin de voir où elle se trouvait, mais ce qu'elle découvrit la fit écarquiller les yeux de stupeur. Devant elle, s'étendaient des terres arides complètement dévastées, brûlées par le soleil. L'ombre se faisait rare sous l'immensité du ciel, qui surplombait ces vastes plaines calcinées telle une voûte oppressante. Rien à voir avec la vision que Rukia s'était faite de Karakura. Aucune habitation n'était visible et ce en regardant vers l'horizon. Non, c'est un immense désert qui se dessinait sous ses yeux. Le peu de végétation semblait suffoquer au milieu de ce morne décor. Quant au vent, il soulevait parfois des particules de terre, saturant l'air.

Mais il ne s'agissait pas là du plus étrange. Des sabres et des lances étaient plantés dans le sol, tout autour de la Shinigami, comme si elle se trouvait sur un ancien champ de bataille, désormais à l'abandon. De vieilles oriflammes claquaient dans le vent étouffant, des étendards jonchaient le sol.

S'arrachant à cette vision lugubre, la Shinigami fit un pas en avant et sentit quelque chose craquer sous son pied. Surprise, elle baissa les yeux par pur réflexe et découvrit…

« Beurk ! Des ossements ! Moi qui croyais que le pire était derrière moi ! Ne cries pas, Rukia, respires ! ».

Un Dieu de la Mort traitait habituellement avec des âmes, pas des squelettes.
Plus elle avançait dans ses prospections, plus elle prenait conscience qu'il était impossible qu'il s'agisse de Karakura. Elle savait quand même à quoi ressemblait une ville moderne et ce paysage macabre en était bien loin. Elle aperçut, au loin, quelques constructions en ruines qui confirmèrent ses soupçons. Vu l'état des bâtisses rudimentaires, le feu les avait toutes calciné. Que s'était-il passé dans cet endroit ? Et surtout, si elle n'était pas à Karakura, où se trouvait-elle ?

« C'est bien ma veine ! Pesta la Shinigami. Je suis perdue dans un lieu inconnu ! Tout ça c'est la faute de ce maudit Papillon ! Comment a-t-il fait pour disparaître ! ».

Mauvaise foi, et puisque le papillon n'était pas là pour se défendre –les absents ont toujours tort- elle lança un coup de pied rageur dans la pile d'ossement qui se trouvait à ses pieds. Prenant subitement conscience de son geste et de sa puérilité, elle se força à se calmer, histoire de réfléchir plus posément à diverses éventualités.

Elle se souvenait s'être cognée la tête. Contre quoi, elle l'ignorait. Puis, elle s'était évanouie et n'avait pas pu poursuivre sa course. Dépitée, elle constata que le résumé de sa situation ne faisait que confirmer une chose : elle ne comprenait rien à rien dans cette histoire.

« Le plus logique, c'est que je sois encore bloquée dans le Monde du Précipice. Mais Nii-sama m'a parlé du nettoyeur. La lumière vive que j'ai aperçue derrière moi devait le précéder. Dans ce cas là, pourquoi suis-je encore en vie ? Et quel est cet endroit austère ? ».

Un corbeau vint se percher sur la poignée d'une épée fichée dans le sol. Il croassa en regardant Rukia, puis entreprit de lisser ses plumes sombres avec son bec. Le mot « austère » continua de résonner dans la tête de la Shinigami, alors qu'elle fixait l'animal avec une mine quasi-désespérée.

Toutefois, ce n'était pas dans son caractère de se laisser aller. Elle allait trouver une explication à tout ça. Pour le moment, elle choisit de « visiter » les alentours, afin de comprendre un peu mieux où elle se trouvait. Après tout, elle croiserait peut-être quelqu'un qui pourrait l'éclairer.

« Si tant est que quelqu'un soit assez fou pour vivre sur ces terres ravagées. »

La découverte des armes et des ossements n'était pas pour la rassurer. Une bataille avait eu lieu à l'endroit même où elle se tenait et elle ignorait de quand elle datait. La jeune femme n'écarta pas la possibilité que le danger rôde encore en ces lieux, bien qu'elle ne voie personne pour le moment.

Elle repéra un chemin qui serpentait entre d'énormes rochers et des touffes d'herbe sèches. Cet endroit paraissait si inhospitalier et inhabitable qu'elle se demandait si elle y trouverait seulement quelqu'un. Elle leva les yeux au ciel et ce dernier lui parut plutôt menaçant, avec des tendances orageuses. D'épais nuages gris se formaient très bas, contribuant à la lourdeur de l'atmosphère.

« Quand je pense qu'à la Soul Society, il fait quasiment toujours beau… »

Elle résista à la tentation de céder à l'abattement. S'effondrer au milieu du désert et pleurer un bon coup avait soudainement quelque chose de tentant, quoique profondément inutile.

Quoiqu'il en soit, elle savait ne pas avoir le choix. Rester ici ne lui apporterait aucune réponse, à moins qu'un portail ne tombe du ciel pour l'emmener très loin. Elle se mit donc en route, espérant que ses pas et son instinct sauraient la guider d'une meilleure façon que dans le Monde du précipice. Car, de toute évidence, elle ne s'y trouvait plus.

oOo

Rukia marchait depuis deux bonnes heures, à présent, et le paysage ne variait guère. Ses pieds commençaient à la faire souffrir et elle envisagea de s'arrêter quelque part, un moment. Il valait mieux économiser ses forces. Au cas où.

Elle chercha un endroit où se reposer quelques minutes. L'ombre d'un rocher ferait très bien l'affaire et elle en avait repéré un peu plus loin. De gros cailloux… c'était tout ce qu'elle pouvait espérer dans cet endroit désertique.

Soudain, alors qu'elle détaillait du regard les lieux, un peu essoufflée par la marche, la brune sentit une légère brûlure dans sa nuque. Ce n'était pas grand-chose au début, juste un petit picotement, le genre de sensation qui passe inaperçue au premier abord. Néanmoins, ses membres commencèrent à sa raidir, à mesure que son instinct la titillait. Elle passa sa main nerveusement sur sa nuque, frottant frénétiquement, tout en sachant que cela ne l'apaiserait pas. Rukia était une combattante. Elle avait appris le maniement des armes, mais cela ne suffisait pas à devenir un guerrier aguerri. Le meilleur apprentissage se faisait sur le terrain. C'était là que l'on acquérait les réflexes de survie et que l'instinct se développait jusqu'à devenir un parfait indicateur. Et à ce moment même, Rukia avait l'intime conviction d'être épiée.

« Au moins, se dit elle, je suis sûre de ne pas être seule dans ce fichu désert ! ».

Pour l'heure, elle ne savait pas encore si cette remarque la rassurait ou l'inquiétait davantage. Elle préférait ne pas trancher la question. Ses prunelles bleues prirent un éclat plus sombre et c'est un long regard que la jeune femme coula sur les plaines dévastées, ses yeux contournant le moindre rocher, détaillant les herbes broussailleuses et sèches. Elle ne repéra rien d'anormal, mais cela elle s'en doutait. Celui qui l'épiait ne voulait certainement pas être vu. Son regard se dirigea alors vers des montagnes qui se déployaient un peu plus loin et la Shinigami plissa les yeux, soupçonneuse. Elle dissimula ses doutes et fit comme si de rien n'était. Elle attendrait le bon moment pour frapper si celui-ci se présentait.

Rukia décida quand même de s'arrêter. Elle s'assit avec soulagement, et se défit de ses getas. Ses orteils engourdis remuèrent et la jeune femme se laissa aller à l'abri dans l'ombre d'un rocher escarpé dont elle sentait le contact rugueux dans son dos.

A nouveau, Rukia observa les montagnes qui découpaient l'horizon, telles des tâches sombres et imposantes surplombant les plaines arides. La brune se prit à se demander ce que cachaient ces silhouettes immenses. La mer ? D'autres plaines aussi ravagées que celles-ci ? Ou bien des terres encore plus sombres et inhospitalières ? Rukia voulu stopper le flot de questions qui envahissaient son esprit, mais un détail vint perturber ses pensées, la touchant subitement comme si elle venait d'atteindre l'illumination. Elle n'y avait pas vraiment fait attention jusque là, étant habituée à cela à la Soul Society : Cet endroit était chargé de pression spirituelle ! Le plus étrange, c'est qu'elle ne ressentait aucun reiatsu spécifique. Pas même la présence de Hollows. Or, là où il y avait de la pression spirituelle, se trouvaient toujours des Hollows.

_ Que faire ?

Rukia laissa échapper un long soupir de fatigue et de lassitude. Ce n'était pas comme si trente-six solutions se présentaient à elle. Ainsi, elle attendit de longues minutes, histoire de se vider la tête et de reposer ses pieds endoloris, puis, lorsqu'elle le jugea bon, elle reprit sa marche vers les montagnes.

Elle porta de nouveau une main à sa tête, sentant que celle-ci recommençait à tourner. Ce n'était pas vraiment étonnant vu le coup qu'elle s'était pris. Le plus dramatique ou comique –tout dépendait du point de vue- c'est qu'elle ne savait même pas comment elle était tombée ni comment elle s'était cognée.

_ J'espère au moins avoir conservé toutes mes facultés mentales, dit-elle. Quelque chose me dit que je vais en avoir besoin.

Elle réfléchit un moment, car quelque chose la dérangeait, puis elle lança à nouveau pour elle-même sur un ton excédé :

_ Et voilà que je parle toute seule !

Le léger picotement sur sa peau n'avait pas disparu et continuait à la harceler. Toujours cette sensation d'être observée.

A mesure qu'elle s'approchait des montagnes de grès, Rukia se retrouva encadrée par des falaises, les plaines se transformant petit à petit en une sorte de canyon. Après l'immensité, la voilà en train d'arpenter des chemins étriqués ! Même en levant la tête, elle peinait à apercevoir les sommets. Des oiseaux planaient tout en haut dans le ciel, tels des vautours en quête d'une nouvelle proie. Tout cela n'avait rien de bien rassurant.

« Le parfait coupe-gorge, pensa aussitôt Rukia. Si quelqu'un me tombe dessus à ce moment, je vais avoir du mal à m'échapper ».

En effet, les passages se faisaient étroits et il était impossible de savoir sur quoi ils débouchaient, car les falaises empêchaient de voir quoi que ce soit. Cela ressemblait à un dédale de roches escarpées.

Une boule se forma dans la gorge de la jeune Shinigami qui n'aimait pas cette situation, dans laquelle elle se sentait complètement perdue. Le fait de se savoir en plus suivie commençait à l'irriter, en plus de l'inquiétude. Celui qui l'épiait devait sûrement s'abriter en haut, dans les sommets. De là où elle se trouvait, elle ne pouvait espérer l'apercevoir. Il faudrait se montrer patiente. Soit l'observateur s'en irait tout seul, lassé de voir cette voyageuse marcher, soit… Elle préféra ne pas penser à la suite.

oOo

Le soleil déclina peu à peu, si tant est qu'il ait brillé à un seul moment de la journée. Le ciel était resté orageux tout le temps que marchait Rukia. A présent, il s'assombrissait nettement, annonçant la tombée de la nuit. Cette constatation ne plaisait pas beaucoup à la Shinigami. Elle aurait espéré avancer plus rapidement et surtout trouver des réponses avant le déclin du jour. Un espoir bien compromis. Désormais, il ne lui restait plus qu'à dénicher un endroit où passer la nuit, tout en sachant que quelqu'un la surveillait très certainement, quelque part là-haut.

« Au moins, j'ai Sode no Shirayuki », pensa t-elle.

Du moment qu'elle pouvait se défendre, elle ne considérait pas encore cette présence comme suffisamment gênante. Cela la dérangeait certes, mais le plus urgent, c'était de se mettre à l'abri. Elle ne connaissait rien de cet endroit et qui sait ce qui pouvait arriver à un voyageur seul au milieu de ces terres dénudées.

C'est entre de gros rochers qu'elle trouva son bonheur, quoique le terme puisse paraitre un peu fort dans sa situation. Elle serait abritée du vent et des regards durant un moment -assez pour se reposer- jusqu'à ce que la lumière soit suffisante pour lui permettre de reprendre sa route.

Rukia prit donc son mal en patience et elle en profita pour s'étirer. Elle ferma les paupières, sentant que sa douleur à la tête augmentait la sensation de fatigue. Il lui semblait ressentir de vagues sensations de faim et de soif, comme si ce monde développait des besoins que les Shinigami n'éprouvaient pas de la même manière que les humains.

Elle s'autorisa à somnoler durant quelques heures, se réveillant sans cesse, les sens à l'affut du moindre bruit suspect qui n'appartiendrait pas à la nuit. De toute évidence, la Shinigami savait bien qu'elle ne dormirait pas vraiment, du moins pas de ce sommeil paisible qui vous tient dans ses bras jusqu'au matin.

C'est assise contre la roche, Sode no Shirayuki calée contre son épaule, que Rukia se laissa couler entre les songes et la réalité.

oOo

Le jour, qui s'annonçait à peine dans un ciel désespérément grisâtre, la trouva dans la même posture que la veille. Sa tête penchait sur le côté, signe qu'elle s'était assoupie. Le coin de ses paupières finit par tressauter avant qu'elle n'ouvre les yeux, peu ravie de se découvrir à nouveau dans cet endroit austère et désertique. La matin avait presque un goût amer.

La Shinigami se releva, constatant avec un certain dépit que sa blessure ne s'arrangeait pas. Il lui fallait des soins, mais où en trouver en ces lieux ? Pas sûr que les corbeaux désinfectent la plaie et lui colle un joli pansement sur la tête…

Rukia scruta le paysage durant quelques minutes, en profitant pour se dégourdir les jambes. Elle ne voyait toujours personne, mais elle n'en sentait pas moins une présence qui pesait sur elle de tout son poids. Cette sensation la mit de mauvaise humeur, mais la brune chassa vivement ses pensées pour se concentrer sur la marche qui l'attendait. Elle espérait obtenir davantage de résultat ce jour-ci.

Elle se mit en route.

Au bout de trois heures de progression dans un dédale fait d'impasses, à un rythme néanmoins plutôt régulier, la soif commença à se faire ressentir. Il n'y avait rien, pas un seul point d'eau dans lequel Rukia pourrait se désaltérer. La veille, elle avait fait la même constatation, mais elle avait au moins l'espoir de trouver. Là, elle commençait à désespérer. La brune s'efforça néanmoins de ne pas flancher.

« Je vais finir par m'écrouler, se répétait-elle, et je vais crever ici, sans même avoir pu comprendre… ». Non, elle devait tenir le coup ! Elle pensa à ce que ferait Byakuya dans une telle situation. Il garderait toujours la tête haute et poursuivrait son chemin jusqu'à trouver ce qu'il cherche. Il n'abandonnerait jamais.

« Si seulement, je pouvais être Nii-sama ! »

Alors que ses jambes commençaient à flancher légèrement, Rukia aperçut de la fumée qui s'élevait à une cinquantaine de mètres plus loin. Elle se dirigea vers cette fumée, comme hypnotisée, laissant de côté le chemin qu'elle avait choisit d'emprunter.

Soudain, elle s'arrêta net. Elle venait de ressentir la présence de plusieurs reiatsu ! Le cœur de la Shinigami s'emballa aussitôt et elle dut expirer plusieurs fois pour se calmer. Elle décida de s'avancer avec prudence, au cas où. Comme un chat sauvage, elle progressait avec lenteur, un pas après l'autre, le regard braqué devant elle, étincelant de méfiance. Sa main s'était logée automatiquement sur la garde de Sode no Shirayuki, son zanpakuto de glace. Il ne lui faudrait qu'une seconde pour dégainer. Son esprit venait de se fermer complètement. Seuls ses sens et son instinct restaient en constant éveil. Elle n'écoutait plus qu'eux.

La Shinigami longeait désormais l'une des falaises. De l'autre côté provenait la fumée. Plus que quelques pas et elle saurait ce qui se cachait derrière les immenses roches menaçantes.

La brune s'arrêta à nouveau et écarquilla les yeux, en découvrant les lieux. Là, à l'abri des falaises, dont l'ombre se profilait sur le sol, se trouvait une vaste gorge. Des tentes aux couleurs ocre et rouge se dressaient un peu partout, leurs toiles claquant dans le vent qui s'engouffrait entre les parois. Un feu crépitait au centre et Rukia s'ébroua pour se détacher de la vision hypnotique des braises flamboyantes. Voilà donc la source de la fumée. La petite brune se plaqua contre la paroi de la falaise. Elle n'en revenait pas. Un campement ! Mais qui se trouvait là ? Des alliés ou des personnes hostiles ?

Une chose cependant la rassura. Si des personnes avaient établi un camp dans cet endroit, c'est qu'il se trouvait proche d'un point d'eau ou d'une source. Rukia soupira de soulagement. Elle allait pouvoir étancher sa soif. Rien que d'y penser, elle eut peine à déglutir, tellement sa gorge était sèche.

La Shinigami décida d'explorer les lieux, veillant toutefois à ne pas trop s'approcher du campement. Elle ne savait pas encore à quoi s'attendre, alors mieux valait jouer la carte de la prudence.

Les yeux de la brune allaient et venait entre les tentes et les alentours. Fait étrange, il ne semblait pas y avoir signe de vie. Comme si le campement avait été laissé à l'abandon. Pourtant le feu crépitait, ce qui supposait qu'il avait été entretenu. Et les tentes demeuraient toujours là avec de nombreuses affaires éparpillées.

La Shinigami décida de contourner le camp, longeant les parois de la gorge. La fatigue commençait à s'emparer d'elle et la brune devait se concentrer pour ne pas buter sur les cailloux. La sensation d'être observée s'était dissipée dès qu'elle avait pénétré dans la gorge. Peut-être que la personne qui l'épiait ne souhaitait pas s'approcher du campement. Encore une raison de se montrer méfiante.

Un peu plus loin, les efforts de Rukia furent récompensés. Elle aperçut, avec soulagement, un mince filet d'eau qui traçait son chemin sur le sol, à ses pieds. Elle le suivit et finit par tomber sur une source. Un poids immense s'envola de ses épaules et elle oublia un instant sa méfiance pour se précipiter au bord de l'eau. Elle recueillit le précieux liquide dans le creux de ses mains, le portant à ses lèvres avec minutie. La première gorgée lui procura un soulagement immense.

Une fois sa soif étanchée, la voyageuse se releva péniblement, les jambes douloureuses. Elle décida de revenir près du campement pour espionner ses occupants. Ils reviendraient bien un jour.

Mais alors qu'elle faisait le chemin inverse, son énergie retrouvée en dépit de sa migraine toujours présente, des éclats de voix parvinrent à ses oreilles. Le cœur de la jeune Shinigami s'emballa.

_ Enfin, nous y voilà, murmura t-elle, résolue à en savoir plus sur les occupants des tentes.

L'agacement commençait à la gagner. Elle en avait marre de tourner en rond, aussi voulait-elle des réponses et vite. Elle courba le dos, afin de dissimuler sa présence. La jeune femme avançait lentement, s'efforçant de respirer faiblement, sa silhouette semblable à celle d'un fauve, se collant presque à son ombre sur le sol.

Elle vit les tentes se dessiner devant elle. Elle y était presque…

Au moment où Rukia souriait, proche du but, elle se figea, ses membres refusant de bouger. Elle venait de ressentir la présence d'un reiatsu puissant. Fait plus troublant : un reiatsu qu'elle semblait connaître. Déroutée, la jeune Kuchiki n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Elle grimaça, agacée par sa propre incompétence.

Soudain, la Shinigami écarquilla les yeux de terreur, son cœur manquant un battement. Elle sentit le contact froid de l'acier contre sa nuque et elle dut réprimer un frisson de peur comme de colère. Comment avait-elle fait pour ne pas l'apercevoir ou l'entendre ? Comment avait-elle pu se faire piéger comme une débutante ?

« Bon, l'infiltration : à revoir. Je le saurais pour mes prochains entraînements. Si tant est que je revoie un jour la Soul Society… »

L'idée que la personne qui tenait le sabre puisse la découper en rondelles lui traversa l'esprit. Après tout, il était difficile de ne pas considérer comme obligatoirement hostile quelqu'un qui vous menaçait d'une arme. La jeune femme n'osa pas bouger, de peur qu'au moindre geste, elle le paye de sa vie.

_ T'es qui, toi ?

Rukia passa outre l'absence de préambule. De toute façon, elle ne s'était pas attendue à ce qu'on lui adresse des politesses. Mais cette voix… Sous le choc, elle voulut se relever, mais la lame se pressa davantage sur sa peau, la stoppant net dans son élan. Elle tourna lentement la tête sur le côté avec d'infimes précautions. Elle n'arrivait pas à le voir mais elle n'avait aucun doute. Il ne pouvait s'agir que de sa voix. Mais c'était tout simplement impossible ! Impossible ! Ce mot tournait en boucle dans sa tête tel un disque rayé, au point qu'elle ne parvenait plus à réfléchir. Elle se sentit gagnée par l'incrédulité la plus totale.

Il ne pouvait pas être ici. Mais dans ce cas, comment expliquer la situation présente ?


Des idées sur l'identité du personnage ?