Bonjour à toutes et à tous : je vois poste juste ce second chapitre pour vous permettre de vous faire une opinion. Bonne lecture.
Une journée supplémentaire à l'infirmerie me permet de mettre de l'ordre dans mes pensées. Je me suis levé, ai marché et ai également refusé toutes les visites. Revoir leur visage ne m'aurait pas aidé.
Je suis à présent debout, à côté de l'une des petites fenêtres. Le soleil est haut et ses rayons se réfléchissent sur la surface noire et opaque du lac.
C'est incroyable, je n'ai pas souvenir d'avoir eu un corps aussi léger. Après Azkaban mes articulations ont toujours été douloureuses, et à chaque flexion de jambe j'avais ce pincement désagréable dans l'aine. Mais maintenant c'est de l'histoire ancienne.
Je contemple de nouveau cette main pâle que je tiens devant moi, à la lumière du jour.
Pas la moindre cicatrice, pas de marque de gerçure, ou de tâche. Une peau nette, fine, souple…
Quel gâchis !
Ah oui, un corps neuf mais un esprit toujours encombré.
Mais il me parait plus facile d'ignorer les sifflements acerbes de ces voix maintenant. Peut-être finiront-elles même pas disparaître ?
Après plusieurs heures de réflexions, j'en suis venue à la conclusion que c'est le voile qui m'a mené ici. Pourquoi ? Comment ? Ces questions sont pour l'instant sans réponse. Et finalement, je ne sais même pas si j'ai vraiment envie d'en avoir.
Je n'arrive pas à comprendre, je me demande si tout ce que j'ai vécu n'était qu'un rêve, ce qui est peu probable même si j'aimerai me dire que mes années à Azkaban ne sont qu'un cauchemar que je pourrais oublier en me réveillant. Les voix sont là pour me le rappeler.
C'est ce lieu-ci, cette époque, qui me semble irréelle. J'ai vu James, parfaitement vivant, Remus dont le regard n'est pas dévoré par le regret, et Peter encore jeune. Un Peter qui n'est pas encore coupable d'avoir fait disparaître tout ce en quoi je croyais.
Innocent ?
Pas encore coupable, ne veut pas dire innocent. Je me demande à quel moment il a commencé à s'éloigner de nous, quand est-ce qu'il s'est mis à penser que nous ne saurions pas capable de nous sacrifier pour lui.
Je lance un regard vers la cours en contre-bas. Les élèves sont plus nombreux, j'imagine que les cours de la matinée sont maintenant terminés.
- Monsieur Black ?
C'est Pomfresh qui me tire à ma contemplation. Légèrement en recule, elle a les bras croisés et d'après l'expression qu'elle a, je vais sans aucun doute avoir le droit à une discussion des plus sérieuses. C'est étrange, personne ne m'a regardé comme ça depuis un moment. C'est cette mine moralisatrice que les adultes font lorsqu'ils s'apprêtent à expliquer la vie aux plus jeunes.
- Vous êtes parfaitement remis. Je pense que nous pourrions vous permettre de retourner en classe maintenant. Je sais que c'est pénible mais vous devez vous accrochez, vous serez diplômé plus vite que vous ne le pensez ! La cinquième année est une année de transition !
Ma cinquième année. Parmi tous les détails que j'ai décidé d'oublier, celui-ci me revient en pleine poire. Une année de transition ? Oui en effet, c'est en ce début d'année-ci que j'ai abandonné la maison pour fuir chez les Potter. J'ai abandonné mon Sang pour rejoindre une famille que je me suis créée. Tout aurait dû être plus beau une fois fait. Mais je me souviens maintenant que les cours étaient plus difficiles que jamais, je crois même que j'ai décroché pendant une longue période.
A moins que ça ne se soit fait en sixième année ?
- Sirius ?
Je relève les yeux vers elle. Son regard se fait inquiet maintenant.
Je me demande si c'est vrai, si les yeux sont les fenêtres de l'âme. Serait-elle donc capable de voir cette vieille âme meurtrie dans ce corps d'adolescent naïf ?
- Nous pourrions peut-être nous arranger pour que vous restiez encore cet après-midi, finit-elle par dire avec une moue ennuyée tandis que ses iris filent dans la pièce comme si elle tentait désespérément de me fuir.
Je sens le coin de mes lèvres se tordre dans un rictus.
Combien de temps vais-je rester cacher à tenter de me persuader que tout ceci n'est qu'un rêve ?
- Je vais retourner en cours.
Cette voix ! Bon sang, aucune chance que je puisse m'y habituer.
Un sourire éblouissant illumine le visage de l'infirmière qui les mains sur les hanches acquiesce avec joie. Elle s'éloigne d'un pas rapide jusqu'à la grande armoire, sûrement à la recherche de mon uniforme. Quand elle revient, elle pose les vêtements sur le lit à côté de moi et retourne vers son bureau après avoir fermé les rideaux qui servent à diviser la pièce en plusieurs petites.
Dans ce semblant d'intimité, je retire mon t-shirt et passe la chemise blanche. Elle est un peu étroite, je les avais choisi exprès une taille en dessous, persuadé que je pourrais paraître plus musclé. Ce que ne réalisait pas le Sirius de l'époque, c'est qu'avec les pulls informes par-dessus, ça n'avait aucun intérêt de s'enfermer dans un S.
Une fois vêtue, cravate enfilée, chemise rentrée dans le pantalon, je sors de l'infirmerie pour rejoindre les dortoirs. L'intercours a sonné, les élèves sont nombreux dans le couloir et quelque chose m'étonne. Je n'avais pas souvenir d'avoir attiré autant l'attention, et pourtant chaque regard me semble dirigé vers moi. Les filles gloussent, les garçons murmurent.
Je ne suis pas sûr de réellement savoir pourquoi est-ce que je marche, vers où je vais. Mais mes jambes me tire jusqu'au septième étage où je finis par fixer le portrait de la Grosse Dame qui me bloque la route. Elle me contemple un moment, un unique sourcil haussé sur le front, attendant patiemment que je parle. Que je lui donne le mot de passe.
Merde.
- Etoile Luxuriante, souffle une petite voix à mes côtés.
Petite, d'au moins deux têtes, je ne l'ai pas vu arriver. Ses cheveux bruns bouclés sont retenue par un ruban rouge vif bordé d'or à l'honneur de notre maison. Quand elle tourne un regard vers moi, un petit sourire narquois brise ses lèvres.
- Bon retour parmi les vivants, Sirius, souffle-t-elle en franchissant le passage jusqu'à la salle commune.
Encore sous le choc, je la suis. Marlène possède encore les rondeurs de l'enfance, elle n'est pas encore la femme que j'ai connu par la suite, mais ses yeux noisettes m'évoquent de nombreux souvenirs. De très bons et de moins bons.
Dans la salle commune tout est comme avant. La lourde cheminée qui habite le pan gauche de la pièce est recouverte de babioles en tout genre que tous les élèves s'amusent à ramener en début d'année. Ce coin-ci pour les moments de calmes, avec le grand canapé et les fauteuils qui l'entourent. De l'autre, une grande table qui permet aux plus studieux de s'acharner lorsque les heures d'études sont finies.
Mon cœur s'affole et j'ai l'impression que je vais me mettre à pleurer.
Pauvre petit chouuu.
Étrangement, je suis presque heureux qu'elles soient encore là, les voix. Elles me permettent de me souvenir que tout ce que j'ai vécu avant est réel.
Passant une main sur mon visage, je masse mes paupières lourdes dans l'espoir de faire disparaître ce nœud qui me tord la gorge. Quand je rouvre les yeux, le pire me semble passer. Marlène a remarqué mon étrange comportement et me regarde avec cet air blasé qui la caractérise tant.
- Finalement je crois que tu n'es pas encore vraiment revenu, souffle-t-elle avec un demi-sourire qui creuse une fossette dans sa gauche.
- C'est possible, murmuré-je en glissant mes doigts dans mes cheveux.
Ils sont aussi longs qu'à mon évasion mais soyeux et souples, les boucles semblent couler sur ma peau. C'est pratiquement irréel.
- Sirius ?
James est arrivé, il me regarda ébahi de la tête aux pieds.
- Il y a un souci ? demandé-je.
- J'imagine que le choc a été encore plus fort que je ne le pensais, ricane Marlène.
Je regarde ma tenue puis celle de James. Les pans de sa chemise sortent de sous son pull, devant son pantalon, son col est déplié et sa cravate à moitié nouée. Avais-je la même habitude de ne pas m'habiller jusqu'au bout le matin ?
- Il faut arranger ça, grince James en se rapprochant de moi.
Je l'arrête quand je réalise qu'il est sur le point de me toucher. Main tendue je le tiens à une distance raisonnable de moi. Il parait surpris par mon réflexe et effectue un pas en arrière, je vois dans son regard que je viens de le blesser.
- Je vais m'en charger moi-même, ne t'inquiète pas, dis-je avec un sourire.
Ce sourire me parait faux. Et mon meilleur ami le remarque sans aucun doute car sa peine se fait plus grande encore dans ses yeux. Mes mains tremblent quand je desserre le nœud de ma cravate, et les larmes sont plus proches que jamais quand je remonte maladroitement mes manches jusqu'à mes coudes.
Je ne m'en souvenais pas.
J'avais oublié. Et ce n'est qu'un détail parmi tant d'autres. Combien de temps mettront-ils pour réaliser que je ne suis pas le bon ?
Ses bras tremblants, cette peau fine et blanche, elle ne m'appartient pas. La seule chose qui est véritable ici, c'est cet esprit torturé et ses voix.
Tu es complètement fou.
Je sais.
- Boooon, quand est-ce qu'on s'y remet !
La personne qui a parlé s'est jetée à mon cou. Mon corps réagit au quart de tour, animé par cette âme âgée qui l'habite. Penché vers l'avant, j'attrape mon assaillant par le col et le fait basculer sur le sol. Je suis déjà sur lui lorsqu'il tente de se redresser, ma main à la recherche de ma baguette mais je ne trouve pas mon étui à mon torse, mes doigts capturent le vide.
Je mets quelques secondes à réaliser que je ne suis pas dans une rue puante, en mission pour l'Ordre. Que ma baguette se trouve dans la poche de mon uniforme et que je suis à Poudlard.
Juste en-dessous de moi, Peter s'est immobilisé. Tremblant, je vois les larmes briller dans son regard.
- Apparemment Sirius est possédé par un ninja, intervint Marlène toujours tout sourire alors qu'autour d'elle les gens se sont regroupés et nous regarde avec horreur.
- Sirius ça suffit ! Immédiatement ! Dit une voix féminine.
Je lève un regard ahuri vers elle et croise ses iris d'un vert émeraude envoûtant. Mes premières pensées vont vers Harry, même si jamais mon filleul ne m'aurait regardé avec une telle expression. Sa bouche s'est tordue dans une moue agacée alors qu'elle attrape sa baguette et me la pose sous le nez.
- Black tu vas lever tes fesses et laisser Peter tranquille, maintenant.
Je déteste qu'on me donne des ordres, un frisson me hérisse les poils le long de ma colonne, ça me rappelle bien trop ses enfoirés d'Aurors qui m'ont traîné jusqu'à Azkaban. Leurs humiliations, leurs rires gras, et surtout leurs baguettes qu'ils agitaient sous mon visage pour me rappeler à chaque instant que la mienne avait été confisquée.
J'ai agrippé son arme avec force jusqu'à l'obliger à la pointer ailleurs. Elle semble surprise que je riposte et l'est encore plus lorsqu'elle plonge son regard dans le mien. La colère disparaît de son visage dans un souffle, remplacée par une stupéfaction évidente.
J'observe plus attentivement ce visage rond, en forme de cœur, encadré par cette gerbe de cheveux roux ondulés, et réalise l'ampleur de ma bêtise. C'est une fillette que je défie du regard et cette fillette je la connais et je l'aime tendrement.
Je desserre ma prise sur sa baguette et je force mes lèvres à s'étirer dans un sourire que je veux rassurant. Les mains en l'air, je m'écarte de Peter, en ajoutant quelques éclats de rire. Mais ça ne détend pas l'atmosphère. Tous les élèves présents me regardent étrangement avec méfiance. Au sol, le rat ne s'est toujours pas redressé.
C'est avec amertume que je me penche dans sa direction et lui tend la main.
Tues le ! Tues ce traître !
Je ne peux pas. C'est un gamin. Qui n'est coupable d'aucun crime.
Il me regarde hésitant, ses yeux filent de ma main à mon visage comme s'il cherchait à savoir si je lui propose vraiment mon aide, ou si je compte le frapper. C'est d'ailleurs tentant mais je ne peux pas, je reste figé jusqu'à ce qu'il accepte enfin. Je l'aide à se redresser et passe mon bras autour de ses épaules.
Ce contact, comme n'importe quel contact, me tord le ventre et me nœud la gorge, mais je continue de sourire et de rire tapotant amicalement son dos.
- Je ne pensais pas que cette vieille prise marchait vraiment, tenté-je.
- Putain, mec ! Il faut vraiment que tu m'apprennes ça, s'exclama James en applaudissant. C'est terrible.
Lily lève les yeux au ciel, l'air de dire « oh les garçons ! », et l'incident diplomatique semble prendre fin. Les gens s'écartent, les conversations reprennent. Lorsque l'attention est suffisamment déviée, je m'écarte abruptement de Peter. Peut-être trop car James me lance un regard inquiet. Il n'est pas dupe.
La nausée monte lorsque Peter éclate de rire et me tape dans le dos. Il parle mais sa voix ne parvient pas jusqu'à mes oreilles car celles-ci se sont mises à siffler. Je commence à suffoquer et autour de moi les murs se rapprochent.
- Je vais me dégourdir les jambes, lancè-je en regardant la porte avec envie.
Et je me sauve.
Lorsque je sors de la salle commune, je sens une sueur froide dans mon dos qui colle ma chemise contre ma peau. J'ai besoin de sortir au plus vite sinon je pense que je vais devenir fou.
Tu l'es déjà.
Je sais ! Je sais !
Je descends les escaliers à toute allure sans me soucier des regards ou des murmures. Je ne connais plus les raccourcis alors je me contente de descendre, le plus vite possible. Quand les fenêtres finissent par se faire rare, je réalise que je suis allé trop loin, je me suis perdu dans les cachots.
Les couloirs sont arqués, les murs en pierres apparentes luisent d'humidité et il s'en dégage une odeur caractéristique qui m'horripile.
Bon retour en enfer.
J'y suis de nouveau. Enfermé dans ma cellule à Azkaban. Les détraqueurs ne vont pas tarder à se montrer.
Mes jambes ne me soutiennent plus et je m'effondre contre un mur. Je perds complètement pied tandis que les ombres projetées par les torches s'allongent et se tordent. L'espace se compresse autour de moi, se réduit de plus en plus.
Le rire de Bellatrix se fait plus fort encore dans mon crâne.
Mes doigts aux ongles si propres et limés s'attardent sur mes tempes, agrippent les quelques mèches de cheveux longues à proximité tandis que je tente de faire sortir les voix. Je crois que je pleure car j'aperçois sur le gilet gris de mon uniforme des tâches plus foncées qui s'y multiplient.
- Sirius ?
Cette voix, douce et jeune, celle d'un garçon n'ayant pas mué, me tire de ma détresse. Quand je redresse mes yeux, j'ai l'impression de croiser leur reflet. De la même teinte que les miens, ses iris me contemple avec surprise et inquiétude.
Il est là.
L'un de mes pires cauchemars.
Regulus me toise avec pitié.
