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Bonne lecture !
Chapitre 2 : L'inconnu
Une semaine plus tard, un matin ordinaire, Emily fut réveillée comme d'habitude par le bruit assourdissant que faisait son patron avec la vaisselle. Comme toujours, il préparait son copieux petit-déjeuner et était terriblement matinal. Macbeth se glissa jusqu'à elle pour quémander une caresse en miaulant et elle se décida à se lever pour affronter la journée qui viendrait. Un samedi. Elle aimait bien le samedi, c'était généralement la journée où il y avait le plus de clients au bar et parfois les élèves de Poudlard avaient leur journée de permission à Pré-au-Lard. Ils ne s'aventuraient que rarement jusqu'ici mais cela arrivait parfois. Emily adorait les observer du coin de l'œil. Parfois elle mimait discrètement leurs gestes, quand ils dégainaient naturellement leur baguette magique par exemple. Ils représentaient tout ce qu'elle aurait pu être si elle avait eu des pouvoirs magiques comme tous les autres membres de sa famille. Cette simple pensée la rendit nostalgique et la fit repenser à son cauchemar de la nuit...
- T'es mauvaise ! Même lancer un Silencio à un pauvre crapaud tu sais pas faire ! Tu vaux pas mieux que ce crapaud, Mily.
Le rire cruel de Pernelle retentit. Ce n'était qu'une gamine qui ne savait pas à quel point elle était impitoyable avec sa sœur. Elle, elle était douée. Un Silencio, elle savait en lancer un à neuf ans, son père lui avait appris. Elle suait la confiance en soi et la réussite. Même son prénom peu commun attirait les questions, alors que des Emily il y en avait partout. Et Emily pleurait, elle voyait des crapauds partout et elle rêvait qu'elle avait le pouvoir de les faire taire, elle rêvait qu'elle aussi elle pouvait refaire le monde rien qu'avec sa baguette magique...
Emily tenta de reprendre ses esprits. À quoi bon repenser à sa sœur Pernelle maintenant ? Pernelle avait déjà fini sa scolarité à Poudlard, et Emily préférait ignorer ce qu'elle était devenue parce qu'elle n'avait presque plus de contact ni avec elle ni avec ses parents. N'eût été l'intervention de son frère, le cadet de Pernelle, elle aurait presque pu les considérer comme morts. Ses parents avaient daigné s'intéresser à elle jusqu'à l'âge de onze ans, essayant de lui apprendre les choses du monde magique, puis en ce terrible mois d'août où elle n'avait reçu aucune lettre de Poudlard, ils avaient compris que tout espoir était perdu et ils avaient abandonné. Ils avaient inscrit Emily dans un pensionnat moldu "pour qu'elle y retrouve des gens comme elle", et elle n'avait plus vu ses parents qu'en juillet et en août. Certes, ils subvenaient à ses besoins, mais c'était tout. Ils daignaient à peine lui demander comme se passaient ses cours moldus. Elle était douée en littérature, mais personne ne s'en souciait de toute façon. À dix-sept ans, son diplôme moldu en poche, Emily était partie de chez elle pour toujours et avait souhaité renouer avec le monde magique en trouvant du travail chez Fleury & Bott. Elle accompagnait tous les ans son grand frère dans cette boutique au moment d'acheter les fournitures de rentrée et elle l'avait toujours fascinée.
Aujourd'hui, à vingt-trois ans, il ne restait plus à Emily que deux repères dans la vie : son frère Alcide et ses meilleurs amis de son ancien pensionnat moldu qui n'étaient plus que trois. Les autres amis qu'elle avait pu se faire là-bas s'étaient perdus dans les méandres de la complexité des relations humaines ; en clair, ils avaient perdu contact, comme cela arrive malheureusement et inévitablement si souvent.
- Emy ! Tu peux me descendre le café de la réserve du haut ?
La voix d'Abelforth parvint à arracher la jeune femme à ses souvenirs et elle s'exécuta de bonne grâce. Emy. Ce surnom était venu assez naturellement. Au tout début il l'appelait Mily, mais elle détestait ce raccourci et le lui avait fait savoir. C'était celui de son enfance, celui que ses parents et sa sœur utilisaient. Il lui rappelait tant de mauvais souvenirs qu'aujourd'hui seul Alcide pouvait encore oser l'utiliser sans s'attirer un regard noir.
Emily descendit les escaliers à la volée et dans le bar, et la constante odeur de chèvre qui y régnait la prit à la gorge. Au bout de quelques minutes, elle parvint à en faire abstraction et elle s'attela à préparer le café pour elle-même, le barman, et un client matinal, un habitué d'âge moyen et au regard rieur qui travaillait à Derviche et Bang et qui, pour une raison inconnue, venait tous les matins prendre son café à la Tête de Sanglier. Il parlait avec Abelforth.
- Vous rendez-vous compte, toute notre livraison de lunettes à vision nocturne défectueuse ! se plaignait l'homme. Et un colis de nos appareils photos magiques était piégé de façon plus que dangereuse !
- Est-ce que ça peut être... un sabotage volontaire ? demanda calmement Abelforth.
- C'est fort possible. Mais qui aurait fait ça... ? gémit l'employé de Derviche et Bang.
- Je n'en sais rien, avoua Abelforth tandis qu'Emily leur servait le café. Soyez prudent !
La matinée se passa tranquillement, et seuls deux jeunes hommes jouant aux Bavboules apportèrent un peu d'animation à la Tête de Sanglier. Ce ne fut qu'en début d'après-midi, alors qu'Abelforth s'était isolé à l'étage pour tenir à jour les comptes du bar et qu'Emily se retrouvait seule dans la salle du bas, qu'un bruit la tira du livre dans lequel elle était plongée.
Stupéfaite, elle reconnut Erwan, son inconnu. Depuis une semaine, il était venu tous les soirs vers dix-huit heures trente au bar, commandant la même bière et la sirotant lentement en lisant la Gazette du jour, invariablement. Parfois il commentait les nouvelles auprès d'une Emily qui ne comprenait pas où il voulait en venir, souvent il restait silencieux. Mais cette fois son attitude était différente, et il débarquait en début d'après-midi !
- Vous désirez une boisson ? demanda Emily en essayant de paraître naturelle pour cacher son trouble.
- Oh, non, non... Ça ira.
Cette fois Emily perdit patience.
- Vous voulez quoi alors ?! Vous attendez quoi de moi ? Me mettre le nez sur toutes les nouvelles les plus atroces de la Gazette ? Je vous préviens, je n'ai pas encore eu le temps de lire celle d'aujourd'hui ! Merlin qu'ai-je fait pour mériter ça ?
- Je voulais juste vous inviter à prendre le café avec moi ce soir. Ailleurs qu'ici.
La jeune serveuse en fut si surprise qu'elle faillit lâcher le livre qu'elle tenait toujours à la main et que sa colère retomba d'un coup. Elle dévisagea Erwan une nouvelle fois, oubliant toute politesse. Sans être particulièrement beau, il avait une sorte de charme et une jolie lueur brillait dans ses yeux clairs. Il ne semblait pas méchant. Elle serait contente de sortir un peu de la Tête de Sanglier ce soir et de parler à quelqu'un de différent. Vu son travail acharné le reste du temps, Abelforth lui laissait sans problème quelques moments libres et il ne verrait aucun inconvénient à ce qu'elle s'éclipse une demi-heure le temps d'un café. En somme, elle n'avait aucune raison valable de refuser.
- J'accepte, lâcha-t-elle finalement.
- Soyez assuré que cela me fait très plaisir ! Eh bien, à ce soir. Je viendrai vous chercher à dix-huit heures trente. D'ici là, bon après-midi !
Il s'éclipsa sans qu'Emily ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Décidément, elle qui trouvait son quotidien habituellement bien ennuyeux, il lui arrivait quantité de choses surprenantes en ce moment !
Cela ne s'arrêta pas puisqu'elle eut la visite de quelques élèves de Poudlard dans l'après-midi. Ils s'assirent dans le coin le plus sombre et le plus reculé, et elle dut faire preuve de beaucoup d'ingéniosité pour les observer parce que de toute évidence ils ne voulaient pas être vus. Au nombre de cinq, quatre garçons et une fille, ils paraissaient avoir environ quinze ans et arboraient les robes vertes et les insignes de Serpentard. Alcide lui avait expliqué le système des maisons à Poudlard ; il avait été à Serdaigle et prétendait que les Serpentard agissaient toujours de manière louche et avaient une sale inclination à la magie noire. Emily ne savait que trop en penser, mais en l'absence d'autre source elle avait tendance à le croire, d'autant plus qu'elle considérait son frère comme foncièrement intègre et que les cinq élèves avaient effectivement l'air douteux de ceux qui complotent. Néanmoins, elle savait que les apparences pouvaient être trompeuses, en attestaient la plupart des clients du bar, et sa sœur Pernelle qui avait été à Gryffondor. Selon Alcide, c'était le courage la valeur phare de cette maison, mais Emily ne trouvait pas particulièrement que le courage était le trait de caractère majeur de sa sœur. Si on en croyait les descriptions d'Alcide, Emily aurait volontiers réparti Pernelle à Serpentard.
Plongée dans ses pensées, elle n'avait pas réalisé qu'elle observait bouche bée et sans discrétion le petit groupe de Serpentard depuis cinq bonnes minutes et son patron lui assena un coup de coude dans les côtes.
- Emy, tu vois le petit blond ? lui chuchota Abelforth à l'oreille.
- Oui...
- Eh bien c'est l'héritier Malefoy.
Emily retint de justesse un hoquet de surprise en entendant ce nom familier, le nom d'une des plus grandes familles de sorciers.
- Alors tu arrêtes de les regarder avec des grands yeux. Ils viennent ici pour la discrétion, nous on pose pas de questions et on la leur offre. Que l'héritier Malefoy n'ait rien à nous reprocher voire même nous apprécie, ça ne peut être que positif par les temps qui courent... Alors tu évites de faire le ménage trop près de leur table, d'accord ? Retiens que ce jeune homme, par une simple parole à son père, peut tous nous jeter en prison.
- Je comprends. Je l'ignorais. Excusez-moi ! balbutia maladroitement la serveuse.
- Y a pas de mal, jeune fille, répondit Abelforth d'un air bourru.
À ce moment-là, la seule fille du petit groupe de Serpentard leva les yeux vers elle. Elle avait de jolis yeux marrons, mais à la grande surprise d'Emily, c'était la peur qui semblait prédominer dans son regard. Une époque bien moche, aurait dit Abelforth d'un air résigné.
