Chapitre 2
Lisbon avait regardé Jane droit dans les yeux. Il avait soutenu le regard de la jeune femme et serré la main en douceur. La poigne de Lisbon était franche. Une femme d'action pensa-t-il. Elle prit la parole la première.
- Comment avait vous su ?
- Lorsque vous êtes entrés, tous les trois… Rigsby vous a laissé le passage en premier. C'est une marque de galanterie dans la plupart des cas mais pourquoi ne pas céder le passage à… mademoiselle ? Interrogea-t-il du regard la jeune femme rousse.
- Grace Van Pelt, Monsieur Jane. Répondit-elle en tendant la main.
- …Pourquoi, donc ne pas céder le passage à Van Pelt si ce n'est une simple habitude due aux liens hiérarchiques qui vous unissent ?
La démonstration finie, Jane se rassit et invita les trois personnes à faire de même sur le canapé de la pièce.
- Puis-je vous offrir quelque chose à boire ?
Les trois déclinèrent. Ils semblaient pressés de conclure l'entretien. Lisbon reprit.
- M. Jane. Nous sommes ici sur la demande de M. Minelli, le Directeur de l'agence CBI. Nous souhaitons savoir si nous pouvons parler sous le sceau du secret et si rien de ce qui sera dit ici ne sera divulgué publiquement sans notre consentement ?
Jane fit un geste pour inviter Lisbon à continuer.
- Parfait. Je crois savoir que vous êtes à Sacramento depuis peu. Je ne sais donc pas si vous avez entendu parler d'une vague de crimes étranges qui a frappé la ville ?
- Ceux qu'on attribue à un certain Red John, c'est ça ? Demanda Jane. Je crois avoir lu quelques articles lorsque j'étais à San Francisco.
- Oui. Les journaux ont relaté les faits de façon assez grossière, la police ne diffusant pas l'entièreté des informations. Elle pense pouvoir arrêter Red John en canalisant au maximum les détails auprès du grand public. Mais Red John en est déjà à cinq meurtres et la population s'impatiente…
- Qu'est-ce qui vous permet de dire que c'est la même personne à chaque fois ? Qu'il ne s'agit pas d'un copieur ? Testa Jane.
- Voici une des informations tenues secrètes. Et je compte sur vous pour qu'elle continue à le rester… Lisbon s'arrêta un instant… Oui ?
- Je vous en prie Lisbon… vous aiguisez ma curiosité… répondit Jane en se frottant les mains et en approchant sa chaise du canapé. Cho entra tout à coup après avoir juste frappé un coup.
- Jane ! Je… oh pardon… je croyais que l'entretien était fini…
Alors que Cho allait sortir, Jane l'arrêta.
- Non, Cho, restez là… Cho, voici Teresa Lisbon, Grace Van Pelt et Wayne Rigsby… ils appartiennent à une agence de détectives et ils allaient me faire part de leur souhait de les aider… Voici Kimball Cho mon partenaire de scène et associé… Ce que vous dites devant moi, vous pouvez aussi le dire devant lui… nous sommes garants l'un de l'autre…
Les détectives saluèrent de la tête, surpris et interdits. Ils hésitaient clairement à parler maintenant. Lisbon continua.
- Je… vois monsieur Jane que nos intentions ont été découvertes… je ne vous demanderais pas comment vous avez su mais… pour revenir à notre conversation… ce que je vais vous dire est confidentiel. Lisbon regarda Cho qui la fixait. Nous savons qu'il s'agit du même meurtrier car il signe ses crimes…
- Et c'est tout ? s'exclama Jane en se jetant au fond de sa chaise. Il écrit « Red John was here » et vous concluez que c'est Red John qui a commis les crimes ? Je croyais la police plus perspicace !
- Non, monsieur Jane… Il ne les « signe » pas. Il laisse sa trace. Quelque chose que, d'un meurtre à l'autre, on retrouve sans que cela ne soit dit au public. Les quelques témoins ont été prévenus et on les a coupés de tout contact avec la presse. Ils sont surveillés. Le seul moyen de retrouver la même signature, la même « trace », c'est que la même personne la reproduise.
- Et quelle « trace » laisse-t-il ? Cho avait parlé lentement.
- Ceci. Dit Lisbon. Et Van Pelt tendit la photographie graineuse d'un grand cercle à l'intérieur duquel on avait dessiné un visage.
Du motif tombaient quelques gouttes. Jane regarda quelques instants et avant qu'il ait pu demander quoi que ce soit, Rigsby avait dit doucement.
- C'est bien du sang de ses victimes qu'il se sert pour signer ses méfaits.
Van Pelt rangea la photographie. Jane regarda à droite et à gauche, un peu nauséeux. Il demanda.
- Vous prendrez quelque chose à boire, non ? Puis il tendit un plat de cookies.
Tous refusèrent. Seul Rigsby tendit sa main vers le plat mais la retira lorsqu'il sentit sur lui le regard réprobateur de Lisbon.
Jane avait commencé à ranger les fioles sur sa table de maquillage, pensif.
- Et vous ? Vous entrez dans la danse à quel moment ? Une agence de détectives… c'est pas banal…
Lisbon se leva.
- Monsieur Jane, la police, bien souvent dans les affaires dites « délicates », se trouve débordée. Elle doit faire appel à des « intervenants extérieurs ». Des gens qui ont fait par ailleurs leurs preuves. C'est le seul endroit où vous trouverez des femmes capable de tenir tête à des hommes. Et nous, lorsque nous en avons l'occasion, nous faisons appel à des « consultants ».
- Vous voulez qu'on soit vos consultants ? demanda Cho en se levant.
- Vous ? non. Monsieur Jane, oui. La remarque de Rigsby claqua dans la pièce.
- Monsieur Rigsby ! S'exclama Jane toujours avec le sourire. Monsieur Cho fait partie du marché, ou, moi, j'en suis exclu ! Nous ne sommes pas dans un quelconque Etat du Sud !
Rigsby se tut. Lisbon fit un signe à son collègue et s'avança vers Jane.
- Jane. Nous avons besoin de toutes les compétences prêtes à nous aider pour coincer Red John. La fréquence des meurtres s'accélère et la police ne peut rien. Vous êtes une chance unique d'arrêter le massacre.
- Vos dons peuvent nous aider, Monsieur Jane. Avait dit Van Pelt avec une certaine déférence. Ce que vous faites sur scène peut sauver des vies.
Jane leva la main sans rien dire dans un signe énigmatique.
- Cho, qu'en pensez-vous ? Demanda Jane, le regard gourmand.
- Cela peut être intéressant. Des vies sont en jeu. Si nous pouvons aider… Cho avait dit cela en regardant Rigsby.
- Alors soit ! S'exclama Jane, flamboyant. Nous allons vous aider ! Par quoi pouvons-nous commencer Lisbon ?
- Je vous donne rendez-vous dans nos bureaux demain. Dit-elle en tendant une carte. Vous aurez accès à nos dossiers. Peut-être y verrez-vous quelque chose qui nous a échappé.
Jane pris la carte et la lut. Les bureaux étaient à deux pas du théâtre.
- Et bien d'accord… je n'aurais que trois conditions… Une. Notre « participation » ne doit pas entraver notre engagement au théâtre. Nous devrons continuer à nous y produire. Deux. Vous nous autorisez, une fois Red John sous les verrous, à l'utiliser dans nos promotions. Trois. Je ne pousserai pas mon implication au-delà de l'arrivée de ma famille.
- Qui est prévue pour… ? Questionna Rigsby.
- Après-demain. Mon épouse et ma fille arrivent de San-Francisco après-demain, en fin de journée.
