Titre : Jalousie
Pairing : ShuuEi
Rating : M
Genre : Romance / (Léger) OOC
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Maki Murakami (Gloire à elle!). Par contre, j'ai posé une option sur Eiri. Il me reviendra donc de droit … un de ces jours … Quand j'aurais trouvé le moyen de me débarrasser de Shu.
Résumé : Ce que je préfère dans une dispute, c'est la réconciliation. [POV Eiri]
Un cauchemar ! Cette soirée a été un vrai fiasco et même si ça me tuait de l'admettre... C'était de ma faute !
Pourtant, à la base, j'étais parti sur une bonne attention. Afin de contenter la fleur bleue qui me servait de petit ami, je lui lançais, un bon matin, de manière qui se voulait désinvolte :
« Nous ne passons pas assez de temps ensemble, faisons quelque chose ce soir. »
C'est vrai quoi ! Lui qui passait son temps à me faire des déclarations enflammées, à me réclamer sans cesse de l'attention, le voilà qui depuis peu se démener avec son travail avec tellement d'acharnement (et sans se soucier de moi, ce qui entre nous, me contrariait le plus dans l'histoire) que j'ai eu tout d'un coup l'envie de lui faire plaisir (et de le garder rien que pour moi pendant plus d'une heure ou deux, accessoirement). Sa réponse fut cependant moins violente que j'avais imaginé (espéré?) :
« C'est d'accord. » me dit-il simplement
Mince, pour une fois que c'était moi qui lui fais ce genre de proposition, c'était tout ce qu'il avait à me répondre ?! Il avait réussi à me clouer le bec (moi qui n'était déjà pas bien bavard ...), et semblait réfléchir à quelque chose. Puis il me proposa :
"On pourrais se commander une pizza, regarder une quelconque émission à la télévision et passer le reste de la soirée dans notre chambre, qu'est-ce que tu en dis ?"
Oui, j'étais plutôt d'accord avec ça. C'était tout simplement le genre de soirée que, MOI, j'aurais adoré faire avec lui. Mais je voulais lui faire plaisir à LUI, et quitte à faire le premier pas dans ma demande, autant faire les choses en grand ! Je fronçais néanmoins les sourcils, pourquoi devait-il toujours chercher à me contenter? Ne pouvait-il pas être égoïste de temps à autre? Il en avait parfaitement le droit. Je répondis donc :
« Non. Je préfère qu'on aille manger au restaurant. Sortons ! »
Ma réponse sembla le laisser sans voix. C'est vrai que ce genre de chose ne me ressemblait pas. Mais je venais de finir mon prochain livre, et j'allais donc être tranquille pendant un petit moment. Je ne lui rendais pas la vie facile, et j'en étais parfaitement conscient. Alors, si j'en avais l'occasion, je voulais qu'il sache que je prenais tout de même ses intérêts à cœur (même si j'étais incapable de le lui dire à haute voix.). Nous prenions donc le temps de nous préparer ce soir-là, lui dans la salle de bain et moi dans la chambre. Me concentrant sur ma tâche, à savoir m'habiller avec classe, ma principale préoccupation était de savoir de laquelle de mes multiples chemises étaient la plus susceptible de lui plaire. La rouge, ou la bleue? Grand Dieu, si je m'étais douté il y a encore peu de temps que ce choix cornélien allait me poser problèmes, j'en aurais bien rigolé. Je me figeais soudainement dans mes pensées. Et lui, qu'allait-il porter? Un frisson me parcourra. Il m'était arrivé de regarder quelques-uns de ses concerts (tous, en réalité), et rien qu'à penser aux tenues provocantes qu'il osait porter sur scènes, je sentis un début d'érection. Il n'allait pas oser, n'est-ce pas? Pitié, dites-moi que ses shorts cruellement courts, et ses tee-shirts troués aux endroits stratégiques n'allait pas quitter son armoire ce soir. Chassant ses idées de mon esprit, le choisi la chemise de couleur rouge. C'était sa préférée.
Le trajet vers le dit-restaurant fut relativement court. Je choisis un établissement chic, histoire de prendre plaisir à regarder ses yeux remplis d'étoiles (phénomène que je n'ai pu observer que chez lui jusqu'à présent). J'appréhendais tout de même cette soirée, me sachant toujours capable du pire lorsque j'étais avec lui. Mais qu'importe, je n'avait pas lieu à m'inquiéter, n'est-ce pas?
Un maître d'hôtel d'une quarantaine d'année nous accueilli, très souriant, et nous lui fîmes part de notre envie d'avoir une petite table, à l'écart des autres, ce qui nous fut immédiatement accordé. Il nous emmena vers la dite-table, ronde, sobrement décorée, près d'une immense baie vitrée donnant sur une rue commerçante, entourée de végétations diverses nous permettant ce moment d'intimité désiré. Traversant la salle, déjà presque entièrement pleine de convives, je sentis soudainement un pincement très désagréable au niveau de mon postérieur. Je m'arrêtais et me retournais vivement vers celui ou celle qui allait devenir ma prochaine victime, mais cette dernière avait déjà pris la poudre d'escampette. Je n'osais pas y croire, quelqu'un m'avait tripoté les fesses, en publique. Je me retenais de hurler de colère, fulminant de rage. Sentiment qui s'accentua dangereusement quand je rencontrais le regard amusé d'un serveur passant juste sous mes yeux. Ce fut un échange furtif, mais je compris. Je repris néanmoins ma route, inutile de donner à Shuichi une raison pour devenir un assassin en lui racontant ma vive mésaventure.
Je le laissais s'installer le premier, puis je tirais ma chaise pour m'asseoir, quand une vision s'offrit à moi. A l'autre bout de la baie vitrée, se trouvait une table presque identique à la nôtre. Une jeune serveuse était en train de prendre la commande du vieux couple qui l'occupait mais je vis, pour ma plus grande contrariété, son regard en coin guettant Shuichi de manière désireuse. Ma première réaction fut l'étonnement pur et simple. Shuichi était mignon, inutile de dire le contraire, et ce n'était pas la première fois que je sentais le regard de quelqu'un s'égarer sur lui. Mais d'habitude, j'étais, MOI, le sujet de convoitise des minettes en chaleur que nous pouvions croiser quand nous sortions. Décidément, tous les serveurs de ce restaurant s'étaient passé le mot pour me gâcher ma soirée. Ma seconde réaction fut de bouillonner littéralement de rage. C'était sa faute, à lui, aussi. Quelle raison avait-il eut de s'être vêtu de la sorte?! ... Quoi? Non, il n'avait en aucun cas revêtu l'une de ses affreuses (mais néanmoins sexy) tenue de concert, mais il était malheureusement (pour moi) diablement adorable dans ce tee-shirt orange volontairement trop court, laissant à la vue de tous son petit nombril et son ventre plat; et ce jean moulant à souhait, dessinant parfaitement le boxer qu'il portait en dessous (heureusement pour lui qu'il était célèbre, il se serait fait interdire l'entrée de cet établissement sans cela). Je n'avais d'ailleurs pas résister à baver d'envie en le suivant dans la salle de réception, avant de quitter ses fesses du regard à contre cœur quand il s'assit sur sa chaise. Était-il au moins conscient de l'effet qu'il faisait aux autres? Une pensée fit irruption dans mon esprit, me coupant toutes les autres. Peut-être était-il effectivement conscient de l'effet qu'il faisait? Peut-être cherchait-il justement à me faire réagir? A me rendre jaloux? Non, Shuichi n'était pas capable de ça. Enfin ... Je ne pense pas. Je ne savais plus. Quand il s'agissait de ma personne, Shuichi était capable de beaucoup de choses. Alors, c'était ça? C'était volontaire?
Je m'installais également sur ma chaise, prêt à lui bondir à la gorge quand mon simple regard de tueur suffit à le faire déglutir. Bingo. Je l'avais pris sur le fait, et il attendait l'inévitable sentence qu'il en résulterait. Il était liquéfié sur place, la bouche ouverte tel un poisson hors de l'eau. Visiblement il ne savait pas quoi faire pour éviter ma colère. Et moi, j'étais censé faire quoi, franchement? Voir mon amant se faire loucher dessus de la sorte, j'appréciais moyennement. Il était à moi, et je n'autorisais personne d'autre à le désirer. Aussi, je fit tout ce qu'un connard qui se respecte ferait dans ces conditions : je me vengeais. Du coin de l'œil, j'apercevais le serveur qui m'avait pincé les fesses un peu plus tôt, et lui fis un signe de s'approcher. Néanmoins surpris, celui ci vint rapidement, et se positionna juste à côté de moi. Pas entre Shu et moi, pas du côté de Shu, mais pile poil à mes côtés. Parfait. Avec mon habituel sourire en coin, je lui demandais ce qu'il y avait au menu ce soir, et ce qu'il pouvait éventuellement "nous proposer de sympa à déguster" (avec un sous-entendu tellement prononcé que même Shu dû comprendre mes intentions), sous le regard noir de mon amant qui n'en perdait pas une miette. Quand il eut fini de m'énumérer la quantité de plats présents au menu de ce soir, je lui dictais mes envies sans même m'en rendre compte. Tout ce que je voyais, c'était Shuichi, qui semblait être à deux doigts de nous étriper, le serveur et moi. Ça faisait mal, hein ? Moi aussi, j'avais mal. Pourquoi? Je ne savais pas. J'avais beau me convaincre d'avoir raison de me comporter de la sorte, quelque chose me disait que j'allais vaguement le regretter. Ce qui s'avéra juste quand je vis Shu se lever de sa chaise, méconnaissable. L'expression visible sur son visage me fit prendre conscience de l'erreur que j'étais en train de commettre. Ce n'était pas de sa faute, qu'est-ce qu'il me prenait ?
J'étais cependant incapable du moindre mouvement, et ce pour plusieurs raisons. Je l'avais blessé, et ça me faisait mal. Depuis quand je me souciais du bien être des gens qui m'entouraient ? Depuis quand je me souciais de son bien être à lui, qui était entré dans ma vie à un moment où je ne voulais justement plus m'attacher à personne? Si j'avais interrogé ma psychologue à ce sujet, je sais très bien ce qu'elle en aurait dit, mais c'est le genre de chose que je ne pouvais pas encore avouer, c'était beaucoup trop tôt. Pourtant, la réaction de Shu fut par contre, tout sauf ce à quoi je m'attendais. Dans d'autres circonstances, il n'aurait pas hésité à me hurler dessus, à me frapper, à me traiter de tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables. Alors, qu'est-ce qui avait changé ? Pourquoi ne me remettait-il pas à ma place comme il le devrait? Je savais que mes réactions ne sont jamais celles qu'il espérait, mais il me connaissait, il savait comment je fonctionnais, non?
Au fond de moi, j'eus soudainement peur. Il était parti sans même me regarder, et ça m'avait terrifié. Et s'il en avait eu marre de moi, de mon caractère de merde, de mon humeur de chien, de ma façon de vivre totalement à l'opposer de la sienne ? Et si je l'avais fait fuir alors que ma jalousie ne cachait en réalité que mon envie de le garder près de moi, et ma peur de le perdre? J'avais appris à vivre à ses côtés mais je comprenais désormais que cet équilibre que nous avions bâti était fragile, prêt à se casser en mille morceaux à chaque instant. Avais-je ébranlé la confiance que Shu nous avait accordée ? J'espérais que non, avec toute la sincérité dont j'étais capable (celle que je ne montrais à personne d'autre qu'à lui). Ma décision était prise, je devais le rattraper, MAINTENANT ! A cause de ma stupidité, il devait certainement s'imaginer des tonnes de choses, alors je devais lui prouver que je tenais à lui, peu importe le moyen. Je me levais vivement de ma chaise, et m'apprêtais à me lancer à sa suite, quand une main s'abattit sur mon poignet. Merde, je l'avais oublié celui-là. Me retournant vers lui, je le vis, vaguement satisfait de la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux, ce qui ne manqua pas d'accentuer ma propre colère. Regardant autour de lui, il semblait s'assurer que nous étions seuls, ce qui était malheureusement le cas. Se rapprochant de moi, il susurra à mon oreille :
« Vous l'aviez ramassé sur le trottoir ? Faites attention, on peut attraper des maladies avec ces bestioles-là. »
...
Incroyable, cet enfoiré avait réussi l'exploit d'insulter Shuichi, plus que je ne l'avais moi-même fait depuis que nous nous connaissions, et ce rien qu'en une phrase ! Une rage sourde gronda en moi. Comment pouvait-on être aussi cruel envers un être que l'on ne connaissait même pas, j'étais sidéré. Le plus surprenant dans l'histoire, c'est que cet idiot n'avait même pas reconnu le si célèbre chanteur des Bad Luck (je ne parlais même pas de moi, les lecteurs de mes bouquins devaient être à quatre-vingt quinze pour cent des lectrices).
« T'inquiètes pas, je l'ai fait vacciner contre les abrutis dans ton genre » répondis-je, les dents serrés
Heureusement pour moi, Shu devait avoir des anticorps très puissants vis-à-vis de ma personne. C'est dans des cas comme celui-ci que je regrettais vaguement que les gens étaient ignorants quant au fait que j'ai buté des hommes quand j'étais plus jeune, que j'étais un meurtrier; ça enlèverait à certains l'envie de dire des conneries. Et c'est avec ce déchet que j'avais osé m'amuser aux dépends de Shuichi?! Je me dégoûtais au plus haut point. Ce mec méritait mon poing dans sa tronche, mais je ne valais pas mieux que lui en fin de compte. Étais-je toujours aussi mauvais? Le faisais-je toujours autant souffrir? Que faisait un ange comme lui aux côtés d'un démon comme moi, je me le demandais... J'essayais vainement de me souvenir si j'avais pu, à un moment ou à un autre, avoir eu ce genre de propos à son égard, mais j'avais beau être le pire des idiots, je n'aurais jamais osé le qualifier de putain. Quelque part, je me sentais soulagé. J'étais peut-être un salaud, mais il y avait pire.
Le serveur ricana un petit instant et se rapprocha plus de moi, en osant aventurer une ses mains dans mon dos.
« Maintenant que vous avez perdu votre chaton, je pourrais peut-être le remplacer … »
Le contact me fit frissonner de dégoût. Il n'y avait qu'une seule personne qui avait le droit de me toucher de la sorte et c'était ... Mes yeux s'écarquillèrent soudainement de surprise. Comme si mon cerveau s'était remis en marche après un temps d'arrêt, je réalisais seulement que Shu avait quitté l'établissement, qu'il était en train de s'éloigner de moi pendant que je perdais mon temps avec ce stupide serveur. Qu'est-ce qui n'allait pas chez moi?! Sans doute plus violemment que je ne l'aurais voulu, agrippais le col de sa chemise, et je l'éloignais vivement de moi.
« Écoutes-moi bien, l'ami. » Son sourire s'effaça pour mon plus grand plaisir « Même si t'étais le dernier trou de cette putain de planète, je ne prendrais même pas la peine de te regarder, alors enlèves tes sales pattes de moi, veux-tu ? »
Je ne le laissai pas argumenter plus longtemps et me dépêchais de sortir de ce restaurant où je ne foutrais plus jamais les pieds ! J'aurais dû écouter Shu, on aurait dû rester à la maison. Arrivé à la porte d'entrée, je constatais avec amertume qu'il pleuvait des cordes. Le ciel était noir, il était tard et l'eau déferlait de tout part. Comment allai-je le retrouver ? Où était-il allé ? J'espérais vaguement qu'il soit retourné « chez nous » (oui, le « chez moi » que tu avais proclamé tient en plus de mon cœur), mais j'en doutais fortement. Si j'avais été à sa place, je serais parti là où personne ne m'aurait trouvé afin de rester seul. Mais ça, c'était avant qu'il n'entre dans ma vie, et me fasse comprendre que régler des problèmes à deux était plus facile que de les régler seul. Je tournais la tête, à gauche, à droite. J'étais perdu. Sans lui, mes repères se froissaient ; il m'avait rendu dépendant, sans même le savoir. Je tournais de nouvelle fois la tête, et la chance semblait être de mon côté. Sa tignasse rose et son tee-shirt orange, qui jurait affreusement avec, étaient reconnaissable entre tous, et sans même l'envisager, mes jambes se mirent en mouvement en sa direction, comme si elles savaient où étaient leur place. Il continuait sa route, tête baissée. J'imaginais très bien l'état d'esprit dans lequel il devait se trouver, et le nœud qui avait élu domicile dans mon cœur se resserra. Son mal-être me faisait souffrir, de la même manière que le savoir heureux faisait fondre mon cœur de glace. Le bonheur par procuration, je ne savais pas ce que c'était, avant d'avoir le plaisir d'y prendre goût à ses côtés. Je n'étais plus qu'à un mètre de lui, mais je ne voulais pas le brusquer, ne sachant pas comment il allait m'accueillir après ce que j'avais fait. La simple pensée qu'il pouvait envisager de me quitter me fit tourner la tête. Allez Eiri, pensais-je, ce n'était pas comme si tu ne savais pas ce qu'il attendait de toi. Bien, faisons les choses dans l'ordre !
J'agrippais sa main avec détermination, et je le stoppais, par la même occasion, dans son élan. Il ne se retourna pas, pourquoi? Avait-il l'air si misérable? Je voulais voir son visage; je voulais voir à quel point je l'avais blessé pour pouvoir m'excuser en conséquence. Oui, moi, le grand Yuki Eiri, j'allais m'abaisser à présenter des excuses (et j'irais jusqu'à me mettre à genoux, s'il le fallait !) pour la première fois de ma vie, car je les savais parfaitement justifiées. La pluie sembla se calmer, et je pouvais presque entendre sa respiration se faire plus courte. Je savais qu'il était en train de pleurer, mais consoler n'était pas dans mes compétences. Une légère pression sur ma main me fit comprendre qu'il s'apprêtait à se retourner. Mince, j'avais hésité à agir, et c'est lui qui une fois de plus pris l'initiative de faire le premier pas. Néanmoins, je fronçais les sourcils à la simple vue du regard qu'il me lançait. Il semblait résigné, qu'avait-il en tête? J'avais peur de comprendre. Avait-il donc baissé les bras? Allait-il m'abandonner? Il en avait parfaitement le droit. Mais étais-je, moi, prêt à le voir sortir de ma vie aussi rapidement qu'il en était entré? Mine de rien, je m'étais habitué à toute ces petites attentions, celles qui existent quand vous vivez avec un autre être à vos côtés. Shu était devenu mon équilibre. Mon appartement jadis froid et impersonnel reprenait vie par sa simple présence. J'avais beau me plaindre de sa présence insupportable dans mon quotidien, je ne me voyais plus rentrer chez moi sans qu'une boule de nerfs rose ne me saute dessus pour me souhaiter un bon retour. Oui, car il y avait à présent quelqu'un qui m'attendait, quelqu'un qui réclamait ma présence, quelqu'un qui se souciait de mon bien-être. Mon café du matin avait meilleur goût quand c'était lui qui le préparait. Bien que j'aie toujours besoin de calme pour écrire mes livres, de plus en plus le silence m'effrayait, car ça signifiait qu'il n'était pas avec moi. Je me surprenais à allumer la télévision, car je savais que je le verrais dans une quelconque émission. On dit toujours qu'on ne prenait réellement conscience de la perte de quelque chose quand on l'avait définitivement perdu. Je ne voulais pas tenter le diable à essayer de mettre en pratique ce dicton, car si je le perdais, je serais perdu à jamais moi aussi. Il fallait que je dise quelque chose, il fallait que je fasse quelque chose ! Je le voulais vraiment, mais la peur de dire le mot de trop, qui le ferait me quitter pour toujours m'effrayait, alors je restais là à le regarder, sachant pertinemment ce qu'il attendait de moi. J'étais faible. Depuis quand étais-je si faible? Mon monde s'écroula quand il lâcha ma main pour reprendre la route qu'il semblait s'être tracé. Non, je ne pouvais tout simplement pas l'envisager. Incapable d'utiliser des mots pour lui faire comprendre ce que je ressentais, je choisis une autre méthode.
Mon corps bougea de lui-même, c'était ma dernière chance. Je l'enlaçais par derrière, serrant autant que je le pouvais son corps contre le mien. Lui faire comprendre que j'étais désolé, c'était fait. Mince, il était frigorifié, ayant passer plus de temps que moi sous cette plus diluvienne. Inutile de rester plus longtemps à attirer le regard des curieux, je le pris par le poignet et l'emmena avec moi. Je connaissais un petit hôtel sympa près de l'endroit où nous étions, nous y seront bien pour discuter. Je payais la chambre et mon cœur se réchauffa à la sensation de sa petite main agrippée à ma chemise. Puis, je l'emmenais avec moi dans l'ascenseur. Il semblait perdu et je partageais cet état d'esprit; je n'avais jamais fais ça pour qui que ce soit. Lui faire comprendre que je tenais à lui? Ça je pouvais faire. Pendant que la porte de l'ascendeur se refermait, je le plaquais doucement contre la paroi, et l'embrassant vivement. J'avais envie de le toucher, et je ne me fis pas prier, son tee-shirt trop court était un véritable appel à la luxure. Il répondit positivement à cet échange quand je sentis ses mains parcourir mes muscles, c'était plutôt bon signe. L'arrivée au second étage se fit rapidement, et j'emmenais Shuichi à notre chambre, l'ouvrant vivement pour le laisser entrer. J'étais pressé de m'excuser, alors je fermais la porte dans un claquement sec qui le fit sursauter. Maudit soit mon impatience ! Il se retourna vers moi, une légère inquiétude dans le regard, je m'empressais de lui dire :
« Je suis désolé, je n'aurais pas du. Je voulais te faire plaisir en sortant ce soir, et j'ai tout gâché. »
Voilà, c'était fait. Il ne me restait plus qu'à attendre le jugement. Mon cœur semblait être pris de panique, jouant aux montagnes russes dans ma cage thoracique. Une petite main vint de nouveau agrippé ma chemise, Shu semblait rayonner de nouveau. J'en faisais si peu et j'en recevais tellement.
« Je … Ce n'est pas grave, d'accord ? Oublions ça. »
Vraiment? Moi je ne pouvais pas oublier. Je sais qu'il y aura encore des crises, il y aura encore des pleurs, j'étais prêt à changer, mais on ne peut pas oublier des années de solitude en un claquement de doigts. Ça prendra du temps, mais je ferais en sorte qu'il n'ait plus à se demander qu'il devait me quitter ou pas. Il me surprit par la question qu'il me posa ensuite :
« Tu n'es plus fâché contre moi ? »
Mais comment diable pourrais-je être fâché contre lui?! Et surtout, pourquoi?! Tout était de ma faute, et lui trouvait quand même le moyen de se sentir responsable. Qu'avais-je donc fais au bon dieu pour mériter un ange comme lui dans ma vie? (Tuer cet enfoiré de Kitazawa n'est PAS une réponse valable !). Je voulus par contre m'assurer d'une chose.
« De quoi est-ce que tu parles ? »
« Hé bien, à l'instant, tu semblais en colère, je me trompe? »
Suis-je bête, il sait lire le Yuki comme personne.
« Ce n'est pas contre toi que je suis énervé, mais contre moi-même. » Puis je rajoutais, voulais aller jusqu'au bout dans mon explication « Je t'ai blessé inutilement, et là, nous allons tous les deux tomber malade à cause de moi. »
« Non, c'est ma faute, je ... »
Mais bordel non, rien n'était de ta faute. C'était uniquement la faute de ces deux serveurs de malheurs ! (et de la mienne, accessoirement).
« Arrêtes, tu n'as rien fait. Écoutes … Je ne pensais pas que tu le prendrais si mal, ça m'a juste prodigieusement énervé de voir l'autre brune te faire de l'œil. Je … Tu es à moi, d'accord ? » Puis, je me devais de rajouter « … Ne me laisse pas. »
Plus dégoulinant de romantisme, tu meurs. J'avais espéré avoir dit cette phrase sans paraître trop pathétique, mais le sourire que Shu me lançait à présent valait tous les sacrifices (même si ma fierté venait quand même d'en prendre un sacré coup.) J'étais pardonné, et j'en étais extrêmement soulagé. Une main sur ma joue me fit relever la tête, puis les lèvres de Shu vinrent se poser au coin de mes lèvres, dans une tentative timide de me quémander un baiser. Non, pas seulement. Il avait envie de plus. Il avait besoin de plus. Et je n'avais pas le courage à lui refuser. Il me demanda, le regard voilé de désir :
« Nous pourrions peut-être prendre une douche pour nous réchauffer, qu'en dis-tu? »
J'en dis qu'une partie de jambes en l'air m'aurait fait le même effet, mais ce que soit mon pudique petit ami qui me fasse cette demande était diablement tentant. Nous nous embrassâmes et comblèrent nos envies sous une bonne douche chaude, réchauffant nos corps et nos cœurs. Il m'avait d'ailleurs vivement surpris en prenant les choses en main après que je me sois occupé de lui. Comment pourrais-je avoir envie d'autre chose, puisque je les avais lui, et son désir de me rendre heureux? Puis nous priment place dans le lit, continuant nos démonstrations affectives pour le plus grand bonheur de l'autre. Il s'endormit assez rapidement, comme à chaque fois; et je me délectais de le voir de nouveau si serein, surtout au vu de la souffrance que je lui avais infligé. Je me réveillais néanmoins ce qu'il me semblait être que deux ou trois heures plus tard, me sentant parfaitement éveillé. Il faisait bien évidemment nuit, mais la lune était à son plus haut niveau dans le ciel, diffusant sa lueur dans toute la chambre, dont nous avions oublié de fermer les rideaux. J'étais tellement bien, dans cette position, sur le dos, Shu tout contre mon corps. De ma main libre, je lui caressais lentement les cheveux, et cette odeur de fraise qui semblait émaner de lui en permanence enivra mes sens. Le contact de ma main sur sa tête sembla le perturber un petit moment, car il marmonna dans son sommeil un langoureux :
"Hum ... Nyuki~", bougeant inconsciemment son bras pour le passer autour de ma taille, sûrement de peur que je m'en aille. (Pour aller où? Je n'échangerais ma place pour rien au monde !)
...
Seigneur, donnez-moi la force de ne pas le violer dans son sommeil, et par pitié, faites qu'il arrête d'être aussi mignon ! Un bruit étonnant s'échappa de mon estomac. C'était clair, j'avais faim. Évidemment, par ma faute, nous n'avions rien mangé hier. Je me promis à ce propos, qu'une fois rentrés à la maison, je lui préparerais un festin digne d'un roi ! En plus d'avoir faim, le stresse accumulé la veille réveilla mon manque de nicotine. Il me fallut un nombre incalculable de minutes pour me défaire de l'étreinte de Shuichi sans le réveiller, et me lever mon lit à la recherche de mon pantalon. Je ramassais nos vêtements et le pliaient soigneusement, puis fouillais dans ma poche afin de récupérer un paquet de cigarettes. Il était vide, pour mon plus grand malheur. Bien, je n'avais pas le choix, il fallait que je sorte (je pouvais rester quelques heures de plus sans manger, mais je risquais d'être rapidement de mauvaise humeur si je ne pouvais pas fumer). Je m'habillais donc et trouvais un conbini au coin de la rue. Je passais devant le rayon des sucreries sans même m'en rendre compte, et fut immédiatement attiré par la couleur des boites que j'avais pris l'habitude de voir dans mes placards, ou rarement loin de Shuichi. Avec un sourire, et sachant qu'il ne fallait pas grand-chose pour le rendre heureux, je pris deux boites avec moi, et cherchais deux boissons pour accompagner cette gourmandise. Je payais la note le cœur léger. Oui, décidément, je me surprenais de nouveau à ressentir de la joie rien qu'à l'idée de le sentir heureux. Et c'était une sensation qui me plaisait. De retour dans la chambre, Shu n'avait pas bougé d'un pouce. Je déposais silencieusement mon sac de courses sur sa table basse, et je fis le tour du lit afin de fumer tranquillement près de la fenêtre.
Appréciant ce moment de plénitude à sa juste valeur, j'entendis un léger bruit de draps froissés et tournais la tête vers le lit. Shuichi venais visiblement de se réveiller et se retourna avec angoisse dans le lit en constatant que moi, je n'y étais plus. Je le vis un instant se battre avec lui-même, et je m'approchais du lit, lui indiquant par la même ma présence dans la pièce. S'asseyant à ses côtés, je souris en voyant son regard passer de l'inquiétude au soulagement et l'embrassais doucement. Ce n'étais pas ce à quoi je l'avais habitué, mais j'en avais soudainement eu envie.
« Déjà réveillé? » lui demandais-je
« Je pourrais te poser la même question. » m'avait-il répondu, interdis
Oui, c'est vrai. Me rappelant la raison pour laquelle j'étais effectivement debout au beau milieu de la nuit, je lui montrais du doigt mes trouvailles de la nuit. Son regard s'anima d'une lueur gourmande.
« Yuki … » Il semblait vraiment surpris. Et heureux. C'est tout ce qui m'importait.
« Ton estomac m'a réveillé cette nuit, alors je suis sorti acheter ça. » expliquais-je
Oui, j'avais très légèrement écorché la réalité. Mais qu'importe, il n'était pas obligé de le savoir. Il se précipita sur le sac pour prendre l'une des boites de ces gâteaux dont il ne pouvait se passer. J'avais bien fait de les acheter. Il soupira de plaisir en croquant dans le biscuit et je ne pus m'empêcher de sourire à cette vue. Ma cigarette entièrement consumée, je pris la canette de bière et l'ouvrit, restant à ses côtés pour partager ce moment de grignotage nocturne. Repensant à ce qu'il s'était passé un peu plus tôt, et à la frayeur que la situation m'avait fait ressentir, je remerciais le ciel d'avoir doté Shuichi de la capacité à me supporter. Pourquoi? Je ne savais pas. Comment c'était possible? Si quelqu'un avait la réponse à cette question, qu'il me la donne sur le champ! À sa place j'aurais abandonné depuis longtemps. Il était loin d'être facile à vivre lui aussi, mais il avait fait des efforts considérable pour s'améliorer, n'était-il pas temps que j'en fasse de même? Voyant que lui-même semblait faire le point sur les émotions qui le gagnait, je lui demandais :
« Quelque chose ne va pas ? »
Son regard exprima une légère contrariété.
« Non … je ... »
Il semblait perdu. À cause de moi, il était sans cesse dans l'incertitude, et n'avait de cesse de se remettre en question pour tout ce qui me concernait.
« Je sais que je ne suis pas toujours à l'écoute, mais si quelque chose te tracasse, tu peux m'en faire part, tu sais ? » lui dis-je
Et je pensais chaque mot que je venais d'employer. Notre plus gros problème était la communication, car le langage des mots n'était pas notre fort. Nous avions du mal à dire ce que nous pensions car un mot de travers pouvait tout changer. Sa réponse me perturba néanmoins.
« C'est juste que … Je t'aime, Yuki. »
Une si petite phrase pouvant résumer tellement de choses. Il pouvait les dire si facilement, ces trois petits mots, alors que j'en étais pour ma part absolument incapable. Mais je n'avais pas besoin de les lui dire, il savait déjà tout, j'en été persuadé. Il semblait comprendre, car il ne me demanda rien, reprenant l'assaut sur le paquet de gâteau qu'il tenait entre ses mains. L'envie soudaine me pris d'en manger un morceau moi aussi, et plutôt que de piocher dans son paquet, je préférais m'attaquer au morceau dépassant de sa bouche si tentatrice. Comment ne pas céder? Il était pétrifié par mon geste, et j'en profitais pour caresser ses lèvres, avant de l'embrasser franchement. Sa bouche était encore plus sucrée que le gâteau que je venais de manger (mince, je venais vraiment de penser ça?!); avais-je déjà dis à quel point j'aimais la fraise? Le relâchant à contre cœur, je devais quand même trouver une réponse convenable à la déclaration qu'il venait de me faire.
« Idiot … Je ne sais pas ce qui se trame dans ta petite tête de linotte, mais ne t'avises surtout pas de me laisser tomber. J'ai besoin de toi, Shuichi, alors reste avec moi. »
Il me regarda les larmes aux yeux, une unique larme coulant le long de sa joue, mais il souriait. Voilà donc l'effet que j'avais sur lui, j'avais le pouvoir de le faire pleurer de douleur comme de joie. J'avais son bonheur entre mes mains, et même si je n'étais toujours pas sûr de le mériter, je fis silencieusement le vœu qu'il reste toujours à mes côtés.
Oui, cette soirée avait vraiment été un fiasco, mais quelque part, j'en étais plutôt content.
Je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais j'avais hâte d'y être.
Mon idée de départ était très différente de ce que donne la version finale, mais j'en suis relativement satisfaite ^^
De même, ce qui devait être à la base qu'un simple OS, s'est transformé en two-shot car je voulais donner le point de vue de Eiri qui au final s'est retrouvé être bien plus simple à écrire.
J'espère en tout cas que vous avais pris autant de plaisir à lire que j'ai eu à écrire ces deux petites choses :)
Merci d'avoir pris le temps de lire et n'hésitez pas à laisser un petit commentaire (tout est bon à prendre pour s'améliorer :))
