« Rien dans ce monde n'arrive par hasard… » Paolo Coelho

"Il n'y a même pas besoin de mur ou d'eau pour garder les prisonniers. Ils sont enfermés dans leur propre tête, incapables d'avoir la moindre pensée agréable. La plupart d'entre eux deviennent fous en quelques semaines."
- Remus Lupin (PA10)

"La plupart des prisonniers deviennent fous et beaucoup finissent par ne plus rien manger. Ils perdent la volonté de vivre. On le savait toujours quand quelqu'un allait mourir : les Détraqueurs le sentaient et ils étaient de plus en plus excités."
- Sirius Black (CF27)

2: Où on essaie de fuir la réalité.

Tôt le matin, dans le coin le plus reculé de la prison d'Azkaban, Sirius Black prépare son évasion. Il sourit. S'il réussit à s'enfuir, et il ne doute pas un seconde qu'il y arrivera, il sera le premier. La première phase de son plan a réussi. Les barreaux des cellules n'ont jamais été nombreux dans la prison des sorciers. En effet, à quoi cela aurait-il servi? les prisonniers sont enfermés dans leurs propres têtes et les Détraqueurs s'assure qu'ils n'en sortent pas en les enfonçant encore plus dans le gouffre sans fond du désespoir et de la folie. Et puis, même si quelqu'un arrivait à sortir de se cellule, il restait les gardiens et la mer à traverser. Mais ce que Sirius ne pouvait pas faire, Patmol s'en occupait. Il frémit au souvenir des barreaux rouillés sur lesquels il s'était râpé les flancs. Le grand chien noir passait juste. Il avait attendu le moment idéal, celui du changement de garde. Il prend la direction de la morgue, moyen d'accès le plus rapide vers l'extérieur. Intérieurement, il rit en pensant qu'il a toujours été prévu qu'il sorte par-là. Mais plutôt les pieds devant. Face à lui, la Mer du Nord, froide et agitée... Il en a déjà froid dans le dos. Il a toujours aimé nager... Mais pas dans ce genre d'eau. Pourtant lui revient des souvenirs de nages dans le lac de Poudlard au beau milieu de l'hiver. Le froid n'avait pas l'air de gêner Patmol...

Si ses souvenirs de son arrivée ici sont précis, et il est certain qu'il le sont, il y a un embarcadère pas très loin, pour les nouveaux arrivants, les visiteurs, les gardiens en permissions et ceux qui ont purgé leur peine. Sirius se souvient aussi d'un des Auror qui l'accompagnait et qui lui avait dit que de toute façon, cela ne le concernerait pas. Sirius soupire. Les barques devaient être ensorcelées de manière à ce que seuls les gardiens puissent s'en servir. Même Patmol n'aurait aucune chance. Pourtant, il faut qu'il parte, avant que quelqu'un ne se rende compte de son absence et ne donne l'alerte. Il regarde la mer encore une fois. C'est sa seule chance d'évasion. Prenant son courage à deux pattes, le chien s'avance vers l'eau et plonge dedans. C'est froid, beaucoup plus qu'il ne le pensait. Il se demande un instant si sous sa forme humaine le froid serait encore plus saisissant, puis remercie Merlin. Patmol est un Terre-Neuve, une race de chien nageur. Et puis il ne pense plus qu'a une chose. Nager et nager encore, malgré ses pattes engourdies. Cela dura longtemps, très longtemps... Il était près à s'effondrer de fatigue, mais ce qu'il avait ressenti la veille au soir le faisait tenir. Penser à eux ravive ses dernières forces. Enfin, il arrive sur la rive, non loin d'Aberdeen. Il s'endort, totalement épuisé par l'effort phénoménal qu'il vient de fournir.

Une vielle femme jette un coup d'œil au chien agonisant sur la plage. Elle s'arrête un instant, semble réfléchir, et puis repart, ses bottes en caoutchouc couinant à chacun des pas qui l'éloigne du gros chien noir. Elle revient ensuite, au même rythme lent d'éternité. Elle se penche, grimace en sentant son dos et ses articulations lui rappeler son age, pose une écuelle à côté de lui et la remplit d'eau. Elle va ensuite se promener sur la plage en regardant la mer et surtout ce coin sur l'eau, toujours embrumé, même par temps clair, et que les pécheurs fuient comme la peste. Les vieux pécheurs, les vieux loups de mer, racontent l'histoire d'une île, cachée, noyée dans le brouillard, d'où provient des hurlements effrayés et une peur panique qui vous prend aux tripes. Personnes ne peut survivre là-bas, disent-ils. Elle est pourtant sûre d'avoir vu le chien sortir de la brume.

Le petit Drago pousse la porte du bureau de Lucius. Père ne veut pas qu'il y entre, mais il s'ennuie! Mère est en pleine discussion avec sa nouvelle couturière, venue spécialement de Paris. Lady Malfoy veut organiser un bal dans quelques semaine. Pour cela, il lui faut bien sûr une nouvelle robe. Un Malfoy se doit d'être époustouflant en toute circonstance. Drago est donc seul. Enfin, avec Dobby, mais aucun Malfoy ne s'abaisserait à jouer avec un elfe de maison. Et du haut de ses quatre ans, Drago est un véritable Malfoy. Miniaturisé. Doucement, il s'approche du bureau en ébène. Massif, il trône en plein milieu de la pièce. Drago monte sur le lourd fauteuil à accoudoirs qui lui fait face. C'est le siège favori de Père. Le regard du petit blond caresse un instant la plume de paon, l'encrier en argent et le parchemin, blanc et doux, qui semble attendre que la plume fasse de lui une lettre, de flatterie ou de réclamation. C'est de là que son père tire les ficelles, Drago le sait.

Drago descend du siège, touche le velours gris qui le recouvre avec une sorte de vénération. Un jour, ce sera son siège, pense-t-il. Il regarde le globe terrestre posé, tel une oeuvre d'art, sur un socle de marbre blanc et d'ébène, puis il se dirige vers la bibliothèque en bois précieux qui prend un mur entier. Peut-être que Père a des livres avec de jolies images? Sa main passe lentement sur les tranches de cuir ancien. Certaines sont même dorées. Soudain, il s'arrête. Le petit carnet noir dépare au milieu de tout ce luxe. Il parait en plus mauvais état que les livres l'entourent, pourtant plus anciens de quelques siècles. Le petit garçon tend le doigt, frôle presque la couverture couleur ombre. Soudain, la porte s'ouvre brutalement derrière lui. Drago se retourne, surpris, oubliant un instant les murmures enjôleurs qui semblent venir du carnet. Son père le repousse violement dans les bras de Dobby qui sanglote. Drago a à peine le temps de voir son père ouvrir le carnet avant que la porte se referme.

Il est tout a fait inconcevable de s'ennuyer au Terrier. Si cela arrive à un de ses habitants, il y a un fort risque que la maîtresse de maison, la généreuse Molly Weasley, lui trouve une occupation dans la minute qui suit. Il faut dire qu'il y a toujours beaucoup à faire au Terrier, avec ses neufs habitants: suivre les cours que Molly donne a ce de ses enfants qui ne sont pas encore en age de rentrer à Poudlard, surveiller les jumeaux, qui profitent de la moindre inattention pour provoquer une nouvelle catastrophe, mettre la table en évitant Ginny qui traîne souvent sous les chaises, surveiller les jumeaux, jouer avec la petite soeur, surveiller les jumeaux, empêcher Ron de finir les Chocogrenouilles, surveiller les jumeaux, aider maman à préparer les petits pour aller faire les courses, surveiller les jumeaux, porter les sacs de courses, surveiller les jumeaux et encore surveiller les jumeaux... Et essayer d'éviter qu'ils ne lui tombent dessus comme la semaine dernière.

Mais Percy s'occupe tout de même de son rat avec amour. Il aime énormément Croutard. Et puis c'est son rat, à lui. Sûrement sa seule véritable possession, la seule chose qui n'appartient qu'à lui dans cette maison. C'est lui qui l'a trouvé, roulé en boule devant l'entrée, entre les bottes de papa. Ce matin , avant le petit-déjeuner, il le sortit de sa cage, le caressant doucement. Il remplit comme d'habitude son écuelle de ses croquettes favorites, celles sur lesquelles son rat se jetait toujours avec entrain. C'était sans doute le moment de la journée où il déployait le plus d'énergie. Pourtant, aujourd'hui, il ne les touche même pas. Étrange... Il serait bien allé trouver son frère Charlie, si doué avec les animaux, mais celui-ci passe sa première année à Poudlard. Percy soupire, et puis vas manger. Là, entre deux plaisanteries des jumeaux, il oublie Croutard. Mal lui en prit...

Cette après-midi , Severus Rogue, comme depuis toute les après-midi depuis que Dumbledore l'a nommé professeur de Potion dans la plus célèbre école de sorcellerie du Monde, se demande ce qu'il à fait pour subir cela. Question idiote, pense-t-il en jetant un coup d'oeil à son poignet gauche, caché sous la longue manche de sa robe noire. Il n'empêche que tous ses crimes, passés, actuels ou futurs, ne méritaient pas une telle punition, pense-t-il en voyant les jeunes visages se tourner vers lui à son arrivée. En effet, il n'a jamais supporté les enfants, ce qui est déjà handicapant pour un enseignant, et, de plus ses élèves lui semblent être les pires au monde. En plus, ce cour là voit les premières années de Gryffondor et de Pouffsouffle réunis. Se préparant à diverses catastrophes, il ouvre la porte et leur fait signe d'entrer. Croisons les doigts, pense-t-il, peut être sont-ils plus doués que ceux de mon époque.

Espoir vain.

Deux longues heures de cours plus tard, une migraine de tout les diables martèle son crâne,, il vient d'échapper à la décapitation par chaudrons explosifs et il est dans une colère noire. Il a en particulier repéré une Pouffsouffle et un Gryffondor à qui il ne confiraient même pas de l'eau, de peur qu'ils arrivent à détruire quelque chose avec. Il soupire. La fille est aussi douée pour cela qu l'était Black. D'ailleurs, Tonks n'était pas le nom de ce né moldu qu'avait épousé la cousine de Black? Cela avait fait un scandale à l'époque, mais Severus est trop jeune pour s'en souvenir avec précision. Quant au garçon, il est tellement roux qu'il ne peut s'agir que d'un Weasley, et il a l'air encore moins doué de son frère. Combien sont-ils, déjà, se demande-t-il avec peur, s'imaginant déjà l'invasion de rouquins, tous plus doué les uns que les autres pour faire exploser leur chaudron.

Ce soir, c'est la pleine lune, pense un homme en regardant le ciel qui s'assombrit lentement. C'est le crépuscule, et le jour devient nuit. Le soleil disparaît à l'ouest et la lune, son amante, ronde et blanche, douce comme la peau d'un enfant mais aussi dure que le marbre, va bientôt se lever. Le visage de l'homme, qui l'attend avec impatience et répulsion à la fois, est ridé, pleins de creux, de ravins. Il est jeune pourtant. La souffrance et la maladie, la maladie qui fait de lui un être dangereux, d'une force supérieure à la moyenne, l'ont vieilli prématurément. Il existe pourtant peu d'homme aussi gentil que lui. Il s'appelle Remus Lupin. C'est un loup-garou.

Il est temps pour lui d'entrer dans sa cave, et d'en fermer le verrou s'il ne veut pas détruire son salon. Il descend donc l'escalier, se calfeutre. Ce n'est pourtant pas lui qu'il veut protéger, mais les autres. Les passants innocents, par exemple. Il se déshabille et cache ses vêtements, ne voulant pas les abîmer lors de sa transformation. Il ne peut pas se le permettre. Puis il attend, dans le froid humide du sous-sol, cette douleur qu'il connaît depuis si longtemps... Enfin elle arrive. Sa tête et ses membres s'allongent, mettant ses muscles au supplice, ses poils, ses griffes, ses dents poussent. Son corps n'est plus que douleur. Enfin, ses cris s'arrêtent. Le loup est là courbé, grognant, avec dans ses yeux plus aucune trace de Remus. Le loups semble chercher une odeur, museau levé, narines frémissantes. Mais il doit se rendre à l'évidence. Le cerf, le chien et le rat ne sont toujours pas là. Malgré une sensation diffuse la sensation de leur présence près de lui. Le loup est presque calme cette nuit.

Il arrive encore que Regulus se demande, et cela assez souvent, pourquoi il a choisit de tous dire à Dumbeldore quand il a appris pour... alors qu'il est si sombre. Un vrai Black, aurait dit son frère. Son frère, si semblable à lui mais si différent. Bien sûr, c'était le meilleur moyen de survivre. Il aurait put les trouver lui-même, et se faire tuer avant d'en avoir détruit une seule. Mais pourquoi avait-il été si convaincu qu Dumbledore le croirait, lui ? Pourquoi, à cette époque, s'était-il directement dirigé vers Poudlard et pas vers le Ministère, où il aurait su monnayer ses renseignements contre sa liberté ?

Il se dirige vers la fenêtre, et regarde un instant la Forêt Interdite. Puis il relève la tête et voit la lune. Elle est pleine, et autour brillent trois étoiles, dont Sirius. Et, sous la lumière de son frère, il comprend. Il se rappelle encore de Sirius et de son enthousiasme quand celui-ci parlait du directeur. Jusqu'à ce que Regulus entre à Poudlard, bien sûr. Etrange de se dire que son frère est aussi traître que lui. Etonnant à quel point on peut ne pas connaître son propre frère. Sauf que Regulus n'y croit pas une seconde.

Sirius a toujours été incapable de simuler. Il ne sent bien que quand il est entier. D'aucun disait a Poudlard qu'il était incapable d'aimer. Ce n'est pas vrai, mais il est seulement incapable de faire semblant d'aimer. Et incapable de trahir ceux qu'il aime.