Chapitre 1Le Défi

Sortie de la salle de bain en un temps record, j'étais plus pressée de savoir à quelle sauce j'allais être mangée plutôt que d'avoir des explications sur le retour inattendu de mon meilleur ami dans mon paysage audiovisuel.

Il m'attendait, posé négligemment dans mon canapé, les pieds sur ma table basse. J'attrapais ma veste et mon sac et passais devant lui, balayant au passage ses pieds de ma table.

- Faut pas te gêner surtout. Les vieilles habitudes ont la vie dure il me semble...

- Fais pas cette tronche Swan, ça fait combien de temps maintenant ? 20 ans ? Et tu m'as déjà vu ôter mes pieds plus de 15 secondes de là où ils se trouvent ?

- Enlèves tes pompes au moins. Bon, on y va ou pas parce que mon pot de crème glacée m'attend toujours lui !

- Rêves pas !

Il se leva d'un bond et me poussa vers la sortie. Sentir à nouveau ses mains sur moi m'électrisa mais je retombais vite sur terre. S'il pensait que tout était oublié, il se gourait sérieusement.

- Mes clés ?

- Dans ma poche. J'ai appelé un taxi, pas la peine de risquer des problèmes. Surtout que j'ai pu constater que tu possédais toujours ta super Chevy...

- Ma Chevy et moi on t'emmerde !

La porte de l'appartement claqua bruyamment et je lui lançais mon plus mauvais regard. Devant la porte de l'ascenseur, je fus soudain prise de doute. Et si ce n'était pas la bonne chose à faire ? Jake me regardait, tentant de sonder mon esprit. Je détournais les yeux, rougissant légèrement.

- Tu fais chier Black. Qu'est-ce que tu fous ici ?

- Je te l'ai déjà dit. T'avais ...

- ...besoin de toi oui, j'avais cru comprendre... Et qui te dis que j'avais envie de te voir ?

- Tu ne montres pas beaucoup de résistance pour quelqu'un qui n'a pas envie de me voir...

Un silence nous accompagna jusqu'à la réception et lorsque nous montions dans le taxi, je n'avais pas encore rouvert la bouche. Il me regardait toujours, parfois même avec insistance, et je commençais à me sentir mal à l'aise quelque part.

- Quoi ? On dirait que tu ne m'as jamais vu avant !

- T'as pas changé. T'es plus femme mais t'as pas changé

Mes joues rosirent sous le coup de ses paroles et je lui en voulais de me faire ça.

- La ferme Jake, je t'en veux toujours... Tu crois qu'il te suffit de revenir la bouche en cœur à un moment où je vais mal pour que je passe l'éponge sur ce qui s'est passé ?

- Bella s'il-te-plait pas maintenant. Ce soir, essayons de nous changer les idées, c'est tout ce qui compte

Je me renfonçais dans mon siège, boudant comme une gosse.

- Tu ne m'as toujours pas dit où nous allions

- Je ne connais qu'un seul endroit capable de te mettre la tête à l'envers et c'est exactement ce qu'il te faut ce soir. On va chez Sam

Je me tournais brusquement vers lui, les yeux pétillants et le sourire plaqué sur les lèvres.

- Chez Sam ? Ça fait des plombes que je n'y suis plus allé ! Au moins... 3 ans...

Mon sourire se fana et je sentis Jake se tendre à mes cotés. Le reste du voyage se passa en silence, comme il avait commencé. Une fois arrivé, il sortit du taxi en premier et je dus réprimer une envie de claquer la porte derrière lui et de dire au chauffeur de démarrer. Attitude puérile hein. Et bien oui, et c'est tout ce qu'il méritait après le sale coup qu'il m'avait fait. Je descendais néanmoins à mon tour et me dirigeais en tremblant vers l'entrée.

- Bouges-toi Swan, c'est pas comme si tu allais à l'échafaud non plus !

Je soufflais avec exaspération et j'entrais dans le bar déjà bien rempli. Sam était toujours derrière son bar et lorsqu'il nous aperçut, il arrêta ce qu'il faisait pour venir se planter devant nous. Son regard était sévère mais c'était là son habitude. Il nous attrapa tous les deux et nous serra fort dans ses bras. Je crus même qu'il allait me casser les côtes !

- Je suis content de vous voir les enfants ! Allez vous asseoir, je vous apporte vos bières

Nous le remercions et nous trouvions une table légèrement à l'écart. Même si nous étions là pour me faire oublier mes déboires sentimentaux, je n'étais pas prête à abandonner mon idée de mettre les choses au clair avec lui. Il ne pouvait pas revenir après trois ans et croire que j'allais l'accueillir les bras ouverts. C'était surtout le rouleau à pâtisserie qui l'attendait !

- Bon, on y est, on a nos verres, alors maintenant je VEUX savoir ce que tu fous ici Black. Et ne me sors pas que c'est parce que j'en ai besoin parce que je te jure que je te fais bouffer la table

Il faillit s'étrangler avec sa bière et j'étais plutôt satisfaite de mon petit effet.

- Tu ne devines vraiment pas ? Pas même une petite idée ?

Je haussais les épaules et bu une gorgée de ma bière.

- Je veux enterrer la hache de guerre Bella. Je ne supporte plus de vivre éloigné de toi

Je le toisais largement, les sourcils relevés.

- Et il t'aura fallu trois ans pour te décider ? C'est que je ne suis pas si irremplaçable que ça au final. Et puis, c'est pas moi qui suis partie

- J'ai fait une connerie je l'admets, mais je t'en supplie, par pitié, essayons d'avancer. Je ne le supporte plus. Je ferais tout ce que tu veux ...

Là encore, mon regard froid et dur s'abattit sur lui. Mais je devais bien l'avouer, j'étais plus que ravie de pouvoir le compter à nouveau parmi mes proches. J'aurais préféré qu'on m'arrache la langue et qu'on me brûle la bouche avec des charbons ardents plutôt que de le lui dire mais bon dieu, qu'est-ce qu'il m'avait manqué ! Une idée lumineusement diabolique me traversa alors l'esprit tandis que Jake me regardait encore et toujours avec ses yeux de merlan frit.

- T'as bien dit tout ce que je veux Black ?

- Oui tout, si à ton tour tu me jures de me pardonner

- T'es certain de ton coup ? Parce que crois-moi, en trois ans de temps, j'ai eu le loisir de réfléchir à tout ce que je pouvais te faire endurer si jamais tu revenais

- Putain Bells, je te dis tout c'est tout quoi !

- OK alors je n'ai qu'une chose à dire : shooters

- Shoo... aaah non ! Je veux bien tout mais pas les shooters

- Tu reviens sur ta parole Jake ?

- Merde Bella, tu sais que ça va me mettre la tête à l'envers

- Les shooters et t'es pardonné. Pas de shooters et je rentre chez moi, tu choisis

- Tu fais chier Swan... Hey Sam, envoies deux rampes par ici. Notre amie Bella a envie de jouer

Je tapais dans mes mains comme une gamine à qui ses parents viennent d'acheter le dernier truc à la mode et j'adoptais la « banane attitude » illico. Sam apporta les deux rampes et sonna la cloche pour annoncer le début des hostilités, petit rituel créé pour attirer l'attention des autres clients sur le ou les courageux qui tentaient l'impossible ou presque, descendre la totalité de sa rampe et tenir encore debout !

La couleur du visage de Jacob avant changée et son regard suppliant ajoutait à la scène déjà hilarante, une touche encore plus comique. Il essayait de se convaincre qu'il n'allait pas encore finir minable sur la table – ou dessous, au choix - comme à l'époque où nous vivions encore ensemble, mais c'était sans compter sur mon sourire suffisant qui le fit déglutir difficilement sa salive. Jake regarda la rampe et soupira en prenant le premier verre.

- A ta santé Swan

Nous descendions ce premier shoot d'un trait et tandis que je sentais l'alcool réchauffer mon corps après son passage, je pouvais voir Jake virer au rouge et réprimer un toussotement.

- Tu me déçois Jake, c'est que le premier pourtant... T'es certain que tu veux continuer ?

- Rien que pour pouvoir te clouer le bec ! Attrapes le deuxième, j'en ai pas fini avec toi!

Je m'exécutais et nous trinquions avant d'avaler ce liquide translucide que je reconnus comme être de la vodka. Cette fois, pas de toux mais une sorte de défi apparut dans ces yeux. Le jeu avait vraiment commencé.

Nous avons toujours adoré nous défier, depuis tout petit, et c'est d'ailleurs ce qui nous valu de nombreuses cicatrices et autres punitions...

- Je corse le jeu Jake. Celui qui perd fait des excuses publiques à l'autre

- J'ai mieux ! Il sera au service de l'autre pendant un journée

Je pris le troisième shoot et le descendis d'une traite.

- Une semaine !

Jake fit pareil.

- Un mois !

J'attrapais mon quatrième verre et Jacob prit le sien du bout des doigts. Les verres s'entrechoquèrent et je sus qu'il ne renchérirait pas.

- D'accord, va pour un mois. T'étrangles pas en l'avalant celui-là, j'ai un tas de trucs sympa de prévu...

- Rêves pas Black, t'auras pas cette chance

Et je bus mon verre en laissant mes yeux plantés dans les siens. J'étais vraiment troublée par ce que je vivais en ce moment car rien n'avait changé finalement. Certes je lui en voulais mais ça n'était pas la première fois non plus. Comment en 20 ans ne vouliez-vous pas que ça arrive au moins une fois ? Seulement, ce que je n'arrive pas à accepter et à faire disparaitre, c'était cette rage et cette tristesse que je pouvais ressentir quand je pensais au fait qu'il ait préféré partir plutôt que de trouver une solution au problème que nous vivions.

L'alcool aidant et commençant à faire son travail, je lui proposais un break. J'avais besoin maintenant de savoir pourquoi mais aussi de me rassurer sur sa présence à mes côtés. Je ne voulais pas revivre la séparation, je n'y survivrais pas.

- Pause Jake. Je vais profiter du fait que tu sois déjà bourré pour avoir les réponses à mes questions

- T'es une traitresse Bella. Je savais que tout ça n'était qu'une ruse

- Oh fermes-la idiot et écoutes-moi pour le moment !

Il riait bruyamment, signe manifeste que son seuil de tolérance à nos breuvages avait été atteint. Swan 1 – Black 0 !

- Pourquoi t'es parti Jake ?

Il baissa les yeux sur ses verres vides et se mit à les triturer. Il devait visiblement chercher ses mots. Compréhensible quand on additionnait le degré d'alcool dans son sang ! Mais étonnamment, ses mots sortirent sans problème.

- J'ai eu peur. Je sais c'est débile mais j'ai vraiment eu la trouille et je me suis dit qu'un peu de distance nous serait bénéfique

J'étais abasourdie par sa réponse. De quoi avait-il eu si peur ? Et comment moi je pouvais à lui, lui avoir donné ce sentiment ?

- Un peu de distance ? Bénéfique ? Parce que tu appelles trois ans et des milliers de kilomètres un peu de distance ?

Il culpabilisait, je pouvais clairement le voir. Je décidais alors d'être franche et honnête avec lui, histoire qu'il puisse lui-même constater que rien de tout cela ne fut bénéfique pour moi.

- Quand Alice est venue me dire que tu rentrais à Seattle et que tu ne savais pas quand tu reviendrais, j'ai senti mon cœur se déchirer en deux. Tu ne répondais pas au téléphone ni aux mails et je ne comprenais pas ce que j'avais bien pu faire pour que tu m'en veuilles à ce point. J'ai passé trois semaines dans le noir avec le téléphone à côté de moi et nos albums photo étalés partout à me dire que j'allais me réveiller de ce cauchemar jusqu'à ce que j'abandonne finalement. Alice et Rosalie m'ont aidé à me reconstruire et à oublier, mais depuis trois ans, je ne suis plus que l'ombre de moi-même

Ses yeux brillaient comme s'il allait pleurer et sa main hésitante au début attrapa la mienne pleinement, me serrant les doigts presque douloureusement. Mais je ne bougeais pas, trop contente qu'il le fasse.

- Je ne pensais pas que tu pourrais vivre tout ça en partant sinon crois-moi, jamais je ne l'aurais fait. Seulement, tu m'as dit de sortir de ta vie, alors c'est ce que j'ai fait...

Mes yeux devaient sortir de ma tête tant j'étais surprise.

- Quoi ? Mais quand ?

- Le jour où tu nous as trouvé Jessica et moi, tu as claqué la porte en disant que tu ne voulais plus jamais me voir. C'est ce que j'ai fait, je suis parti. Je voulais te laisser le temps de te calmer et puis, quand j'ai été prêt à me faire incendier, tu as cessé d'appeler et j'ai pris ça pour la fin de tout... Ce que je peux être con...

Je laissais mes doigts glisser hors de sa main et je restais muette devant tous ces aveux. Finalement, nous étions deux cons à cette table et nous avons perdu trois foutues années pour rien.

Après un moment à nous regarder en silence, je décidais d'être la première des deux à devenir moins stupide et je lui souris. Encore une petite réponse correcte à mes interrogations et je pourrais être pleinement heureuse à nouveau.

- Tu es rentré pour de bon ?

- Ça dépend de toi

- Où habites-tu ?

- La deuxième chambre à droite au Manoir Cullen... Alice ne voulait pas que j'aille à l'hôtel...

- Comment... ? Depuis quand as-tu décidé de revenir ?

- Bella... c'est pas le plus important. Ce qui compte c'est maintenant ET après

Je savais que je n'aurais pas gain de cause cette fois mais je tenterais la prochaine fois car je ne m'avouais pas vaincue.

- Prends le suivant, tu commences à dessaouler et c'est pas marrant !

Il s'exécuta et nous reprenions nos descentes les unes après les autres.

Au bout de huit ou neuf shoots, je ne savais plus vraiment, je commençais à douter sérieusement de ma victoire car étonnamment Jake était toujours de la partie. Depuis quand tenait-il si bien l'alcool ? Mais bien vite, je pus constater qu'il ne s'agissait que d'une façade. Il était proche du coma ce qui me remit dans la course à la victoire illico presto ! Ses yeux brumeux m'envoyaient des signaux très précis sur son état et je pouffais de rire quand il s'affala légèrement sur sa chaise.

- Je ne me rappelais pas qu'il y en avait autant...

- T'es une mauviette Black ! Je vais t'enterrer et après tu seras ma chose pendant un mois entier !

Il se redressa de sur son perchoir et comme titillé par mes mots dans son orgueil, il prit l'avant-dernier shoot et le porta à ses lèvres.

- Plus qu'un Swan et c'est toi qui me serviras mon petit-déj au lit en costume de lapine Playboy pendant un mois...

Je vis rouge car il n'était pas question que ça se passe ainsi !

Je pris les deux derniers verres, un dans chaque main et lui souris triomphalement quand je les avalais coup sur coup sans en renverser une goutte. Je claquais les petits verres à l'envers sur la table et leva les bras en l'air en criant pour affirmer ma victoire sur lui.

- Yeahhhhh ! Tu es à moi Jacob Black, tout un mois !

- T'as triché Bella ! Et puis je tiens encore parfaitement debout alors ça compte pas !

Je laissais mes bras retomber le long de mon corps et je jetais ma tête en arrière en lâchant un grognement de mécontentement profond.

- On va demander à Sam ce qu'on doit faire pour nous départager d'accord ?

Ma suggestion parut lui plaire et il se leva de sa chaise après trois tentatives infructueuses. Jake tituba jusqu'au bar sur lequel il s'affala de tout son long. J'éclatais de rire devant le regard sévère de Sam qui me fit signe d'approcher pourtant. Je faisais moins la fière du coup car tout comme Jacob, il me fallu plusieurs tentatives et un bras secourable pour que j'atteigne le zinc. Je bousculais Jake pour qu'il me fasse une place et il roula sur le bar pour se retrouver dos à Sam, face à la salle. Il pencha la tête en arrière pour nous écouter car il se trouvait dans l'incapacité la plus totale de bouger plus que cela. Je partais dans un fou rire alcoolique qui dérida Sam un court instant avant qu'il ne reprenne son air grave.

- Vous êtes beaux tous les deux ! Comment êtes vous venus ?

- Taxi

- Bonne nouvelle. Je vous en appelle un ?

- Non Sam, tu dois d'abord me dire qui a gagné...

- Ouais Sam, c'est toi qui départage !

Sam soupirait et je me remis à rire. Mon état passa ensuite à Jake qui riait lui toujours très bruyamment, posé sur le bar à la façon biker.

- Comment voulez-vous que je vous départage ? Vous êtes cuits tous les deux !

Nous nous regardions et nous haussions les épaules de concert, nous faisant rire encore plus fort... Bref, nous n'étions pas prêts à trouver une solution.

Un client qui semblait habitué des lieux, se dirigea vers le vieux jukebox en riant de la situation et lança un morceau que nous ne connaissions que trop bien, « I Love Rock'n'Roll » de notre vieille amie Joan Jett & The Blackhearts. Même bourrée comme je l'étais, je trouvais tout de même le courage et l'énergie pour me redresser et me mettre à bouger sur la musique. Je regardais Jake qui se demandait ce que je pouvais bien être en train de magouiller et je lui fis signe de me rejoindre sur la petite piste de danse.

Sam me regarda puis regarda Jacob et son visage s'illumina.

- Et bien voila, j'ai trouvé ! Vous n'avez qu'à vous affronter au son du jukebox

Il me fallu cinq secondes pour acquiescer, juste le temps de voir la mine déconfite de Jake.

Je me plaçais bien au centre et je me mis à me déhancher au son des guitares électriques.

- I saw him dancin' there by the record machine

La mâchoire de Jake se décrocha et mon numéro de air guitar en impressionna plus d'un dans la salle. J'entendais des sifflets et des cris provenant des autres clients mâles que Sam tenait tout de même à l'œil, juste au cas où...

- I knew he must have been about 17

Je bougeais toujours, hurlant plus fort pour que ma voix passe au dessus de celle de Joan.

La mâchoire de Jake touchait presque le sol maintenant.

- The beat was going strong, playing my favorite sooooooong

Je me rapprochais de lui en roulant les épaules comme un félin, les yeux bien droits dans les siens. Je lui tournais autour et le frôlais du bout des doigts. Je le vis déglutir difficilement et rougir aussi. Certainement l'effet de l'alcool...

- And I could tell it wouldn't be long till he was with me

Yeah me

And I could tell it wouldn't be long till he was with me

Yeah me

Je me plantais devant lui et lui tendis un micro imaginaire, l'entrainant au centre de la piste de danse par la main. Il se laissa faire et se prit au jeu. Il colla son dos au mien et leva les bras au ciel en hurlant le refrain de la chanson.

- Singin'

I love Rock'n'Roll

So put another dime in the jukebox baby

I love Rock'n'Roll

So come on take some time and dance with me

Nous continuions comme cela durant tout le disque et j'avais l'impression d'être dans un monde parallèle où à aucun moment Jacob et moi n'avions été séparés pendant trois années.

Les autres clients nous encourageaient et profitaient du spectacle en riant tandis que nous entamions le dernier refrain, nous retrouvant dans les bras l'un de l'autre. Les dernières notes résonnaient encore dans mes oreilles quand je me mis à saluer la foule qui applaudissait et je fus attirée au bar par l'un des clients qui voulait absolument m'offrir un verre, ce que je ne refusais pas car Joan m'avait épuisée... J'avalais alors mon verre cul sec et regrettais immédiatement mon geste car ce n'était pas de l'eau comme je le lui avais demandé mais plutôt du gin ! Je toussais fortement sous le choc et Jake accourut pour voir ce qui se passait. Il bouscula le client qui riait de ma réaction et me soutint par les épaules. Il avait l'air paniqué.

- Ça va Bells ? Tu respires encore ?

- Laisses-moi une seconde tu veux... Oh putain, le sale con, je lui ai demandé de l'eau...

Devant mes joues cramoisies et mes larmes aux yeux, Jake se mit à pouffer et je fis bientôt de même. Nous tombions à nouveau dans les bras l'un de l'autre avant de nous hisser péniblement sur les tabourets du bar.

J'étais encore plus saoule que ce que je croyais vu que si le pilier n'avait pas été là, je me serais retrouvée sur les fesses...

Sam nous regardait en souriant et je me rappelais qu'il avait une mission, celle de nous départager.

- Al- alors Sam... qu-qui qu'a gagné ?

« Qui qu'a gagné » ? Mais c'était quoi ça ? Et depuis quand je bégaye moi ?

Cette fois Sam riait vraiment. Il posa ses mains sur le zinc et son regard passa de Jake à moi et vice et versa. Il prit une grande inspiration et nous, nous retenions la notre.

- Étant donné que vous êtes encore tous les deux debout et que vous avez assuré le spectacle de la même manière, je vous laisse le choix. Soit il n'y a aucun gagnant, soit vous gagnez tous les deux. C'est le mieux que je puisse faire ! Ça et appeler un taxi parce que maintenant ça suffit amplement. Vous avez votre compte !

Je regardais Jacob et il semblait complètement à côté de ses pompes. Je lui mis un coup de coude dans le bras et j'attendis sa réaction, qui se fit seulement 7 ou 8 secondes après... Je riais comme une folle et je manquais de me retrouver sur les fesses, encore une fois, tant la pièce tournait autour de moi.

- Suis d'accord pour partager la punition alors. Jake ?

- Hein, ou-ouais, on va faire comme ça... Ohhhh putainnn, je crois que je suis bourré les gars...

Sam le regardait en riant et lui mit une claque sur l'épaule.

- C'est bien, tu t'en rends compte. Finalement, je crois que je vais dire que c'est Bella qui gagne parce que tu m'as l'air bien plus atteint qu'elle...

- Hey, trop tard ! Et attends de la voir debout, je crois que tu reverras encore ta position !

À mon tour je lui mis une claque et le narguais en me mettant debout justement et en me dirigeant vers la porte en saluant Sam au passage de la main.

Arrivée à cette porte récalcitrante, je sentis Jake dans mon dos. Il prenait appui sur moi et son souffle dans ma nuque me fit des frissons le long de la colonne vertébrale.

- Merde Jake, comment veux-tu que j'ouvre cette porte si tu te colles à moi comme ça ? Je croyais pourtant que t'étais moins atteint que moi...

- C'est bien ça mais je fais une pause...

- Menteur...

J'arrivais à bout de la porte et nous nous retrouvions sur le trottoir. L'air frais de la nuit me fit un bien fou et à Jacob aussi car au bout de quelques minutes, il semblait tout à fait dessoulé.

- C'est pas juste, on dirait que t'as rien bu...

- T'inquiète, c'est juste parce qu'il ne fait pas bien chaud mais je suis dans le même état que toi...

Je grelottais, effet pervers de la chute brutale de mon taux d'alcoolémie, et il s'en aperçut. Je sentis alors un grand bras se poser sur mes épaules et me rapprocher d'une source de chaleur familière. Je me blottis dans ce cocon et je respirais calmement, profitant simplement.

L'ambiance était vraiment différente de dans le bar et j'espérais que Jake sentait aussi cette différence. Malgré mon cerveau imbibé, non plutôt engorgé, d'alcool, je pouvais clairement me rappeler de notre discussion. Il se sentait tellement mal d'avoir fuit et tout cela était parti d'un simple malentendu surtout, je pouvais donc bien mettre ma rancœur de coté pour repartir avec lui sur de bonnes bases. Après tout, il était mon meilleur ami... Je me tournais vers lui et me mis sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur la joue. Il parut surpris mais il ne broncha pas.

- Merci

- De rien. Mais pourquoi au juste ?

- Merci d'être revenu et de m'avoir ouvert les yeux...

- Y a pas de quoi. Ça veut dire que tu me pardonnes ?

Je le bousculais gentiment et le regardais de travers, en souriant.

- On verra ça plus tard, exagères pas quand même...

- T'es dure... Tiens le taxi est là

Nous nous engouffrions dans le véhicule et Jake donna mon adresse au chauffeur. Lorsque nous arrivions devant ma porte, je regardais Jake, attendant qu'il se décide à nous ouvrir.

Il se souvint alors que c'était lui qui avait mes clés dans sa poche...

- Je t'avais dit que j'étais dans le même état que toi...

Je riais quand il essayait d'ouvrir avec la clé et qu'il loupait la serrure à plusieurs reprises avant d'enfin y arriver.

Nous nous étalions dans le canapé, l'un sur l'autre, sans même prendre la peine d'ôter nos chaussures et nos vestes. Je commençais à somnoler sérieusement et je décidais d'aller me faire un café pour éviter de trop tanguer dans mon lit plus tard. Jake bougea lui aussi et se redressa dans le canapé. Il se tourna vers moi et me sourit.

- T'en veux un ?

- Avec plaisir !

Je lui amenais son café et je me réinstallais à ses cotés, en silence. Lorsqu'il eut fini, il déposa sa tasse sur la table et je fis pareil. Il voulu se lever et je lui demandais ce qu'il comptait bien faire.

- Je ferais mieux de rentrer maintenant. T'es crevée et soule et moi c'est pas mieux...

Avais-je bien entendu et surtout compris ce qu'il venait de dire ? Il voulait partir ?

Je me jetais presque à son cou car je voulais qu'il comprenne que je ne voulais plus le voir s'éloigner de moi, même si c'était pour la nuit...

- Restes... s'il-te-plait

- Bella, je ne suis pas sûr de...

- Je t'en supplie Jake, pour moi...

Mes lèvres étaient proches de son oreille et je pouvais voir qu'il frissonnait. Je posais une main sur son torse et l'autre dans sa nuque.

- Bella...

- J'en ai besoin Jake, j'ai besoin de pouvoir croire que ce n'est pas un rêve... Que je ne vais pas me réveiller et reprendre ma vie sans toi...

Jacob attrapa mes mains et glissa en face de moi sur le canapé. Mes yeux devaient pétiller comme deux diamants et je sentais les larmes monter. J'espérais qu'il ne le verrait pas pourtant car je ne voulais pas paraitre désespérée au point de le supplier.

Une de ses mains quitta les miennes et avec son pouce il effleura ma joue.

Cette fois, mes larmes sortirent seules et je me laissais tomber dans ses bras. Il m'accueillit sans discuter et il embrassa mes cheveux en humant leur parfum. Il soupira et nous berça doucement tandis que je pleurais maintenant à chaudes larmes.

- Calmes-toi Bells, calmes-toi. Je ne vais pas disparaitre, plus jamais... Tu es ma meilleure amie, tu l'as toujours été et tu le resteras pour la vie entière

Je me détachais rapidement et je le regardais droit dans les yeux.

- Tu me le jures ? Tu ne dis pas ça pour que j'arrête d'être stupide ?

Il sourit encore une fois et posa ses lèvres sur mon front, en un geste tendre de réconfort.

- Sur ma vie Bella, je te le jure sur ma vie. Plus jamais je ne serais assez con pour t'abandonner encore une fois. Et si un jour cette idée me repasse pas la tête, je te donne la permission de me foutre une raclée et de me faire bouffer la table de chez Sam si ça te tente !

Je riais en même temps que je pleurais et il glissa sa main sous mon menton pour que je n'ai plus d'autre choix que celui de le regarder.

- Tu sais que je t'aime et que je n'aurais jamais assez d'une vie pour essayer de me faire pardonner, hein, tu le sais ça ?

Je hochais la tête en ravalant la salve de larmes qui s'apprêtait à couler sur mes joues. En cet instant, je ne l'avais encore jamais vu aussi beau... Peut-être encore ces satanés effets de l'alcoolisation...

Il me relâcha et il m'embrassa à la commissure des lèvres, comme il l'avait toujours fait. Il m'avait expliqué un jour que c'était sa façon à lui de me dire que je lui appartenais quelque part car personne d'autre n'oserait le faire et que de toute façon il ne le permettrait pas. J'avais trouvé ça macho quand il m'avait dit cela à 16 ans mais maintenant, je trouvais ça vraiment sexy. Seulement là, à ce moment précis de notre histoire, j'avais vraiment besoin de plus. Je tournais donc la tête au moment où il allait réitérer son geste et nous nous retrouvions bouche contre bouche, lèvres contre lèvres et je me sentais bien. Jake se recula et ses yeux fixèrent ses pieds. J'avais fait une connerie, je le sentais bien mais ce qui était fait ne pouvait pas être défait...

- J'ai pas envie de m'excuser Jake, je fais maintenant ce que je crois être bon pour moi

- Bella, on est amis

- Les meilleurs...

- Je ne veux pas gâcher nos retrouvailles

- Et moi je ne veux pas que tu partes...

- Je t'ai dit que je ne partirais pas

- Oui mais j'aime te l'entendre dire

Il me serra à nouveau dans ses bras et je ne voulais être nulle part d'autre que là...

- Tu m'as manqué Jake...

- Je sais... Si tu allais te coucher maintenant ?

- Tu viens avec moi ?

- C'est pas de refus !

Nous nous levions et nous dirigions vers ma chambre. Je passais rapidement dans la salle de bain pour y enfiler mon t-shirt trop large et mon pantalon de flanelle et je me glissais dans mes draps. Jake s'était déshabillé aussi et comme je me collais à lui espérant grappiller un peu de sa chaleur, je me rendis vite compte qu'il ne portait plus que son boxer...

- C'est quand la dernière fois qu'on a dormi ensemble ?

- Putain j'en sais rien moi... Dors maintenant Swan

- Roooh quel rabat-joie... Aller Jake, réponds-moi, c'était quand ?

- Mais j'en sais plus rien moi, y a 4 ans je dirais

Je fixais le plafond de ma chambre en réfléchissant.

- Ouais t'as raison, c'était le soir de l'annif d'Alice

Jacob se tourna sur le dos et souffla bruyamment.

- Bella, là je dois t'avouer que je me fous de la dernière fois où on a dormi ensemble. T'as vraiment pas envie de pioncer ?

- Si mais tout tangue... Alors je me concentre sur autre chose que sur mes murs qui se rapprochent et s'éloignent de moi en permanence...

Il s'esclaffa et roula sur le coté pour me faire face. Il m'emprisonna dans ses grands bras et ensuite, roula à nouveau sur le dos. Je me retrouvais sur lui et je martelais son torse avec mes poings.

- Merde Jake, tu veux me faire vomir ou quoi ?

- Tu me fais rire Bells ! Aaaaaah, j'adore...

- Putain lâches-moi ! Oooh tu fais chier !

- Ah maintenant c'est moi qui fais chier... tu vas voir tiens !

Jake nous bascula sur le lit et je me retrouvais sous lui cette fois. Il m'écrasait et je sentais le mauvais coup venir...

Ses mains trouvèrent rapidement mes côtes et il se mit à me chatouiller sans relâche, me faisant hurler de rire sous lui.

- Pitié Jake, lâches-moi ou je vais finir par crever !

- M'en fous, tant que c'est dans mes bras, je prends le risque !

Je me débattais et me tortillais sous cette masse de muscles qu'était mon meilleur ami et ses chatouilles devinrent des caresses, tendres et rassurantes. Je me calmais donc et nos regards s'accrochèrent à nouveau comme dans le salon. Cette fois encore, Jake déposa un baiser au coin de mes lèvres et ma respiration s'accéléra d'un cran. Il posa son front contre le mien et frotta son nez au mien. Mes mains s'accrochèrent à son dos et je commençais de lents et délicats vas et vient le long de sa colonne vertébrale. Inconsciemment – ou pas ? - mes hanches se mirent à bouger sous lui et les yeux de Jacob se rouvrirent immédiatement. Il ne disait rien et je pouvais voir ses mâchoires se crisper. Son souffle se calqua sur le mien et bientôt, je pouvais aussi sentir que le reste de son corps réagissait à mes mouvements. J'avançais la tête vers lui et sans plus réfléchir, je l'embrassais. Cette fois, il ne se dégagea pas et au contraire, il se laissa faire et chercha même à approfondir notre baiser. Ses mains trouvèrent le bord de mon t-shirt et le contact de ses doigts sur la peau de mon ventre me fit frissonner. Un long râle de plaisir sortit de ma bouche lorsque Jake lâcha mes lèvres pour s'attaquer à mon cou. J'intensifiais mes caresses et je finis par plaquer mes mains sur ses fesses. En bougeant mes hanches, je sentais clairement l'érection de Jake sur ma cuisse et je réprimais un hoquet. Nous étions en train de déraper sérieusement car si nous ne nous séparions pas tout de suite, je pourrais jurer que nous finirions par faire l'amour dans ce lit ! Il fallait que je sache si c'était là aussi quelque chose dont il avait envie. Je passais mes jambes de chaque coté de Jake et je nous fis basculer afin que je puisse le chevaucher. La pièce tournait toujours mais je me contentais de le fixer lui afin de ne pas me sentir mal. Jacob plaça ses mains sur mes hanches et il laissa glisser ses doigts sur mes fesses. Il remonta ensuite sous mon t-shirt et dans un mouvement rapide, il se redressa pour me serrer dans ses bras, nichant son visage dans mon cou et léchant ma clavicule. Je frémissais sous ses attaques et je grognais quand ses caresses se faisaient plus brutales. Il attrapa les bords de mon t-shirt et le leva. Je levais aussi les bras pour qu'il puisse me l'ôter complètement. Cette fois, j'étais certaine que ce que nous étions en train de faire et ce que nous allions faire était tout à fait consenti... Jacob se laissa retomber en arrière dans les oreillers et ses mains partirent à la découverte de mon corps. Je fermais les yeux, profitant des sensations qu'il m'offrait, tandis que ses pouces cajolaient les pointes de mes seins rendues dures par le désir. Il nous bascula ensuite et il se retrouva sur moi. Sa bouche prit le relai de ses mains et cette fois c'est un cri qui sorti de ma bouche. Jake relâcha ma poitrine et continua de descendre le long de mon corps. Il joua un instant avec l'élastique de mon pantalon pendant qu'il embrassait mon ventre. Je me sentais si bien et pourtant je trouvais cette situation tellement étrange. Je posais mes mains sur ses épaules et je soulevais le bassin pour qu'il puisse faire disparaitre le vêtement devenu gênant. Il se mit sur les genoux et me regarda de haut en bas et de bas en haut en se léchant les lèvres et en se débarrassant de son boxer. Je rougissais instantanément.

- Putain... t'es magnifique...

Il avait murmuré ces quelques mots mais j'avais vraiment du mal à croire qu'ils sortaient de la bouche de mon meilleur ami.

Jake reprit sa place sur moi et reprit ses caresses et ses baisers. J'enroulais mes jambes autour de ses hanches et je me frottais outrageusement à lui, cherchant le maximum de contact entre nous.

- Jake...

- Tais-toi Bella, tais-toi...

Je l'embrassais passionnément et je le sentis se positionner devant mon entrée. Il hésitait encore, je le savais, mais je ne voulais rien d'autre pour le moment que lui en moi, que lui avec moi, que lui rien que pour moi. Ça ne nous était jamais arrivé en 20 ans de nous retrouver sur le point de coucher ensemble et à vrai dire ça ne m'était même jamais passé par la tête mais aujourd'hui, la question ne se posait plus, nous allions vraiment le faire, nous allions faire l'amour.

Dans un geste du bassin, je l'invitais à me posséder et il ne se fit pas prier.

Jake grogna et siffla entre ses dents et je rejetais la tête en arrière, grognant moi aussi mon plaisir lorsqu'il me pénétra. Il commença ses mouvements de vas et vient et il me mordit l'épaule, me faisant crier à la fois de surprise, de douleur mais surtout de plaisir.

- Merde Bella, t'es si... serrée... ooooooh

- Plus fort ! Je te veux... plus fort !

Il passa ses bras sous mes genoux et prit appui sur ses mains pour se donner plus de puissance. Ses coups de buttoir me firent hurler de plaisir et j'agrippais les draps avec force. Je sentais mon plaisir grimper en flèche et je n'allais pas manquer de le lui signifier !

- Jake bon dieu, t'arrêtes pas ! Oh oui, je sens que ça vient !

- Je sais, je te sens si bien... Allez ma belle, laisses-toi venir...

Il ne fallait pas qu'il me le dise deux fois ! Dans un profond râle, je laissais mon orgasme me gagner, me contractant sur Jake sans aucune retenue. J'ouvrais les yeux après ce fabuleux moment pour pouvoir admirer le visage en pleine jouissance de mon compagnon de jeu. Il se laissa retomber sur moi et son visage atterrit dans mon cou. Nos respirations étaient encore erratiques et j'étais encore trop sur mon nuage pour lui dire de se bouger. Finalement, il glissa à mes cotés et j'hésitais entre me coller contre lui et me mettre sur mon coté du lit. C'est Jake qui m'ôta mes doutes en m'ouvrant ses bras. Je m'y blottis et sans plus aucun mot, nous nous endormions, enfin.


Je sais, c'est pas mon habitude d'entrer en matière directement comme ça mais fallait bien que je me lance sinon ils se seraient tournés autour pendant 106 000 ans... ;) Vous avez aimé ?