Les Lycanthropes

Chapitre Deux : La Lune

Alors que la nuit atteignait son zénith sombre, une lourde silhouette se tenait sur le toit triangulaire, peu solide et hérissé de cheminées tordues.

Harry ne pouvait détacher son regard triste de la lune, cet astre lumineux et envoûtant. Le jeune sorcier ne savait plus où il en était. Il devenait un loup-garou, d'après Remus. Mais la transformation prenait du temps. Et était très douloureuse.

Ici, sa musculature s'alourdissait. Ses os grandissaient, pour pouvoir supporter ses nouveaux muscles. Ses yeux s'adaptaient au fur et à mesure. Son rythme cardiaque augmentait et ses appétits se faisaient bien plus grands qu'avant.

Son squelette se métamorphosait, des griffes lui poussaient et des poiles commençaient à pousser un peu partout en abondance. Et tout cela, très lentement.

Il devait bientôt attendre les deux mètres. Ses pieds s'allongeaient formant deux parties distinctes de la plante. Ses crocs le blessaient régulièrement mais la capacité de régénération des loups-garous était aussi efficace que rapide. De plus, il avalait goulûment tout le sang perdu.

Mais le changement le plus singulier et le plus douloureux concernait le cœur et le cerveau. Son cœur devenait plus gros, pompait plus de sang et lui faisait mal, tant à cause de la métamorphose qu'aux sentiments.

Ses pensées étaient floues, et il était sujet à diverses nausée, et hallucinations troublantes et d'une extrême violence.

Il haletait bruyamment, mais ne s'en préoccupait pas. Tout ce qui l'intéressait, c'était la lune, et uniquement la lune.

Son esprit ne fonctionnait plus comme avant. Cet « avant » là, qu'il ne prenait même plus la peine de regretter. L'époque pas lointaine où il était juste Harry Potter, jeune étudiant en septième année à Poudlard. Celui qui a survécut.

Maintenant, il n'en est plus rien. Il est juste Harry, celui qui s'est fait mordre. Le loup-garou. Un sorcier maudit.

Ses sentiments prenaient d'autres formes dans son esprit. Il n'arrivait plus a éprouver nulle forme de joie. Sa tête était hantée par le chagrin, un certain désir de vengeance et la faim, qui pour lui passait de besoin à sentiment. Un sentiment très fort.

Aucune forme d'amour ou de sentiment de la sorte ne laissait sa marque chez le jeune loup-garou.

Alors qu'il fixait de ses nouveaux globes l'astre lunaire, de lourdes larmes argentées et brillantes tombèrent de son visage.

Et, tandis qu'un nuage masquait quelques instant la lune, Harry jeta un coup d'œil à ses mains, anormalement allongées. Il voulu se prendre le visage mais n'osait pas.

Il se sentait transformé, presque difforme, et ne reconnaîtrait pas son visage, mais celui d'une bête presque plus humaine.

La nuit se déroula en grande partie ainsi, jusqu'à l'arrivée de l'aube. Voyante le soleil arriver, Harry s'élança du toit et d'un grand bond, tomba agilement par terre, s'en s'être réellement rendu compte de la hauteur qu'il venait de parcourir indemne.

Il rentra dans la cabane à outils de Mr Weasley et attendait de redevenir un humain. Il ne voulait en aucune sorte imposer son calvaire aux autres. Ses membres reprirent douloureusement leur apparence normale, déformant sa peau qui reprit sa place, laissant tomber sa fourrure.

Le jeune Harry se trouvait là, humain, en jeans déchiré et torse nu, au milieu de toutes les affaires moldues de Mr Weasley. Il sorti ses lunettes de sa poche, caressa machinalement sa cicatrice enforme d'éclair et prit le chemin du Terrier.

Il marcha le long du sentier cahoteux à l'abri de l'ombre que projetait la maison. Il ne savait pourquoi, mais il évitait le plus possible la lumière qu'irradiait le soleil. Pourtant, il le savait, les loups-garous non transformés la supportaient, cette lumière.

D'après Remus, c'était parfois des effets secondaires, entre autres, que pouvaient ressentirent les nouveaux loups-garous.

Il entra dans la cuisine et découvrit Mrs Weasley affairée. Cela ne l'étonna pas plus que ça de la voir levée si tôt. Tout comme cela n'étonnait pas Mrs Weasley de rencontrer Harry à de pareilles heures.

Elle avait pleuré, c'était sûr. Elle était marquée à un telle point qu'elle avait beaucoup de mal à le cacher. Harry savait qu'elle l'avait observé quelques temps lorsqu'il était sur le toit.

Elle se tourna vers lui et fit un grand sourire.

- Oh, Harry ! Viens donc manger, tu as l'air affamé !

Dans un autre contexte, cela l'aurait probablement fait rire. Mais non seulement Harry avait perdu tout sens de l'humour, mais ce n'était pas une blague. Harry était tout le temps affamé.

Si ce qui restait d'humain en lui ne le maîtrisait pas un temps soit peu, il aurait déjà dévoré tout ce qui respire dans cette maison. C'était affreux, mais c'était comme ça.

Mrs Weasley déposa avant que Harry ne réponde, une assiette garnie d'une impressionnante tranches de bacon. Il regarda la pile puis de quelques mouvements l'englouti.

Il dévora sa nourriture comme un animal mourrant de faim. Mrs Weasley vu se spectacle et se tourna pour essuyer encore quelques larmes pudiquement.

Harry haussa les épaules avec autant de tristesse que en un sens d'indifférence et monta se coucher.

Il passa devant les portes des chambres à coucher de ses amis sans un bruit et vint rejoindre la chambre des jumeau Fred et George dorénavant libre et désertée.

Il verrouilla fermement la porte avec sa baguette restée sur un meuble puis ferma les rideaux des fenêtres, la jeta dans un coin et se laissa tomber lourdement sur le lit moelleux. Des ressorts craquèrent un peu et de légers ronflements se firent entendre.

Harry passa ainsi une grande partie de la journée à dormir paisiblement. Lorsqu'il descendit au rez-de-chaussée, la lumière du jour déclinait peu à peu.

Ron se trouvait à table, ainsi que Remus. Ginny était dehors avec Hermione, Bill et Fleur. Tonks aidait Mrs Weasley à s'occuper de faire le repas.

Harry s'assit à table, évitant le regard de tous. Il ne parla pas. Personne ne lui parla, mais chacun lui lançait parfois des coups d'œil accablés et furtifs.

Le silence persista, pesant et gêné. Ron était plongé dans la lecture du « Quidditch à travers les âges » et les autres tentait de ne pas déranger Harry, qui paraissait assoupit. Mr Weasley rentra. Il déposa ses affaires, embrassa son épouse et sorti en marmonnant « vais m'balader moi ».

Remus allait dire quelque chose lorsque Mrs Weasley clama :

- Tous à table ! On mange !

Tout le monde rentra et s'installa à table. Tout le monde semblait éviter Harry du regard, mis à part Remus et Ginny. Cette dernière vint s'installer à ses côtés. Remus était déjà en face de lui.

Le dîner fut servi et chacun mangea silencieusement. Harry, tout en dévorant ce qui se trouvait dans son assiette, jetait, regardait nerveusement par la fenêtre. Remus le remarqua. Ginny aussi.

Lorsque Ginny tenta de prendre la main de Harry dans la sienne, un éclat argenté se fit très faiblement voir et Harry sorti précipitamment de la pièce.

Ginny cria, de détresse, après lui, et Remus lui courut après. Harry était déjà sur le toit. Il était en pleine transformation et hurlait.

Les autres en bas tentait de se couvrir les oreilles. Mrs Weasley fondit en sanglots ainsi que Ginny, qui monta dans sa chambre.

Remus arriva sur le toit où il trouva le Harry loup-garou. Grâce à la potion tue-loup, l'un et l'autre étaient inoffensifs. Remus se métamorphosa aussi, presque moins douloureusement.

Harry ne quittait plus la lune des yeux en ce moment. Il était obnubilé, obsédé par l'astre qui le contrôlait maintenant. Remus loup-garou vint s'asseoir à près de lui et regarda en sa direction.

- Elle est belle, hein , murmura doucement Remus d'une voix qui n'était pas la sienne.

Ce furent des grognements que Harry entendit. Mais la transmission de pensée était, lorsqu'ils étaient en loup, leur mode de communication.

Harry ne répondit pas. Il se contenta d'aboiements.

- Ne t'y fit pas, Harry, lui transmit Remus. Son pouvoir sur nous est grand. Trop grand… Tu deviendras fou à force… Et le sang contaminé qui coule dans tes veines n'arrange rien.

- Je préfère devenir fou que de vivre plus longtemps comme ça…

Remus comprit ce que lui seul pouvait comprendre. Ce n'était plus Harry Potter qui parlait. C'était le jeune loup-garou que Harry était devenu. Et il ne parlait pas de sa morsure, oh non, c'était bien plus complexe… pire.

- La voir seulement quelques heures et encore, lorsqu'elle ne se cache pas… C'est intenable…

Harry parlait de la lune bien sûr. Cela devenait une drogue pour lui. Il ne pouvait s'en passer. Remus avait vécu une phase du même genre. Et s'en était péniblement remit.

Il espérait que Harry, lui, s'en sorte mieux.

- Remus, murmura Harry en grognant.

- Oui ?

- J'ai faim…

- C'est normal, tu deviens ce que je suis : une bête…

- J'ai très faim, dit Harry presque pour lui-même.

- Ecoute, il fait te contrôler, assura Remus. Il reste sûrement à manger dans la cuisine. Mrs Weasley nous en gardera pour ce matin, j'en suis sûr.

- Non, insista Harry. Ce qu'il me fait, c'est… du sang… beaucoup de sang… Du sang humain…

A Suivre :

Chapitre Trois : L'instinct

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