Merci à Victory87 pour sa review.
(point de vue de Bellatrix)
L'honneur que le Seigneur des Ténèbres m'a conféré me donne une sensation extraordinaire. Il n'y a pas de mots pour décrire mon sentiment d'exultation. Combien de personnes aimeraient être à ma place? Quelle importance ressentiraient-elles, si le Seigneur des Ténèbres les informait de plans que la plupart ignorent?
Ce privilège m'a été accordé parce que le maître affirme qu'il me fait confiance. Qui peut dire que son maître a autant de foi en lui?
Ces pensées tourbillonnèrent dans ma tête alors que je continuais à marcher, le long du couloir. Ce dernier était éclairé de plusieurs chandelles, qui dispensaient une lueur flamboyante, et procuraient un peu de chaleur. Je laissai un bref sourire illuminer mon visage. Je me sentais importante! Je me sentais appréciée! Je me sentais la plus fidèle du Seigneur des Ténèbres! Il avait choisi de partager avec moi de très importantes informations. Quelle immense gloire!
Je m'arrêtai devant une simple porte de bois, que je poussai. Dès mon entrée dans la chambre, je fus assaillie par un parfum de roses, mêlé à l'after-shave de Rodolphus.
Je parcourus la pièce des yeux. Rodolphus était occupé à boutonner sa chemise blanche, banale et impeccablement repassée, fronçant régulièrement les sourcils, chaque fois qu'il trouvait un léger faux pli. Sortant sa baguette, il murmura quelques mots, et la chemise eut de nouveau l'air de sortir à peine de la boutique.
- Bellatrix, dit-il comme je lui jetais un regard.
- Rodolphus, répondis-je.
Il s'approcha de moi avec une extrême lenteur, ses yeux plongés directement dans les miens, d'un air méditatif. Il laissa ses cheveux voiler son visage tandis que je levais la tête vers lui.
Ses yeux parcoururent mon corps.
- Tellement belle, dit-il dans un souffle avant de saisir mon visage entre ses deux mains et de m'embrasser brutalement, mais avec passion.
Je le laissai faire, mais une part de moi aurait voulu que ce soit... Non, j'étais idiote.
Il se dégagea presque aussi vite que s'il avait été brûlé.
- Le Seigneur des Ténèbres nous a donné la permission de sortir prendre un verre, n'est-ce pas?
- Oui, bien sûr, répondis-je, mes yeux se posant sur mon reflet dans le miroir.
- Bien, dit-il. Puis-je te demander pourquoi tu as passé si longtemps avec le Seigneur des Ténèbres?
- Rodolphus, tu devrais savoir depuis le temps que si le Seigneur des Ténèbres n'a pas choisi de partager avec toi certaines informations de grande importance, cela signifie évidemment que tu n'as pas besoin de les connaître. De toute façon, il m'a seulement dit qu'il souhaiterait me voir bientôt.
- Bellatrix, ma chérie, je dois dire que s'il s'avère que tu dois accomplir une mission pour lui, avec tout le respect que j'ai pour le Seigneur des Ténèbres, j'ai le droit de savoir de quoi il s'agit parce que je suis ton mari, et...
Il marqua une pause.
- Tu ne devrais rien dire que tu pourrais regretter, mon cher époux, crachai-je.
- Bellatrix, pourquoi es-tu incapable de comprendre le fait que je m'inquiète pour toi? Je ne suis pas en train de suggérer que tu es faible. J'essaie juste de te dire que tout n'est pas gravé dans le marbre. Tout peut tourner mal, bien que nous souhaitions le contraire, évidemment.
J'acquiesçai. Oui, Rodolphus avait tout à fait le droit de se faire du souci pour moi, mais je n'étais pas le stéréotype de la femme de sang pur. Je n'étais pas faible, et si j'étais avec mon maître, il y avait alors très peu de chances que je sois vaincue. Ses pouvoirs sont impensables, inimaginables, surréalistes, mais je suppose que c'est la conséquence d'une étude de la magie noire aussi intense que celle à laquelle il s'est livré. Un Dieu, si vous voulez mon avis.
Cependant, je dois dire que Rodolphus n'avait pas pour habitude de se montrer si protecteur. Peut-être qu'Azkaban avait affecté son cerveau.
Il y eut une pause. Un silence. Pendant lequel chacun de nous deux rassembla ses idées.
- Récemment, tu as été très secrète sur ce que tu faisais pour lui, affirma Rodolphus.
Je sentais ses yeux sur moi tandis que j'admirais mes ongles carmin.
- Si...si je ne t'avais pas mieux connue, j'aurais pensé que...commença Rodolphus d'un ton assez assuré, mais sa confiance semblait diminuer un peu plus à chaque syllabe.
- Tu aurais pensé quoi, Rodolphus? demandai-je, levant la tête et le regardant dans les yeux.
Rodolphus secoua la tête.
- Ca n'a pas d'importance, murmura-t-il.
Je lui jetai un regard noir. Nous n'avions pas besoin d'une dispute en ce moment. Je vais laisser passer cette petite chose pour l'instant, mais s'il recommence, ma colère sera terrible.
Entre notre silence gêné et la tension dans l'air, je sentis une certaine claustrophobie monter en moi. Je commençai à brosser mes cheveux d'un noir d'ébène, tandis que Rodolphus s'asseyait au bord de notre lit et restait là, la tête dans les mains, perdu dans ses pensées.
- Je me demande qui sera le premier à succomber à la pression. Eh bien, certainement pas moi, murmurai-je d'un air songeur, tout en jetant un coup d'oeil à mes cheveux dans le miroir.
- Bellatrix, je m'excuse. Je n'aurais pas dû te dire quoi que ce soit, lâcha Rodolphus.
Je me tournai pour lui faire face avec un sourire satisfait.
- Ce n'est pas grave, répondis-je. Mais fais attention à ce que tu suggères.
Malgré tout ce qui était arrivé il y avait une demi-heure, nous étions occupés à flâner dans l'Allée des Embrumes. Nous étions cagoulés, afin qu'il soit difficile de nous reconnaître. Nous étions des fugitifs d'Azkaban, après tout. Cependant, il était très improbable de croiser un Auror dans ce coin-là pendant la journée, et d'autant plus pendant la nuit. La majorité des Aurors avaient peur de s'aventurer dans l'Allée des Embrumes. En effet, il était évident que quiconque tentant d'arrêter les trafics qui s'effectuaient ici finirait incapable de se souvenir de ce qui s'y était passé en premier lieu, ou bien perdrait un membre de sa famille dans des circonstances mystérieuses.
On pouvait dire, sans risque d'erreur, que l'Allée des Embrumes ne serait jamais l'endroit de prédilection de personnes n'ayant pas un sang correct.
A chaque pas que nous faisions, Rodolphus et moi, l'obscurité paraissait un peu plus profonde, et nous pouvions entendre de plus en plus de marmonnements, tandis que des artefacts de magie noire divers et variés changeaient de propriétaire dans les coins d'ombre.
- Bellatrix... marmonna Rodolphus avant de saisir ma main tout en m'entraînant vers un homme au visage dissimulé par sa cagoule
- Bonne soirée à tous les deux, dit l'homme en guise de salutation.
Je reconnus la voix de Dolohov à sa faconde, et à sa légère touche d'accent bulgare.
- Comment vont les affaires ce soir? demanda Rodolphus en désignant le gros sac plein de crânes, sur lesquels était gravée une inscripton en latin.
- Moyennement bien. J'aurais gagné plus de Gallions que d'habitude, si le père de Cadmus Avery n'avait pas résisté à mon sortilège de l'Impérium, répliqua Dolohov.
- Ah... On ferait vraiment n'importe quoi pour un peu d'argent, soupirai-je, faisant glousser les deux hommes.
- Tu veux prendre un petit verre avec nous? proposa Rodolphus.
- Pourquoi pas? répliqua Dolohov avec un haussement d'épaules.
D'un mouvement de sa baguette, il lança un sortilège de Réduction sur son sac afin de pouvoir sans crainte le ranger dans sa poche.
Nous avons traversé l'Allée des Embrumes, le vent fouettant nos cagoules. Il agitait le tissu, et j'aggripai ma cagoule pour l'empêcher de glisser.
Au fur et à mesure que nous nous enfonçions dans la rue, passant devant des boutiques non éclairées et des lampes qui clignotaient faiblement, nous avons commencé à croiser des gens à l'air étrange.
Une voix rude s'éleva subitement, murmurant de l'embrasure d'une boutique isolée, plongée dans la pénombre:
- Pas encore!
Nous nous sommes tous arrêtés un instant, jetant un regard en direction de la voix. On aurait dit qu'il n'y avait personne.
Au moment même où Rodolphus s'avançait vers l'entrée de la boutique, une rafale de vent s'engrouffra dans ma cagoule, qui retomba dans mon dos.
Mes cheveux fouettèrent mon visage, et des larmes me montèrent aux yeux.
- Venez! On continue d'avancer, appela Antonin, dont la cagoule était également tombée.
J'acquiesçai, et lui emboîtai le pas tout en remontant ma cagoule.
En entrant dans le bar, je fus entourée par la chaleur familière, et l'odeur de cigarette et de bière qui flottait dans l'air.
On entendait rire la patronne, qui parlait à des clients dont les cagoules étaient également relevées.
- Bellatrix, qu'est-ce que tu veux boire? demanda Rodolphus, sa voix couvrant les gloussements qui emplissaient la pièce.
- Un whisky Pur Feu avec un doigt de jus de citrouille, répondis-je.
- Très bien, et toi Antonin?
- Un rhum groseille, dit Dolohov.
Rodolphus s'avança vers le bar; Dolohov et moi, nous nous sommes assis dans un coin où on ne pouvait pas nous repérer du premier coup d'oeil.
- Comment va le Seigneur des Ténèbres, Bellatrix? demanda Dolohov à voix basse, jetant un coup d'oeil autour de lui afin de s'assurer que personne ne pouvait nous entendre.
Il n'y avait pas que des sang-pur dans ce bar, certains était de sang mêlé, mais ils avaient tous en commun leur soutien des idéaux du Seigneur des Ténèbres, bien que la plupart soient bien trop lâches pour envisager de l'assister.
- Notre maître va bien, Antonin. Pourquoi me poses-tu cette question? répondis-je.
- Je ne l'ai pas vu depuis un certain temps, et je dois dire que je le regrette. C'est un homme tellement extraordinaire, mais je ne le vois pas aussi souvent que je le devrais.
- Effectivement, c'est un homme extraordinaire, et s'il ne réclame pas ta présence, il semble évident que tu ne peux pas être d'une grande importance pour lui, rétorquai-je avec hargne.
Antonin haussa les épaules; il n'avait visiblement aucune intention de me contredire. Probablement parce qu'il savait que je le torturerais sans pitié si jamais ses paroles me déplaisaient particulièrement.
Rodolphus était revenu, visiblement troublé par le regard noir que je fixais sur Dolohov.
- Tiens... Il n'y avait pas grand monde au bar, dit-il, tentant de briser la glace entre Antonin et moi.
- N'est-ce pas? marmonna Antonin.
- Euh...non, répondit Rodolphus.
Prenant le siège libre à côté de moi, Rodolphus leva son verre et but une gorgée.
Je parcourus le bar du regard. La plupart des gens étaient occupés à converser à voix basse.
Un courant d'air passa par la porte ouverte, et mon coeur s'accéléra avec un mélange d'adrénaline et de panique quand j'aperçus un homme dont le visage était l'aspect le plus frappant de son apparence. Son visage semblait taillé dans du bois, et il était constellé de vieilles cicatrices, notamment une qui lui balafrait le nez. Je baissai les yeux vers la table, priant pour qu'il ne me voie pas.
Qui avait dit à Maugrey Fol Oeil qu'il pourrait nous trouver ici?
Le nom que l'auteure initiale a donné à Avery, Cadmus, est grec et signifie « homme de l'est ». Elle a choisi ça...un peu comme ça lui venait, xD.
