Les 2 hommes restèrent stupéfaits devant la jambe torturée de Cassie. Sherlock se leva difficilement sous le choc..
_ J'ai un appel à passer. Je reviens tout de suite. Annonça-t-il avant de sortir de la chambre en refermant la porte derrière lui.
Il ne restait plus que John et la Cassie dans la pièce. Un silence palpable s'installa.
Sans un mot, le médecin se déplaça vers le lavabo de la salle de bain, imbiba un gant de toilette d'eau fraîche, prit une serviette propre et s'installa près de la jambe de Cassie. Il y déposa doucement le gant humide. Sous l'effet de ce contact imprévu sur les plaies ouvertes, l'eau froide déclencha une vive douleur. La jeune fille étouffa un cri et tira sur ses liens, irritant à nouveau ses poignets.
_ Je suis désolé, mais je dois le faire. Je ne peux pas laisser ta jambe dans cet état.
Pour seule réponse, Cassie retint sa respiration et ferma les yeux, se préparant à vivre un moment désagréable.
John recommença son geste et nettoya délicatement les plaies. A chaque cicatrice soignée, il y déposa la serviette propre d'un geste souple et professionnel afin d'atténuer la douleur.
Ce moment dura près de 10 minutes, sans aucun bruit. Quand tout à coup, la voix de Sherlock résonna dans le salon, il avait l'air hors de lui. Cassie sursauta mais Watson fit comme s'il n'avait rien entendu. Après tout il s'agissait de Sherlock, ça lui arrivait souvent de hurler tout seul.
La jeune fille prit peur.
_ John … T'as entendu ?
_ Oui. Mais ne t'en fais pas, ça lui arrive souvent de crier sans raison.
Peu convaincue, la jeune fille acquiesça.
_ Tu peux me détacher, s'il te plaît. Je ne sens plus mes bras.
Devant la moue dubitative de son interlocuteur, la jeune fille soupira doucement.
_ Et non je ne partirai pas. Vous avez découvert ce que je voulais vous cacher, je n'ai plus aucune raison de fuir.
Le médecin réfléchit quelques secondes et obtempéra en la détachant.
Enfin libre, Cassie se redressa tout en massant ses poignets endoloris.
_ Merci. Ça commençait à devenir douloureux.
_ Je sais … Mais nous n'avions pas le choix, tu te débattais beaucoup trop. Il fallait qu'on te maîtrise pour pouvoir réussir à te parler et t'examiner calmement.
La jeune fille rougit de honte et changea de discussion.
_ Tu as fini avec ma jambe ?
_ Oui.
Il détacha ensuite ses pieds qui étaient restés liés. Cassie se leva péniblement et se dégourdit les jambes en faisant les 100 pas dans la chambre.
_ C'EST HORS DE QUESTION !
Ce cri surprit la jeune fille et Watson qui se tournèrent automatiquement vers la porte. C'était la voix de Sherlock qui se trouvait toujours dans le salon.
_ Sherlock chéri, calmez-vous enfin.
_ ME CALMER ?! MAIS ENFIN MADAME HUDSON ! AVEZ-VOUS UNE SEULE IDÉE DE CE QU'ELLE S'EST FAIT ENDURER ?!
Le cœur de Cassie manqua plusieurs battements. En entendant les hurlements, elle pensa immédiatement que le détective était furieux contre elle.
_ Sherlock, pas si fort. Les voisins pourraient vous entendre. Dit la petite voix de Mme Hudson.
_ JE ME MOQUE DES VOISINS ! JE N'ARRIVE PAS A CROIRE QU'ELLE AIT FAIT CA !
A ces mots, les jambes de Cassie la lâchèrent et elle tomba lourdement au sol. Watson se précipita pour l'aider à se relever mais elle le stoppa d'un geste de main.
_ Non, ça va.
La jeune fille se releva en titubant. Elle n'arrivait pas à croire que Sherlock lui en veuille à ce point, il était entré dans une rage folle. Elle ne l'avait jamais entendu hurler comme ça.
_ Je suis une source d'ennuis pour lui. Murmura-t-elle à elle-même. Mais John l'avait entendu.
_ Ne dis pas ça, il est chamboulé. Il ne réfléchit pas à ce qu'il dit …
N'écoutant pas le médecin, elle se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit d'un seul geste.
_ Cassie, qu'est-ce que tu fais ?!
_ Tu ne l'entends pas ? Il est furieux contre moi. Pourquoi est-ce que je devrais rester ? C'est un grand détective, il n'a pas de temps à perdre avec moi. Tout comme toi, John … Vous m'avez accueillie chez vous quand je n'étais encore qu'une mineure et je ne vous en remercierai jamais assez. Mais il est temps pour moi de partir et de vous laisser tranquille. J'ai 18 ans maintenant, ne t'en fais pas. Je suis désolée de vous avoir infligé ça …
Il fallait qu'il fasse quelque chose, il ne pouvait pas la laisser partir. John s'apprêtait à l'arrêter mais la jeune fille avait déjà préméditée le coup quelques minutes auparavant en dérobant le revolver que le médecin cachait sous sa veste. Elle le pointa vers lui.
_ Laisse-moi partir. Sinon je te jure que je te tire dans la jambe.
Elle avait dit cela à contrecœur, mais n'avait pas le choix. Il fallait qu'elle parte. Cassie reculait de plus en plus vers la fenêtre. Sa vision s'était troublée face aux larmes qui s'agglutinaient dans ses yeux. Watson ne pouvait rien tenter face à l'arme.
En une fraction de seconde, Cassie jeta le revolver au sol et s'enfuie par la fenêtre. Elle descendit le long du mur et atterrit brusquement sur le sol, lui arrachant un cri.
Alors qu'elle venait de se relever, la jeune fille se retrouva face à face avec un homme.
Ce n'était autre que Mycroft Holmes. Sherlock l'avait sûrement appelé en urgence.
_ Cassie ?
N'ayant pas le temps de lui expliquer, elle se faufila dans le taxi le plus proche.
_ Vers la forêt, vite !Dit-elle au chauffeur qui démarra en trombe.
Watson accourut à la fenêtre.
_ Mycroft ! Cassie est en train de s'enfuir ! Elle est blessée !
Comprenant que la jeune fille était en danger, il appela aussitôt tous ses contacts en leur donnant l'ordre d'envoyer toute une patrouille afin de la retrouver. Il sauta dans la voiture qui l'attendait depuis son arrivée à Baker Street et ordonna au chauffeur de suivre le taxi.
La voiture noire de Mycroft se mit immédiatement en route, suivie de près par plusieurs voitures de polices qui venaient d'arriver. Les sirènes étaient activées et les lumières éclairaient toute la rue dans un brouhaha assourdissant.
En entendant tout ce bruit, Sherlock accourut dans la chambre et découvrit bien vite qu'une personne manquait à l'appel.
_ Où est Cassie ?
John se retourna, furieux.
_ LA PROCHAINE FOIS QUE TU ES ÉNERVÉ, HURLE DANS UN COUSSIN !
Déboussolé, Sherlock voulut rétorquer quelque chose mais Watson ne lui en laissa pas le temps.
_ CASSIE S'EST ENFUIE APRÈS T'AVOIR ENTENDU CRIER DES CHOSES DÉPLAISANTES A PROPOS DE CE QU'ELLE A FAIT ! ELLE NE COMPTE PAS REVENIR, SHERLOCK !
Le détective tomba de haut, Cassie croyait qu'il était énervé contre elle alors qu'il était énervé contre lui-même.
_ John, il s'agit d'un énorme malentendu. Quand j'ai quitté la chambre, j'ai appelé mon frère pour qu'il vienne m'aider étant donné que notre sœur, Eurus, s'infligeait les mêmes sévices. En entendant mon air paniqué, Madame Hudson est venue me parler. Je lui ai expliqué la situation de Cassie et à quel point je me sentais stupide. La seule personne contre qui je suis en colère, c'est moi et moi seul. Je ne me suis rendu compte de rien. Aucun détail ne m'échappe en général et cette fois-ci, je n'ai rien vu !
Il prit une grande inspiration en fermant les yeux, les poings toujours fermés face à sa colère, puis il frappa d'un coup sec sur la table.
_ Il faut que nous retrouvions Cassie. Je ne peux pas me permettre de la perdre de cette façon. Annonça Sherlock en se précipitant vers son manteau avant que John ne lui bloque le chemin, encore stupéfait par l'aveu de son ami.
_ Sauf ton respect, Sherlock. Je ne pense pas que venir la chercher soit une très bonne idée. Je te rappelle qu'elle est partie en pensant que tu ne voulais plus d'elle. Alors si nous devions la retrouver et que la première personne qu'elle devait voir, serait (était ? bug de français)toi. Que penses-tu qu'elle ferait ? Qu'elle se jette dans te bras ?
_ ... Non.
_ C'est bien ce que je dis. Alors tu vas rester là en attendant que Mycroft, ses hommes et moi retrouvions Cassie. D'accord ?
Watson avait raison et Sherlock fit la moue. Il acquiesça d'un signe de tête avant d'aller s'asseoir dans son canapé.
Pendant ce temps, le taxi de Cassie arriva enfin près de la forêt.
_ Laissez-moi ici !Dit-elle précipitamment en déposant une liasse de billets sur le siège passager.
Elle sortit en trombe et s'enfuie vers l'entrée de la forêt. Là-bas, personne ne pourrait la retrouver ...
Quelques mètres plus loin se trouvait la voiture de Mycroft.
Le taxi qu'avait emprunté Cassie venait de croiser sa voiture, il remarqua ainsi que le chauffeur était seul. La jeune fille était donc déjà partie.
Il prit son téléphone et appela le service de police chargé de cette enquête.
_ Ici Mycroft Holmes, Cassie Brockwood vient de s'échapper vers la forêt, je veux que toutes les voitures de police la suivent.
Pendant ce temps, Cassie courait à en perdre haleine. Ses jambes étaient lourdes, ses côtes lui faisaient mal, sa respiration était saccadée, haletante, son cœur tambourinait dans sa tête, la fraîcheur de la nuit lui coupait la respiration et la fatigue endormait tous ses sens, causant des bourdonnements dans ses oreilles.
Après quelques longues minutes de recherche, une des voitures lança un signal à toutes les autres.
_ Ici agent Holyter, nous avons un visuel de la jeune fille.
En entendant ces paroles dans la radio prévue à cet effet, le sang de Mycroft ne fit qu'un tour. Il plongea son regard inquiet dans la noirceur de la nuit. Il remarqua immédiatement une source de mouvement. Il s'y concentra et lorsqu'il eut la preuve qu'il s'agissait de la jeune fille en fuite, il prit la radio et s'adressa à tous les policiers.
_ Je la vois ! Encerclez-là !
Aussitôt, toutes les sirènes s'allumèrent et la forêt fut illuminée par les phares.
La jeune fille apeurée, puisa dans ses dernières forces pour essayer de piquer un sprint afin de les semer mais elle fut immédiatement encerclée par toutes les voitures. Les phares l'aveuglaient, elle était prise au piège ! Elle entendit une porte s'ouvrir, quelqu'un était sorti pour la rejoindre.
Une fois que ses yeux s'étaient habitués à la forte luminosité des lieux, Cassie s'aperçut que Mycroft s'approchait d'elle, parapluie en main comme à son habitude.
Instinctivement, elle fit quelques pas en arrière.
_ Non, ne pars pas. Tu ne pourrais pas aller bien loin de toute façon. Je suis ici pour t'aider, Cassie.
La jeune fille était bien trop fatiguée et angoissée pour écouter ce que Mycroft avait à lui dire. Elle continuait de reculer, mais fut vite stoppée par un policier qui se tenait derrière elle.
_ Emmenez-là.Dit Holmes à l'agent.
Il obéit et la força à se diriger vers la voiture de Mycroft.
Une fois à l'intérieur, Cassie voulut ressortir aussi vite qu'elle était entrée mais Mycroft l'en empêcha en empoignant son bras. Les loquets de la voiture se baissèrent immédiatement dans un claquement sonore. Elle ne pouvait plus sortir.
Piégée, elle renonça à se battre et fit une rapide inspection des lieux. A sa gauche se tenait l'aîné des Holmes et sur l'autre banquette qui leur faisait face… Se trouvait John.
_ Oh non, mais c'est pas vrai …Murmura-t-elle en se pinçant l'arête du nez, les yeux fermés.
_ Puis-je savoir pourquoi tu t'es enfuie de chez toi ?Demanda Mycroft avec son calme légendaire.
Mais il n'eut aucune réponse.
_ Cassie … Pourquoi es-tu partie aussi précipitamment ? Demanda-t-il à nouveau.
Un long silence s'installa.
Il se tourna alors vers le médecin en quête de réponse. Celui-ci soupira, embêté.
_ Par précaution, tenez-lui les bras.
Sans que la jeune fille ne puisse analyser ce que Watson venait de dire, elle se retrouva instantanément plaquée contre Mycroft, les bras maintenus dans le dos. John s'avança vers elle et remonta sa robe avec une certaine douceur.
_ Eh ! Non ! John, arrête !
Mais les protestations de la jeune fille ne changèrent rien. Mycroft comprit aussitôt l'ampleur de la situation.
_ Ainsi donc, tu t'es échappée pour fuir John et mon frère après qu'ils aient découvert ceci.
_ …
_ Cassie ?
_ …
Pour la forcer à parler, il resserra l'emprise qu'il avait sur les bras de la jeune fille, ce qui lui provoqua une douleur rapide et efficace.
_ Non ! Je suis partie parce-que Sherlock était furieux contre moi. Il a déjà assez de travail et de soucis pour que je vienne en rajouter. Et ça vaut aussi pour John. J'étais sous leur protection jusqu'à ma majorité. Ils n'ont plus besoin de se soucier de moi à présent. C'est bien mieux ainsi, croyez-moi. Alors, s'il vous plaît... Relâchez-moi et laissez-moi partir. Termina-t-elle en essayant de se libérer, sans succès.
_ Il est hors de question que tu partes. Je vais te ramener chez toi.
_ Non !
_ Oh que si. Je pense qu'une petite conversation entre toi et Sherlock s'impose.
Cassie ? Face à Sherlock après ce qu'il s'était passé ? Certainement pas !
_ Quoi ? Ça va pas ?! Non, laissez-moi partir ! Je ne veux pas retourner là-bas !
Elle avait dit cela en redoublant de force pour se libérer de l'emprise de Mycroft.
_ Calme-toi, Cassie. Tout va bien se passer. Tenta John pour la rassurer.
_ Tu rigoles ? Il me hait, il me trouve ridicule ! Je sais que j'ai fait des erreurs et que ce que je me fais n'est peut-être pas la bonne solution, mais c'est tout ce que j'ai trouvé pour me libérer quand je ne vais pas bien. C'est évident que Sherlock trouve ça ridicule et je le comprends.
L'aîné des Holmes avait écouté la jeune fille d'une oreille attentive.
_ Je peux t'assurer que tu te trompes, Cassie. Sherlock se fait du souci pour toi, bien plus que tu ne le penses. Son but est simplement de t'aider, pas de te faire souffrir. Lui et moi avions déjà eu à faire à une situation similaire il y a quelques années. A l'époque, nous ne savions pas comment aider cette personne et il ne veut pas refaire la même erreur. C'est pour cela qu'il n'a pas hésité à m'appeler en voyant que tu t'infligeais ce genre de choses… Que tu te scarifiais.
En entendant ce dernier mot, Cassie se crispa et cacha son visage en le tournant vers le cuir de la banquette.
_ Il voulait avoir mon avis et mon aide face à tout cela.
Alors que la jeune fille tentait vainement de se retirer des mains de Mycroft, la voiture s'arrêta.
_ Qu'est-ce qui se passe ? Demanda-t-elle sur le qui-vive.
_ Nous sommes arrivés. Répondit Holmes.
_ Quoi ?! Non !
La jeune fille prit peur et redoubla de force pour se libérer. Elle était terrorisée.
_ Cassie ! Calme-toi ! Dit John et stoppant ses coups.
_ Je ne veux pas y retourner. John je t'en prie, laisse-moi partir. Je n'arriverai pas à affronter son regard. Je t'en prie …supplia-t-elle désespérée, la peur au ventre et des larmes aux bords des yeux.
_ Cassie, tout va bien se passer. Tu as entendu ce qu'a dit Mycroft. Sherlock n'est pas en colère contre toi, au contraire.
_ Mais il a dit-
_ Tu ne risques absolument rien. Crois-moi. Tout va bien …
L'adolescente était tellement apeurée face aux retrouvailles imminentes entre elle et Sherlock qu'elle en perdit tout son courage.
Le médecin baissa la tête, il était inquiet. Il remarquait bien que la jeune fille était terrorisée, mais elle devait comprendre qu'elle n'avait rien à craindre de Sherlock.
_ Il faut y aller, maintenant.Annonça-t-il en sortant de la voiture pour aller sonner à la porte.
Mycroft relâcha Cassie mais empoigna aussitôt son poignet gauche pour l'obliger à sortir.
_ Non !
Ils étaient à présent face à la porte. Des pas résonnèrent dans les escaliers. Le cœur de Cassie battait tellement fort qu'elle en eu le tournis.
La poignée tourna lentement sur la droite.
La jeune fille tenta un dernier geste de recul.
La porte s'ouvrit, dévoilant Sherlock, le regard immédiatement posé sur le visage baissé de Cassie.
_ Bonsoir Sherlock.Dit Mycroft en tendant la main qui retenait celle de la jeune fille, vers son frère.
