Deuxième Chapitre, merci à ceux qui m'ont reviewé, vous êtes des amours.
Harry avance encore un peu en lui-même, Poudlard sera pour dans 2 chapitres je pense.
J'espère que vous vous plaisez à lire ceci, merci à tous !
YSMDBB
« Harry, Harry, où est-tu ? »
« Je suis là Hermione, sur le perron. » l'apostropha Harry.
Hermione s'avança dans la lumière du couchant. Habillée simplement, elle portait un t-shirt blanc et un jean, signe de son évidente décontraction en cet été. Harry, lui, ne bougea pas, toujours empêtré dans ses pensées. Elle s'assit à ses côtés, songeuse.
« Je me demandais où tu étais. Ça fait quelques minutes que l'on t'appelle pour le dîner et vu que tu ne répondais pas, je me suis presque demandée si tu n'étais pas mort ! » rit son amie.
« Ah, je n'avais pas entendu, j'étais dans mes pensées je crois… » avoua le brun.
« J'ai bien pensé, comme depuis quelques jours, mais je ne t'en veux pas Harry. Je voulais aussi te dire… » commença-t-elle
« Quoi ? Que je m'isole, que je suis seul et désagréable ? Vous me pesez avec ces remarques, je veux dire, je peux bien passer du temps un peu avec moi-même, ça ne dérange personne, si ? »
« Non, non, enfin pas vraiment mais je ne voulais pas te parler de ça en fait… Seulement que nous allons partir quelques jours avec Ron. Tu es invité bien sûr, nous allons probablement en Roumanie, tu sais chez son frère. » glissa Hermione, gênée.
« Ah, désolé de m'être emporté, je suis un peu sur les nerfs en ce moment, j'ai du te paraître à la limite du stupide à te sauter à la gorge comme ça. Bon, pour tout te dire je ne vais pas tergiverser : non, je ne souhaite pas venir, tu es fort aimable de me le proposer Hermione mais c'est un voyage de couple, je ne me permettrais pas d'interférer entre vous. » termina Harry.
« Harry… Tu n'interfèreras jamais entre nous, je souhaiterai même que tu viennes ! » dit Hermione d'une petite voix. Pour me surveiller, pensa Harry, sachant pertinemment que sa meilleure amie continuait de le materner. Mais il répondit :
« Non, c'est décidé, ne pense pas que c'est contre toi. De toute façon, je dois me rendre au Square pour m'assurer que tout est en place. Et puis, c'est chez moi autant m'y habituer. Je sais que je ne vendrais pas cette maison et j'y ai longuement réfléchi. Non, ne fais pas cette tête, mon choix est fait. C'est mon héritage, je veux l'honorer et y habiter. Abandonner cette maison, c'est tuer une seconde fois Sirius, même s'il passait son temps à critiquer ses ancêtres. »
« Tu n'es pas obligé, tu sais très bien quelle proposition t'a été faite par Molly. Tu peux vivre ici, Harry. »
« Et tu connais ma réponse malgré tout l'amour que je vous porte. Je n'y suis pas à ma place, encore moins après mon attitude des dernières semaines, je te promets que cette sorte de mise au vert me permettra d'y voir plus clair. »
Coupant court à la discussion il se leva et se dirigea vers la salle à manger, bondée, joyeuse et bruyante, comme une insulte à son propre ressentiment. Le repas fut un enfer. Ginny le regardait d'un air amouraché, Hermione au contraire elle l'interrogeait du regard, un peu étonnée devant l'attitude qu'il avait prise lors de leur courte altercation. Il mima la joie, mima l'amour, mima l'amusement, mima la vie afin de donner le change.
Les deux jours qui suivirent, Harry s'appliqua à ne pas miner l'ambiance de la maison, qui ma foi était plutôt joyeuse comme depuis la fin de la guerre. Il participa activement aux tâches ménagères, aida Hermione à créer une sorte de sort de protection anti-gnomes autour de la maison et rit énormément avec Ginny de voir la douée de leur groupe se faire avoir par de si grosses têtes brûlées. En effet, Hermione, incapable de sévir avec les petits êtres de jardin, ne cessait de laisser passer certains d'entre eux et n'assumant pas de leur flanquer un coup de basket le temps d'étendre son sort autour de la clôture. Ceux-ci passaient donc leur temps à se cacher afin d'éviter ses sorts tandis qu'Harry et Ginny pouffaient derrière les taillis.
Ron et Hermione transplanèrent trois jours plus tard pour la Roumanie, laissant Harry à ses pérégrinations. Molly, attachante mais envahissante commença donc à se concentrer sur l'état de santé du jeune homme, dont elle avait repéré une certaine mélancolie sous des couverts joyeux. Elle l'observait régulièrement et celui-ci sentait peser sur lui son regard de mère. Prétextant une furieuse envie de prendre en main sa vie et voulant montrer du cœur à l'ouvrage pour son futur, il précipita donc son départ pour le Square, promettant son retour une semaine plus tard afin d'accueillir ses deux amis et de se rendre sur le Chemin de Traverse avec eux pour les besoins de leur scolarité.
C'est donc avec un certain soulagement qu'il transplana dans la maison de son parrain. Passant la lourde porte cochère, il huma la douce odeur capitonnée de la maison qui lui rappela à la fois bons et mauvais souvenirs. Décidément, il n'aurait jamais pensé avouer que cette maison lui ressemblait bien plus qu'il ne l'aurait voulu. Connue de tous mais indomptée, sombre, froide et poussiéreuse, dans laquelle personne ne souhaitait désormais s'investir de peur de frôler les instants noirs de la nation. Oui, décidément, elle et lui ne faisait qu'un. S'avançant dans le couloir d'entrée, il s'efforça de se faire discret, jetant un regard en coin au tableau qu'il savait caché derrière la lourde tapisserie en velours vermeil délavé.
« HARRY POTTER ? VOUS ICI ? »
Oh non, décidément, allait-il un jour seulement être tranquille…
« Mme. Black, quel agréable sentiment que de vous savoir ici. Au moins après cette guerre certaines choses sont immuables. » constata le garçon en prenant un air détaché mais en choisissant soigneusement ses mots.
« Je le suis beaucoup plus que vous mon cher. Vous n'êtes qu'un sale ingrat qui aura tué mon fils Sirius, écarté Kreattur de la noble maison de Black et abîmé des ancestrales lignées dont vous ne méritez même pas de citer le nom. »
« Au minimum, je constate que vous m'en voulez plus que Mondingus Fletcher qui lui pourtant vous a pillé votre demeure. Je vous retrouve Mme. Et sachez que ces insultes sont une des premières choses non liées à une vénération où à un intérêt quelconque que l'on me sert depuis deux mois. Je serai presque prêt à les apprécier au final »
« ... » fût la seule réponse de la marâtre.
« Déçue ? » argua Harry
« Non, juste impressionnée par votre clairvoyance. Où en étions-nous ? » Dit-elle, souhaitant reprendre contenance.
« Nous en étions au fait que je compte faire de cette maison la mienne. » asséna Harry.
« Sirius m'avait dit qu'il vous la lèguerait. Je constate que les choses ont été faites dans les règles sinon vous n'auriez pu passer la porte. N'êtes-vous pas mieux chez les traitres à leur sang ? »
« Non et vous m'en voyez déçu Mme. D'ailleurs, je ne suis pas mieux ici mais je ne suis chez moi nulle part. Cette maison est la seule qui m'appartienne et dommage, elle est aussi votre logement. » termina le Survivant.
Sur ces mots, Harry rabattit avec hargne le rideau et avança dans le couloir. La cuisine était poussiéreuse mais en état. Cette maison semblait résister aux affres du temps : non pas dans sa tenue générale mais en son sein. Elle était là, posée et comptait encore quelques années exister, être là. Les autres pièces, elles aussi portaient les séquelles de l'Ordre, des papiers, des plans, des tasses laissées là. Harry songea qu'il devrait nettoyer tout cela mais qu'il aurait besoin d'aide. Qui pourrait-il bien lui rendre la vie plus agréable ici… ET puis, il faut bien se l'avouer, le jeune homme n'était pas contre une certaine compagnie.
« Kreattur… » hasarda Harry
Un 'clac' retentit dans la pièce. Un elfe sale et les oreilles pendantes apparu.
« Maître Potter, que puis-je pour vous ? » dit le vieil elfe.
L'elfe semblait, pour la première fois, assumer son allégeance au brun. Il n'essaya pas de lui manquer de respect dans sa barbe et sa révérence, profonde, assura le jeune homme de sa loyauté.
« Kreattur, tu ne travailleras plus à Poudlard désormais. Tu resteras là. Je veux que tu tiennes la maison des Black avec la dignité qui s'impose. »
« Oui maître ».
Satisfait, Harry envoya l'elfe nettoyer différentes zones de la maison et fit mine d'ignorer l'appel de Mme. Black à son ancien serviteur, ainsi que leurs messes basses à son sujet alors qu'il prenait l'escalier pour monter au premier.
Arrivé à l'étage, il pénétra dans la chambre qu'il occupait avec Ron et Hermione durant leurs séjours ici. Mais immédiatement, il sut qu'il ne dormirait pas dans cette pièce : elle ne lui ressemblait plus, elle n'était plus ce qu'il était à l'époque. Il referma la porte avec douceur mais fermeté et se dirigea vers la chambre de Sirius. Il poussa la porte et s'assit sur le lit aux couleur de Gryffondor, un affront que Sirius avait payé d'une brûlure sur la tapisserie familiale. Harry venait d'arriver et il s'était attendu à ressentir aussi ici la terrible solitude qui pressait son cœur. Pourtant il se sentait irrémédiablement mieux car au moins il n'était pas question ici de mentir ou de simuler. Libre, il pouvait laisser aller son vague à l'âme sans voir les regards conspirateurs des autres.
Enfin seul, il analysa avec un ton docte sa situation :
« Mon bon Harry. La guerre est finie. Pourtant, pour toi, le champ de bataille est plus tragique que toutes les épreuves que tu as pu surmonter. Te voilà chez ton parrain, isolé de bon gré. Que vas-tu faire maintenant ? »
C'était vrai, qu'allait-il faire ? Seul dans cette maison, enfin si l'on exceptait Kreattur et un tableau malveillant, il n'allait pas panser ses plaies de cette manière. Pourtant, il sut que c'était là la meilleure décision qu'il avait prise après la bataille. Les yeux au plafond après s'être allongé sur les couvertures miteuses, il se souvint des effusions, des remerciements, de l'amour qu'on lui avait apporté après la chute de Voldemort. Il se souvint de Ginny, les larmes aux yeux, persuadée qu'elle allait enfin accéder à ce qu'elle souhaitait depuis des années. Lui aussi, convaincu de la même chose. Mais il sentit aussi avec discernement la haine sourde qui avait envahi son cœur au même moment, ce sentiment vil et adolescent de l'incompréhension. Comment pouvaient-ils se voir comme ça ? Tout oublier ? Hermione et Ron mariés, une fille, lui et Ginny mariés avec deux fils et même ce satané Malfoy, marié, tranquillement, comme si le temps pouvait à lui seul effacer les traces dans le désert social créé par la disparition du Lord. Ginny n'était pas la personne qu'il lui fallait. C'était aussi simple que cela. Un peu abrupte, certes mais simple. Il y avait cru, c'est tout.
Quoique, quand il y pensait, là, couché sur le lit de son parrain, il n'était pas sûr que tout qu'un jour il y ai cru à tout ça. Dans un monde parfait, dans un monde où les hommes choisissent toujours le chemin le plus logique, bien sûr qu'il aurait dû faire sa vie avec la belle femme rousse qui était la sœur de son meilleur ami. Elle était sublime avec ses longs cheveux incandescents, sa taille fine, son nez constellé de taches de rousseur. C'était aussi une fille simple, douce et attentionnée qui faisait rêver de nombreux mecs à Poudlard. Clair que dans un monde parfait, elle serait la femme qui lui faudrait. Mais finalement, n'était-ce pas à cette image parfaite qu'Harry s'était référé ? On lui avait dit qu'elle serait la meilleure pour lui et finalement, son cerveau avait encore une fois appliqué ce qu'on lui demandait. Peut-être pour avoir la paix d'ailleurs, au moins de ce côté-ci.
Non pas qu'Harry n'ai pas été heureux avec elle. Les baisers échangés avaient été doux, les sentiments timides comme deux adolescents, mais jamais cette relation n'avait paru naturelle au jeune homme. Il avait eu peur de tout : de la blesser, de lui donner de faux espoirs, de la mettre en porte à faux. Désormais, il tentait de mettre fin à tout cela sans encore une fois, la briser. Car il en était désormais assuré : Ginny ne lui convenait pas. Pour ces raisons qu'il venait de trier, là tout seul dans sa chambre au Square mais aussi pour une autre : Ginny n'avait pas été touchée comme il l'avait été par la guerre.
C'était comme cela. C'était restrictif mais c'était la vérité. Comment quelqu'un pouvait désormais le comprendre. Personne n'avait eu à se sacrifier en tant qu'âme pour liquider le mage noir. Personne n'avait eu à se suicider. Pourtant il l'avait fait et avec lui était mort Harry. Un Harry du moins. Celui que la plupart aimaient, le Harry joyeux et motivé, presque naïf à force de donner. Il ne serait plus jamais le même. Et surtout, surtout, il ne voulait plus jamais de leurs regards implorants, de leur complaisance face à ses sautes d'humeur, de leur protection stupide. Jamais il n'avait pu être lui-même, déjà parce qu'un homme lui avait occupé la moitié de l'âme, ensuite parce qu'il n'avait été qu'un pion sur l'échiquier de fin du Seigneur des Ténèbres, le Roi qui fait tout basculer mais qui dans la partie doit laisser partir la moitié de ses troupes.
« Oui Harry tu as changé, et le monde devra s'y faire » soupira le jeune homme.
« Même moi ? » s'enquit une voix.
« Surtout toi, sale miroir commentateur de pensées ! » sursauta Harry avant de sourire.
Et Harry se souvint aussi du dernier regard vrai qu'il avait vu à Poudlard avant les regards de compatissance lourds, celui d'un jeune homme blond, qui menotté magiquement, l'avait une dernière fois transpercé de ses iris gris acier, pleins de haine.
« Alors Potter, tu nous as libérés ou tu t'es toi-même libéré ? Crois-moi, tu étais celui qui était le mieux enchaîné, et je sais de quoi je parle. ».
