« La plus connue des missions de Gabriel ; annoncer à Marie que Dieu l'a choisit pour porter son fils. Tout était calculé jusqu'au départ de l'archange mais c'était sans compter sur deux petits angelots qui "voulaient voir leur grand frère travailler". »

L'Annonciation

- On ne devrait pas être là Balthazar...

Le jeune angelot se retourna vers son frère, la mine blasée. Depuis leur perchoir, sur les poutres de la vieille maison, personne ne pouvait les voir. Balthazar était bien content qu'il ne fasse pas aussi chaud qu'au dehors, et remercia intérieurement celui qui l'avait construite, elle gardait vraiment bien la fraîcheur. Il ne voyait pas pourquoi l'autre petit ange faisait tout ce cinéma - cela faisait au moins trois fois dans la même minutes qu'il disait que ce n'était pas leur place.

- T'avais qu'à pas venir Castiel ! Moi je veux voir ce que fait Gabriel. Tout le monde dit que ce sera son plus grand travail !

Castiel fronça les sourcils face à l'exclamation un peu trop aiguë de son prétendu grand frère. Prétendu grand frère qui jeta rapidement un regard vers Gabriel, invisible aux yeux de la jeune femme, qui semblait profondément perdu dans ses pensées et ne l'avait donc pas entendu. Son regard bleu pâle retomba sur Castiel qui ne semblait pas à l'aise.

- T'as qu'à rentrer si tu veux pas te faire engueuler, lui dit-il.

- Ragouël t'as jamais dit qu'il ne fallait pas dire ce mot ?

- Ragouël dit pas grand-chose en fait.

Castiel murmura qu'il était désolé. Le plus âgé des deux haussa simplement les épaules avant de réitérer, sans le regarder. A la place il avait rivé ses yeux pâles sur la jeune femme encore étendue sur son lit - en bois très simple. Elle était très jolie, ses longs cheveux bruns aurait été éparpillé un peu partout comme les rayons du soleil sur ce qui lui servait de coussin, s'ils n'avaient pas été recouverts d'un voile. Sa peau hâlée, même d'aussi loin, semblait d'une douceur extrême, comme celle d'un bébé.

- Tu peux rentrer si tu as peur de prendre une fessée, proposa Balthazar, même si je suis sûr que Gabriel ne t'en donne pas beaucoup.

- Non, c'est vrai, il ne m'en donne jamais, avoua Castiel, et je ne peux pas rentrer, je ne sais pas voler.

Balthazar considéra un moment son petit frère qui n'avait jamais pris de fessée et venait clairement de l'avouer - il était si naïf le pauvre -, beaucoup lui aurait tapé dessus en l'apprenant. Mais lui se contenta de hausser les épaules à nouveau avant de se retourner vers Gabriel qui venait enfin d'apparaître, sans véhicule en plus, à la jeune femme. Il lui semblait qu'elle s'appelait Marie. L'archange lui récitait ce qu'il avait apprit pendant des jours et des jours.

Castiel observait son grand frère de ses grands yeux bleus, il semblait émerveillé mais à cause de la distance il n'entendait pas vraiment ce que Gabriel disait - bien qu'il le connaissait pratiquement par cœur pour avoir entendu son gardien le répéter des mois durant -, ni ce que l'humaine répondait. Il se pencha alors en avant. Un peu trop. Ses ailes n'aidèrent pas à son équilibre et il tomba en avant. Heureusement Balthazar, dans un réflexe insoupçonné, le rattrapa par le pied.

- Remonte moi Balthazar ! chuchota vivement Castiel, peu enthousiaste à l'idée qu'une humaine le voit, ou pire que Gabriel ne découvre qu'il était venu ici en cachette.

- Je fais ce que je peux ! grogna le plus âgé. Tu manges du plomb ou quoi ?

Si Castiel n'avait pas été sage et bien élevé, il lui aurait levé son majeur. Seulement, à cinq ans, on se contentait de tirer la langue. Après tout, il n'était pas si lourd que ça. Gabriel disait toujours qu'il était aussi léger qu'une plume d'oisillon et Gabriel avait toujours raison - sauf quand Michel venait lui dire qu'il avait tort, parce que Michel avait vraiment toujours raison, comme Dieu, parce que c'était Dieu et que Dieu savait tout sur tout. Castiel battit des ailes, pour aider son grand frère à le remonter mais cet effort fut vain et l'épuisa partiellement - un nouveau-né de moins de huit ans ne devait pas essayer de voler, c'était la règle et maintenant il la comprenait.

- Mais qu'est-ce que vous faites là vous deux ? les interrogea une voix qu'ils ne connaissaient que trop bien, qui était habituellement joyeuse mais là, il y avait une pointe d'agacement ou de colère.

Balthazar fut si surprit qu'il lâcha presque un Castiel poussant un bref cri d'effroi en voyant Gabriel, les poings sur les hanches, la mine furieuse.

- On voulait voir ton travail ! protesta celui âgé de neuf ans.

- C'est vrai Castiel ? questionna Gabriel, qui savait qu'il ne fallait pas toujours croire Balthazar.

Le plus jeune hocha vivement la tête, et cela lui donna le tournis. Il avait le visage tout rouge à force d'être à l'envers. Il senti deux mains - de très douce mains, comme celle d'une maman - l'attraper, tout en faisait très attention à ses ailes. Il leva alors ses grands yeux si bleus qu'on s'attendait à ce que des oiseaux les traverses, et tomba sur le visage presque angélique de celle qui allait peut être mettre au monde l'enfant de Dieu.

- Tu as des yeux si bleus que je ne serais pas surprise de voir des oiseaux dedans, sourit-elle et Castiel pensa que si un jour il devait avoir une maman, il la voulait elle mais se repris bien vite, un ange n'avait pas de mère seulement un Père.

- Gabriel le dit très souvent mais je ne comprends pas pourquoi des oiseaux passeraient dans mes yeux, y'a pas de place, répondit Castiel avec son éternel air candide.

Marie eu un rire qui tinta comme le cristal face à la réponse du petit angelot. Balthazar senti sa grâce pulser et Gabriel ne put réprimer un sourire, toute trace d'agacement disparue.

- Madame l'humaine..., commença timidement l'ange Balthazar, ce qui surprit fortement Gabriel qui ne pensait pas qu'il puisse un jour être aussi hésitant.

- Marie, appelle moi Marie, lui sourit la jeune femme.

- Euh... D'accord mais vous m'appelez Balthazar alors !

Les yeux rivés sur lui, elle hocha la tête toujours en souriant, signifiant qu'elle acceptait cela. Gabriel lui fit les gros yeux mais l'angelot ne se démonta pas, soudainement gonflé avec un sentiment qu'il lui était inconnu - même si au fond il savait que son slip n'allait plus être blanc très longtemps.

- Est-ce que vous allez accepter de porter le bébé de Père ?

Tous les regards convergèrent vers celui qui était le moins susceptible de poser cette question ; Castiel qui abordait son air le plus candide possible. Après tout si Balthazar pouvait poser cette question, lui aussi avait l'autorisation, donné par lui-même, de le faire. Parce que Balthazar allait la poser, c'était certain, puisqu'ils n'avaient pas pu entendre la réponse de Marie. Alors que Gabriel lui promettait du regard qu'il allait lui mettre la plus belle raclée de tout les Sept Cieux, Marie lui offrit ce qu'il qualifia durant plusieurs siècles, avant de rencontrer un certain chasseur, comme étant le plus beau sourire de la galaxie.

-Je n'ai pas encore décidée, que me dirais-tu, toi ?

Gabriel ouvrit les yeux tellement grands que ses deux petits frères crurent qu'ils allaient sortir de leur orbite. A sa vue Marie ne put retenir un nouveau rire. Castiel fronça ses petits sourcils tandis que la peut-être-future-mère-de-l'enfant-de-Dieu incitait Balthazar a descendre de son perchoir, ce qu'il fit très souplement.

- Il faut le faire, sinon Père sera triste, répondit Castiel.

Marie considéra un moment le jeune angelot, qui a vu de nez ne devait pas avoir plus de cinq ans, puis elle alla s'asseoir sur le lit où elle reposait avant que Gabriel n'apparaisse dans sa chambre. Marie cala le plus jeune contre elle et fit une place au plus espiègle des deux jeunes anges, qui s'y assit en évitant fermement de regarder Gabriel de peur de se faire dessus.

- Je vais vous raconter une histoire, d'accord ? Gabriel, venez vous asseoir vous aussi, ne restez pas debout, sourit la jeune femme.

Et c'est ce qu'il fit. Assit en tailleur il invita Balthazar à s'installer contre lui, ce qui lui valut le regard jaloux de Castiel qui ne pipa pas mot pourtant. Marie attendit que tout le monde soit confortablement posé sur son lit pour commencer à conter.

- Alors, c'est l'histoire d'une jeune femme, commença la jeune femme, elle n'est pas très intéressante...

- Pourquoi la raconter alors ?

-Castieeeel..., soupira Gabriel. Ça fait partie de l'histoire.

Le rire de Marie résonna une nouvelle fois dans la pièce. Castiel hochait vaguement la tête en promettant de se taire à présent.

- Donc, c'est l'histoire d'une jeune femme. Ce n'est pas une personne très intéressante, ni vraiment très belle, ni même incroyablement intelligente...

- Je suis certain que c'est faux.

- Gabrieeeel..., répliqua Castiel, du même ton que son aîné avait employé. Ça fait partie de l'histoire.

Gabriel écarquilla les yeux en regardant son cadet et Marie se mit à rire de nouveau, rapidement suivit par le Messager. Une fois Gabriel et Marie calmés par les regards d'incompréhension des deux plus petits - bien qu'ils soient plus âgés que la jeune femme -, elle put continuer son histoire.

- Mais cependant elle est spéciale. On le lui a toujours dit. Elle n'aime pas cela, parce qu'elle a peur. Les gens spéciaux sont souvent ceux que les autres montrent du doigt et tuent...

- Mais c'est horrible ! On ne devrait pas...

- Balthazar ! gronda l'archange, de bien mauvaise foi.

Le petit enfonça sa tête dans son cou, de peur d'en prendre une mais croisa toute de même les bras en signe de contestation, ce n'était pas normal de tuer des gens juste parce qu'ils n'étaient pas comme les autres. Castiel avait la mine de quelqu'un qui réfléchit à toute vitesse, se demandant de qui cette histoire pouvait bien parler.

- Un jour, reprit Marie, un archange vint voir cette jeune femme très spéciale, pour lui annoncer que Dieu l'a choisit pour porter son enfant. Cette jeune femme est terrorisée et ne veut justement pas être spéciale. Mais voilà qu'un petit angelot, qui voulait voir son grand frère travailler lui pose une question à laquelle elle n'a pas de réponse.

- C'est quoi cette question ? demandèrent à l'unissons les deux petits anges, qui n'avaient visiblement pas compris la subtilité de l'histoire, Gabriel se permit un sourire.

- « Est-ce que vous allez accepter de porter le bébé de Père ? », répondit avec espièglerie Gabriel.

- Tu connais l'histoire ? interrogea Balthazar en le regardant.

L'archange ne put retenir son rire cette fois encore. Quant à lui, Castiel avait replongé dans ses pensées.

- On peut dire ça oui, répondit doucement Gabriel en posant son doigt sur le petit nez de son cadet.

- Je pense qu'elle devrait accepter, déclara Castiel de but en blanc. Sinon Dieu sera triste parce qu'il n'aura pas d'enfant humain et personne ne veut que Dieu soit triste.

- Mais Dieu est compréhensif, il ne s'offusquerait pas que cette jeune femme refuse parce qu'elle a peur, répondit Gabriel en fixant Marie.

- Compré-quoi ?

Balthazar a tourné la tête vers son aîné, ne comprenant pas le mot qu'il venait d'utiliser, Castiel non plus visiblement - il avait froncé les sourcils et abordait sa moue spéciale incompréhension.

- Compréhensif, cela veut dire qu'il comprend.

Castiel leva à nouveau ses grands yeux bleus vers Marie.

- Mais, insista Castiel, cette dame elle va accepter ou non ?

- Oui, elle va accepter, parce qu'elle ne veut pas rendre Dieu triste.

Gabriel la regarda, plus intensément, comprenant ce que cette réponse signifiait.

- Bon, ce n'est pas tout mais il est tard, Joseph va bientôt rentrer et Castiel devrait être au lit depuis un moment déjà, déclara Gabriel en se levant, Balthazar toujours dans les bras.

Marie se leva à son tour, tenant encore elle aussi Castiel au creux de ses bras, pour le déposer dans ceux du Messager.

- Quand le serais-je ?

- Bien assez tôt, lui souffla-t-il à l'oreille.

La future mère de l'enfant de Dieu sourit et déposa un baiser sur la joue de l'archange, puis des deux petits angelots. Les trois rougirent, sans que les deux plus jeunes ne comprennent vraiment pourquoi, et sur cela Gabriel les téléporta au Paradis.

Une fois seule Marie s'autorisa à perdre le sourire durant quelques secondes en se demandant ce qu'elle avait d'assez spécial pour une telle mission. Mais un instant plus tard elle se surprit à espérer que son enfant serait aussi gentil et plein de convictions que Castiel. Qu'il soit aussi révolté contre l'injustice que Balthazar. Et qu'il soit aussi doux et prévenant que Gabriel ne l'avait été avec elle pour lui annoncer la nouvelle.


Certains l'auront peut être déjà lu, mais je le reposte dans ce recueil plutôt qu'à part.

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