L'Anniversaire du Prince

Ayant échappé , une fois de plus , à la surveillance de sa nourrice , le petit prince prenait un malin plaisir à traverser les grands couloirs du palais en courant aussi vite qu'il le pouvait. Vous imaginez bien qu'à deux ans , cela s'apparentait plus à de grands pas maladroits qu'à une véritable course. Mais attention ! Cet enfant était des plus malins. Il avait bien compris qu'il fallait se cacher derrière les grandes colonnes de marbre , lorsque quelqu'un arrivait. Par moment , Arwen maudissait Aragorn pour avoir joué à cache cache aussi souvent avec son fils. Et force était de constater qu'Eldarion retint très vite l'idée... En plus ce jour là , Odila , sa nourrice , avait eu la bonne idée de lui souhaiter un joyeux anniversaire. Si le petit ne comprenait pour le moment pas grand chose au monde des grands , il avait au moins compris que le jour de son anniversaire , il pouvait tout faire. L'année précédente à cette même date , on se demandait qui du père ou du fils était le plus heureux. Il avait eu une montagne de cadeaux venus de toute part , mais Eldarion c'était tout de suite intéressé à celui dans la boite qui bougeait. Sous les yeux étonnés d'Arwen , Eldarion avait soulevé le couvercle de la boite... Et bien vite , il s'était retrouvé avec un chiot dans les bras. Vu le regard étonné du roi , cela ne venait pas de lui. Instinctivement , Arwen avait tourné la tête vers ses frères. A n'en pas douter , le cadeau venait d'eux. Elle avait soupiré , puis sourit , entendant des éclats de rire enfantins mêlés à des jappements. Finalement , l'idée n'était pas si... mauvaise ?

Toujours est-il que ce jour là , le chien avait lui aussi mystérieusement disparu , désespérant Odila au plus haut point. Et Eldarion qui continuait à s'élancer avec maladresse dans les couloirs... Quand il tombait , il se relevait aussi sec , et continuait sa route. Un vrai casse-cou... Comme son père au même âge. Les gens du palais avait pris l'habitude de le laisser ainsi vagabonder. Sur ordre du roi disait-on. Cela inquiétait sa mère , toujours en train de le chercher , mais au final , Eldarion n'était jamais seul. Il avait beau croire savoir se cacher vite , on apercevait toujours sa tignasse brune avant qu'il ne disparaisse... Alors qu'il était caché , il entreprit de regarder si personne n'arrivait. Et comme bon nombre d'enfants , il ne regarda que d'un côté. Et lorsqu'il s'élança hors de sa cachette , il heurta de plein fouet la personne qui arrivait en face de lui. Avec un léger "pouf" , il se retrouva par terre , sur les fesses. Il écarquilla les yeux et sa bouche forma un o parfait alors qu'il relevait la tête vers les trois hommes qui se tenaient face à lui. Bien en face de lui , Legolas. A gauche et à droite de ce dernier , Gimli et Thranduil. C'était la première fois qu'Eldarion rencontrait le grand roi d'Eryn Galen. Il connaissait bien Legolas et Gimli , qu'il avait l'habitude de voir. Mais Thranduil... Le grand elfe sourit , voyant la mine effaré du petit. Un sourire aux lèvres , Legolas s'accroupit , et saisissant le petit sous les aisselles , il le remit sur ses pieds. Il adopta une mine sévère , et le petit lui fit un sourire faussement désolé. Et , c'était un comble , tendit ses menottes vers lui. Ah... Il voulait qu'il le prenne dans ses bras ? C'est que... Il n'avait pas l'habitude avec les enfants. Il avait juste l'habitude de tenir un arc , pas un enfant de deux ans. Et il avait près de

« - Ce gosse l'effraie plus que les armées du Mordor ! lança Gimli à l'attention de Thranduil , de sa voix bourrue. On dirait qu'il n'a jamais vu un enfant de toute sa vie. »

Sans vraiment réfléchir , Legolas prit l'enfant dans ses bras et il se releva. Tout content , le petit prince passa ses petits bras autour du cou du grand prince. Voyant l'air gêné de son fils , Thranduil éclata de rire , suivit de près par Gimli. Legolas soupira , gardant l'enfant dans ses bras. Il ne pouvait pas avoir l'air si idiot que cela , avec un enfant dans les bras. Tout du moins , il l'espérait. Il voyait bien l'air amusé de Gimli , et le sourire à demi-dissimulé de son père. Mais s'il pensait que leurs airs étaient moqueurs , il avait tort. Thranduil était surtout amusé par les réactions de son fils parce qu'il avait l'impression de se voir. Lui même avait eu du mal à prendre confiance en lui , lorsque Legolas était né. Combien de fois avait-il craint de le faire tomber ? Combien de fois s'était-il trouvé idiot , à ne pas savoir quoi faire , lorsqu'il pleurait ? Ah , il avait tant de souvenirs... Même trois millénaires après , il s'en souvenait encore. On ne pouvait pas oublier les moments passés avec son fils unique. Il aurait pu avoir d'autres enfants , si elle n'était pas partie si tôt... Le grand roi manqua de sursauter , tiré de ses pensées par un éclat de rire enfantin. L'enfant semblait apprécier énormément Legolas. Et ce dernier lui rendait bien , malgré sa gêne. Il faut dire qu'Eldarion avait grandit avec la présence de Legolas et il s'était donc habitué à lui. C'était réellement le seul enfant dont Legolas s'était occupé dans sa longue vie. Il était avant tout un guerrier , et Thranduil savait pertinemment que son fils ne se voyait pas en bon père de famille. Ce qui , en un sens , peinait Thranduil. Lui aurait bien besoin d'entendre de nouveaux des rires enfantins. Les enfants étaient rares , si rares...

Legolas , lui , était à des milliers de kilomètres des pensées de son père. Il était simplement amusé par le fils d'Aragorn , qui semblait prendre plaisir à jouer avec ses cheveux. Il n'avait jamais compris pourquoi les enfants aimaient tant jouer avec les cheveux... Peut-être parce qu'il leur fallait s'accrocher à quelque chose ? Legolas le laissait faire , en espérant qu'il ne tire pas trop fort , comme il l'avait déjà fait. Remarquez , il n'était pas le seul à "souffrir" des traitements du petit prince. Gimli s'était fait tirer la barbe , sous les regards amusés et les éclats de rire de ses compagnons. Ces moments d'allégresse avaient pourtant du mal à faire sourire Legolas. Dans son esprit , il voyait sans cesse les batailles , entendait encore et encore les plaintes des mourants... Cette paix ressemblait à un rêve. Il craignait d'être réveillé brusquement , tout comme il craignait que le rêve ne tourne au cauchemar. La Guerre de l'Anneau était profondément ancrée en lui , et il avait bien peur de ne pouvoir l'y déloger. Il avait de plus en plus besoin d'un nouveau but dans sa vie. Cela devenait vital. Il ne supporterait plus cette situation bien longtemps. Mais qui ? Oui , qui pourrait comprendre le prince torturé ? Comment le comprendre ? La guerre était enfin terminée ! Il était temps de sourire ! De rire ! Pourquoi se morfondre ? Il craignait d'en parler à ses amis... Mais il n'était pas dupe , il savait bien que nombre d'entre eux avaient lu la mélancolie sur son visage. Lui autrefois si prompt à dissimuler ses sentiments ! Il n'y parvenait plus , lassé et mélancolique. De plus , son peuple lui manquait. Il le savait , il ne serait jamais roi. A quoi bon ? Son père se débrouillait bien mieux que lui dans ce domaine. Lui n'était qu'un guerrier. Mais à quoi peut servir un guerrier , aussi aguerri soit-il , loin des combats ?

Sans qu'il y prête vraiment attention , Legolas avait suivi Gimli et son père jusqu'à la grande salle débarrassée pour la fête. Le prince ne comprenait toujours pas par quel miracle son père pouvait rester un minimum courtois envers Gimli. Thranduil haïssait les nains plus que les orques... Legolas en été venu à croire qu'il se comportait ainsi pour faire bonne impression à ses yeux. A moins que sa haine ne se soit évaporée ? Toujours est-il que son comportement restait exemplaire , si on oubliait ses sarcasmes. A peine était-il entré dans la salle , que Legolas fut surpris de trouver Arwen près de lui. Perdu dans ses pensées , il n'avait pas vu la reine du Gondor s'avancer vers lui , pour récupérer son enfant. Une fois de plus , l'elfe s'était inquiété de ne pas trouver son fils. Ses craintes s'envolèrent , lorsqu'elle trouva Eldarion blotti dans les bras du prince. Le petit prince , quant à lui se frotta les yeux. Arwen fit les gros yeux. Voilà ce qui arrivait , lorsqu'on faisait l'aventurier ! On oubliait sa sieste ! Avec un petit sourire en coin , Legolas remit l'enfant dans les bras de sa mère. Trouvant soudain ses bras bien vides , il les croisa sur sa poitrine. Et il promena ses yeux bleus sur l'intérieur de la salle. Les drapeaux du Gondor avait été hissés un peu partout , et les buffets étaient déjà installés. Il eut un petit rire. La nuit n'était pas encore tombée et la cité était déjà en fête. Legolas n'avait pas souvent vu le Gondor ainsi en liesse. Il ne pensait pas Aragorn si prompt à organiser telles festivités. Mais il imaginait bien que l'anniversaire d'un prince était un évènement important. Enfant , il n'avait jamais compris pourquoi son père s'évertuait à faire la même chose. Ce genre d'évènement passait complètement au dessus de l'enfant qu'il était. L'enfant qu'il était... Voilà bien des années qu'il n'était plus un enfant. Et pourtant , il était encore jeune pour les gens de son peuple. Jeune à trois mille ans , quand Eomer était âgé à soixante quinze ans. Par moment , il enviait la mortalité des hommes. Être condamné à voir mourir ses amis n'était pas une idée réjouissante. Quand ils seraient tous partis , il ne pourrait même pas se réfugier chez lui. Il n'y aurait guère plus que des ruines à Vert-Bois Le Grand , délaissé pour les forêts de L'Ithilien... Il n'y avait guère d'avenir réjouissant pour le prince guerrier.

*

La fête battait son plein. Partout les rires , les chants... Eldarion ne cessait de courir dans tous les sens. Il semblait jouer avec son père , qui le rattrapait toujours en faisant mine de le dévorer. C'était un spectacle réjouissant pour qui le voyait. Aragorn n'était plus roi il était père. Tous les grands hommes ayant participé à la chute de Sauron étaient pères. Aragorn , Eomer , Faramir , Sam , Pippin... Sauf deux. Sauf l'étrange duo , qui bavardaient gaiement près d'une colonne de marbre. L'elfe et le nain. Entre eux , sans doute l'amitié la plus étrange de la Terre du Milieu. Bon nombre d'elfes ne comprenaient pas pourquoi leur prince était ami avec cet être des montagnes. Et bon nombre de nains ne comprenaient pas pourquoi le leur s'entendait si bien avec cet homme aux oreilles pointues. Sans doute fallait-il vivre une aventure pareille à la leur pour les comprendre... Legolas était adossé à la colonne , les bras croisés sur sa poitrine. Et Gimli lui parlait en faisant de grands gestes , éclaboussant les malchanceux qui passaient trop près de sa chope de bière. Il leur arrivait souvent de s'isoler pour converser. Leurs opinions divergeaient quasiment tout le temps. Au moins , il n'y avait pas de temps mort dans leurs discussions ! Elles s'arrêtaient en général au moment ou Gimli lui donnait raison à contrecoeur , ou s'effondrait , ivre mort. Legolas haussa un sourcil. Le nain en était déjà à sa quatrième chope. Et à ce rythme là... Des éclats de rire cristallins attirèrent l'attention du prince. Ses yeux se posèrent sur un groupe de personnes. Il n'avait pas fait attention à leur présence avant... Le prince se raidit légèrement et il serra les dents. Il ne pouvait pas dire quels étaient les sentiments qui l'assaillirent à ce moment , quand il les vit. Ils étaient là. Grands , beaux... Tous si vieux et si jeunes... Voir ce groupe d'elfes parmi les hommes fut comme un électrochoc pour lui. S'il n'avait jamais rejeté ce qui était la vérité , il avait continué à espérer que le temps des elfes reviendrait un jour. Mais ce n'était qu'un rêve , qu'un mirage. Ils étaient si peu nombreux... D'ici quelques siècles , les elfes ne seraient plus que des créatures imaginaires , qu'on ne trouve que dans les contes de fées. Il soupira doucement , puis posa sa main sur l'épaule de Gimli.

« Excuse moi un moment. »

Legolas se rendit à grandes enjambés vers le petit groupe. Son père était là , et les jumeaux aussi. A peine fut-il arrivé que les autres s'inclinaient pour le saluer. En tout , ils étaient moins d'une quinzaine. Il se souvint alors qu'Aragorn avait invité tous les elfes à Minas Tirith. Mais si peu étaient venus... Ils étaient déjà peu nombreux , mais désormais , Legolas pouvait mieux voir le contraste qu'il y avait entre son peuple et celui d'Aragorn. Les elfes étaient là , dans une bulle de perfection et de d'irréalité. Le prince frissonna , songeant qu'ils étaient les derniers représentants de leur race sur la Terre du Milieu. Ce constat , il l'avait fait des dizaines de fois , mais cette fois ci , cela faisait vraiment mal. Comme il aurait aimé que les elfes et les hommes vivent sur les mêmes terres... Avaient-ils jamais vécus ensemble en temps de paix ? Il en doutait... La paix venue , les elfes s'en allaient. L'appel de la mer était-il si fort ? Lui y restait sourd pour le moment.

Legolas laissa un sourire éclairer son visage. Il se sentait bien parmi les siens , même si il savait qu'une fois repartis , il perdrait son sourire. Mais qu'importe ! Tant qu'ils étaient là , autant en profiter. Il eut un petit rire , lorsqu'Elladan l'attira contre lui en passant son bras autour de son épaule. Bientôt , Aragorn vint se mêler à eux , tenant son fils dans ses bras. Presque immédiatement , Eldarion réclama les bras de son oncle , et Elrohir s'empressa de l'y accueillir. Quelques instants plus tard , les jumeaux s'éloignèrent en tenant le petit chacun par une main , libérant Legolas de leur tyrannie. La main d'Aragorn remplaça le bras de l'elfe sur son épaule.

« Voilà bien longtemps qu'on ne t'avait vu parmi les tiens , mon ami. »

Le sourire de Legolas se fana doucement. Il tourna la tête vers Aragorn , dont les yeux reflétaient encore plus de sagesse qu'il y a vingt ans.

« Peut-être parce que les miens ne viennent pas souvent ici. Et peut-être parce que moi , je suis trop souvent ici , répondit-il. »

Le roi du Gondor eut un sourire qui se voulait désolé. Legolas eut un sourire du même genre , mais son sourire signifiait en plus qu'il n'avait nullement l'intention de prolonger la conversation. Legolas porta son regard tout autour de lui. Là , la reine du Gondor qui ouvrait les bras à son fils , lequel s'y précipitait , abandonnant ses oncles... Ici , quelques hobbits , dansant joyeusement sur sun air de la Comté. Cette vision lui rendit son sourire. Il y avait tant d'innocence en eux... A quelques pas des hobbits , Faramir du Gondor était en pleine conversation avec Faramir Touque. Le prince gardait un souvenir enfantin de Pippin. Nul doute qu'il avait bien grandit depuis la chute de Sauron ! Il s'était aussi lié d'amitié avec le frère de Boromir , ce qui avait semblé en étonner plus d'un. Mais tant d'amitiés inattendues étaient nées ! Lui et Gimli par exemple. Qui s'y serait attendu ? Certainement pas lui , élevé dans une haine héréditaire des nains. Thranduil n'avait jamais été tendre avec cette race. Heureusement , il semblait tolérer l'ami de son fils. Et puis de toute façon , Legolas ne lui aurait pas laissé le choix. Il avait largement l'âge de choisir ses amis ! Et puis , les anciens conflits n'avaient plus lieu d'être...

Un mouvement sur sa gauche attira son attention. Une elfe se détachait du groupe , malgré le fait que l'un d'entre eux essayait de la retenir. La femme secoua la tête , et ses dpogts se détachèrent de ceux de celui qui essayait de la retenir. Un soupir arriva jusqu'au prince , et se retournant , il constata qu'il émanait de son père. Un léger froncement de sourcil conféra à Legolas un air étonné. Il avait la désagréable sensation d'avoir manqué quelque chose... Quelques paroles furent échangées et l'incident oublié. Il devait être le seul à être resté songeur quant à cette femme. Pourquoi vouloir se détacher des siens ? Cela ne semblait pas très logique. Mais après tout , pouvait-il se vanter de comprendre , de connaître quelque chose à la logique ? Il avait suivit l'elfe du regard , alors qu'elle se dirigeait vers l'extérieur. Il n'était pas de nature curieuse , mais il mourait d'envie de savoir pourquoi elle s'était éloignée. Il prit donc congé et s'éloigna à son tour , sous les regards quelque peu interloqués des siens. A grandes enjambées , il se rendit jusqu'à la cour extérieure , que l'Arbre Blanc semblait dominer , bien installé en son centre. Ses branches étaient pleines de neige. Il aurait pensé que la cour serait vide , mais il n'en était rien. Malgré le froid mordant qui le fit frissonner , de nombreuses personnes avaient fui le vacarme de la fête. Çà et là , des enfants qui jouaient. L'hiver n'était pas si triste que cela , en fin de compte.

Cherchant sa congénère des yeux , il se passa une main dans les cheveux , effleurant une de ses tresses. Legolas leva alors les yeux vers le ciel. Les nuages n'étaient plus là... Il ne neigerait pas le lendemain. Les étoiles redevenaient les maîtresses du ciel. Le prince fit quelques pas dans la neige. Il s'enfonçait à peine et ne laissait que de légères traces. Legolas croisa les bras sur sa poitrine et il se frictionna les bras. Cette nuit n'était pas froide , elle était glacée. Il espérait pour ces gens qu'ils étaient bien couverts. Ce serait bien dommage qu'il ne reste d'eux que des blocs de glace au petit matin. Un sourire satisfait naquit sur ses lèvres alors qu'il s'approchait de celle qui avait semblé fuir la fête. Il n'était qu'à quelques pas d'elle lorsqu'il s'arrêta. Il ne souhaitait pas la déranger. Peut-être n'avait-elle guère envie d'être troublée. Il manqua de sursauter , lorsqu'une voix douce s'éleva dans le silence relatif de cette nuit.

« Vous venez observer la lune ou la neige ? »

Legolas s'avança alors. Prenant conscience de l'identité de l'elfe , la femme s'inclina légèrement. L'ayant saluée , il posa ses mains sur la pierre blanche , recouverte d'une mince couche de neige. Il releva les yeux vers le ciel étoilé.

« Les étoiles , je crois. Je suis lassé de toute cette neige. »

La femme esquissa à peine un sourire. Puisqu'il était près d'elle et qu'elle ne faisait pas plus attention que cela à sa présence , Legolas se permit de la détailler des yeux. Comme ceux de sa race , elle était plutôt grande , avoisinant largement le mètre soixante quinze. Comme nombre d'elfes , elle avait de longs cheveux blonds légèrement ondulés qui cascadaient gracieusement jusqu'à ses reins. Avant qu'elle ne se détourne de lui , il avait eu le temps de voir deux yeux vert amande. Il lui avait cru y lire un peu de lassitude. Mais il avait pu se tromper. Pendant un long moment , il y eut un silence entre les deux elfes. Legolas en avait même oublié ses interrogations. Ou plutôt , il les avait mises de côté pour le moment. Un vent glacé se mit alors à souffler. Bientôt , les adultes rentraient en appelant leurs enfants , et les enfants s'empressaient d'aller retrouver la chaleur à l'intérieur. Seuls demeurèrent les deux elfes. Oh bien sûr qu'ils ressentaient le froid. Mais moins... Et puis surtout , elle , ne bougeait pas. Du coup , lui n'osait pas bouger. Le vent faisait voleter leurs cheveux , ainsi que les manches d'un vert tendre de la robe de l'elfe. Legolas ne se rappelait pas l'avoir jamais vue. Ou peut-être l'avait-il déjà croisée , sans pourtant y faire vraiment attention. Elle n'était pas le genre de femme dont on se souvient toute une vie. Elle était jolie , mais n'avait pas un visage hors du commun. C'était une beauté commune à bien des elfes. Peut-être était-elle d'une beauté extraordinaire aux yeux des autres peuples , mais pour les elfes , elle se fondait dans le décor. Aux yeux de Legolas , elle n'était pas capable de rivaliser avec la Dame de Lumière ou l'Etoile du Soir. S'il était là , avec elle , c'était par pure curiosité. D'ailleurs...

« - Puis-je avoir votre nom ? » demanda-t-il , poussé par la curiosité.

La jeune femme se retourna vers lui , et elle croisa ses bras sous sa poitrine , avant d'être traversée par un frisson.

« Beriadhwen , fille de Berdan , mon prince. »

Le prince répéta son nom , comme s'il essayait de se la rappeler. Non , cela ne lui rappelait rien du tout. Définitivement , il ignorait tout de cette femme qui préférait l'Ithilien à Valinor. A son plus grand désespoir , de nouvelles interrogations vinrent fleurir dans son esprit. Il retint un soupir. Voilà qu'il devenait trop curieux. Le sens littéral du prénom de l'elfe était "protéger". Il y avait alors là deux significations possibles. Soit elle était celle qui protégeait , soit elle était celle qu'il fallait protéger. Legolas secoua doucement la tête. De une , il n'avait nullement envie de se poser d'autres questions. Et de deux , il ne se sentait pas vraiment l'âme chevaleresque... Ah il ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle était gelée ! Levant les yeux au ciel , il dégrafa sa cape et vint la jeter sur les épaules de l'elfe , qui le regarda avec de grands yeux étonnés.

« Je finirai par m'en vouloir , si l'on vous retrouvait transie de froid , l'aube venue. »

La dite Beriadhwen eut un petit rire. Legolas sourit , puis leva les yeux une dernière fois vers les étoiles. L'aube serait belle. Le soleil serait là. Un peu de chaleur viendrait réchauffer les coeurs.

Et puis , quelqu'un héla le prince. Il sourit à la jeune femme et s'en retourna , avec l'impression d'avoir fait quelque chose d'utile. Avec l'impression d'avoir aidé... Mais quelques heures passèrent , et au lever du soleil , Legolas n'avait plus en tête cet épisode de la veille. Il avait juste en tête l'image de Gimli arrosant les gens avec a bière.

Tout d'abord , merci pour vos reviews :) Si je mets les dialogies en gras , c'est parce que j'aime qu'on les voit ^^
Moi aussi je proteste contre le M-S !

Et encore merci Tokien.