J'y suis allée. Seule, je veux dire. Parce que, honnêtement, Seth s'en fait pour rien, comme toujours. Bon peut-être que des fois, il a raison, mais seulement des fois. Rarement. Quasiment jamais. Alors je ne voyais pas l'intérêt de demander à quelqu'un de chambouler son horaire de la soirée pour m'accompagné (ce qui ne semble pas préoccupé Seth). Je ne suis pas une petite chose fragile et je n'ai plus huit ans. Monsieur Seth devra s'y faire. Il n'est pas le seul à avoir grandi. De toute façon, je dois juste aller chercher une pièce pour ma voiture (une vieille coccinelle jaune que je n'utilisais presque jamais, mais qui trouvais tout de même le moyen de tomber en panne). C'est mon grand-père (qui bricole ma voiture pendant ses temps libres, ce qui explique peut-être pourquoi elle tombe toujours en panne) qui m'a envoyée en mission pour chercher la pièce. Évidemment, j'ai toujours remis la tâche au lendemain, jusqu'à ce que je me botte les fesses pour y aller ce soir. Donc, une fois la fameuse pièce achetée, dont l'utilité m'échappait, en main, je me dirigeai vers l'arrêt de bus. Les lampadaires étaient allumés et la nuit tombée, même s'il n'était pas si tard, je marchais joyeusement à travers les petites rues. Bon, peut-être pas joyeusement, mais disons, avec insouciance et la profonde satisfaction de mettre sa paranoïa sous le nez de Seth. Franchement, je suis une grande fille, j'ai dix-sept ans! Ce qui semble totalement lui échappé. Mais bon, rien ne m'empêche de jeter un regard par-dessus mon épaule, juste pour être sûre. Il y avait une silhouette. Un homme visiblement. Une boule de logea dans ma gorge mais je m'efforçai de rationaliser. Il pouvait très bien se rendre à l'arrêt de bus lui aussi. Ce n'est pas parce qu'il prenait le même chemin que moi qu'il me suivait nécessairement. J'appelai Seth quand même. Jusqu'au cas où. Ça faisait mal à ma fierté de dire ça, mais je crois qu'il a un peu raison, cette fois-ci. Mais je ne vais pas lui dire pour autant. Il répondit à la deuxième sonnerie.

-Allô?

-Seth, c'est moi.

-Tabie, que t'est-il arrivé?

-Pourquoi prends-tu pour acquis qu'il m'est arrivé quelque chose?

-Dans ce cas, pourquoi tu m'appelles?

-Bon, d'accord, t'as raison, j'ai des peut-être ennuis.

-Peut-être?

-Oui, des ennuis en devenir. Bref...

-T'es où au juste?

Mince

-À Port Angeles.

-Seule.

Silence.

-Tabitha! Dis-moi pas que...Bon sang!

-Écoute, tu me sermonneras plus tard, pour le moment crois-tu que tu pourrais venir me chercher? Je t'en pris!

Il soupira et je savais d'avance que j'aurai droit à l'engueulade du siècle lorsque je le verrais. Je pouvais le voir d'ici se pincer l'arrête du nez avant se passer la main dans les cheveux.

-Pour être totalement honnête, j'étais déjà dans le coin pour te rejoindre, dis-moi juste où tu es et je viendrai te chercher.

Alléluia.

-Rejoins-moi à l'arrêt de bus. Oh, et Seth?

-Quoi?

-Merci, tu es l'homme de ma vie.

-J'espère bien.

Je crus entendre un grognement qui s'apparentait à un rire. Je devinai que je n'étais quand même pas pardonnée. Et qu'il me faudra plus que de la flatterie pour l'être. Je raccrochai et me dépêchai de rejoindre notre point de rencontre. J'étais tout de même soulagée lorsque j'arrivais à l'arrêt de bus. Mais un peu moins lorsque l'homme (qui doit être dans la jeune vingtaine) s'arrêta juste derrière moi. Et vraiment moins soulagée quand je vis trois de ses copains venir vers lui. Je suppliais le ciel que Seth arrive vite. Je regardais compulsivement ma montre et tapai impatiemment du pied. Je sentis une main dans mon dos et me raidis. Génial. Il a fallu que ce soit effectivement des violeurs et/ou voleurs et/ou tueurs. Je suis la fille la plus chanceuse au monde. Je sentis son souffle dans mon oreille lorsqu'il se pencha vers moi. Il allait dire quelque chose, mais un bruit de moteur très bruyant semblait lui couper son élan. La voiture se stationna devant moi et je reconnus Seth. Là, je me sentis immensément mieux. D'accord, il allait me passer un savon, mais au moins, je ne restais pas avec ces gens. Je courus vers sa voiture et il m'ouvrit la porte. Je grippai sur le siège passager et fermai la porte une seconde avant que Seth démarra assez vite pour faire peur à n'importe qui. Le degré de colère de Seth était toujours proportionnel à la vitesse avec à laquelle il conduisait.

Il était vraiment en colère.

Je savais d'expérience que je faisais mieux de le laisser se vider le cœur et dire toutes les choses qui le frustraient (ayant rapport avec moi ou non) et me justifier après. J'attendais donc la bourrasque. Et elle ne se fit pas attendre trop longtemps.

-Pourrais-tu m'expliquer ce que tu n'as pas compris dans « N'y vas pas seule, c'est dangereux »?

Je ne répondis pas parce que a) il n'y a rien à répondre et b) il n'attendait pas de réponse de ma part.

-Tu m'avais promis de ne pas y aller seule.

Techniquement, je n'ai rien promis, mais je gardai ça pour moi.

-Dans le fond, c'est ma faute, j'aurais dû t'accompagné malgré tout. Que ce serait-il passer si je ne serai pas arrivé à temps? Ou que tu n'aurais pas pilé sur ton orgueil pour m'appeler? Peut-être que tu n'en serais même pas sortie vivante. Te rends tu comptes de la chance que t'as que je te connaisse assez bien pour savoir que tu irais seule et que je tienne assez à toi pour me taper tout ce temps en voiture seulement parce que tu as trop la tête dure pour m'écouter? Et ne dit pas que j'exagère. Pourquoi tu es incapable de te rentrer dans le crâne que je veux juste ton bien. C'est si difficile à comprendre? J'en ai assez qu'on ne me prenne pas au sérieux. D'abord mes potes, ma mère et toi. À croire que je ne sais rien de la vie. Et puis j'en ai assez que ma sœur me traite comme un gamin. Et mes cheveux m'énerve aussi, il pointe n'importe où.

Il s'arrêta pour reprendre son souffle. Moi, je me détendis. La crise était passée. J'avoue que quand je vois Seth en colère en train de crier et de trembler de rage, comme s'il allait exploser, ça me faisait un peu peur. Je ne lui disais pas, je savais que ça le blesserait de savoir que ses colères m'effrayaient. Il tremblait et son teint était encore un peu rouge. Je posai ma main sur son épaule et ses muscles tressaillirent. Je retirai immédiatement ma main.

-Je suis désolée Seth.

-C'est pas vrai. Tu ne l'es pas.

-Oui, cette fois, je le suis. Parce que tu avais raison.

Il quitta la route des yeux, surpris que j'admettre qu'il n'avait pas tort. Je lui fis un sourire en coin

-Pour une fois.

Il sourit aussi et me tendis son poing que je cognai avec le mien. Signe que nous somme réconciliés. Je me callai dans mon siège et mis mes pieds sur le tableau de bord.

-On va chez toi ou chez moi?

-Chez moi, ma sœur et ma mère sont parties pour la soirée. Et ôtes tes petits pieds de là, je viens de laver l'intérieur de ma voiture.

Il me donna une tape sur les jambes et je les rabaissais en souriant.

-D'ailleurs ma voiture aurait bien besoin d'un petit nettoyage aussi.

Il eu un rire qui semblait signifier « Tu peux toujours rêver ».

-Je ne le ferai pas à ta place, Tabie.

-Je n'allais pas te le demander, je disais ça comme ça...

-Ouais, c'est ça, je te connais ma poulette.

Il stationna dans son allé. J'ouvris la portière et sauta de son pick-up. Seth déverrouilla la porte et je le suivis dans la maison qui m'était si familière. Dans le salon, je m'assis par terre. Seth ne comprenais pas pourquoi j'aimais autant m'assoir sur le plancher, mais moi je trouvais ça confortable. Des fois, je dormais carrément sur le sol. Au bout de quelques minutes de silence, je me décidai de le brisé en disant le premier truc qui me passait par la tête.

-On joue à Action ou Vérité?

-Non, c'est un jeu de filles.

-Aller, ça sera amusant.

-Peut-être pour toi...

Je ne démordais pas. J'avais brusquement très envie de jouer à ce jeux.

-Arrête, on y a déjà joué ensemble.

-Ouais, on avait dix ans, Tabie.

Je m'en rappelais. On choisissait toujours Action parce qu'on savait tout les secrets de l'autre donc Vérité était très ennuyeux. Ça équivalait à jouer au jeu des défis. Défis que j'ai toujours relevés. Mais les choses ont changés maintenant, et je sens que Seth me cache des choses. Moi aussi j'ai des secrets qu'il ignore. Ce jeux me semble un bon moyen pour qu'on puisse revenir comme avant, quand on n'avait aucun secret l'un pour l'autre. Pour éliminer cette sorte de distance entre nous. On ne mentira pas, on n'est bien trop compétitifs et loyaux pour ça.

-Je t'en pris Seth, je suis sûre que tu meures d'envie d'y jouer mais que ton gros ego de mec t'empêche de l'avouer.

-Raté.

Il me regarda et compris que je ne lâcherais pas le morceau. Tout comme moi, il savait quand insister et quand c'était perdu d'avance. Et là, il n'avait aucune chance de gagner.

-Bon d'accord, commence.

Je tapai dans mes mains et le regardai dans les yeux.

-Action ou Vérité?

-Action.

Évidement.

-Bien, pas cap' de lancer un œuf sur la maison de ton voisin.

Son voisin, M. Colin était un homme dans la cinquantaine, grincheux et râleur. Il détestait tout le monde. Particulièrement les enfants et adolescents. Plus précisément, Seth et moi. On n'arrêtait pas de l'embêter quand on était jeune. Seth ne se laissait évidemment pas impressionner pas son défi et pris deux œufs. Je devinais que j'allais également participer. Nous sortîmes dehors, en essayant de passer incognito. Pas facile avec le t-shirt rouge de Seth. Le mien n'était pas vraiment plus discret, mais j'avais ma veste de jean par-dessus. Devant la maison, Seth pris son élan et lança son œuf en pleins sur la fenêtre. J'étouffais un rire en me couvrant la bouche. Après avoir vérifié que M. Colin ne rappliquait pas encore, Set me tendis le deuxième œuf. Je me relevai prit mon élan et l'œuf atterri sur de la brique. Seth éclata de rire, encore moins discret que son t-shirt et les lumières s'allumèrent. Seth continuait de rire, mais paru pressé de partir.

-Mince, viens allons-y.

Il me prit pas la main et m'entraînait dans la maison. Une fois à l'intérieur, nous pouvons rire comme des malades. Certains diront qu'on est trop vieux pour faire ce genre de truc infantile, on est presque des adultes. Mais ça m'amusait autant qu'à onze ans. Et à le voir se rouler par terre de rire, ça amusait Seth aussi. Ce n'était pas autant le geste que l'adrénaline et le plaisir de faire ça ensemble qui nous motivaient. Un fois calmés, nous retournâmes au salon et j'essayais de calmer mon cœur.

-Bon, c'est à toi.

-Je n'arrive pas à croire que tu m'entraîne là-dedans, mais je vais le dire quand même : Action ou Vérité?

-Vérité.

Je le surpris. D'habitude, je ne prenais qu'Action. Visiblement, il n'était pas préparer.

-Euh...ok. Quelle est ta couleur préférée?

-Une vraie question, Seth, un qui soit dur à répondre et dont tu veux vraiment avoir la réponse. Mais c'est bleu, pour ton information.

Il réfléchit un moment et semblait trouver sa question.

-Pourquoi tu es allée toute seule à Port Angeles?

-Seth...

-C'est une vraie question et je veux vraiment savoir la réponse. Alors, ça compte.

Je soupirai, mais répondit quand même.

-Parce que je voulais prouver que j'étais capable d'y aller toute seule et que tu n'as pas besoin de me surprotégée. Sérieusement Seth, tu me vois encore comme la gamine avec qui tu te battais il y a quelques années. On dirait que tu ne te rends pas compte que j'ai le même âge que toi.

Il me regardait d'une façon indescriptible. Comme si, pendant un instant, il ne me voyait plus comme Tabie, la fille avec qui il a passé son enfance et son adolescence, mais comme Tabitha, une jeune fille de dix-sept ans comme toutes les autres, avec des courbes et une intelligence adaptée à son âge. Il secoua la tête.

-Crois-moi Tabitha, je le sais que tu as mon âge.

Il allait ajouter quelque chose, mais mon téléphone vibra. Ma mère m'envoyait un texto pour me dire de rentrer. Je peux vous dire qu'une mère qui envoie des texto, ce n'est pas vraiment cool.

-Il faut que j'y aille. Ne t'inquiète pas, je ne risque pas de me faire agresser, je n'habite que deux rues plus loin.

-Très drôle.

Il me reconduit jusqu'à la porte. Je vous avise tout de suite que ce n'est pas un instant romantique comme dans les films lorsque le mec essais d'embrasser la fille. Seth se tenait à un distance raisonnable de moi et ne semblait pas dut tout près de m'embrasser.

-Tu viens me chercher demain? Ma voiture est en panne.

-Comme c'est surprenant. De toute façon, je t'amène toujours à l'école, que ta voiture soit en panne ou non.

-Juste pour être sûre.

J'allais partir, mais il me retient par le bras.

-Juste un truc Tabie, pour mettre ça au clair.

-Quoi?

Je m'attendais à moitié qu'il me dit qu'il sait ce que je ressens pour lui et d'arrêter de me faire des idées puisqu'on ne sera rien d'autre que des amis.

-Le jeu n'est pas finit.

Ça me prit un moment avant de comprendre qu'il parlait d'Action ou Vérité.

-Oh, je croyais que ça ne te tentais pas de jouer.

-C'était avant que je découvre quelques avantages.

J'avais l'impression que ces avantages allaient joués contre moi.