Dean regardait un film dans la salle principale du bunker quand l'alarme du radar retentit. Sam sortit d'un couloir aussitôt et regarda une lumière clignoter sur la carte du monde. La table lumineuse affichait qu'il s'était produit quelque chose dans le sud des États-Unis et rien qu'avec un seul échange de regards, les Winchester se préparèrent à prendre la route. Dean se vêtit de sa simple veste de flanelle et rejoignit sa voiture dans le garage. Il la sortit, attendit Sam et tous deux prirent la direction d'une ville qu'ils connaissaient bien. Lawrence.
Leur ville natale n'était pas très loin du bunker des Hommes de Lettres, deux à trois heures de route, grand maximum. Sam cherchait sur sa tablette des images satellites pouvant les aider à identifier ce qui avait déclenché les alarmes de leur sanctuaire, mais tout ce qu'il apercevait, c'était des nuances bleues et blanches qu'il identifiait comme étant le passage d'un objet volant non identifié.
— Nous ignorons donc ce qu'on va découvrir en arrivant ?
— Exact, répondit le plus jeune.
— Génial, j'adore les effets de surprise !
Dean sentit le regard de son frère sur lui et se contenta de rire. Il alluma l'auto-radio et le son de guitare de Cold as ice du groupe Foreigner retentit dans l'habitacle au grand désarroi de Sam. Mais Dean se fichait bien de savoir si son petit frère aimait ou non cette musique. Il chantait en tapant sur son volant, heureux d'avoir une affaire inconnue sur laquelle travailler. Néanmoins, retourner à Lawrence lui tordait l'estomac et il se demandait si, finalement, cette enquête n'était pas un piège, un moyen de les amener à se battre contre de nouvelles créatures. Ils devaient être prudents, ils ne savaient pas encore à qui ou à quoi ils avaient à faire et le moindre faux-pas pouvait peut-être les mener vers une issue fatale – encore.
Lorsque l'Impala passa le panneau de Lawrence, la boule au ventre de Dean s'accentua et il regarda les alentours afin de savoir si c'était un guet-apens ou non. Tout semblait normal, les passants marchaient avec entrain, ils souriaient et profitaient du soleil. Mais peut-être était-ce là encore un piège.
Sam renseigna la direction à prendre à son frère et la Chevrolet s'engagea dans une nouvelle rue avant de bifurquer vers une autre plus étroite. Elle débouchait sur un sentier de terre qui lui-même donnait sur une grande ferme. Dean la reconnue aussitôt et fut surpris de ne voir plus aucun nom sur la boîte aux lettres. Il gara la voiture devant la barrière et regarda la maison avec attention. Imposante, mais en mauvais état. D'après le panneau dégradé dans le terrain, elle semblait être à vendre depuis un long moment maintenant.
Il se rappelait être venu chercher sa propre mère ici alors qu'elle était encore en vie, jeune chasseuse éperdument amoureuse et fuyant sa vie, sa famille. Il se souvenait de sa chevelure blonde, de ses yeux pétillants et de son amour inébranlable pour John.
Sam observa aussi la maison, puis se tourna vers Dean. Ce dernier avait toujours cette douleur à l'estomac et voir cette maison le confortait dans sa pensée qu'ils n'étaient pas là par hasard. Silencieusement, il dit à son frère de s'armer et ils ouvrirent le coffre pour en sortir chacun un fusil qu'ils chargèrent d'un même geste dynamique. Dean referma le coffre et selon la tablette, l'intrus se trouvait dans le champ à côté. Ils enjambèrent un fil électrique et avancèrent doucement avant d'apercevoir une boîte bleue au loin.
— Dis-moi que la boîte n'est pas le signal, dit soudain Dean en s'approchant de plus en plus.
— J'aimerais bien.
Sam rangea son téléphone sur lequel il avait transféré la position GPS et se prépara à un éventuel combat. Dean était déjà prêt et avança doucement vers la cabine téléphonique.
— Vous voilà enfin !
Dean sursauta, manquant de faire feu sur la personne qui venait soudainement de sortir de la boîte bleue. Il reprit son souffle en voyant un homme aux cheveux ébouriffés et au long manteau marron qui le regardait d'un air inquisiteur.
— Je vous ai fait peur, n'est-ce pas ?
Ni Dean, ni Sam ne répondirent et ils regardèrent leur interlocuteur avec appréhension, leur arme toujours en avant.
— Je suis le Docteur, dit-il en tendant la main.
Sam fronça les sourcils et se tourna vers Dean qui haussa les épaules en faisant une grimace. Il baissa son arme et serra la main du propriétaire de la boîte bleue.
— Le Docteur ? Juste, le Docteur ? Répéta le chasseur tandis que son frère rendit la poignée de main de l'intéressé.
— En effet. Entrez, nous vous attendions.
— Nous ? Demanda Dean en entrant derrière le Docteur.
Il s'arrêta en voyant l'immensité de l'intérieur de la cabine téléphonique. Ses yeux s'agrandirent comme des soucoupes tandis qu'ils faisaient le tour de la grande pièce.
— C'est quoi cet endroit ? Demanda alors Sam.
Dean se tourna vers le Docteur et aperçut alors les trois autres personnes derrière lui.
— Et qui ils sont ? Questionna-t-il.
— Vous êtes dans le TARDIS, mon vaisseau spatial. Et voici Rose Tyler, Sherlock Holmes et John Watson.
— Vous déconnez ? Dit alors Sam en riant. Sherlock Holmes et John Watson ?
— Cela vous pose un problème ? Intervient Sherlock avec un air hautain.
— Oui, effectivement, puisqu'ils n'existent pas, reprit le chasseur, incrédule.
— Expliquez-leur, Docteur, déclara Rose.
Dean ne parlait plus et attendait une explication à cette farce. Il regardait le Docteur et son regard tomba alors sur Rose qu'il dévisagea un long moment avant d'écouter ce que l'homme avait à dire.
— Je viens de la planète Gallifrey, je suis le dernier Seigneur du Temps, mais c'est une très longue histoire que personne ne veut entendre – vous non plus, Rose, dit-il en regardant sa compagne.
Rose arqua un sourcil, surprise de cette réaction, mais tout le monde garda le silence, attendant la suite avec impatience.
— Nous avons franchi une brèche avec le TARDIS et nous sommes arrivé sur le monde parallèle à la Terre. Nous avons essayé de repartir, mais un alien nous a demandé son aide et …
— Pardon ? Interrompit Dean. Un alien ?
— Je suis moi-même un extraterrestre, je vous le signale. Il n'y a rien d'anormal.
— Les aliens n'existent pas.
Le Docteur soupira en levant les yeux au ciel, refusant de devoir s'expliquer au chasseur, et fort heureusement, Sherlock s'en chargea.
— Je n'y croyais pas, dit-il, mais le Docteur nous a aidés à échapper à une mort certaine. Ils ont été découverts et …
— À cause de vous, s'indigna Rose, agacée.
— Ça dépend du point de vue, Miss Tyler, reprit le londonien. Nous nous sommes réfugiés dans le TARDIS et nous avons volé jusqu'à cette… Terre où nous nous sommes écrasés.
— Je ne vous crois pas.
— Dean... Souffla Sam.
— Ça n'a aucun sens !
— On sait, mais on n'a pas le temps d'avoir votre avis sur la question, s'énerva la jeune femme blonde. Nous nous sommes fait tirer dessus et ils sont certainement encore sur Terre à l'heure où on parle !
— Qui vous a tiré dessus ? Demanda Sam.
— Sam ! Grogna Dean.
— Je les crois, dit le benjamin des Winchester en regardant son frère. Nous vous aiderons.
Le Docteur acquiesça, inquiet de la réaction de Dean, et informa les frères qu'ils ne savaient pas qui les pourchassait et qu'il fallait les retrouver aussi vite que possible.
— Des aliens sur Terre, c'est jamais préconisé et nous avons vu ce que ça donné plusieurs fois.
— Comment ça ? Demanda Sam.
— Des attaques à Londres, notamment, reprit Rose. Ils n'ont pas tous de bonnes intentions.
— Alors pourquoi on lui fait confiance à lui ? Demanda Dean, le regard noir, en pointant du doigt le Docteur.
— C'est un allié, Dean ! S'énerva son petit frère en le repoussant. Arrête un peu.
Dean serra les dents et les poings.
— Retournons au bunker, reprit Sam, nous trouverons peut-être des choses qui pourront nous être utile.
— Je reste ici ! Intervint le Docteur. Le TARDIS est mal en point, mais je vous rejoindrais dès qu'il sera en état. Les autres, allez avec eux.
— Mais…
— Rose, s'il vous plaît, allez-y.
La blonde fulmina, mais déjà Sherlock, John et les Winchester étaient sortis et prenaient la direction de l'Impala. Dean mit le contact tandis que son frère se plaçait à l'avant et les trois autres s'entassaient à l'arrière, puis il refit le chemin inverse vers le bunker des Hommes de Lettres. En remarquant la conduite agressive du chasseur, personne ne prononça le moindre mot et le trajet se fit dans un silence des plus complets.
