Bonsoir ... j'ai écrit un nouveau one-shot pour Temps. J'espère qu'il vous plaiera. Je voulais l'écrire depuis un certain temps déjà, mais j'en étais incapable. Aujourd'hui je l'ai fini, et mes bras tremblent encore un peu.
genre : drame
rating : K+
paring : aucun, peut-être l'évocation d'un Naru/Saku mais il faut vraiment en vouloir
disclaimer : Kishimoto est le seul auteur du véritable Naruto.
« Je me charge de celle-ci! Allez chercher les autres! » Il faisait nuit noire et la pluie se déversait à torrent, rendant le sol bourbeux, retenant leurs sandales de cuir qu'ils dégageaient de temps à autre, entre deux soubresauts. Les moussons avaient imprégné le sol de toute leur eau qui dégoulinait de manière de toutes façons qu'elle puisse, de cette terre fangeuse qui dévorait en abondance et vomissait en même temps d'un trop plein de pluie. Les arbres noirs sifflaient et crachaient les gouttes qui s'étaient nichées sur leur feuilles branlantes et les branches acérées fouettaient leur peau gelée. Le spectacle était répugnant et l'agonisante atmosphère, partagée entre les cris des arbres, les applaudissements de la pluie et les vomissements de la terre donnaient une impression macabre à Sakura qui en frissonna : ça n'allait pas. La voix de Shizune trancha les coupures torrentielles de la pluie et cracha les quelques gouttes d'eau qui se claquaient sur sa langue : « Allez-y ».
Sakura resta interdite une seconde à peine, peut-être même moins (sans doute moins, oui), imprégnée d'une stupeur qui lui tordit le ventre en voyant sa supérieure s'arrêter. Elle ne s'en occuperait pas et ça n'allait pas. Mais les années passées aux côtés de Shizune lui assuraient indéniablement que cette femme était plus que compétente et qu'il était plus raisonnable d'obéir à ses ordres. Sans mot et sans signe d'acquiescement, elle fit demi-tour et s'éjecta de la branche d'arbre sur laquelle elle et Ruki, un autre médic-nin, s'étaient arrêtés. Leur chemin se séparèrent, l'un s'engageant vers la droite, l'autre bifurquant vers la gauche. Non, ça n'allait vraiment pas. Non pas le frisson qui déchira sa chair, non pas la pluie glacée qui avait transpercé sa cape, ni le vent qui secouait ses cheveux accolés par l'eau et qui lui giflaient les joues, pas ce frisson glaciale imprégné de cette météo lugubre, mais ce froid du à l'incommensurable absence de souffle chaud, celui de la vie. Alors, non ça n'allait pas.
La pluie que crachait le ciel lui offrait la vision d'un sombre paysage nébuleux et c'est à peine si elle distingua les deux anbus qui l'attendaient, accroupis au sol, entourant un corps pantelant, difforme et pourtant, encore en vie. Elle se permit un léger soupire de soulagement ; s'il était encore en vie, les autres n'avaient pas du subir un sort si peu semblable au sien et peut-être pourraient-ils les soigner. Elle pressa le pas, écartant tout signe de fatigue du aux quarante trois heures depuis lesquelles elle était réveillée, trébucha sur la mousse d'une branche rendue glissante par la pluie pour se rattraper de justesse au sol et accourut vers le groupe qui s'était réfugié sous les arbres, peine perdue pensa-t-elle, afin d'éviter au maximum que le corps ne subisse les aléas de la pluie. N'était-elle pas encore arrivée qu'elle s'empressa de demander qu'un anbu lui fasse un inventaire de la situation.
- Qu'est-ce qu'on a? Demanda-t-elle dans sa course, dissimulant autant que possible sa voix essoufflée et légèrement rocailleuse. Tsunade avait été des plus brèves et n'avait mentionné qu'une attaque de la part de l'Akatsuki. Le premier anbu qui tenait une pièce de bois pour protéger le corps dévia son regard vers la jeune fille pour reporter son attention sur le corps qui traînait vulgairement à ses pieds.
- Côtes fêlées, deux, peut-être trois. Epaule déboîtée et estomac endommagé, énuméra l'anbu, pendant que la jeune fille donnait déjà au corps à terre les premiers soins basiques pour lui éviter la douleur. Sans relâcher ni attention ni chacra, elle posa d'autres questions. Pas de temps à perdre ...
- On a un pouls?
- Faible, répondit le second anbu qui tentait de réchauffer le corps par un faible sort de Kaiton, lui aussi protégé par l'abri de fortune que tenait le premier anbu. Elle réfléchit alors aussi vite que son cerveau épuisé lui permit en fronçant les sourcils, contrariée par sa propre incompétence à parvenir à une solution permettant de maîtriser la solution. Pas de temps à perdre, plus vite.
- Très bien, poursuivit Sakura, dans ce cas, on va ... Dégagez!
Le corps se mit à trembler, et à convulser. Le premier anbu fit un pas en arrière tandis que Sakura avait attrapé à la hâte les flancs rebondis par la chair attendrie (sûrement par les nombreux coups) de son patient, et somma aux deux hommes de se reculer alors qu'elle retourna le corps sur sa gauche et le laissa vomir des gerbes de sang impressionnantes. Ses sourcils se froncèrent davantage. Merde. La situation était plus critique que ce qu'elle imaginait. Fais quelque chose.
- On a un hémorragie interne! Hurla-t-elle pour que sa voix couvre le grondement sourd du tonnerre. Le premier anbu s'était déjà relevé, prêt à porter le corps sur son dos. Il faut ramener Choji à Konoha! Reprit la jeune fille, toujours accroupie près du corps de son ami, en dégageant une des nombreuses mèches qui couvraient son visage, accolée par la pluie qui ne cessait de se déverser. Le sang qui avait giclé sur ses mains formèrent un dessin macabre sur son front qui pris de nombreuses formes différentes sous le déversement de l'eau. Choji ...
Le second anbu relâcha la planche qui servait d'abri et s'avança vers la jeune fille.
- La distance qui nous sépare de Konoha est trop importante! Sa voix grave fit écho sous son masque et Sakura parvint à peine à distinguer ce qu'il disait. Si nous partons, il risque d'y laisser sa peau! Elle ne réfléchissait plus, elle ne pouvait plus. Ses mots parvenaient à sa bouche sans que son cerveau ne les commande et ses gestes devinrent frénétiques. Pas de temps à perdre, pas de temps ...
- Mais si nous restons ici, les plaies risquent de s'infecter! Il va mourir! Il faut l'emmener! Hurla-t-elle en dégageant cette-fois si ses cheveux en arrière, leur donnant une teinte rouge inquiétante.
- C'est qu'un gamin! Soignons-le maintenant! Non!
Soudain, les cris de Ruki parvinrent en échos sourds et distants, appelant Sakura de toutes ses forces alors que cette dernière, l'esprit embrumé, n'aperçut, à travers la noirceur du paysage et le flou de la pluie, qu'un spectre blanchâtre qui l'appelait d'une voix lancinante. Elle sursauta lorsqu'elle entendit Choji convulser une seconde fois et cracher, grâce à l'intervention d'un des deux anbus, à son opposé. Merde! Elle sursauta davantage lorsque le second médic-nin qui l'appelait venait d'empoigner son épaule et lui demandait quelle était la situation.
- Ca ne va pas! Cria-t-elle en se relevant, tout en vérifiant le corps que tenaient les deux anbus accompagnant Ruki. Ca ne va pas ... Il a perdu beaucoup trop de sang, il faut le ramener à Konoha! Dit-elle, pointant Choji du doigt. Qu'est-ce que ça donne de ton côté?
Ruki, la voix beaucoup plus faible que celle de Sakura, dut forcer afin que cette dernière puisse prendre connaissance de la situation.
- Il n'a rien d'inquiétant! Il est juste évanoui, son bras droit est complètement écrasé! Il a du tomber sous la douleur. Mais je ne peux pas le soigner! Il y a trop de pluie et le sang se dilue trop ... Vite ... hémorragie ... pas de temps ... attaqué ... réfléchis ... Shizune-san?
Le bref silence qui suivit l'information du médic-nin fit sortir Sakura de sa stupeur et elle offrit à son interlocuteur un regard presque déluré qui disparut aussitôt lorsqu'elle se retourna vivement vers les deux hommes qui l'accompagnaient afin que l'un d'eux prenne Choji sur son épaule. Elle se retourna de nouveau vers Ruki, s'essuyant la joue d'où le sang perlait puis somma au groupe de rejoindre Shizune. Elle soigna préalablement les plaies de Choji afin de ralentir l'hémorragie, posa une attelle à son bras droit et invita un des deux anbus à le porter sur son dos. Le groupe se volatilisa bientôt et ne resta plus dans la futaie que l'écho de leur départ précipité. La pluie sembla redoubler d'intensité.
- Shizune-san! Hurla Ruki, seule à devancer le groupe qui rejoignait la médic-nin. Lorsque cette dernière se releva et se détourna vers les nouveaux arrivants, l'air légèrement confondu et décontenancé, de cet air qu'ont ceux surpris par la mort, le genoux de Sakura fléchit et un haut-le-coeur la surprit. Une explosion. Un vomissement. Un silence. Aux pieds de Shizune, un visage tuméfié, déformé par les coups, rougi par le sang qui s'étalait autour de sa bouche et formait une flaque diluée autour de son crâne, se mélangeait aux épais cheveux blonds qui avaient perdu leur éclat. Non! Par instinct, Sakura percuta les deux anbus qui la précédaient, déviant légèrement sa démarche titubante, et accourut du plus vite qu'elle put vers son amie. La paume de main de Shizune percuta son thorax et l'obligea à faire trois pas de recule. Le regard de la jeune fille reprit alors toute contenance et elle dévia un oeil interrogateur vers sa supérieure.
- Je ne peux pas la soigner ici, dit Shizune en guise de réponse, je n'ai pas assez de clarté et les plaies risquent de s'infecter! Il faut l'emmener au bloc! Attends...
Le second anbu accompagnant Sakura s'avança pour aller porter Ino sur son dos. Sakura ne l'observait déjà presque plus.
- Votre situation est-elle aussi critique? Où vas-tu ...Je veux un bilan! Ino ... Sakura? Sakura!
Cette dernière sursauta, acquiesça instinctivement et établi un inventaire des blessures qu'elle avait pu constater chez Choji. Shizune suivit sa position et somma au groupe de retourner à Konoha afin de donner les soins nécessaires à leur patient. Et, alors qu'elle se dirigeait vers Ino, Sakura lui attrapa le poignet avec une hargne qu'elle ne contenait déjà plus, que Shizune dégagea en lui affirmant qu'elle lui laisserait la charge de soigner Ino. Réponse salvatrice qui parut attendrir les coups de la pluie et les gifles du vent et un regain de force submergea la jeune fille qui se positionna aux côtés de l'anbu qui portait son amie, aussi précautionneusement que se peut, sur son dos. Et le groupe se mit en marche vers le village.
Dix minutes s'étaient déjà écoulées depuis leur départ et Sakura ne cessait de réfléchir au meilleur moyen de stopper les maux de son amie. Elle avait déjà répété leur scène d'arrivée au village plus de dix fois dans la tête, dans le soucis de n'omettre aucun détail qui leur aurait permis de gagner quelques minutes supplémentaires, et avait, par précaution, envoyé un anbu alerter deux médecins de leur urgente arrivée. Bientôt ... Vite!
Cependant, et bien que les sommets de toits des maisons apparaissaient dans son champ de vision, Konoha semblait reculer un peu plus à chacun de leur pas et le groupe la suivant paraissait ralentir l'allure à chaque seconde, si bien qu'il semblait désormais loin derrière elle. Elle leur hurla d'accélérer mais même ses paroles semblaient vouloir se figer dans le temps qui mollissait et se compressait en de lentes secondes agonisantes où l'espoir qu'avait fait renaître Shizune s'égrainait de plus en plus. Ino ... attends! Leur arrivée au village fut des plus précipitée ; grâce à l'information qu'avait transmise l'anbu, deux salles avaient été réservées à leur effet et quatre infirmières avaient préparé le matériel nécessaire et l'utile stérilisation des instruments chirurgicaux. Le premier anbu posa Ino sur un lit immaculé de lumière et la rougeur de sa peau n'en parut que plus effrayante, tandis que Shizune se dirigea vers la seconde salle, suivie de l'homme qui portait Choji. Sakura requit deux infirmières qu'elle connaissait et les précipita à lui donner une paire de gants stériles. Elle déchira les habits de son amies, les jeta négligemment à terre et entreprit des soins avec la plus grande dextérité et la plus pointue des précisions dont elle pouvait faire preuve. Sa chair se réchauffa et sa respiration reprit une allure normale, mais une malsaine impression semblait vouloir subsister : le souffle chaud manquant de la vie.
Quarante-cinq minutes s'étaient écoulées depuis que le groupe avait pénétré le hall de l'hôpital et Ino ne s'était toujours pas réveillée. Désormais, Sakura transpirait d'impatience et de fatigue, sous la peau glacée qu'elle soignait depuis presqu'une heure à présent. Une des infirmières s'écarta du corps allongé, nu et immaculé, puis observa Sakura qui se démenait avec une hémorragie qui avait déjà déversé plusieurs litres de sang sur le sol carrelé de la salle d'opération. Ca ne va pas ... Une frénésie s'était emparé de l'atmosphère, créant un paradoxe presque palpable avec l'ambiance mortuaire qui régnait en ce lieu et pourtant, Sakura s'accrochait, répétant d'inlassables « Ino » qui ne trouvaient que l'écho. C'est alors que l'infirmière posa une main sur le poignet brûlant de la jeune fille et lorsqu'elle capta son attention, émit un signe négatif de la tête.
- Sakura-san, ça fait quarante-cinq minutes maintenant, et nous n'avons aucun signe de vie. Elle chercha l'appui dans le regard de la seconde infirmière. Je crains qu'il ne faille abandonner les soins.
- Quoi? S'étonna la jeune médic-nin, le regard presque décontenancé par cette phrase. Il n'en est pas question! Il faut essayer le massage cardiaque!
- Sakura-san ...
- Faites-le!
- Je vais ... prononcer l'heure du décès. L'infirmière observa la pendule, prit le dossier de la patiente et y inscrivit « heure du décès : vingt deux heures quarante ». Sakura-san ...
Cette dernière ne les entendait déjà plus. Elle avait jeté ses gants sur le sol et était montée à califourchon sur le corps de son amie. Les deux infirmières s'observèrent puis, d'un assentiment muet, quittèrent la salle.
Un, deux, trois, elle pressa d'une force contenue ses deux paumes de main sur le thorax d'Ino qui ne réagit pas. Allez! Merde, Ino! Ino! Un, deux, trois, elle pressa à nouveau et le corps de la jeune fille pantelante se souleva sous la pression qu'exerçait Sakura, mais ne réagit pas.
Ino ... Je ne te ... laisserai pas gagner. Elle continua d'effectuer de brèves pressions pour que le coeur de son amie reparte, mais ses muscles déjà semblaient brûler. Je te l'ai dit ... ses yeux s'écarquillèrent et son regard perdit soudainement sa lueur de conscience ... je ne perdrai pas ... face à toi ... Ino! Ino! Tu ne peux pas me laisser gagner! Ino ... tu ne ... peux pas ... son dernier coup fut plus violent que les autres et ses mains ensanglantée glissèrent sur la poitrine froide et tendue de la jeune fille et entraînèrent un certain déséquilibre : elle se trouva nez à nez avec son amie. Elle l'observa minutieusement, porta sa main à sa joue qui s'impregna de sang, et l'appela d'une voix fluette « Ino? » ... un silence reposant répondit. Alors, elle secoua légèrement sa joue « Ino » mais seul le silence répondit à son appel. Sa tête vacilla, elle frotta son visage qui se dessina de sang à son tour et se redressa légèrement. Ino ... je crois que ... j'ai perdu ... son regard se perdit dans un paysage lointain et sa peau pâlit soudainement. Elle se laissa glisser sur le côté et atterrit sur le sol, alors que ses jambes tremblaient. Elle marcha, hagarde, ses pieds laissant de vastes traînées de sang sous chacun de ses pas, et arriva à la réception. Elle croisa sans le voir un homme blond qu'elle salua instinctivement « Bonjour Yamanaka-san », et ce dernier agrippa ses épaules qu'il secoua vivement.
- Où est ma fille, dit-il, où est Ino? Sakura!
Mais elle ne l'entendait plus et ne sut répondre que de simples « oui » agrémentés de mouvements de têtes vacillant. Le son se déforma à son tour et devint étrangement sourd, cotonneux et grave. Elle se sentit mal et se dirigea alors vers la sortie de l'hôpital. Au dehors, elle aperçut une tâche orange, debout, au milieu de la rue, qui l'attendait patiemment. Il l'appela, mais elle ne répondit pas et bifurqua, telle un corps sans vie, vers la droite. Naruto la suivit ...
Elle marcha quelques minutes de son pas lancinant puis s'arrêta soudain, leva les yeux au ciel et tendit les bras, paumes de main ouvertes, constatant qu'il ne pleuvait plus. Elle resta ainsi quelques secondes, voire quelques minutes et Naruto en profita pour la rejoindre et l'appeler à nouveau.
- Sakura?
Sakura?
Les bras de la jeune fille se crispèrent alors, elle se contracta et s'épancha vers l'avant, vomissant - dans de bruyantes giclées et s'essuyant la bouche du revers de la main.
- Sakura?
Sakura?
Elle se retourna alors et aperçut le jeune homme qui l'observait d'un air contrit, bras ballants, ne sachant que faire. Elle s'avança vers lui tête baissée, et laissa son front se reposer sur l'épaule de Naruto.
- Est-ce que ça va?
Est-ce que ça va?
- Où est-ce que tu vas? Lui demanda-t-elle d'une voix rocailleuse.
Les yeux du jeune homme se perdirent sur le sol, cherchant la force de répondre :
- Je suis là ...
Je suis là ...
Elle s'agrippa alors à sa veste, se serrant davantage contre lui.
- J'ai l'impression de partir ...
Le visage de Naruto se redressa, scrutant le ciel cette fois, cherchant à calmer la douleur de sa poitrine. Il leva son bras droit puis posa délicatement sa main sur le haut du crâne de son amie, portant sa bouche à ses cheveux qui avaient gardé le goût du sang ...
- Tu es là ...
Je suis là ...
je crois que j'ai recommencé. Dédié à ma petite Sandy, mon amie, ma confidente, ma petite soeur et mon âme-soeur, ma moitié.
