Bonjour bonjour!

Eh bien, l'accueil que cette fiction a reçu a dépassé mes espérances! Etant plutôt une fan d'UA, j'écris rarement des fics centrées canon. Mais bon, celle-ci en fera partie. Je suis ravie que vous aimiez autant les dark! Alors je voudrais simplement répéter qu'il existe une raison logique à leur changement de coeur, que nous ne sommes pas dans un univers parallèle ni dans un rêve...je vous poste dès maintenant le second chapitre pour que vous puissiez en juger par vous-mêmes, même si vous n'aurez pas la raison pour la Dark Attitude avant plusieurs chapitres (dix? Quinze? Nous verrons). Comme prévu, retour dans le passé pour ce chapitre, au lendemain de la Bataille de Poudlard...

Bonne lecture...

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Chapitre 2.

Dimanche 3 Mai 1998

Château de Poudlard, Écosse

...

Hermione regarda le sang et la terre s'écouler de ses doigts dans le lavabo, perdue dans sa contemplation. Elle avait l'impression de se tenir là, debout face à l'antique bassine, depuis des heures déjà, sans que la crasse de ses mains ne semble vouloir partir tout à fait. Réprimant un soupir, la jeune sorcière se détourna pour se sécher dans une serviette qui semblait avoir connue de meilleurs jours.

-Je t'ai vue combattre, annonça une voix puérile derrière elle.

Elle ferma les yeux. La raison pour laquelle elle avait choisie la salle de bain des filles du second étage était parce qu'elle savait qu'ici, elle ne serait pas dérangée. Il devait être environ trois heures du matin et, malgré la fatigue qui étreignait ses membres, la migraine martelant ses tempes, et la lassitude générale qui pouvait se ressentir dans son corps entier, elle ne parvenait pas à dormir.

-Mais j'avoue que je préférais regarder Harry, ajouta la voix d'un ton rêveur.

Hermione serra les dents.

-Je ne suis pas d'humeur, Mimi, déclara-t-elle.

Elle leva les yeux, prenant soin d'ignorer son visage épuisé dans la glace craquelée devant elle, se concentrant sur la forme argentée du fantôme derrière elle. Mimi Geignarde leva le menton, offensée.

-Personne n'est jamais d'humeur à parler à Mimi ! s'écria-t-elle.

-Il y a peut-être une raison à cela, grommela Hermione.

Le visage de Mimi Geignarde se rapprocha de son dos, un rictus malveillant en place.

-Ah oui, parce que tu es tellement parfaite, ricana le fantôme. Je me souviens encore du temps où toi aussi, tu venais pleurer ici. Tu n'as pas le droit de me parler comme ça- surtout quand tu as toi-même été aussi méprisable que moi.

Hermione n'avait pas pu s'en empêcher : la part logique de son cerveau étant partiellement tu à cause de l'épuisement, elle se retourna, tirant avec vivacité sa baguette de son fourreau à sa hanche, et jeta un sortilège Informulé à l'ectoplasme, qui ne fit que traverser l'endroit où se fut autrefois trouvé le cœur de Mimi Geignarde pour venir ricocher contre une porte de cabinet, explosant complètement le bois. Le fantôme écarquilla des yeux démesurés, et Hermione la fixa avec dégoût, légèrement haletante.

Elle aurait se sentir coupable de son geste. Elle devrait se confondre en excuses, se retirer, aller se reposer- elle n'aurait jamais dû lancer un sort, fantôme ou non. Ses manières semblaient lui échapper en même temps que sa patience, mais elle ne ressentait rien, rien si ce n'était un léger amusement devant le visage épouvanté de Mimi Geignarde.

-Tu m'as lancé un sort ! brailla le fantôme d'une voix tellement aiguë que la jeune femme grimaça.

-Et tu en as tellement souffert, rétorqua-t-elle d'une voix froide.

Elle se détourna du fantôme, s'accrochant des deux mains au lavabo, se dévisageant dans la glace tandis que Mimi, avec un hurlement de fureur, plongeait dans les tuyaux d'un cabinet. Hermione vit sa propre image, face à elle, l'inspecter en retour avec criticisme.

Ce n'était pas que la fatigue, elle le savait. Il y avait autre chose- mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Son esprit était brisé par des mois de cavale, anéanti. Elle ne ressentait rien- elle n'avait pas pu pleurer les morts, ce soir, même si elle avait éprouvé un pincement au cœur en les voyant allongés les uns à côté des autres- Fred, Tonks, Lupin...la douleur avait été sa pierre d'angle durant presque une année entière. La peur, la peine, l'avaient hanté à chaque pas, à chaque inspiration. Elle avait éprouvé un soulagement sans fin lorsque le corps de Voldemort était tombé, tué par son propre maléfice, dans la Grande Salle, face à Harry, seulement quelques heures plus tôt. Du soulagement, de la joie, et, si elle devait se l'avouer franchement, une partie perverse d'elle-même n'avait de cesse de repasser cet instant dans sa tête, l'observant sous différents angles et fantasmant à propos de fins bien plus douloureuses pour le Seigneur des Ténèbres, où Harry lui arracherait chaque membre du corps, où il lui ferait littéralement manger le cadavre de son horrible serpent Nagini...Voldemort leur avait tellement pris qu'elle ne se sentait pas davantage coupable de songer à cela qu'elle l'avait été de lancer un maléfice à Mimi Geignarde.

Elle savait qu'il y avait quelque chose de dérangeant dans sa réaction au fantôme, une sorte de frustration intérieure dont elle ne parvenait pas à se défaire. Si Hermione avait parfois, par le passé, perdue toute patience avec son entourage- comme lorsqu'elle avait frappé Malefoy en troisième année- elle avait toujours été submergée, par la suite, de regret. Mais ce soir, elle ne ressentait rien.

La jeune femme soupira à nouveau, fixant ses mains à présent propres. Si son cœur se refermait, c'est qu'elle était bien plus fatiguée qu'elle ne l'avait cru.

La porte s'ouvrit brusquement et elle se retourna, baguette en main et maléfice au bord des lèvres, se détendant à peine lorsqu'elle vit le professeur McGonagall pénétrer dans la salle de bains, sourcils froncés en une mimique de mécontentement. La vieille dame braqua des yeux furieux sur elle, et Hermione observa que son aînée portait toujours les robes qu'elle arborait lors de la bataille, que ses cheveux étaient à moitié défaits et qu'une giclée de sang- qui n'était pas celui de McGonagall- traçait sa joue. À la vue du sang, Hermione plissa les yeux, satisfaite. Elle ne doutait pas que la professeure de Métamorphose avait tué, ce soir.

Malgré elle, un frisson de contentement la parcourut à cette réalisation. Elle espérait que les Mangemorts avaient souffert entre les mains de Minerva McGonagall.

-Mademoiselle Granger, souffla-t-elle en l'apercevant. Pourquoi n'êtes-vous pas dans la Tour de Gryffondor ? Kreattur nous a signalés que vous y étiez montée en la compagnie de Messieurs Potter et Weasley.

Hermione haussa les épaules, lasse.

-Je n'arrivais pas à dormir, Professeur.

Le professeur McGonagall écarta son explication d'un geste agacé de la main.

-Soit. J'ai à faire, Mademoiselle Granger, alors pourquoi est-ce que l'un des fantômes de Poudlard est venu me chercher en urgence pour m'annoncer que vous étiez en train de jeter des maléfices à tort et à travers ? Vous ne pouvez pas-

-C'est un fantôme, Professeur, ironisa Hermione. Je doute qu'elle en ait souffert.

Minerva McGonagall l'observa attentivement, yeux écarquillés.

-Je ne vous reconnais pas en ce comportement, Mademoiselle Granger. Fantôme ou non, je suis surprise qu'une jeune sorcière aussi aimable que vous l'êtes se laisse aller à de telles extrémités. Je sais combien ces derniers mois ont été difficiles pour vous-

Quelque chose, en Hermione, se brisa alors, et une vague de fureur l'envahit.

-Vous ne savez rien ! hurla-t-elle d'une voix si forte que Minerva McGonagall recula d'un pas, choquée. Rien, rien, vous m'entendez ? Vous ne savez rien du tout ! Vous croyez savoir, ils croient tous savoir...

Subitement épuisée, sa voix cassa et la jeune femme se détourna, s'appuyant à nouveau contre le lavabo.

-Soit, acquiesça le professeur McGonagall d'une voix prudente mais ferme, cependant rien ne vous autorise à prendre ce ton avec moi. Allez vous coucher, Mademoiselle Granger, et si vraiment le sommeil vous échappe, Madame Pomfresh a des potions pour aider ce genre de situations.

Hermione se retourna lentement, dents serrées, mais passa devant Minerva McGonagall et s'engagea en direction de la Tour de Gryffondor d'un pas leste. La vieille dame la regarda partir, un mélange de confusion et de pitié dans ses yeux perçants.

Hermione pénétra dans la Salle Commune de Gryffondor de très mauvaise humeur. Elle s'arrêta, cependant, et laissa un sourire s'installer sur ses traits lorsqu'elle remarqua Harry, installé dans un canapé, regard perdu dans le feu de la cheminée. Une vague de tendresse la parcourut. C'était, hormis la colère, le seul sentiment qu'elle parvenait à ressentir depuis quelques mois, et n'était réservé qu'à quelques élus. Harry, Ron, Ginny, Neville, Luna...eux seuls savaient. Eux seuls connaissaient le sacrifice absolu qu'ils avaient accompli, eux seuls pouvaient compatir. Entre eux et le monde se dressait un mur impénétrable. Minerva McGonagall, les autres...ils pouvaient essayer de comprendre, pouvaient tout tenter, mais ils ne sauraient jamais ce qu'il en était réellement. Eux seuls comptaient à ses yeux, à présent, comme si son cœur brisé avait écarté la possibilité d'y laisser entrer quiconque d'autre. Elle avait été à leurs côtés depuis toujours : depuis le troll de Quirrell en première année, jusqu'à la mort de Voldemort hier soir. Un lien inébranlable les unissait.

Personne ne pouvait comprendre. Personne ne vivrait à leur place les années vécues : les nuits à fuir les Mangemorts, en quête d'Horcruxes. Les journées, pour Luna, enfermée dans les donjons du Manoir Malefoy à subir le courroux de Voldemort en personne. Les efforts de Neville et Ginny pour rallier l'Armée de Dumbledore dans une école livrée à l'ennemi. Personne ne leur enlèverait les années de loyauté, les combats. Pas même la courageuse Minerva McGonagall.

Harry l'entendit approcher et tourna la tête vers elle, visage inexpressif. Lorsqu'il vit de qui il s'agissait, un tendre sourire éclaircit ses traits à son tour, et Hermione s'approcha de sa main tendue, la saisissant avant de prendre place à ses côtés, étonnée mais rassérénée par les sentiments de Harry qui miroitaient les siens.

Se sentait-il mort de l'intérieur, lui aussi ? Ne pouvait-il s'illuminer que lorsque l'un de ses amis les plus proches était là ? Elle lui serra les doigts et il pencha la tête de côté, l'observant avec curiosité.

-Où étais-tu ?

Elle s'enfonça plus profondément dans le canapé, sans lâcher la main de Harry. Un lien plus fort que la fraternité les unissait, elle et lui, elle et Ron, lui et Ron, eux et Ginny et Neville et Luna...elle s'accrocha à sa main, la chaleur de ses doigts l'apaisant.

-Je me lavais les mains. J'ai peut-être, ou peut-être pas lancé un maléfice à Mimi Geignarde avant de renvoyer le professeur McGonagall sur les roses.

Harry se contenta de l'observer, visage calme.

-C'est un fantôme, finit-il par murmurer en écartant l'incident comme étant sans importance aucune.

Une alarme se déclencha dans la tête de Hermione, et elle savait qu'elle aurait dû s'inquiéter. Elle avait dit la même chose...quelque chose que ni Harry, ni elle n'auraient, en temps normal, envisagé de dire. Elle ne parvenait pas, cependant, à s'en soucier, mais fronça néanmoins les sourcils, pensive.

-Tu es fatigué, devina-t-elle. As-tu dormi ?

-Quelques heures.

Il fixait à nouveau le feu qui dansait dans la cheminée, et Hermione se tut, sentant qu'il avait quelque chose à ajouter. Il le fit après un long silence.

-J'ai l'impression que c'est le genre de fatigue qui...qui ne partira pas en dormant, finit-il par avouer d'une voix incertaine.

Elle hocha la tête, et il se tourna vers elle, yeux émeraude scrutant son visage.

-Je comprends.

Et il savait qu'elle disait la vérité, elle le voyait à la manière dont le Survivant frémit légèrement avant de se perdre à nouveau dans la contemplation du feu.

-Quand est-ce que ça a commencé, pour toi ? demanda-t-il, sa voix un chuchotis. Ce sentiment de...

-...de mort intérieure ? De ne pas pouvoir invoquer d'autres sentiments que la haine, la colère, ou une sorte de joie malsaine, morbide ?

Il la regarda à nouveau, plissant les yeux, l'observant attentivement tandis qu'elle haussait les épaules.

-Quelque part durant notre cavale. Je ne saurais pas dire quand. C'est venu progressivement, je pense, et chaque jour plus fort depuis. Et toi ?

Il sembla tenter de rassembler ses pensées.

-Je ne le sais pas non plus, avoua-t-il, mais je crois que c'est présent depuis...depuis toujours, Hermione. Qu'il y a une part de moi qui a toujours...et depuis la nuit où Voldemort est revenu, en quatrième année...ça ne fait que s'accroître.

Elle eut un pâle sourire.

-Dépression ?

-Non, ce n'est pas ça, répondit-il d'une voix catégorique.

Elle ricana. Un son moqueur, un son qu'elle n'aurait pas été en mesure de produire quelques mois plus tôt.

-Tu as raison, murmura-t-elle en lui serrant la main. Ce n'est pas ça.

Il y eut un silence confortable, qui fut interrompu un moment plus tard par une voix masculine qui résonna près de l'escalier menant aux dortoirs des garçons.

-Pour moi aussi, c'est depuis cette année. Depuis mon départ de la tente.

Ils se tournèrent vers Ronald Weasley, en pyjamas un peu trop petits, cheveux roux décoiffés. Sa voix, néanmoins, était claire. Il ne venait pas de se réveiller. Il s'approcha, mains dans les poches de son pantalon, et fixa la cheminée à son tour, joues roses.

-Je ne savais pas comment vous en parler, marmonna-t-il. De ce...de cette noirceur, de ce...

-On ne te jugera jamais, rappela Hermione d'une voix douce.

Ron se tourna vers elle, le visage grave.

-J'ai ressenti de la peine quand Fred est...quand Fred est mort, ce soir, déclara-t-il. Il était mon frère et je l'aimais. Mais lorsque...mais lorsque Bellatrix a failli tuer Ginny, j'ai cru...j'ai cru...

Les yeux de Harry noircirent subitement à ce rappel et il se tendit. Une expression de pure haine, que Hermione n'avait jamais vue sur son visage, s'installa sur ses traits, le rendant inquiétant à regarder.

-Elle aurait dû souffrir, siffla-t-il. Imbiber le sol de son sang et de ses organes. Hurler de douleur. Supplier. Pleurer.

Au rappel que Bellatrix Lestrange avait failli tuer Ginny, Hermione avait été emplie d'une colère inconcevable, mais à présent que Harry détaillait ce qu'aurait dû être la mort de la Mangemort, elle pouvait sentir une excitation à peine contenue la parcourir tandis qu'elle s'imaginait la scène. Elle jeta un bref regard à ses deux amis et vit des expressions similaires sur leurs visages, comme si eux aussi prenaient plaisir dans la déclaration de Harry. Elle plissa les yeux, pensive.

-Pourquoi Ginny et pas Fred, Ron ? Pourquoi cette colère pour elle ?

Il haussa les épaules, yeux à nouveau sur le feu.

-Je ne sais pas. Peut-être parce que j'avais déjà perdu un frère ? Je n'aimais pas plus l'un que l'autre...à une époque. Simplement, je sais qu'à présent...à présent, Ginny est...elle est le membre de ma famille le plus important à mes yeux, elle est...la seule qui n'a pas pleuré Fred, ce soir, hormis moi. Elle était malheureuse, oui- mais elle regardait son corps, allongé là, avec rage, avec une envie, un besoin de le venger, non de perdre son haleine à pleurer.

Comprenant d'où venaient ses observations, Hermione souffla,

-Ginny est le seul membre de ta famille que tu ne méprises pas.

Il y eut un silence pensif, puis Harry reprit,

-Luna et Neville.

A nouveau, l'alarme dans la tête de Hermione résonna, et elle l'ignora, vaguement irritée.

-Moi aussi, chuchota-t-elle.

Ron acquiesça d'un signe de tête.

-Ce sont les seuls, hormis Ginny et nous trois...murmura-t-il.

-Les seuls que je peux supporter, marmonna Harry et les deux autres hochèrent la tête.

Hermione se sentait rassurée, soulagée que ses deux amis comprennent, qu'ils soient comme elle. Taisant la petite voix, au fond de sa tête, qui lui indiquait que rien de tout cela n'était normal, elle bailla.

-Je vais me coucher, déclara-t-elle à voix haute.

Elle ne bougea pas cependant, et les garçons ne répondirent pas, et son regard se perdit dans le feu rassurant de la cheminée jusqu'à ce que ses yeux se ferment d'eux-mêmes, et qu'elle plonge dans un sommeil sans rêves.

...

Alors, qu'avez-vous pensé de cette première approche? Nos petits héros sont tout jolis tout beaux, ils sentent bon le sable chaud...enfin, le sang et...bref. C'est une première étape, mais ils ne sont pas encore fous furieux...alors, qu'en pensez-vous? Pourquoi cette jouissance pour la mort et la souffrance, ce je-m'en-foutisme pour tous hormis quelques rares élus (Ginny, Neville, Luna)?

Je vous dis à très bientôt! La prochaine fic qui devrait être publiée- ce dimanche ou lundi- sera certainement Fleur de Lys...

DIL.