La suite des aventures de notre petite bouille de citrouille et de sa bande...

J'espère que ce chapitre 2 sera apprécié...

Disclamer: Shaman King appartient toujours à Hiroyuki Takei. Le bowling de Fumbari aussi.


Chapitre 2. Le Bowling de Fumbari

Une feuille morte se détacha d'un arbre et tomba aux pieds de Suzuka. Machinalement, elle donna un coup de pied dedans et sentit une douleur vive envahir son petit orteil.

- Saleté de cochonnerie de …

- T'es vraiment pas douée, commenta Men en toisant la petite fille enrobée de tissu et de mousse orange qui sautillait sur place en essayant de se tenir les orteils, sans lâcher son sac de bonbons plein à ras-bord. Suzuka grommela mais, dans cette situation, elle savait qu'elle ne pourrait pas flanquer un coup de pied à Men sans laisser tomber le précieux sac. Elle se contenta donc de fulminer en cherchant à garder son équilibre.

Le Bowling de Fumbari se dressait devant eux, bâtiment décrépi aux fenêtres brisées. La semi-pénombre de cette fin d'après-midi noyait à moitié le cube plat dont la façade était couverte de graffitis et de morceaux d'affiches décollées. Des pousses d'herbes dépassaient des jointures des dalles de béton de l'entrée où ils se tenaient.

Sous un auvent surmonté d'une vieille enseigne rouillée dont la moitié des caractères avaient été arrachés, une porte à double battants était fermée par une chaîne et une affichette jaunie précisait, au cas où on ne l'aurait pas compris, que le bowling était désormais désaffecté. Les vitres de l'établissement avaient été fracassées et les dents de scies des carreaux s'entrouvraient en bouches sanglantes.

Suzuka trouva l'endroit particulièrement sinistre et eut un petit frisson. Ce n'était pas qu'elle avait la trouille, non… Mais… Oh, et puis si. Ça lui foutait bel et bien les jetons. Et après ? Ils étaient là pour ça ! On était au soir d'Halloween, non ?

Et puis, Xia non plus n'avait pas l'air rassurée, derrière son perpétuel masque de froideur hautaine. N'empêche… elle avait beau essayer de se la jouer devant Hana... ça ne prenait pas. Pas avec Suzuka.

Un sourire sadique se dessina discrètement au coin des lèvres innocentes de la petite Aïnou. Une fois à l'intérieur, elle se promettait de lui faire peur. Oh, pas méchamment, juste pour rigoler un peu…

En carrant ses épaules encore frêles, Hana s'était dirigé vers la porte du bowling d'un pas ferme en prenant une expression pseudo-virile de dur à cuire, et s'était mis à secouer la chaîne qui la condamnait comme pour essayer de la briser.

Les trois autres l'examinèrent avec curiosité.

- Euh…Hana-kun, tu fais quoi, là ? s'esclaffa Suzuka.

- Ben tu vois, j'essaie d'ouvrir la porte !

- Mais, Hana, on peut passer par-là, tu ne crois pas ?

En s'efforçant de ne pas rigoler, Suzuka lui désigna les grandes vitres brisées du bâtiment, qui béaient sur la pénombre de l'ancien centre de loisirs. Hana la regarda, éberlué, puis lâcha la chaîne ses joues étaient devenues aussi rouges que son menton barbouillé de mercurochrome. Xia eut un regard dédaigneux pour le garçon blond, mais ne fit pas le moindre commentaire. Son frère, lui, ne se montra pas aussi généreux.

- Tu sais que tu crains, Asakura… ricana-t-il.

Comme Hana allait s'énerver, Suzuka le prit par le bras et l'entraîna vers une des fenêtres défoncées.

- Allez viens, dit-elle, ignore-le. C'est un crétin.

...

Ils pénétrèrent dans l'ancienne salle principale, où s'étendaient les pistes dont le bois verni avait été arraché et enfoncé par endroits. Les écrans qui surmontaient chaque rail pour indiquer les points avaient été volés ou brisés eux aussi. De l'autre côté, se trouvaient les restes d'un ancien bar, recouverts de débris de verre, et en vis-à-vis, la caisse, avec ses casiers de chaussures. Sous la poussée du vent, un papier gras vint se coller à la chaussure de Suzuka qui grimaça et secoua la jambe pour l'enlever.

- C'est moche, commenta-t-elle.

- Jamais contente, hein, grogna Hana. C'est trop cool, moi je trouve. On a ce coin pour nous tous seuls !

- Et cette histoire de butin ? demanda Suzuka.

- Ah euh… ben on peut commencer à chercher…

Tout d'abord, Men croisa les bras d'un air hautain et refusa de les suivre dans leur « entreprise débile et puérile ». Puis, comme sa sœur semblait vouloir accompagner Suzuka et Hana, le chinois aux cheveux blancs jeta un œil noir sur la pièce sombre qui l'entourait et n'eut pas l'air d'apprécier qu'on le laisse dans un endroit aussi glauque. Son regard inquiet fut immédiatement capté par Hana, qui ne perdait pas de vue leur récente bagarre.

- On a peur, Men-chan ?

Les yeux rouges de Men se vrillèrent dans les siens. Le gamin resserra sa prise sur son épée et fixa son adversaire d'un air menaçant.

- J'en ai marre de trainer avec une bande de débiles comme vous. Je vais me balader. A plus.

L'avorton albinos leur tourna fièrement le dos et s'éloigna en direction du couloir.

- Tu crois qu'il se barre pour de bon ? chuchota Suzuka à l'oreille de Hana.

- Non, non, il va juste bouder dans son coin, susurra Xia avec sournoiserie. Il reviendra quand il en aura marre d'être seul.

La chinoise arborait un petit sourire élégant et indéniablement supérieur. Mon frère, ce crétin, semblait dire ses prunelles moirées et hautaines.

- Bon, on y va ? lança Hana avec un large sourire.

...

Men pestait intérieurement. Cela n'avait rien d'anormal, disait souvent sa mère, il avait de qui tenir, même s'il ne comprenait toujours pas ce que signifiait ces paroles mystérieuses. Mais sa mère n'en était pas à une bizarrerie près de toute façon. Il repoussa une mèche blanche de son front avec un soupir exaspéré, et flanqua un coup de pied dans une porte à double-battant qui s'ouvrit dans un grincement presque assourdissant.

La pièce où il se trouvait était visiblement l'ancienne salle d'arcade : les machines s'étendaient en rangs bien serrées, vandalisées et parfois couvertes de graffitis. Des écrans avaient été arrachés, d'autres enfoncés à coups de briques. Le lino avait dû être jaune pâle avant de virer au grisâtre crasseux, et les peintures aux couleurs vives et acidulées des machines semblaient ternies, fanées et affreusement démodées.

Men parcourut la pièce du regard et arrêta son œil courroucé sur les vieilles cannettes de bières qui jonchaient le sol.

Il était certainement impossible de trouver un seul jeu en état de marche dans cette foutue baraque, pensa-t-il en jaugeant un flipper défoncé. Dommage.

Il fit néanmoins le tour de la salle, au cas où elle aurait quelque chose d'intéressant à lui offrir. Du verre et du plastique brisé craquaient sous ses pas, mais le chinois s'en moquait. Il flanquerait cette paire-là à la poubelle en rentrant, et en ferait racheter. Quoi ? Remettre des chaussures qui avaient trempé dans un rade pareil ! Fallait pas rigoler, non plus.

Il considéra ensuite avec attention les traces brunâtres laissées sur le sol par un liquide qui n'était certainement pas de la bière, encore moins du coca. Soudainement intéressé, le gamin se pencha sur les vieilles traînées couleur lie-de-vin qui striaient le sol.

Du sang ! chuchota la voix de l'excitation morbide dans sa tête. Du vrai sang !

Peuh, se dit-il aussitôt. Du sang, et alors ? Les stupides mafieux qui ont bousillé cet endroit n'étaient pas doués et se sont blessés, voilà tout. Il n'y a rien d'exceptionnel là-dedans.

Et ce crétin d'Asakura qui croyait l'impressionner, lui, Tao Men, héritier du plus puissant clan de shamans du Grand Empire du Milieu, avec trois taches de sang laissées par une bande de loubards ivres ! Pathétique.

Il en était là de ses réflexions, lorsqu'un grondement métallique résonna étrangement derrière lui. Men se retourna vivement vers l'origine du bruit et eut la nette impression que cela venait du mur défraîchi à la peinture salie. Un gargouillement un peu plus sonore confirma son pressentiment.

La tuyauterie. Pas de quoi s'inquiéter, elle devait avoir fait son temps, elle aussi.

Pourtant, le gamin commençait à se sentir mal à l'aise. Il croyait sentir comme une présence dans son dos… vous savez, cette sensation désagréable d'avoir deux yeux invisibles braqués sur votre nuque, et qu'un adversaire vous surveille en ricanant silencieusement, savourant sa supériorité, juste avant de vous sauter dessus…

Ridicule, pensa Men. Je ne vais pas me mettre à flipper à cause d'une remontée d'eau. Je vaux mieux que ça.

Comme pour lui répondre, un craquement sinistre se fit entendre, et le néon au-dessus de sa tête se mit à clignoter, comme pour se moquer de lui.

Men aurait voulu rejoindre les autres, mais il se força à demeurer là où il était. C'était pour lui une question d'honneur, de fierté. Il voyait déjà l'œil noir et méprisant de sa sœur, le sourire et les ricanements de Hana, et surtout de Suzuka… Pas question de se laisser humilier par cette stupide Aïnou. Il en mourrait !

Un nouveau craquement le fit sursauter. Le bruit d'une latte de parquet recouverte de lino sur laquelle un pied venait de se poser. Les réflexes parlèrent avant l'instinct et Men se mit en garde, conscient qu'il devait avoir l'air stupide, à brandir une épée contre une rangée de bornes d'arcade.

- Qui est là ? cracha-t-il d'un ton menaçant.

Ses yeux rouges parcoururent la pièce, puis il se reprit, se maudissant de ne pas y avoir pensé plus tôt, et abaissa son arme en essayant de se donner une allure détachée.

- Vous vous croyez drôle, bande de nazes ? C'est minable. Vous n'arriverez pas à me faire peur comme ça…

Ce ne pouvait être que ces deux débiles et sa sœur, bien sûr ! Si ça a avait été un fantôme, il aurait détecté sa présence bien plus tôt. Men était d'ordinaire très réceptif aux esprits.

- C'est bon les gars, je sais que vous êtes là. Vous avez pas fini de vous amuser comme des gamins ?

Un petit sourire se peignit sur son visage à la peau translucide. Il savait que Suzuka avait horreur qu'on la traite comme un garçon. Et aussi qu'on l'appelle gamine. Sans doute allait-elle bondir hors de sa cachette, les joues rouges de colère, ses cheveux bleus hirsutes, dans son costume ridicule. Quel spectacle cela ferait !

Suzuka ne se montra pas.

Mais tout à coup, les lumières s'éteignirent brusquement.

La petite Aïnou n'avait pas la moindre idée de la provocation lancée par le chinois. Elle se trouvait plus loin, dans une autre salle de jeu et se fichait éperdument de ce que pouvait fabriquer Men. Il pouvait bien rentrer tout seul ou se faire bouffer par le jibakurei, elle s'en moquait. Ce n'était qu'un petit prétentieux à la tête trop enflée pour son corps d'avorton. Il était agaçant, crâneur, débile, rabat-joie, insupportable, moche et…

- Suzuka-chan ! T'es dans la lune !

Hana lui fit une grimace puis gloussa bêtement.

- Tu nous as pas écoutés ! On va explorer un peu, ok ?

Les yeux du garçon se rétrécirent en petites fentes tandis que sa bouche s'étirait en un large sourire joyeux.

Hana avait son sale caractère quand on l'embêtait, hérité de sa mère, disait-on. Autrement, il était toujours plein de vie et de gaité, et sa bonne humeur était contagieuse. Son sourire presque trop grand pour son visage avait le don de réchauffer le cœur de la petite en toutes circonstances.

Les trois enfants s'engagèrent dans le couloir faiblement éclairé et tout aussi sale que la salle qu'ils venaient de quitter. L'ambiance glauque et semi-angoissante les faisait frissonner d'excitation, du moins en ce qui concernait Suzuka et Hana. Xia, elle, examinait chaque objet, chaque lambris de mur avec une expression de curiosité et de dégoût mêlés.

Ils prirent la direction opposée à celle que Men avait choisie et poussèrent une porte au hasard.

Ils se trouvaient à présent dans une autre salle de jeux, remplie de tables de billards qui ne semblaient pas avoir été détruites, sans doute parce qu'elles étaient fixées au sol par des charnières métalliques. L'électricité fonctionnait encore, bien que les néons mettent du temps à s'allumer. Une moquette épaisse de couleur prune couvrait le sol et les coins de la pièce offraient de larges banquettes aux joueurs potentiels. Bien entendu, la salle de jeu avait été vandalisée comme les autres, et divers objets jonchaient le sol, queues de billards, boules, chaussures abîmées, gobelets en plastiques, débris de bouteilles d'alcool…

Xia poussa un profond soupir. Elle avait d'abord trouvé l'idée de Hana intéressante : le bowling de Fumbari était un endroit mal famé, réputé dangereux et surtout, interdit ! Mais à présent qu'ils y étaient, le lieu mystérieux avait perdu tout son charme à ses yeux. Ce n'était qu'un bâtiment abandonné, vandalisé et sale, de surcroît.

Soudain, un reflet violet derrière une vitre de plastique sale attira l'attention de la jeune chinoise.

Suzuka et Hana chuchotaient avec ravissement, les yeux brillants. Ils étaient en train de débattre sur le nombre de personnes pouvant avoir trouvé la mort entre ces murs, sans plus faire attention à elle. Xia se désintéressa d'eux et de leur conversation.

La vitrine de plexiglas avait été enfoncée, mais pas brisée. La poignée noire permettant d'actionner le grappin du jeu était couverte de poussière et tordue. De toute évidence, quelqu'un s'était acharné sur la machine pour lui faire cracher son contenu. Xia n'avait joué qu'une seule fois l'UFO-catcher, et elle se souvenait avoir été très déçue de ne pas avoir réussi à attraper la peluche qu'elle convoitait. Naturellement, le chef de son escorte était allé parler « en privé » au responsable, un petit homme visiblement apeuré. Celui-ci avait fort prudemment accepté d'ouvrir sa machine d'un coup de clef magique, pour laisser la petite choisir son jouet… Mais ce n'était pas comme de la gagner de ses propres mains. Xia plissa ses yeux noirs et se dressa sur la pointe des pieds.

Là ! Cette belle couleur violette irisée, luisant encore dans son habitacle de plastique ! Il restait encore un jouet dans la machine… La petite chinoise frémit d'excitation.

Elle voulait cet animal en peluche. Elle le voulait.

Et quand Xia voulait une chose, elle n'avait pas l'habitude qu'on lui dise non. Il la lui fallait, et tout de suite.

Exultant, elle se tourna vers Hana et Suzuka.


...

Voilà, Ce deuxième chapitre pose l'ambiance un peu crade du bowling de Fumbari. Vous me direz si vous le reconnaissez bien, je me suis servie du manga (quand les potes de Ryû lui montrent la nouvelle "Best Place").