« Il pleut, il mouille… c'est la fête au scroutt à pétard ».

Je peux concevoir que je fus moi-même un enfant mais vous ne me ferez pas avaler que je chantais une immondice pareil. Eavan est souriante à côté de moi et dégluti ces mots en sautant à pieds joints dans les flaques d'eau qui recouvrent le bitume de Londres. Elle n'a pas l'air de comprendre que c'est ici que commence notre nouvelle vie, pas l'air de comprendre que nous ne retournerons sans doute jamais dans cet appartement miteux qui fut le notre. Elle a perdu toutes ses habitudes tandis que les miennes me reviennent peu à peu.

Comment faire comprendre à une enfant de 6 ans que ceci est un passage important de sa vie, comment lui faire comprendre que même si tout cela est triste, elle en sera heureuse plus tard. Comment lui faire croire en des choses dont je ne crois plus. Une chose de positive, elle est une Malefoy et de cela, elle ne s'attache pas si facilement aux gens… je n'aurais pas à écrire les lettres pour ses amis à sa place… elle n'a pas d'amis et quel père suis-je pour sourire en pensant à ça ? Je ne suis pas un papa, c'est un fait.

- On va vou ?

- Eavan, on dit où va-t-on…

- Tu sais pas ?

- Quoi donc ?

- Bah où von va…

Salazar, si mère l'entendait, elle retournerait ciel et terre pour lui trouver un percepteur. Mère… cela va faire 7 ans que je ne l'ai pas vu et je ne suis même pas sûr qu'elle soit au courant de l'existence de sa petite-fille… Je soupire… Eavan n'existe réellement que pour moi.

- Faut demander au monsieur où von va ?

- Nous allons à mon travail…

Je vois à sa mine dépitée que ce n'est pas la réponse qu'elle attendait. Et je dois dire pour sa défense que le bonheur ne se lit pas non plus sur mon visage. Le travail ne faisait pas réellement partie des valeurs que l'on tentait de m'enseigner… j'avais du mal à imaginer qu'un Malefoy s'abaisserait à ça… j'ai du mal à imaginer que ce premier Malefoy fut moi.

Pourquoi a-t-il fallu qu'Eavan soit une fille ? Pourquoi a-t-il fallut que cette traître à son sang me donne une fille ? Salazar, son esprit de vengeance allait bien loin.

Je secoue la tête dérisoirement et passe une main dans mes cheveux mouillés. Je l'ai choisit… en croyant redevenir celui que j'aurais du être. Comment ai-je pu en arriver là ? Ca n'a réellement aucun sens. Mes souvenirs s'emmêlent et me ramènent à chaque fois vers ce cauchemar, seul vestige d'un passé que l'on m'a volé.

Une nouvelle fois, mon esprit s'embrume et je me laisse à frissonner en voyant cette forme à terre, inanimée. Je n'arrive pas à m'en vouloir assez pour me trouver détestable. Non, je l'ai fait pour la bonne cause, une cause qui est tombée sous la joute de Potter.

Potter… qu'est-il devenu… sans doute perdu dans un village paumé, esseulé sans son meilleur ami… vivant sous les redevances que lui versent les associations de soutien au héro de la guerre. Pathétique… autant que ces photos de lui rappelant la pire erreur des sorciers depuis des decennies.

Une erreur… j'en frissonne en ressentant le goût amer que laisse ce mot dans ma gorge… une erreur… peut-être pas puisque c'est à cause de ça que j'ai sur les bras un enfant qui au lieu de m'enrichir, me fait plus pauvre de jours en jours.

Mon cœur fait un bond… je ne suis pas heureux d'Eavan mais j'en suis amoureux. Je suis amoureux de ma fille… elle est ma chaire et mon sang….

Sans m'en rendre compte, je me suis arrêté en plein milieu de la rue. Ma main plaque mes cheveux sur mon crâne et mes yeux parcourent les alentours à la recherche d'Eavan. D'une rapidité impressionnante, elle a réussi à me faire faux bonds. Oui, je sais, j'aurais dû lui prendre la main. Mais ce genre de réflexe ne fait pas encore partie de mes habitudes.

Malgré moi, je sens le sang battre mes tempes et la colère prendre le dessus sur la peur. Elle ne connaît rien de cet endroit et n'en fait qu'à sa tête… La face cachée d'un caractère qui me rappelle qu'un enfant se fait à deux.

Et enfin, de long cheveux blonds brunis par la pluie s'offrent à moi… tout s'éteint, et j'oublis que quelques secondes auparavant, j'aurais sans doute eu envie de lui faire regretter cette fausse peur. Comment m'avouer que j'ai réellement eu peur ?

Je m'avance à mon tour derrière elle, et mes yeux croisent leur reflet dans la vitrine d'un magasin de quidditch.

Je dis ne plus être en colère mais mon regard me trahi… je dis survivre mais mes cernes me donnent une allure de mort vivant. Je dis être en bonne santé mais ma peau plus pâle que le spectre de la mort me fait mentir. Salazar merci, une enfant de six ans m'aide à garder la forme… et puis surtout, les Malefoy ne sont-ils pas réputés pour leur charisme et leur charme légendaire ?

- Eavan, je vais être en retard.

Ceci est une réponse passe partout, même si ce n'est pas vrai, l'enfant n'a pas à le savoir. Un enfant obéit, et c'est tout… enfin, en théorie car dans la pratique, c'est une tout autre histoire.

- T'avais dit que tu m'achèterais un balai !

- Et je t'avais dis aussi que le père noël existait…

Et là voilà qui me refait sa moue légendaire, mais sa fierté si bien héritée la poussera à ne pas pleurer. Et en effet, la voilà qui me tourne le dos et j'ai juste le temps de la rattraper pour la ramener dans le droit chemin. Je sais, j'aurais dû la réprimander… enfin je crois… tout au moins, c'est ce que père aurait fait. Mais il faut croire que je n'ai plus la volonté de rien.

Nos pas nous mènent jusqu'à une maison de pierres blanches qui pourrait être qualifiée de typiquement féminine. Difficile d'imaginer que c'est ici que j'allais devoir ramener mes guêtres chaque jour que Salazar fera.

Un dernier regard vers ma fille et je me décide à rentrer… elle n'a pas choisi de venir au monde et je ne ferais pas la même bêtise que mon père. A moi de lui faire la vie agréable, avec l'argent en moins.

Une maison qui ressemble beaucoup à un manoir bien aménagé. Je m'avance dans les couloirs en tenant toujours fermement la capuche de celle qui est ma fille. Et j'accoste la dame du premier guichet, amèrement.

- Je suis le nouveau correspondant, je pense être attendu…

- Vous êtes attendu… seul.

Ses yeux s'arrondissent et se pose sur ma fille. Un entrain de haine envers ce regard plein d'animosité me fait perdre ma patience.

- Vous seriez gréé de me montrer le chemin…

- La crèche c'est par ici.

Son doigt se pointe à l'opposé et je prends le courage de demander :

- La quoi ?

- Crèche… une idée de la directrice.

- Merci bien mais ça ne me dit pas ce que c'est.

- Un endroit où ceux qui travaillent ici peuvent y déposer leurs enfants en garde.

De nouveau son doigt se pointe et me voilà à regarder ma fille sanglotant devant une femme rondouillette qui tente de lui faire croire qu'elle est son amie. Derrière elle, une petite fille un peu plus grande qu'elle lui tend ses petits bras potelés… de grands cheveux roux et des taches de rousseurs me font vaguement penser à… il faut réellement que je me concentre sur autre chose, ça ne peut être qu'un hasard…