LES PERSONNAGES DE FRUITS BASKET NE M'APPARTIENNENT PAS. Pour plus d'infos, lisez le premier chapitre.


Le lendemain après-midi, un dimanche, ce fut au tour de Shigure de chercher Akito. Il la débusqua enfin, cachée dans l'ombre qu'offrait un massif de camélias, dans un coin du gigantesque jardin Sôma. Elle serrait la peluche dans ses bras et, recroquevillée sur elle-même, pleurait en silence.

Shigure s'en aperçut et s'accroupit précipitamment face à elle. Il la prit dans ses bras, inquiet. Ayant reconnu l'odeur de Shigure, Akito ne protesta pas et se blottit tout contre lui sans cesser de pleurer.

-Akito, petite princesse, qu'est-ce qui ne va pas? chuchota-t-il en la berçant doucement.

Elle hoqueta une fois, deux fois, trois fois sans réussir à articuler un mot audible. Puis enfin, elle laissa échapper dans un sanglot:

-L…L'école…

-L'école? Un de tes précepteurs t'a dit quelque chose? Lequel?

-N…non, non, c'est p-pas ça! s'écria la petite en serrant plus fort sa peluche.

Elle éclata de nouveau en sanglots. Shigure, surpris, caressa ses cheveux.

-Explique-moi! Comment veux-tu que je comprenne quoi que ce soit si tu pleures comme ça?

Il soupira et sortit un mouchoir de sa poche. Il essuya les yeux de la petite. D'un petit geste de la main, elle le repoussa, déglutit et dit:

-Maman veut que j'aille faire des études à l'étranger, elle ne veut plus que je reste ici! Elle dit que là où je vais aller, les écoles sont plus rémutées qu'ici, et…

-Réputées, Akito. Pas "rémutées".

Il en avait coûté à Shigure d'articuler cette simple phrase. Il saisissait parfaitement ce que ces études à l'étranger impliquaient: leur séparation. Soudain, des plans tous plus farfelus les uns que les autres défilèrent dans sa tête d'adolescent: intercepter un avion, aller chercher une hache, tuer Ren et aller répandre les morceaux dans un arbre du parc, ou non! Mieux. En faire des nems. Autant de moyens pour compromettre le départ d'Akito, et pas un seul qui soit un tant soit peu réalisable. Il serra les dents. Les nems étaient une bonne idée, finalement.

-Ou-oui, réputées, continua Akito. Mais moi je ne veux pas partir! Je veux rester avec toi, moi! Je-je ne veux pas!

Shigure déglutit en faisant un effort pour se calmer. Il ne voulait pas pleurer. Il n'avait en aucun cas le droit de s'opposer à Ren. Il ne pouvait absolument rien faire.

-Akito…pour combien de temps est-ce que tu pars? Et quand est-ce que tu t'en vas? questionna-t-il, la voix légèrement tremblante.

-Combien de temps, je sais pas, fit la petite fille en ravalant un sanglot. Mais je dois partir dans une heure. Je me suis cachée pour qu'on me retrouve pas, comme ça je pourrai rester avec toi.

Shigure fut désemparé par tant de naïveté enfantine. On ne ferait pas changer Ren d'avis si facilement. Il envisagea, à moitié sérieux, de se tirer une balle. De toutes façons, c'était trop tard.

-Ecoute, Akito…il vaut mieux que tu obéisses à ta maman et que tu partes. C'est pour…pour ton bien qu'elle fait ça.

Shigure se dit qu'il allait vomir. Lui, était obligé de dire ça à Akito. Lui.

-Mais, moi je veux rester avec toi! fit-elle, les larmes aux yeux.

Shigure déglutit à nouveau et serra Akito plus fort contre lui. Il enfouit sa tête dans le cou de la petite qui, blottie contre son torse, sanglotait tout bas.

-Moi aussi, Akito. Moi aussi…

Ils restèrent enlacés ainsi pendant longtemps, le chien gris en peluche au coeur de leur étreinte. Puis, un cri retentit:

-Akito! Akito! Dépêche-toi, c'est l'heure!

C'était Ren. L'intéressée ne bougea pas. Elle s'était endormie contre Shigure, sa chaleur agissant comme un calmant. Le jeune homme la sortit de sous le massif de camélias où ils étaient restés jusqu'à présent. D'un baiser sur la joue, il réveilla Akito. Elle bâilla et se frotta les yeux. Quand il fut sûr qu'elle l'écoutait, il lui glissa à l'oreille:

-C'est l'heure que tu t'en ailles, ma puce. J'attendrai ton retour avec impatience…et je…

-Mais je veux rester…murmura Akito en baissant ses grands yeux noirs.

Shigure, d'un doigt, lui releva le menton et la regarda droit dans les yeux.

-Quand tu reviendras, je te le promets, j'aurai tenu la promesse que je t'ai faite. Je viendrai t'accueillir, je ferai voir au monde à quel point tu es belle…et tout sera comme avant. Nous serons toujours des "amoureux".

-Et tu m'attendras, c'est promis?

-C'est promis.

-Tu ne m'oublieras pas?

-Non. Promis, ajouta Shigure en esquissant un sourire qui se voulait chaleureux.

Akito n'était pas idiote, et savait ce qui risquait d'arriver si jamais ils ne se voyaient plus. Néanmoins, elle se laissa glisser à terre après l'avoir embrassé une dernière fois et, son chien en peluche sous le bras, s'en fut en courant vers le gros véhicule noir qui l'attendait pour l'emmener loin de Shigure. Ce dernier regarda la voiture partir en luttant pour ne pas pleurer. De là où il était, il vit Akito se hisser derrière la vitre de la voiture qui partait déjà et poser ses petites mains sur le pare-brise. Son menton tremblait. Le véhicule disparut au tournant de la rue, et les larmes dévalèrent les joues de Shigure

En réalité, il ne savait pas si elle reviendrait un jour. Avec Ren, on pouvait s'attendre à tout. Il se mordit si fort les lèvres qu'il se mit à saigner.

C'était fini.