Hermione n'avait évidemment pas retrouvé le livre contenant la gravure des naïades de Poudlard. Elle tenta de chasser de son esprit la vision de ces créatures :

« Mais qu'est-ce que j'ai en ce moment ? D'abord je reluque…ma prof et ensuite je fantasme sur des fées ? Tu délires Mione. Vas plutôt te concocter une potion contre les hormones en ébullition…Tiens, dommage que je n'y ai pas pensé plus tôt, j'aurais pu en faire boire à Ron ! »

Ce monologue intérieur rappela à Hermione sa brève histoire avec le rouquin. Ils avaient passé une partie de l'été ensemble au Terrier mais elle s'était rapidement rendue compte qu'elle n'était pas amoureuse de lui. C'était simplement de l'amitié. « C'était » songea-t-elle avec une ironie mêlée de regret. Car après leur rupture, le lien si fort qui unissait les trois griffondor était devenu fragile. Même Harry, affecté par un Ron malheureux et vexé, n'avait pas voulu comprendre l'attitude de son amie et la seule chose qui les unissait désormais était la recherche d'un moyen d'éliminer définitivement Voldemort.

Aussi la jeune sorcière passa le week-end à faire des recherches dans ce but. Mais, comme d'habitude, elles ne furent pas très fructueuses. Elle ne fit que compléter sa liste déjà très substantielle de sorts, contre-sorts et enchantements appropriés ; en effet les témoignages et les documents sur la manière d'éliminer un mage aussi puissant étaient rares ; quant aux recherches concernant les horcruxes, elles étaient tout aussi vaines.

Une nouvelle semaine commença et Hermione s'efforça de se cacher à elle-même l'impatience d'aller cours de métamorphose. Mais le lundi soir, la veille du cours, elle ne parvint pas à s'endormir. Trop de pensées se bousculaient dans son esprit.

La plus lancinante était : pourquoi était-elle autant fascinée, attirée par son professeur ? Elle ne parvenait pas à trouver le mot exact pour décrire ce qu'elle ressentait à son égard. Peut-être n'existait-il pas.

Peut-être était-ce juste « amour » ou « passion » mais cela entraînait une seconde question : serait-il possible qu'elle soit véritablement amoureuse d'une femme ? Qu'elle puisse l'embrasser, et beaucoup plus encore ? Elle était censée faire cela avec un homme. D'ailleurs elle l'avait déjà fait…il était vrai qu'avec Ron ça avait été loin d'être le nirvana, mais elle repensa à sa liaison avec Viktor et elle sentit un sourire tendre ses traits.

Elle l'avait aimé, vraiment aimé. C'est avec lui qu'elle avait découvert les joies de l'amour. Elle se souvint de sa première nuit avec lui, sous le saule au bord du lac ; elle se rappelait tous les détails : elle, nue sur le sol couvert d'herbe et de mousse, et le corps robuste de Viktor sur le sien, le bruit du clapotis de l'eau sur la rive, bientôt couvert par leurs respirations rauques, l'odeur de la terre et les parfums de la végétation puis les senteurs mêlées de leurs peaux, et enfin cette explosion de plaisir qui les avaient transportés un instant dans un univers encore plus magique que Poudlard.

Mais leur idylle avait fini par prendre fin. Viktor Krum s'était fiancé à une sorcière russe, et désormais Hermione, sans pour autant se l'avouer complètement, sentait son cœur battre pour une autre personne.

Le lendemain ce fut une Hermione aux yeux cernés et aux cheveux encore plus mal coiffés que d'habitude qui entra en cours de métamorphose…en retard parce qu'elle s'était endormie dans son dortoir après le déjeuner. McGonagall la regarda s'asseoir d'un air réprobateur.

De son côté Hermione se sentait honteuse et mal à l'aise. Elle savait que son professeur préféré voyait son retard comme un manque de respect alors même qu'elle avait décidé coûte que coûte de gagner non seulement le respect mais aussi…beaucoup plus de la part de cette femme. Elle ne savait plus quoi exactement…peut-être une protection en cette période de troubles, peut-être de l'affection…elle se figea à cette idée et sentit son malaise croître. Et si elle recherchait une sorte de substitut de sa mère qu'elle voyait si peu souvent depuis son entrée à l'école de sorcellerie ?

Elle se mit à réfléchir très vite. Certes, Minerva McGonagall avait à peu près l'âge de sa mère. Mais cela ne voulait rien dire. Le type de relation qu'elle souhaiterait avoir avec elle n'aurait rien d'un rapport de mère à enfant. Car elle aussi pourrait faire don à cette sorcière de tant d'attention, de réconfort, d'encouragement parce qu'elle savait que derrière la force dont elle devait faire preuve à cause de la mort de Dumbledore et de sa nomination au poste de directrice, elle était aussi une femme fragile et blessée derrière son attitude autoritaire et impassible.

Perdue dans ses pensées, Hermione finit par se rendre compte que le professeur s'était rapproché de sa table.

« Mon cours ne vous intéresse donc pas, Miss Granger ? » demanda-t-elle en la regardant de haut.

Hermione releva la tête et bredouilla une excuse. Elle fut troublée par le regard dur de la sorcière. Elle baissa les yeux mais sans qu'elle ait pu se contrôler son regard s'arrêta une demi seconde sur le décolleté de son professeur. Extrêmement confuse et gênée, non seulement par ce regard qui la fit se sentir comme la pire des perverses mais par la situation – elle venait pour la seconde fois en un quart d'heure de se dévaloriser aux yeux de la sorcière – elle ne put cacher son malaise.

« Voulez-vous aller à l'infirmerie, Miss ? Vous êtes blanche comme un linge. »

Hermione regarda son professeur et crut voir derrière sa sévérité habituelle un certain trouble.

Elle allait refuser lorsqu'elle se dit que finalement, si Mrs McGonagall pensait qu'elle était malade, cela justifierait son retard et son manque d'attention. Et puis…cette émotion qu'elle avait vue dans ses yeux, peut-être était-ce le signe que son professeur se préoccupait pour elle ?

Elle sortit donc de la salle de cours avec une sorte de jubilation, qui disparut d'ailleurs rapidement. C'était trop égoïste de sa part de se réjouir de l'inquiétude supposée d'un professeur qui de toutes façons était sensée veiller sur tous les élèves, qu'elle les apprécie personnellement ou non.

A l'infirmerie, madame Pomfresh l'examina rapidement avant de lui donner une fiole de potion énergisante et de lui conseiller de retourner se reposer dans son dortoir.

Pendant ce temps, dans la salle de métamorphose, le professeur continuait son cours.

« Les nymphes sont des divinités féminines mineures, descendantes des anciens dieux de l'Antiquité. Elles ne sont pas immortelles mais leur existence et leur jeunesse est extrêmement longue, plusieurs milliers d'années. Leur magie n'a rien à voir avec celle des sorciers, leur pouvoir très puissant résulte de leur interaction avec la nature et elles assurent la fécondité des lieux où elles vivent. On leur donne d'ailleurs des noms différents selon le domaine de la nature auquel elles appartiennent : les Dryades sont les nymphes des bois, les Océanides et les Néréides celles de la mer, et les Naïades celles des sources. Quant aux sirènes, elles ont une origine différente, ce sont des divinités élémentaires, archaïques et barbares que les Olympiens sont parvenus à maîtriser. »

Elle marqua une brève pause dans son discours. Les élèves avaient pour la plupart cessé de prendre des notes.

« Oui, cela, vous l'avez déjà appris en première année en cours d'histoire de la magie, ce n'est qu'un rappel et un préambule au sujet de métamorphose que nous traitons. A présent, nous allons nous intéresser aux naïades. Normalement ce sont des esprits, mais elles ont en elles une part d'humanité qui peut parfois se manifester. En aucun cas elles ne peuvent devenir complètement humaines, mais elles peuvent s'accoupler avec des mortels, dans ce cas leurs progénitures sont des satyres. Par contre – et c'est en cela que cela concerne le cours – si une naïade aime une sorcière d'un amour véritable, elle peut lui offrir son cœur. La sorcière commence alors un lent processus de métamorphose. Elle a une phase lunaire pour faire un choix. Si elle accepte, elle se transforme en naïade à son tour. C'est irréversible et elle perd à jamais ses pouvoirs et sa nature humaine. Si elle refuse, la nymphe meurt, à moins qu'elle n'effectue avec la sorcière un rituel sacré. Mais cela est à prendre avec précautions, parce que les seuls faits avérés remontent au Moyen-âge. Depuis cette époque, rares sont les sorciers qui ont approché ces créatures. »

Après être sortie de l'infirmerie, Hermione fit un détour pour ne pas avoir à repasser devant la salle de métamorphose. Parce qu'un doute immense l'avait assaillie. Elle se mit à ricaner puis éclata d'un rire sans joie : bien sûr que Minerva McGonnagall se préoccupait pour elle.

Puisque sans Harry, ou Ron, ou Hermione, le monde sorcier perdait ses plus précieux guerriers.

Elle jeta de toutes ses forces la potion de l'infirmière contre le mur de pierre du couloir où elle se trouvait. Un débris de verre rebondit sur sa robe. Serrant les dents, elle le prit et s'entailla profondément le bras.

Elle ne pleurerait pas, mais son âme pleurerait des larmes de sang.

Hermione dormait déjà profondément dans le dortoir des filles de la tour de Griffondor lorsque Minerva regagna ses quartiers. Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas, au bas d'un mur du couloir, des tâches de sang ni des débris de verre brisé.

Elle en était presque sûre à présent. Hermione Granger, la sorcière la plus brillante qu'avait connu Poudlard depuis des années…et surtout, la femme, car c'en était une désormais, la plus merveilleuse qu'elle ait jamais rencontré. Mais elle ne pouvait pas. Elle n'en avait pas le droit. Ce n'était pas possible, car ça ne se fait pas.

Elle devait tuer ces sentiments et reprendre le contrôle d'elle-même. Elle avait fait cela toute sa vie, ce n'était pas le moment de se laisser aller. D'ailleurs pourvu que durant le cours de septième année aucun de ses élèves, ne se soit rendu compte de son trouble lorsque son étudiante avait…posé son regard sur une partie significative de son corps.

Elle l'admirait parce que c'était une grande sorcière. Et rien d'autre. Non, rien d'autre Minerva, se répéta-t-elle car il lui avait semblé entendre dans un coin de son esprit la voix d'Albus lui dire : « Voyons Min, tu sais bien que tu l'aimes ».