RENESMEE

Chapitre 1: Rebelle

Assise sur ma chaise, je regardais l'horloge murale qui me faisait face.

Tic...tac...tic...tac...

Les secondes s'égrainaient avec lenteur, sur le cadran et j'entendais le mécanisme interne fonctionnant en cadence. Mon ouïe surdéveloppée avait passé outre ce vacarme qu'un simple humain n'aurait pas dérangé. Si je m'étais concentrée dessus, je serais déjà devenue folle.

De l'horloge, je passais en détail le mur blanc fraîchement repeint (mon odorat était infaillible là-dessus, beurk!), puis aux étagères remplies de coupes gagnées par l'équipe de basket-ball du lycée. Sur chacune était gravée ''Chicago's Pride High School''. Autrement dit ''Le lycée de la fierté de Chicago''. Je ne pus m'empêcher de rire intérieurement. Ils auraient pu quand même trouver un autre nom pour une école d'élite!

Soudain, la sonnerie retentit et je vis qu'il était 15 heures pile. Les cours venaient de se terminer et tous les élèves affluaient dans les couloirs et, comme une étrange coïncidence, tout le monde devait passer devant la porte du bureau du proviseur. C'est-à-dire, précisément, là où j'attendais. Je ne pus réprimer un soupir et enfoncer encore plus profondément mes mains dans les poches de mon sweat-shirt.

Décidément, qu'est-ce que les humains pouvaient m'agacer!

Peu à peu, cependant, entre les cris, les discussions, les chuchotements et les bousculades, j'entendis un bruit de pas à peine perceptible. J'étais sûre que s'il l'avait voulu, il aurait pu se faire complètement silencieux. Même pour moi... Mais son odeur chaleureuse et protectrice l'aurait tout de même trahie.

Au détour d'un couloir, Carlisle apparut. Il avait une allure gracieuse et un visage impassible. Vêtu, comme à l'accoutumée, de sa veste imperméable et d'une chemise cravate de couleur bleu qui rehaussait la pâleur de ses traits. A sa vue, les garçons le détaillaient en s'écartant, comme s'ils sentaient un danger, tandis que les filles qui le croisaient se mettaient à glousser et se trémoussaient en passant devant lui, en le dévisageant avec dévotion, comme s'il s'agissait d'un dieu sur Terre. Carlisle, lui n'en avait cure. Concentré sur moi, il se plaça devant ma chaise et me scruta de ses iris dorées. Il avait un visage serein, certes, mais je le connaissais assez pour savoir que j'allais en prendre pour mon grade. Pas besoin du don de tante Alice pour savoir ça!

Au moment où je me levais et allais m'approcher de lui pour le toucher afin de m'expliquer, la porte du proviseur s'ouvrit, laissant passer une adolescente ainsi que ses parents. La fille, livide, passa devant moi, sans oser me regarder. C'était le parfait type de la fille à papa: blonde décolorée, maquillée un peu trop pour son âge, petite jupe rose pâle et chemisier décolletée. Bien que j'adorais le sang humain, je pouvais dire sans honte que le sien me révulsait. A tel point que j'émis un grondement à peine audible. Carlisle se racla la gorge, comme un rappel à l'ordre à mon intention.

Le proviseur sortit alors de son bureau:

« Monsieur Cullen... Bonjour, je suis Monsieur Smith, le proviseur de ce lycée. Vous pouvez entrer avec Renesmée, s'il vous plaît. »

Il serra la main de Carlisle, tout en frissonnant au contact de la peau glacée et nous laissa passer.

« Vous pouvez vous asseoir, je vous prie. »

Carlisle obéit, en affichant un sourire poli. Quand à moi, je m'installai au plus profond de mon siège, espérant ainsi me faire remarquer le moins possible. A cet instant, j'aurais tellement aimé avoir le don d'invisibilité! Je restais là, immobile, le regard fixé sur mes mains, comme si cela était la chose la plus intéressante au monde.

« - Monsieur Cullen, je m'excuse de vous avoir contacté. J'ai bien peur de vous avoir éveillé. Je sais que vous êtes le chef de nuit de l'unité traumatologique du Chicago Hope Hospital...

- Ce n'est rien, Monsieur Smith, répondit Carlisle sans se départir de ses manières agréables et qui, sans que vous vous en rendiez compte, vous imposer une confiance et un respect absolu. Votre secrétaire m'a dit brièvement qu'il y a eu un souci avec Renesmée.

- Eh bien... oui, continua le proviseur, comme si maintenant il était fautif d'avoir dérangé Carlisle pour des broutilles. Il semble qu'il y ait eu une altercation entre votre nièce et une de ses camarades de classe. D'après les dires de Miss Highgrove, Renesmée l'aurait menacée. Je pense que cela a dû être sérieux car, encore à l'instant, Miss Highgrove prononçait des paroles incompréhensibles. Elle va même jusqu'à dire que votre nièce, en la touchant, aurait mis des images horribles dans sa tête... »

Carlisle regarda Monsieur Smith avec un regard incrédule, comme s'il venait de douter de la santé mentale du proviseur.

« Je sais, Monsieur Cullen, cela semble exagérer mais je pense que pour que cette jeune fille en vienne à raconter pareille histoire, c'est que Renesmée a dû fortement la menacer. Peut-être pas physiquement mais tout du moins moralement. Et c'est cela qui m'inquiète... »

Un silence se fit dans la pièce et continua de se prolonger. Quand à moi, piteuse créature, je restais là à fixer mes mains, sentant le regard de Carlisle pointait sur moi, ainsi que celui de Monsieur Smith.

« - Alors Renésmée? N'as-tu rien à nous dire sur ce qui s'est réellement passé? Me demanda mon ''oncle'' d'une voix étonnamment posée et calme.

- Je n'y suis pour rien... à la sortie du cours de maths, Madeline m'a bousculée et insultée, marmonnais-je. Je l'ai juste attrapée par le bras et lui ai demandé de retirer ce qu'elle avait dit...

- Et cela explique-t-il le fait que Miss Highgrove se soit effondrée par terre, en hurlant? Demanda Monsieur Smith.

- Que t'a-t-elle dit? Coupa Carlisle qui, visiblement, avait décidé de mener mon interrogatoire et d'éviter d'aller sur le terrain délicat et dangereux où Monsieur Smith voulait me mener.

- Elle m'a traité de ''Monstre du Loch Ness''... Ses amies et elle me surnomment comme ça depuis la rentrée.

- Comment se fait-il, qu'à peine une semaine après la rentrée scolaire, vous ayez déjà des inimitiés avec vos camarades de classe?

- Je... »

Voilà, je ne savais pas quoi lui répondre et c'était bien cela le problème.

« - J'ai discuté avec vos professeurs, continua-t-il, et tous se plaisent à dire que vous êtes une élève renfermée, se mettant à l'écart des autres, et qui ne semble pas vouloir s'intégrer...

- S'il vous plaît, Monsieur Smith, intervint Carlisle. Soyez indulgent envers Renesmée. Le décès de ses parents est encore frais. Il faut lui laisser le temps...

- Je comprends Monsieur Cullen. Elle doit s'adapter à une nouvelle vie. La perte de votre frère et de sa femme doivent, sans aucun doute, la perturber. Sachez qu'une aide psychologique peut prendre votre nièce en charge. Mais cela vous le savez mieux que moi, Docteur...

- Ne vous inquiétez pas. Je m'en chargerai.

- Bien. Je suis prêt à ne pas donner suite à cet incident et à clore cette affaire, à condition que Renesmée accepte de faire des excuses à Madeline Highgrove. Je me suis entretenu avec ses parents et ceux-ci ne souhaitent pas lancer de procédure contre votre nièce. D'ailleurs, ils souhaitent que leur fille s'entretienne avec un psychologue, suite à sa réaction... outrée et démesurée, dirons-nous. De plus, les tests que Renesmée a passé cet été pour entrer en dernière année dans notre établissement surpassent l'excellence. Il serait dommage que nous nous privions d'un élément aussi prometteur que votre nièce. Je ne doute pas que les plus grandes universités du pays veuillent se l'arracher, l'année prochaine. A condition, toutefois, que son dossier scolaire reste vierge et qu'aucun autre incident, semblable à aujourd'hui ne vienne l'entacher. »

Je sentis le regard de Carlisle sur moi et je m'efforçai de répondre.

« - Je vous le promets, Monsieur le proviseur. Cela ne se reproduira plus.

- Bien. Parfait. Ah! Au fait, je n'ai pas encore eu l'occasion de vous remercier pour la donation que vous avez fait il y a quelques jours pour le lycée, Monsieur Cullen. C'est un geste que le Chicago's Pride n'est pas prêt d'oublier... »

A la fin de l'entretien, Carlisle et moi sortîmes du lycée, sous une pluie battante. Nous nous engouffrâmes à une vitesse humaine, dans l'imposante Mercedes noire flambant neuve et nous fîmes route à travers le centre-ville encombré de Chicago vers notre loft.

Le silence ne fut rompu par aucun de nous et je puis dire que cela finissait par me mettre vraiment mal à l'aise. Je finis par poser ma tête contre la vitre, observant le mouvement de la ville et écoutant la musique classique qui sortait des enceintes du lecteur MP4 de la voiture.

Carlisle savait que, même étant le chef de notre clan, il n'avait pas vraiment son mot à dire, concernant les bêtises que je pouvais faire. C'était généralement une affaire entre mes parents et moi. Sauf que, là, j'avais vraiment dépassé les bornes.

Avant que je ne vienne au monde, la vie du clan Cullen était réglée comme du papier à musique. Carlisle et sa femme Esmée faisaient croire aux humains qu'ils accueillaient des adolescents orphelins et ce mensonge passait très bien. Cela plaisait à Rosalie, Emmett, Jasper, Alice et papa de jouer aux adolescents normaux. Mais lorsque mes parents se sont rencontrés, cela a changé la donne. Et ma venue au monde imprévue n'a pas arrangé les choses. Une fois la bataille finale contre les Volturi gagnée, il était hors de question pour mes parents de partir à l'université. Ils voulaient se retrouver, profiter de moi, de notre famille, après tout ce par quoi nous étions passés.

Malheureusement, ma croissance accélérée ne nous a pas permis de rester à Forks très longtemps. Nous sommes partis peu après mon premier anniversaire. J'avais déjà l'apparence d'une fillette de 8 ans et, grandissant de manière exponentielle, j'attirais le regard des habitants de Forks, lorsque je me promenais avec mes parents, ainsi que la suspicion de mon grand-père paternel, Charlie Swan. Nous fûmes donc dans l'obligation de déménager. Nous sommes restés un an encore dans l'état de Washington, puis deux ans dans le Montana. Nous avons vécu presque un an avec le clan Dénali en Alaska. Notre visite chez eux s'était tellement prolongée que nous avions même un moment envisagé de fusionner nos clans. Ce projet ne vit cependant pas le jour: la menace des Volturi était encore trop présente dans nos esprits. Puis nous sommes revenus dans le Montana: c'était le paradis pour nous, les proies étaient abondantes et la chasse facile. Pendant ce temps, les autres ont entrepris chacun leur tour de faire le tour du monde en couple, pour plus d'intimité.

Et voilà qu'il y avait quelques mois, au début de l'été, tout le clan avait décidé de reprendre une activité humaine, comme autrefois. Nous avions décidé de s'installer à Chicago. Avant cela avait été impossible car nous déménagions deux fois par an, pour ne pas éveiller les soupçons, à cause de moi. Grandir de douze centimètres par an ne passe pas inaperçu. A cause de cela, je n'ai connu d'autre compagnie que celle de ma famille. Mes dons et ma croissance ne me permettant pas de m'intégrer aux humains. Pendant ce temps, le clan évitait de trop se regrouper. Cela aurait pu paraître bizarre, surtout dans le Montana.

Mais, à présent, j'étais presque adulte. Dans quelques jours, j'aurais sept ans et j'aurai atteint ma maturité. Voilà pourquoi le clan avait repris ses vieilles habitudes.

Carlisle avait acheté un magnifique loft, dans le centre huppé de Chicago. Un retour à Seattle ne serait envisagé que dans une cinquantaine d'années. L'appartement de 350 mètres carré pouvait largement tous nous héberger. Sauf qu'avec moi en plus, nous ne pouvions plus prétexter que Carlisle nous avait recueilli et encore moins (et cela faisait souffrir mais parents) qu'Edward et Bella m'avaient adoptée, comme nous l'avions fait à Forks. Nous avions donc opté pour le mensonge suivant: Carlisle et Esmée, mon oncle et ma tante, m'avaient recueillie à la mort de mes parents, il y avait quelques mois. Pour surmonter cette épreuve, nous avions emménagé avec des cousins éloignés: Alice, Emmett et Edward, ainsi que leurs petit et petites amis respectifs, pour me soutenir et resserrer les liens familiaux.

La voiture de Carlisle pénétra dans le parking souterrain de la résidence, ce qui m'extirpa de mes pensées. Je commençais à culpabiliser. Alors, comme je le faisais tout le temps, j'attrapai la main de Carlisle pour lui parler mentalement.

Je suis désolée...

« Je sais, Nessie, me dit-il sans me regarder. Nous en reparlerons au retour d'Edward et de Bella. Veux-tu? »

Je ne puis qu'hocher la tête, au moment où nous sortions de l'ascenceur et que nous rentrions dans le loft.

Je savais que mes premiers pas dans le monde des humains avaient été un échec. En plus de cela, j'avais compromis la sécurité de ma famille, en dévoilant mes dons à une humaine. J'étais consciente de mes fautes mais je savais aussi que je ne pouvais taire cette rage qui bouillait en moi. Cette colère lancinante qui me disait que si j'avais agi ainsi c'était aussi de la faute de ma famille...

Coucou à toutes et à tous! Bon, j'espère que ce premier chapitre vous a plu. J'espère pouvoir être fidèle au style, à l'univers et aux livres de Stephenie Meyer. Comme vous l'avez compris cette histoire est la suite de ''Breaking Down''.

C'est ma première fic concernant l'univers de Twilight, alors j'attends en masse vos reviews: vous aimez ou pas? Vous avez des conseils pour la suite? Des questions peut-être? Est-ce assez fidèle aux livres?

N'hésitez pas aussi à m'envoyer des messages privés si vous en ressentez le besoin. Et surtout, surtout beaucoup de reviews! Ça amènera le prochain chapitre plus rapidement!

A plus,

Fairyteyla