Casanova

Je vous salue tout le monde, j'espère que vous allez bien ?

Voici le deuxième chapitre de ma fic, avec l'espoir qu'il vous plaira.

Note : une larva est le masque traditionnel, il me semble (si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à le dire)


Chapitre 2 : Le Marchand de Venise.

Le lendemain matin, je me suis réveillé heureux. La fête avait été particulièrement élégante, mais sans la froideur des fêtes de la haute société, où tout était luxe et gravité. Non. Là, tout était bonheur, danse, musique et, comme tout le monde cachait son identité derrière un masque, on pouvait se comporter comme on le voulait.

Cependant, après toute une nuit passée à danser et à boire, je ne revis pas le Casanova. J'ai pourtant rencontré de nombreux hommes avec le même costume, mais quelque chose me disait qu'il n'était aucun d'entre eux.

C'était comme si un puissant magnétisme se reflétait dans ses yeux, à travers ce masque. Un magnétisme que même la porcelaine ne pouvait entraver. C'était comme s'il m'avait vu nu et à cette pensée, je rougis une nouvelle fois.

La dame qui, comme moi, avait pris le tour de Venise en bateau me regardait et me demandait si le soleil ne m'affectait pas trop, tant j'étais rouge, mais je la rassurais d'un doux sourire. C'était incroyable de voir que je me faisais déjà de stupides films avec lui alors que je ne l'avais vu qu'une seule fois. Mais que pouvais-je faire ? Telles étaient les fantasmes.

Nous nous sommes arrêtés dans un bazar, près de l'un des nombreux musées de la ville, et nous sommes descendu sur la terre ferme pour nous retrouver face à des rangées d'étals de marchants qui incitaient les touristes en leurs présentant leurs produits. Les délicieuses odeurs de divers petits plats nous attiraient comme des mouches pour goûter les échantillons de ce qui se cuisinait, les fabricants de tissu attiraient notre attention sur les impressions d'une imitation de Michel-Ange sur une chemise avec une phrase qui disait : « I love Venece », sans mentionner que Michel-Ange n'était pas Vénitien mais Florentin, et beaucoup d'autres choses qui nous faisaient sortir les portefeuilles et acheter un souvenir.

Un porte-clés d'un masque vénitien et une sphère avec une miniature de la Basilique de Saint-Marc finirent par se faufiler dans mon sac alors que je terminais d'examiner les établis de devant.

Alors que j'installai le porte-clés sur la fermeture éclair de mon sac, une odeur qui concurrençait les arômes de nourriture vint flatter mon odorat.

L'odeur de tabac s'amplifiait à mesure que j'avançais et elle me mena à un étal tout au fond de ce long couloir de commerçants. Je vis alors quelque chose de spectaculaire qui me fit accélérer le pas et m'arrêter à cette place.

C'étaient des masques, de toutes tailles, couleurs et conceptions. Le plus impressionnant était le « Docteur » qui portait cette paire de petites lunettes rondes et un looooong nez courbé. Taillé dans une résine très fine, peinte en blanc avec des incrustations dorées. Il était également historique. À l'époque où la peste frappa l'Italie, les médecins avaient l'habitude d'utiliser ce type de masque, et dans les longs nez, ils mettaient des fleurs écrasées pour pouvoir supporter l'odeur de pourriture de la chair malade. C'était incroyable de voir comment une chose aussi affreuse pouvait se transformer en quelque chose d'aussi intéressant et romantique à la fois.

- Le « Docteur » vous plait ? – J'entendis une voix qui s'efforçait d'imiter ma langue, sans pouvoir cacher son accent italien. – Le touriste moyen le trouve laid. Et dit ne pas aimer les masques d'oiseaux. – Et j'entendis un petit rire derrière la table de l'étal.

Je me suis approché et penché, m'attendant à voir un nain ou quelque chose dans le genre, mais à la place, j'ai trouvé la source de l'odeur de tabac et un homme, assis par terre, appuyé contre un grand pot où poussaient diverses fleures. Bientôt, il se leva, quand je l'eu découvert et se secoua avec une telle facilité qu'il me tira un sourire. Puis il plaça ses mains sur le masque et me le donna pour que je puisse mieux le regarder.

- Il n'est pas lourd et est fait main, avec tant de dévouement qu'il est facile à mettre et à porter sans fatiguer ton cou. – Me dit-il, la cigarette aux lèvres.

- Il est magnifique. – Commentai-je en l'admirant.

- Merci ! C'est moi qui l'aie faite. – Dit-il en enfonçant ses mains dans ses poches et en se penchant en avant, stoppant sa chute contre les plantes, puis retombant sur ses talons.

Il avait même l'air nerveux. Peut-être étais-je le seul à m'être approché après je ne sais combien d'heures à attendre.

- Il est très beau. Félicitation. – Répétai-je.

- Molto grazie. – Et à ce moment, il leva la main et attira mon attention avec son index qui se levait, animé. – J'ai autre chose par ici… laisses-moi le chercher… – Et il s'inclina, tirant des boîtes sous la table et fouillant avec un certain vacarme, il finit par sortir un masque blanc.

Une larva blanche… mais comme le « Docteur » avec des incrustations d'or ornant la pyramide de la bouche, et faite de porcelaine.

- J'ai pensé que si tu appréciais le « Docteur », une larva avec la même finition te plairait davantage. Il est un peu plus discret.

Je fus stupéfait. Il semblait avoir deviné quel était mon préféré et plus encore.

- Il est divin ! – Dis-je encore plus excité, laissant le « Docteur » sur son socle et prenant la larva avec une infinie délicatesse.

Je mis ma main dans ma poche, prêt à débourser la somme qu'il faudrait pour le masque, et sans me préoccuper du prix, je le voulais. Mais d'un geste de la main et d'un refus de la tête, il m'empêcha de sortir mon portefeuille.

- Il n'est pas à vendre. – Me dit-il, et je le regardai avec étonnement. – Il n'a pas de prix. Et même s'il en avait un, tu ne pourrais pas payer.

Cela me fit regarder le masque et froncer les sourcils. Je savais que c'étaient des artisanats très coûteux, mais ce type dépassait les limites s'il pensait me prendre plus d'argent.

Cela m'avait semblé très grossier.

- Pardon de vous avoir dérangé… – Et je laissai le masque sur son socle, mais avant que je ne le lâche, sa main m'agrippa, un peu fort, l'emprisonnant contre la table.

Il leva ma main et la regarda un moment. Puis il prit la larva et la plaça dans ma main. Il me regarda fixement, inspirant une bouffé de sa cigarette, puis la jeta par-dessus son épaule.

- Il n'a pas de prix, il ne peut donc pas se vendre. Mais je peux te l'offrir.

Il expulsa la fumée et me sourit et je cru qu'il allait me proposer d'aller dans un hôtel ou quelque chose pour le lui payer, alors je retirai brusquement ma main, sortant de son emprise, et remis le masque sur la table.

- Non, merci. – Dis-je, coupant.

Ce n'était pas la première fois qu'il m'arrivait quelque chose comme ça. Quelques-uns des associés de mon père venaient parfois seuls à la maison et me proposaient d'aller à l'hôtel ou de monter dans ma chambre, en me disant qu'il me donnerait tout ce que je voudrais. Vieux pervers ! Ils me dégoutaient tous et je les rejetais toujours pour leur audace.

- Non ! Ne penses pas à mal ! – Insista-t-il, quittant son poste d'un saut, et me rejoignant pour m'attraper le bras. – Pardonnes-moi. Je ne voulais pas que tu le prennes dans le mauvais sens.

- Et comment tu voulais que je le prenne ? Personne n'offre ce genre de choses comme ça, sans rien demander en échange ! – Lui dis-je, indigné, alors que son expression devenait plus grave.

Il me lâcha et se retourna jusqu'à sa place et prit la larva. Il me reprit la main et me le remit.

- Prends-le, il est à toi. – Et il se détourna, me laissant muet.

Je ne m'étais pas attendu à cela. Et tout à coup je me senti mal de prendre quelque chose de si grande valeur, comme ça et après cette altercation. Maintenant, je me sentais comme un voleur.

Je me tenais là, regardant le masque. Il avait vraiment été fait avec soin et dévouement. Je ne pouvais pas le prendre comme ça.

Honteux de l'avoir traité aussi grossièrement, je retournai à son étal la tête basse, sans lâcher le masque.

Ce marchant aux cheveux blancs avait déjà sorti une autre cigarette et semblait appeler quelqu'un avec son téléphone, en me regardant fixement, toujours énervé.

- Je suis désolé… je n'ai pas voulu être impoli. C'est juste que… – Je m'arrêtai ne sachant pas comment m'expliquer. – Il m'a semblé bizarre que tu m'offre une chose aussi précieuse. S'il y a une quelconque façon de m'excuser pour mon comportement… – À ce moment, il leva la main et me coupa dans mes excuses l'appel réussi.

- Mama ! Preparare la pasta ! Qualcuno porterò al pranzo. – Dit-il dans sa langue maternalle au téléphone.

Je clignai plusieurs fois des yeux, surpris. J'avais seulement compris qu'il parlait à sa mère et qu'il lui demandait de faire des pâtes. Sinon, je n'avais aucune idée de ce qu'il avait dit. Puis il raccrocha et me regarda, en prenant une autre bouffée de sa cigarette et me sourit.

- J'accepte tes excuses, si tu viens chez ma mère manger des pâtes.

Et il sourit triomphalement. À ce stade, il me sembla particulièrement grossier de refuser. Et mon estomac ne coopéra pas et moins encore en me rendant compte que mon groupe m'avait oublié ici.

Je soupirai et regardai le masque.

- Après tu me ramèneras à mon hôtel ?

- Où demeures-tu ?

- À la Place Saint-Marc.

- OK… Allons-y.

Il se pencha de nouveau et ressortit son téléphone composant un autre numéro, et quelques instants après avoir commencé à parler italien, de manière si fluide que je ne pus suivre son rythme ni comprendre ce qu'il disait. Quelques minutes après l'appel, une Audi arriva avec quatre hommes à l'intérieur. Ils saluèrent de la main et descendirent pendant que le marchant les accueillait avec effusion.

- Mes frères. – Me dit-il en me montrant celui qui semblait être le plus jeune. – Paolo, Fabrizzio, Mauro, Rafaelo, et voici… – Tous me regardèrent fixement avec curiosité dans l'attente de connaître mon nom.

- M… Mü… – Dis-je en sentant leurs yeux sur moi et tous sourirent en me serrant la main.

Ensemble, ils rangèrent les masques dans les boîtes, soulevant l'étal et montant dans la voiture. J'avais cru qu'il n'était qu'un simple commerçant qui fabriquait des masques, mais apparemment, l'activité était très prolifique.

À la fin, tout le monde monta dans la voiture et donnèrent les clés à mon, maintenant, hôte qui me fit m'assoir à ses côtés sur le siège du copilote.

- Et maintenant… – Commençai-je après m'être installé. – Quel est ton nom ?

- Mascara di morte ! – S'exclama le plus jeune et mon hôte se tourna vers lui pour lui donner une grande claque sur la tête.

Quelque peu effrayé, j'ai regardé l'autre frère, Mauro qui s'approcha de moi et me murmura la raison de son surnom.

Et, d'après ce qu'il me raconta, je ne savais pas je devais m'effrayer davantage ou être triste pour ce qu'il s'était passé.

Sa fiancée s'était suicidée et pendant longtemps la famille l'avait accusé lui et ils l'appelèrent ainsi dès lors, sûrement pour son art de fabrication de masques.

Je ne voulus pas lui poser de question et confirmer. Ce devait être plutôt dérangeant.

- Angelo. – Finit-il par dire alors que je le voyais énervé, de ce que ses frères m'avaient déjà racontés, et il démarra la voiture, passant par les rues étroites et les ponts de la ville jusqu'à la maison de sa mère.

Tout le long du trajet, je décrivis les marques d'or sur le masque, méditant ce que j'avais appris pendant que les frères riaient et discutaient dans un italien trop rapide pour que je puisse le comprendre.

Nous arrivâmes enfin et la mère d'Angelo me reçut chaleureusement, autant que ses propres fils, en particulier Angelo. La nourriture fut la meilleure que j'ai jamais goûté, et Angelo et les ainés me traduisaient tout ce qu'ils disaient, et je riais avec eux, ayant le sentiment de faire partie de quelque chose. D'une famille chaleureuse et unie. Contrairement à ma famille, où la seule personne qui m'était proche était mon petit frère, le petit Kiki, comme je l'appelais. Il me manquait tant !

À aucun moment je n'ai lâché le masque. Si ceci était le prix à payer pour lui et pour ma rédemption auprès d'Angelo, c'était trop agréable.

L'après-midi passa très vite et la rue s'anima bientôt avec les gens qui se dirigeaient vers la place. Tout le monde sortit sur les balcons avec des fleurs dans les mains et je les suivis pendant qu'Angelo me donnait plus de fleurs à jeter au défilé de gens qui passaient en charrettes tirées par des chevaux et saluant ceux qui les recevaient avec des fleurs à leur passage.

- Il est temps que commence la Dance sur la Piazza. – Me dit-il, et je le regardai.

Il me regardait droit dans les yeux et je me suis arrêté de respirer pendant un court instant. Cette sensation me semblait connue et je coupai cette rencontre de regardes, regardant à nouveau la rue sous nos pieds.

- Je dois retourner à mon hôtel. Je ne veux pas rater la fête. – Lui dis-je.

- Je ne peux pas te convaincre de rester encore un peu ?

Je secouai la tête en lui souriant. C'était parce que j'avais l'envie de revoir le Casanova et qu'il me regarde à nouveau avec ces yeux qui me faisaient frémir, même de loin.

Finalement, quand les gens furent passés dans leurs carrosses, je les saluai tous. Angelo m'attendait à l'extérieur de l'Audi tandis que les frères me demandaient de rester un peu plus longtemps avec eux.

Ce me fut plus difficile de leur faire comprendre que je n'allais pas rester, qu'à Angelo. J'en avais envie, mais j'avais besoin de le voir. Et bientôt, je me rendis compte que j'agissais comme un idiot en m'amourachant d'un masque et d'un être sans identité.

Angelo me laissa à l'hôtel et me salua de la main. Il ne me dit rien. Il ne me demanda même pas s'il me reverrait, rien, mais je n'y prêtais pas grande importance. Mais j'avais envie de lui dire qu'il me manquerait, mais je ne pus le faire en le voyant sourire si joyeusement et après m'avoir remercié pour ce repas.

Je tins le masque contre ma poitrine alors que je le regardais partir et, en me rendant compte que je souriais, j'eu honte. Et je rougissais encore !

Je secouai la tête et à pas rapide, j'entrai dans l'hôtel, pour prendre une douche et vêtir mon costume. Ce soir, j'utiliserai le masque qu'Angelo m'avait offert. Et avec grand plaisir.

À suivre…


Voilà, à bientôt !