5h42

Kelly ramène vers le bar un nouveau plateau sur lequel trône des verres vides, et le tend à la barmaid. La jeune femme brune face à elle commence alors à nettoyer les verres rapidement, souriant à sa patronne d'un air compatissant. La lumière désormais tamisée de la pièce est presque rassurante, après la soirée mouvementée qu'il y a eu.

« Comment va-t-elle ? » demande la barmaid à la rouquine d'un air neutre.
« Je n'en sais rien, » peste Kelly. « Elle n'a qu'à se débrouiller avec ses problèmes. »
Elle soupire d'agacement, et la jeune femme brune comprend que la conversation n'ira pas plus loin.

Regina est restée bien après la fermeture du club, et longtemps après que ses pairs soient repartis chez eux. La visite d'Emma semblait avoir eu l'effet d'une douche froide sur la jeune femme, et elle avait passé la fin de la soirée seule, au bar, à boire des verres de scotchs en se lamentant auprès de la barmaid sur sa relation avec la policière. Elle avait laissé ses acolytes en prétextant avoir besoin d'être seule, et ils n'avaient pas protesté. La jolie blonde s'était trouvée une autre proie pour la nuit, et Regina n'en avait plus fait cas depuis plusieurs heures.

« Elle était dévastée... » souffle la brune alors que Kelly lui tend un nouveau plateau rempli de verres. « Vous pensez que ça va aller ?
-Elle s'est mise toute seule dans cette situation, » la coupe la rouquine d'un geste de la main. « Emma n'aurait jamais mis fin à leur relation pour si peu, elle n'est pas rancunière. Les choix et les erreurs que Regina a fait par la suite sont son entière responsabilité et, si les choses ne peuvent plus s'arranger désormais, c'est son problème. » gronde la jeune femme avant de tourner les talons.
Dans la partie VIP de la salle, des agents de nettoyage s'attellent à nettoyer le sol pendant que d'autres s'occupent du podium.
Kelly avait renvoyé Regina chez elle dans un taxi, en ordonnant au chauffeur de ne surtout pas prendre d'autres directions que celle qu'elle lui avait précisément indiquée. Il faudrait que tu arrêtes un peu de jouer les enfants, Regina Miller.

Mais la jeune femme bute encore sur les dernières paroles que la barmaid lui a dites. Elle n'était pas dévastée. Déprimée, peut être. Sous le choc, sans doute. Pleine de regrets, c'était sûr. Mais non, ce soir, Regina Miller n'était pas dévastée. Enfin, en tout cas, pas comme...

Sept mois plus tôt.
« Je suis désolée Emma, et je ne le répéterai pas assez mais je regrette ce que j'ai fait ! Je ne voulais pas trahir ta confiance... Mais tes missions t'amènent toujours loin et je...
-Et quoi, Regina Mills ?! Tu vas insinuer que c'est de ma faute si tu as couché avec cette catin ?
-Shirin n'est pas...
-Elle sait très bien que tu es en couple, Regina, et que tu as des enfants. Il ne tenait qu'à elle de ne pas tenter de te séduire. Ce qu'elle a fait est digne d'une...
-Arrête de l'insulter bon sang Emma ! C'est ma faute, pas la sienne ! » tonne Regina alors que de nouvelles larmes dévalent son visage.
Face à elle, Emma lève les mains en l'air pour signifier un temps mort. Cela fait plusieurs jours que leurs querelles s'enchaînent, l'une ne menant qu'à une autre. Emma a envoyé Henry et Hope passer quelques jours chez Mary et David pour les épargner.
« C'est à moi que tu dois t'en prendre Emma, et à personne d'autre.. » répète la portoricaine d'un air défait. « Arrête de reporter la faute sur les autres...
-Tu veux que je m'en prenne à toi ? » ricane la blonde d'un air sarcastique. « Mais pourquoi je ferai ça, Regina ?

-Parce que je t'ai trompée...

-Et c'est là le problème, Regina ! Tu ne fais que ramener le sujet sur la table dès que l'on se croise !
-Peut être justement parce qu'on ne fait que se croiser, Emma, et que tu ne m'adresse plus la parole !
-Je t'ai demandé de me laisser du temps, Regina... » souffle la blonde, à bout de nerfs.
« Mais ça fait deux semaines, Emma !
-Eh bien peut être qu'on ne répare pas un cœur brisé en seulement quinze jours, Regina Miller ! » ironise Emma.
« Je t'ai donc brisé le cœur. » répète la portoricaine d'un air de dégoût.
A ces mots, la blonde hausse les épaules de dépit. Ce serait nettement plus simple si la brunette arrêtait de se torturer psychologiquement et de s'excuser à longueur de journées. Mais c'est sans doute une part de Regina qu'elle ne connaissait pas vraiment, songe la policière. A défaut d'aller de l'avant, elle stagne dans sa position de bourreau, l'esprit plein de remords, et ne cesse de se torturer pour cela. Pire, elle en vient parfois à tenter de renvoyer les piques d'Emma afin de se donner une contenance, voire de poursuivre leur querelle. Et Emma n'en peut plus. Son seul souhait pour le moment est de s'éloigner autant que possible de Regina, en espérant que la portoricaine va redevenir celle qu'elle était lorsqu'elles se sont rencontrées.

« J'en ai marre de remettre ça sur le tapis constamment, Regina, » peste Emma. « Alors je vais te laisser quelques jours pour réfléchir à tout ça et redevenir celle que tu étais. La femme que j'aimais. En attendant, va te faire voir. »

A ces mots, la blonde remet sa veste et quitte la maison en claquant la porte. A ces mots, Regina s'effondre sur le canapé en cuir du salon et éclate en sanglots.

Emma avait employé des verbes au passé. Aimais. Étais. Elle avait donc la certitude que ces sentiments, ces situations, appartenaient à un passé qu'elle ne connaîtrait sans doute plus. Et elle avait peut être raison, songeait Regina. Sans doute même, la blonde avait-elle comprit bien avant elle que leur couple ne pourrait plus redevenir ce qu'il était. Et par sa faute à elle.

Le soir même,

Kelly patientait depuis plus de deux heures dans les couloirs aseptisés de l'hôpital Saint-James. Elle avait déjà but plus de six cafés, et dut se retenir d'aller dans un bar boire un verre de whisky, tant l'angoisse serrait ses entrailles. Elle avait rendu visite à sa sœur en fin d'après-midi pour voir comment elle allait. Emma l'avait mise au courant de la situation, mais l'avait rassurée sur ses intentions de renouer les liens avec Regina dès que la portoricaine aurait réussi à voir les choses sous un angle plus positif. Mais Kelly comprit rapidement que ce qu'espérait la policière ne faisait pas partie des plans de la banquière. La jeune femme rousse avait retrouvé sa sœur inconsciente, dans sa baignoire, après que Regina ait avalé une boite entière d'anti-dépresseurs et tailladé ses veines à l'aube de ses mains. Les ambulanciers étaient arrivés sur place en moins de vingt minutes mais ils avaient été honnêtes avec Kelly : Regina avait peu de chance de s'en sortir. Elle avait déjà perdu beaucoup de sang.

Quand la pendule du couloir sonna ses douze coups, Kelly se redressa sur sa chaise, comprenant qu'elle était là depuis près de quatre heures à présent. Les infirmières de garde commencèrent doucement leur quart de travail, discutant en buvant leur premier café de la nuit.

Elle n'avait pas contacté qui que ce soit, même pas Emma. Elle se disait que la policière n'avait pas à savoir cela. Si Regina n'en réchappait pas, Emma serait mise au courant en temps et lieu. Pour le moment, elle n'avait pas à souffrir encore plus de l'attitude enfantine de sa conjointe, pensait l'irlandaise en se massant les tempes. Mais si elle se sentait de taille à affronter la longue nuit qui l'attendait, Kelly n'était pas sûre de ne pas vouloir de compagnie pour l'aider à tenir le choc...

A huit heures du matin, le lendemain, les médecins du service de réanimation annoncèrent à une Kelly à demi endormie que sa sœur était désormais hors de danger. Son cœur ne battait plus depuis plusieurs minutes, lorsque les ambulanciers l'avait prise avec eux, mais les chirurgiens de l'hôpital avaient réussi à la sauver. Malgré tout, Regina resta en observation quelques jours et, si on lui proposa maintes adresses de psychologues en tout genre, la portoricaine quitta la clinique sans souhaiter contacter aucun d'entre eux. C'était sa décision et Kelly savait déjà que tous les arguments du monde ne pourraient pas convaincre sa têtue de sœur.

Ni Kelly ni Regina ne parlèrent à Emma de ce qu'il s'était passé cette nuit là. Cet événement devint un véritable secret tacite entre les deux sœurs. Mais, à son réveil, la portoricaine choisit de quitter définitivement le domicile familial. Sa longue nuit de presque agonie et ses quelques jours de repos l'aidèrent à se décider sur le fait que ni Emma ni ses enfants n'auraient plus à souffrir par sa faute. Plus jamais. Elle quitta son travail quelques jours plus tard et, aidée des quelques contacts qu'elle avait gardé dans le milieu, réouvrit le chapitre portoricain dans le mois qui suivit, balayant ainsi tout lien avec son ancienne vie d'un revers de la main.

Quelques jours plus tard, 6h34
Lorsque Regina ouvrit les yeux, son premier réflexe fut de repousser le bras qui barrait son abdomen. L'inconnue à sa droite dormait toujours, aussi la portoricaine se leva rapidement, pas vraiment soucieuse de la laisser se reposer. Elle vérifia rapidement qu'elle avait bien déposé l'enveloppe sur la table de chevet et, après s'être habillée en toute hâte, se dirigea vers la cuisine de son duplex. Elle attrapa d'un geste le petit paquet de carton qui reposait sur la table, en extirpa une cigarette et l'alluma avant de mettre en marche sa machine à café.
Habituellement, les filles qui se retrouvaient dans le lit de la portoricaine ne prenaient pas la petite liasse de billets qu'elle leur laissait en quittant l'appartement. Certaines utilisaient la douche, se faisaient un café, d'autres filaient sans demander leur reste. En un sens, Regina se sentait flattée lorsqu'elle retrouvait la petite enveloppe toujours pleine en rentrant le soir, même si elle savait pertinemment que son statut dans le milieu impliquait un certain respect de la part des travailleuses de rue. En effet, si les portoricains ne s'intéressaient pas à ce marché la, et plus particulièrement depuis que Regina avait repris la tête du chapitre, ils n'en étaient pas moins dangereux pour ces femmes qui vivaient et œuvraient malgré tout sur leur territoire.
La jeune femme déchiffra rapidement les quelques messages sur son téléphone portable, comprenant par toutes sortes de codes que les ordres qu'elle avait donnés avaient été exécutés. Elle ouvrit la porte de son frigidaire en avalant sa première gorgée de café et, ne trouvant rien d'attrayant, la referma en haussant les épaules. De toute manière, son estomac était tout à fait habitué au manque de nourriture, et Regina ne faisait plus cas des signaux douloureux qu'il lui lançait par moments.
Lorsqu'elle entendit la sonnette d'entrée résonner, elle ne put retenir un sursaut et, avant même de prendre la peine de se déplacer, regarda depuis son téléphone les caméras de surveillance de son duplex. Elle fut surprise de reconnaître Sean Derry sur le palier de son appartement et se demanda comment il avait pu ne serait ce qu'entrer dans le bloc, mais elle n'en fit pas cas. Elle se contenta de désactiver le signal sonore de la porte et de prendre place à sa table de cuisine. Comme à chaque fois, il finirait bien par se lasser et partir.
De toute manière, elle ne comprenait pas pourquoi il décidait ainsi de débarquer. La réunion des chapitres se tiendrait plus tard dans la matinée, comme d'habitude.

9h13
Emma ne cesse de vérifier l'heure sur son téléphone alors qu'à sa gauche, Sean indique une certaine nervosité. Ils entrent dans le restaurant, non sans avoir été fouillés au préalable par les policiers qui se tiennent à l'entrée, et prennent rapidement place à l'intérieur.
Cecil Matelli, le fils de l'ancien chef de chapitre se tient aux côtés de sa sœur, sur une chaise autour de la table. S'il affiche un air sur, Emma comprend dès le premier regard que le jeune homme est nerveux. Son père vient de mourir et c'est à lui, et à sa sœur, que reviennent la chefferie du chapitre. Et, assurément, ces gamins à peine sortis du lycée ne sont pas prêts.
Après leur avoir serré la main, ainsi qu'à leurs gardes du corps, Sean et Emma s'assoient côte à côte à la table. Derrière eux, Graham et Malcolm affichent leur air le plus sérieux. Les bras croisés sur leur poitrine, ils scrutent la pièce et les autres membres de chapitres d'un air suspicieux.
Les irlandais entrent ensuite dans le restaurant, non sans avoir d'abord salué leurs confrères. Satyan Diffnan ne peut s'empêcher d'observer Emma alors qu'il retire son manteau avant de s'assoir à son tour sur la chaise qui lui est désignée, mais ne dit rien.
Tous savent que Sean a pris la décision, il y a plus de deux mois, d'intégrer son ancienne acolyte à leurs réunions. Tous savent qu'Emma a longtemps été une infiltrée et est toujours une membre active de la police de Montréal. Mais cela faisait partie du deal. Le chef des motards a choisi de continuer ses affaires de manière plus raisonnée et contrôlée, pour réduire au maximum les rixes entre la police et le crime organisé. Deux personnes sont décédées dans l'année précédente. Un lieutenant de police et un prospect des irlandais. Aussi, aux yeux du motard, la boucherie ne pouvait se poursuivre et il se décida à agir. La décision a évidemment d'abord été largement rejetée, avant d'être peu à peu acceptée lorsque les chefs de parti ont compris qu'ils n'auraient définitivement pas le choix. Emma leur ayant discrètement fait comprendre que s'ils ne pliaient pas, leurs affaires deviendraient rapidement de plus en plus difficiles à gérer tant elles seraient surveillées de près par la police.
Aussi Diffnan s'est il habitué malgré lui à la présence d'Emma lors des réunions. La jeune femme se range évidemment du côté des motards puisque, comme le lui a rappelé Sean, elle a passé son initiation haut la main et reste donc, malgré tout, une membre du gang. Mais tous savent aussi que son avis suit celui de ses supérieurs hiérarchiques, et quelques mesures ont réussi à être prises au sein des gangs pour limiter encore d'autres drames humains.
L'une d'entre elles notamment est la surveillance de leurs réunions par des membres des forces de l'ordre. En effet, en souvenir du drame qui a défait les irlandais quelques années auparavant, la détective a imposé une plus lourde sécurité lors de leurs petites entrevues. Une sécurité extérieure et impartiale : celles de policiers qui connaissent par coeur le milieu.
« Elle ne viendra pas. » siffle Emma entre ses dents en regardant de nouveau l'heure sur son téléphone.
« Elle n'a pas le choix. » lui réplique Sean le même ton.
En effet si les portoricains ont décidé de ne plus participer aux réunions de chefs, prétextant que c'est une chose futile, celle d'aujourd'hui a pour but d'honorer le nouveau leader des italiens et redéfinir les territoires. Ainsi, quoi qu'ils en pensent, les latinos ne peuvent définitivement pas manquer cette réunion s'ils ne désirent pas provoquer un nouveau conflit au sein du crime organisé.
Comme de fait, Regina fait bientôt son entrée dans le restaurant, suivi de 4 de ses acolytes. Sean ne peut s'empêcher de réprimer un rictus face a la visiblement trop grande précaution de la portoricaine. Habituellement les chefs des chapitres sont accompagnés d'un ou deux gardes du corps lors des réunions, afin de montrer à leurs confrères qu'ils sont méfiants, mais sans pour autant désirer les insulter. Et vraisemblablement, la nouvelle leader des portoricains ne fait pas cas de ce dernier paramètre, puisque lorsqu'elle prend place à la table, ses quatre camarades se placent derrière elle en signe de protection.
« Ainsi donc le SPVM a sa place à notre table désormais... » ricane t-elle en remontant les manches de son chemisier le long de ses bras.
« Tu sais de quoi il s'agit, Regina, » souffle Sean en croisant les bras sur sa poitrine.
Un serveur vient amener les boissons de chacun en se faufilant le plus discrètement possible entre les chaises des leaders de chapitres.
Il dépose deux cafés filtre devant Sean et Emma, des espressos courts devant Cecil Matelli et Laura, sa sœur, un café surmonté de crème fouettée devant Satyan Diffnan, et un autre espresso court devant Regina. Les hommes placés derrière les chefs le gratifient d'un rapide hochement de tête, signifiant qu'ils ne boiront pas, et le serveur file aussi rapidement qu'il est venu.
La réunion peut désormais débuter.
Joignant ses mains sur la table devant lui, Cecil s'apprête à commencer son discours. Emma ne peut s'empêcher de remarquer que le complet qu'il porte est légèrement trop grand au niveau des épaules, et se demande s'il appartenait à son père, ou simplement si l'adolescent n'a pas trouvé de vêtements à sa taille.
« Nous sommes ici en raison du décès de mon père, » explique t-il poliment. « Ma sœur Laura et moi même seront désormais vos interlocuteurs concernant les affaires de la famille...
-Vous n'êtes pas prêts, » ricane Regina de l'autre côté de la table. Elle prend alors une gorgée de son café, sous le regard médusé des autres leaders.
« Je vous demande pardon? » s'enquiert la dénommée Laura, posant sur l'avant bras de son frère une main rassurante. Assurément elle ne désire pas le conflit, et, si elle est encore jeune pour la responsabilité qu'on vient de lui mettre sur les épaules, n'est pas aussi belliqueuse que son frère. Celui ci affiche un air grave, et toise la portoricaine d'un regard mauvais. L'insulte ne sied jamais aux italiens.
« J'ai été à votre place, gamins, et vous n'êtes pas prêts, je vous l'assure! » poursuit l'ancienne banquière d'un air moqueur.
« Regina! » proteste Sean, piqué au vif. « Ce sont les enfants...
-De Luiz, je sais. » le coupe la portoricaine. « Ça ne les rend pas plus matures pour autant! Regarde les, ils sortent à peine du lycée... » elle pouffe de nouveau, et finit son espresso d'une traite. « Ils sont loin d'être à la hauteur. »
De son côté, Satyan joue avec la crème fouettée sur le haut de sa boisson, et en sirote quelques gorgées, observant discrètement l'orage qui se prépare.
« Mademoiselle Miller, » débute Cecil d'un ton qui signifie clairement la colère qui est en train de bouillir dans son cœur. « Je vous prierai de nous traiter avec respect. Nous sommes les enfants de Luiz Matelli, et nous tâchons de reprendre du mieux que l'on peut les affaires de notre père...
-Je ne vois pas pourquoi je respecterai un gamin qui porte un tuxedo trop grand pour lui! » ricane la portoricaine de plus belle. « Tu n'es pas ton père, le kid, et tu es loin d'être son digne héritier. » ajoute-t-elle pour le provoquer.
Tentant malgré tout de contenir sa colère, Cecil se redresse légèrement sur sa chaise et le garde du corps derrière lui pose une main apaisante sur son épaule. De son côté, Laura trépigne sur son siège et sa mâchoire s'est crispée de rage. Assurément, son esprit, visiblement pacifique, a pris la fuite dès les premières insultes de la portoricaine.
De son côté, Sean est tendu, et son angoisse se peint sur son visage tiraillé par la fatigue. Un conflit ne serait pas de bonne augure par un jour comme celui ci. Certainement pas.
Alors que les deux jeunes gens s'apprêtent à répondre, Emma se décide à intervenir.
« Regina, » l'interpelle-t-elle en levant sa main comme pour prendre la parole. « On va aller en discuter dehors.
-Qui es tu pour me donner des ordres ? » s'enquiert la portoricaine, piquée.
« Le chaperon de cette réunion. » réplique Emma en se levant. « Et ton ex conjointe. » ajoute-t-elle en remettant sa veste en cuir.
Cette dernière remarque lance un silence lourd dans l'assemblée. Habituellement, les histoires personnelles n'ont pas leur place dans de telles réunions. Mais la policière sait très bien qu'il n'en faut pas plus pour convaincre Regina, car, insultée, celle ci se lève à son tour et la suit à l'extérieur.
Elles passent entre les policiers armés qui patientent devant la porte de l'établissement et Emma leur fait signe qu'il n'y a pas de problèmes. Elles s'éloignent ensuite de quelques pas et, par réflexe, Regina allume une cigarette.
« Qu'est ce que tu me veux ? » peste-t-elle en resserrant le col de sa veste autour de son cou.
« Tu sais très bien que ce que tu es en train de faire ne mènera qu'à un nouveau conflit, et c'est la raison pour laquelle je suis là justement. Limiter les rixes entre vous. » débute la policière calmement.
La portoricaine s'apprête à répondre mais Emma la stoppe d'un geste de la main.
« Je ne sais pas si les insulter flatte ton ego mais tu sais très bien que cela n'aura aucune bonne conclusion. S'ils prennent tes remarques à la lettre, la paix sera brisée entre les gangs de rue, et vous allez devenir les ennemis des autres. Car tu sais très bien que ni Sean ni Satyan ne se rangeront de ton côté. »
Regina ouvre la bouche pour répliquer mais une fois de plus, son ex conjointe la coupe.
« De plus, je pense qu'il est inutile de te rappeler que si Luiz est décédé, le reste des italiens est toujours présent. Et tu sais à quel point ils sont dangereux. Avec ou sans leurs nouveaux chefs. Alors encore une fois, ta petite arrogance n'a rien à faire ici. A moins que tu ne souhaite débuter une guerre qui, tu le sais, ne finira jamais bien.
-Et si je souhaite entamer une guerre de territoires ? » rétorque enfin Regina d'un air insolent.
Amusée devant sa repartie, Emma réprime un sourire.
« Je me ferai un plaisir de t'arrêter sur le champ pour complot et banditisme. »
A ces mots, la policière saisit la cigarette dans la main de son ex compagne, et en tire une bouffée avant de la jeter dans la rue.
« Allons y. » ordonne-t-elle, consciente que son geste doit faire bouillir Regina de rage. « Et tâche de te tenir tranquille. » ajoute-t-elle en rejoignant la porte du restaurant.