Note : Je me suis beaucoup plus appliquée pour ce chapitre. Voyez le premier plutôt comme un prologue. Il fallait bien que j'introduise la chose… Les choses sérieuses commencent donc ici… Je ne l'ai pas précisé auparavant, mais je tiens à prévenir les âmes sensibles que cette histoire n'a rien de drôle et que les personnes qui sont réticentes aux tortures psychologiques et à leurs conséquences passent leur chemin. Sur ce, pour tous ceux qui seraient encore présents, bonne lecture !


Chapitre 2

Le crépuscule tombait et l'atmosphère se rafraîchissait sensiblement. Les rues se vidaient peu à peu tandis que les lampadaires se répondaient en écho pour éclairer de leur vive lumière le sable à présent rougeoyant de l'allée principale du village. Les conversations très animées la journée se faisaient plus sourdes, laissant place à l'imposant chant des grillons.

C'est dans cette ambiance pittoresque que Goku faisait ses pas en direction de l'auberge où lui et ses compagnons demeuraient. Il ne se pressait pas, bien qu'il savait que Gojyo et Hakkaï l'attendaient sûrement pour dîner. Il avait envie de se nourrir pour quelques minutes encore de la sérénité qu'il ressentait sur le moment. Une sérénité qu'il ne ressentait étrangement plus lorsqu'il se trouvait en présence de ses amis… et ne pouvait en expliquer la cause.

Quoiqu'il en soit, ce soir là il avait décidé de rendre visite à Sanzo à l'insu de ses deux autres camarades qui trouvaient encore et toujours des excuses pour l'empêcher de l'approcher. Il jugeait qu'il avait laissé suffisamment de temps au blond et que même si ce dernier était encore faible, selon Hakkaï, cela ne prétextait en rien le fait de ne pas pouvoir le voir. La vérité c'est qu'il avait envie d'être à ses côtés. Non, il en mourrait d'envie ! Etre si proche de lui et à la fois si loin devenait insupportable et il fallait qu'il y remédie…

Ses jambes, quelque peu engourdies par son épuisante journée, le menèrent finalement devant la porte d'entrée de leur résidence provisoire. Il inspira un grand coup, en appréhension du retour du nœud dans son estomac et entra promptement dans le hall. Il se dirigea de suite dans la salle principale pour retrouver le demi-sang et l'ancien humain qui l'attendaient à une table, comme il l'avait prédit.

« Pardonnez-moi, je n'ai pas vu le temps passer… » S'excusa le jeune yokai en glissant une main confuse dans ses cheveux ébouriffés.

- « Toi au moins tu sais te faire désirer ! Un peu plus et on commençait sans toi ! » Pesta Gojyo, poussé par son ventre qui criait famine.

- « Allons Gojyo, tu sais très bien que Goku travaille dur et qu'il avait sûrement besoin de se détendre, » le défendit Hakkaï sur un ton compréhensif. Il se tourna alors vers Goku en arborant un charmant sourire, qui par ailleurs, était devenu occasionnel ces temps-ci. « Comment s'est passée ta journée ? »

- « Et bien, aujourd'hui j'ai posé des tuiles neuves sur la maison, vous savez celle qui se trouve au bout de la rue près de l'épicerie. Et sous cette chaleur étouffante, c'était vraiment pas évident ! » Raconta le plus jeune des trois fièrement.

- « J'arrive pas à croire que pour tuer le temps tu ais décidé d'aider ces villageois à rénover leurs maisons… Notre Ouistiti a le cœur sur la main… J'en ai presque une larme à l'œil ! » Ironisa le métis pour taquiner Goku.

- « Eh ! Moi au moins je suis utile et je te signale qu'ils me donnent un peu d'argent en retour, baka erokappa boiteux ! » Protesta fermement celui-ci.

- « Quoi ? Tu veux te battre baka saru ? » La réplique à l'insulte fut fulgurante et déjà les deux gamins étaient l'un sur l'autre en train de se tirer les cheveux et les commissures des lèvres. Hakkai tenta vainement de les calmer, mais sans le moine pour les ramener à la discipline, la tâche s'avérait difficile…

C'est alors que tomba de la poche du jean de Goku, qui se tordait dans tous les sens pour repousser les attaques du métis, un petit paquet rectangulaire et violet entouré d'un ruban doré. Ce dernier s'en aperçut de suite et s'extirpa diligemment de l'emprise de Gojyo pour ramasser son bien d'une main et le cacher derrière son dos. L'homme aux yeux émeraudes, à qui les couleurs de l'emballage n'avaient pas échappé, le regarda d'un air suspicieux tout en restant silencieux…

« Ben, fais pas ton timide, Goku. C'est pour qui ce petit paquet ? » Demanda Gojyo d'une voix qui montrait qu'il se moquait gentiment du yokai. « Oh, mais que suis-je bête ! Pour qui d'autre que le bon… »

- « Personne ! C'est pour personne ! Et puis de toute manière, ça ne te regarde pas ! » Coupa Goku brutalement.

- « Ca va, je voulais juste t'embêter un peu. Pas de quoi s'énerver comme ça, » s'étonna l'homme aux cheveux carmins, un peu dépassé par la réplique sèche de son jeune ami. Goku qui comprit qu'il avait réagi de façon excessive, baissa la tête pour dissimuler le rouge de ses joues.

- « Désolé… Je ne voulais pas… » Il tourna les talons pour sortir de la pièce. « Je reviens… Je vais me laver les mains. Commandez sans moi. » Quand il fut parti, un lourd silence s'installa entre les deux hommes qui étaient restés assis. Ils étaient tout à fait conscients que Goku était à cran et qu'il n'allait pas tarder à exploser s'il ne voyait pas bientôt Sanzo. Un moment passa, puis Gojyo d'un air inquiet demanda :

- « Vous avez parlé de Goku quand tu lui as apporté son repas ? »

- « Pas vraiment… Il évite le sujet… » Répondit Hakkai tout en portant des yeux confus en direction de la fenêtre qui lui renvoyait son regard.

- « Ma parole ! Il agit comme un véritable gamin ! » Maugréa le métis en s'allumant une cigarette nerveusement. L'ancien humain resta un instant sans rien dire puis annonça :

- « Quoiqu'il en soit, Sanzo est capable de se lever maintenant et souhaite partir après demain… »

- « Très bien ! Il sera alors bien obligé de le voir ! » Grogna Gojyo, visiblement exaspéré par tout ça.

- « Aa… » Fut l'unique réponse de son compagnon qui semblait avoir disparu dans ses pensées…

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Après le dîner, Goku remonta immédiatement dans sa chambre en prétextant qu'il était fatigué et laissa Gojyo et Hakkaï se disputer une partie de carte au rez-de-chaussée. En fait, ça l'arrangeait que ses deux amis soient restés en bas, puisqu'il avait à présent le champ libre pour faire ce à quoi il avait songé toute la journée.

Il prit le petit paquet qu'il avait posé avec attention sur la commode en bois brute juste avant de passer à table et se permit un tendre sourire alors qu'il le pressait contre son cœur. Il sortit ensuite de la poche de son pantalon un petit papier blanc qu'il plia en deux et le glissa sous le ruban doré pour le maintenir contre l'emballage violet.

Il entrebâilla sa porte et s'assura que le couloir était vide avant de se mettre à le longer. Ses pas le menèrent de manière non-fortuite devant la chambre de Sanzo et sans plus attendre, il toqua à la porte. Aucune réponse. Il renouvela son action et s'annonça avec une petite voix timide :

-« Sanzo ?… C'est moi » Toujours pas de réponse. Il attendit un instant et ouvrit légèrement la porte afin de passer la tête et jeter un coup d'œil dans la pièce. Il reconnut de suite l'odeur du tabac et pensa alors que le blond devait être en train de fumer près de la fenêtre comme il en avait l'habitude.

N'ayant plus peur de le réveiller, il ouvrit un peu plus la porte, la franchit rapidement et la referma derrière lui. Quand il releva la tête, il fut étonné de voir le moine sur son lit qui semblait dormir, vêtu uniquement de son jean et des bandages qui lui entouraient le torse et le dos. Il avait gardé ses lunettes et laissé son journal à l'abandon sur le haut de son corps.

Goku constata alors qu'un voile gris/blanc pratiquement imperceptible s'échappait du cendrier posé sur la table de nuit à proximité du lit. Il était maintenant sûr que Sanzo venait de fumer. « Sanzo… tu es réveillé ? » Il attendit encore un peu et tout à coup, il paniqua et se rapprocha de manière précipitée de l'homme étendu, pensant que celui-ci s'était peut-être trouvé mal.

Mais sa crainte s'évanouit aussitôt alors qu'il observait les montées et descentes régulières et profondes du torse de Sanzo qui prouvaient qu'il s'était seulement assoupi. J'arrive une minute trop tard… Le yokai était tellement content de le voir après ces quelques jours qui avaient semblé une éternité, qu'il n'osa pas le réveiller.

A la place, il retira délicatement les lunettes du bonze, replia les branches et posa l'objet fragile soigneusement à son chevet. Puis, il enleva avec la même attention le journal qu'il alla poser plus loin sur la table de la pièce. Enfin, il attrapa le drap qui était resté aux pieds de Sanzo et le couvrit prudemment avec jusqu'aux épaules.

Quand il s'estima satisfait de la condition du blond, il prit une chaise qui se tenait dans un angle de la chambre et la plaça devant le lit avant de s'asseoir dessus. Il pouvait maintenant contempler avec émerveillement ce visage qu'il chérissait. Il laissa ses yeux aller à leur guise d'un bout à l'autre de la figure parfaite qui n'était qu'à quelques centimètres de la sienne.

Puisque Sanzo dormait, il pouvait admirer patiemment chaque trait et contour qui le rendait si beau sans se soucier du fait qu'il pouvait le gêner. Il se rendit compte que sa main avait de manière totalement inconsciente, trouvé son chemin dans les cheveux blonds et fins qui paraissaient luire sous la lumière vacillante de la lampe à huile.

Le contact était si doux qu'il en soupira de bonheur. Il ressentit alors l'envie irrésistible de s'approcher un peu plus et sa tête vint se poser avec précaution dans le creux du cou de Sanzo dont le corps laissa échapper un léger tremblement. Goku leva doucement la tête pour la placer au même niveau que celle du moine, croyant qu'il avait réveillé ce dernier. Mais ça ne semblait pas le cas.

Le bout de son nez frôlait à présent la peau soyeuse de Sanzo et Goku pouvait sentir l'odeur subtile que la peau pâle dégageait et qui l'attirait tant. Bien que son intention première avait été de laisser se reposer le blond, les sensations qu'il éprouvait au contact de celui-ci eurent raison de lui, et pendant qu'une de ses mains était restée dans les cheveux d'or, l'autre était venue se poser sur le cou de Sanzo quelle caressait tendrement.

Sa bouche n'était pas en reste, puisqu'elle déposait de très légers baisers comme l'auraient fait les frêles ailes d'un papillon venant chatouiller la peau claire, partant du lobe de l'oreille pour s'attarder sur la joue et enfin la commissure des lèvres de Sanzo, où elles s'arrêtèrent. Goku se sentait complètement chavirer et il dut concentrer toute sa volonté pour se stopper avant de dévorer l'homme qui éveillait en lui un désir ardent.

De plus, il savait qu'il disposait de peu de temps avant que Gojyo et Hakkaï ne remontent, et si ces derniers le trouvaient pratiquement allongé sur le moine alors que celui-ci dormait, ils allaient vraiment se poser des questions. Après tout, ils n'étaient tous deux pas au courant pour Sanzo et lui, et Goku voulait laisser son amour décider du bon moment pour révéler leur secret.

Il ferma fermement les paupières comme pour chasser l'excitation qui était subitement monter en lui, et pressa furtivement ses lèvres contre celles du blond avant de murmurer dans un soupir tout en les frôlant : « Comme je t'aime… » A ces mots, il sentit une nouvelle fois le corps de Sanzo frémir, et une nouvelle fois, il crut qu'il l'avait réveillé. Il rouvrit alors les paupières pour s'en assurer, mais les yeux du bonze demeuraient clos.

Goku se redressa alors et glissa son présent, qu'il avait gardé dans la main qui caressait les cheveux d'or un instant plus tôt, sous l'oreiller de Sanzo. Il souffla la flamme qui dansait dans son enclot de verre pour plonger la pièce dans l'obscurité et se décida à quitter les lieux bien malgré lui, non sans se retourner une dernière fois vers son soleil.

« Je viendrai te voir demain… Dors bien. » Chuchota-t-il doucement avant de marcher d'un pas léger vers la porte. Et il sortit finalement de la pièce, complètement inconscient des deux paupières pâles qui venaient de s'ouvrir pour dévoiler des yeux noirs, furieux et meurtriers qui le regardaient s'en aller…

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Sanzo se mit en position assise. Ses mains recouvertes par le drap, lui faisaient mal tant ses doigts étaient venus s'enrouler contre ses paumes avec toujours plus de force pendant que son visiteur lui témoignait son affection. Il dégagea un bras de sous le linge blanc et d'un revers de main essuya ses lèvres encore humides du baiser qu'elles venaient d'accueillir comme écœuré par celui-ci.

Il glissa ses doigts sous son oreiller pour en extirper le petit paquet déposé à l'instant et l'examina sans grande attention. Il attendit un moment pendant lequel il sembla douter, puis finalement, il retira le petit papier blanc coincé dans le ruban doré et le déplia pour constater qu'il s'agissait d'un petit message.

Une fois de plus, il parut hésiter mais se décida quand même à le lire. "Un petit cadeau pour te montrer que je pense très fort à toi. Tu me manques affreusement. Rétablis-toi vite ! J'ai hâte de te serrer à nouveau dans mes bras… Avec tout mon amour, Goku." Sanzo émit alors un « Humph » méprisant tout en écrasant le mot dans sa main…

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Gojyo s'était installé tranquillement dans la cour de l'auberge comme il le faisait tous les jours depuis leur arrivée. C'était encore une magnifique journée et il vidait son esprit pour s'imprégner du doux chant joyeux et communicatif des oiseaux. Il était déjà midi quand il se trouva à court de cigarette.

Il se munit de ses béquilles qu'il avait laissées contre le dossier de son banc fétiche et partit à la recherche d'Hakkai. Il passa d'abord dans la salle de restauration pensant que peut-être son ami l'attendait pour déjeuner, mais ce dernier ne s'y trouvait pas. Le demi-sang se dirigea alors vers sa chambre, s'annonça et entra dans la pièce. L'ancien humain n'était pas là non plus. Il se dit alors que Sanzo pourrait l'aider dans ses recherches. Il avança jusqu'à la chambre de celui-ci et frappa à la porte.

« Sanzo ? » Il n'eut pas de réponse immédiate mais put entendre de derrière la cloison, les sons produits par des gestes qui semblaient précipités. Puis, la voix froide et autoritaire du bonze s'éleva.

- « Qu'est-ce que tu veux, kappa ? »

- « Je peux entrer ? »

- « Fais comme tu veux. » Gojyo ouvrit donc la porte et alors qu'il s'apprêtait à demander au blond s'il n'avait pas vu Hakkaï, il s'aperçut que l'objet de sa quête se trouvait dans la pièce.

- « Ah, tu étais là Hakkaï… C'est toi que je cherchais. » L'homme à qui il s'adressait et qui se trouvait au chevet du moine, lui fit un timide sourire et lui répondit simplement :

- « Et bien… oui. Je viens tout juste de changer les bandages de Sanzo. Tu… Tu voulais quelque chose ? »

- « En fait, j'ai plus de clope et je me demandais si tu avais pensé à en prendre ce matin en faisant les courses. »

- « Mais oui, j'y ai pensé. Elles sont dans mon sac. De toute façon, j'allais descendre pour manger, je te les apporte au passage. »

- « Alors je t'attends en bas. » Gojyo commençait à tourner les talons quand Sanzo questionna :

- « Le saru est ici ? » Le métis le regarda suspicieusement, mais finit par lui répondre :

- « Non. En général, il ne rentre pas le midi. »

- « Réserve-moi une place à table. J'en ai marre de rester dans cette pièce. » Ordonna le blond d'une voix monotone. Gojyo lui jeta un regard sévère qui ne l'impressionna pas le moins du monde. Le métis qui avait comprit que Sanzo était encore dans l'un de ses "beaux jours", s'inclina en une révérence pleine de moquerie.

- « Vos désirs sont des ordres Sanzo Sama ! » Il franchit la porte et ajouta pour l'agacer un peu plus: « Pense à te passer un coup de peigne. Tu as les cheveux tout ébouriffés ! » Il referma la porte.

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« Puis on prendra ce trajet pour arriver ici en fin de journée. » Informa Hakkai tout en pointant un endroit précis sur la carte routière qu'il présentait à Sanzo.

- « Hum… » Dit simplement ce dernier, montrant ainsi son accord.

- « Tu es sûr que tu veux partir demain… Je veux dire, ton dos te fait encore souffrir et… » Fit remarquer Gojyo à l'intention du moine qui l'empêcha de continuer.

- « Je n'ai aucune envie de m'éterniser ici plus longtemps. Même si nous n'avons plus à nos trousses des hordes de yokai fou-furieux, il va nous falloir des mois pour rentrer et… » Sanzo s'interrompit brutalement, ce qui interpella les deux autres qui levèrent la tête pour regarder dans la même direction que le blond qui replongea sans tarder les yeux sur le plan déplié devant lui.

Goku venait tout juste de rentrer et se tenait dans l'encadrement de la porte de la salle principale de l'auberge dans laquelle ses amis se trouvaient. Ses vêtements et son visage étaient légèrement poussiéreux en conséquence des efforts qu'il avait fournis tout le long du jour.

Mais ce n'est pas cela qui sauta aux yeux de Gojyo et d'Hakkai en premier. C'était le corps visiblement sous tension et les énormes prunelles dorées qui scintillaient de mille feux en dévisageant littéralement l'homme en robe blanche. Comme si… Comme s'il allait lui bondir dessus tel un pirate trouvant un fabuleux trésor.

Tout à coup, Gojyo se rendit compte qu'une légère nervosité montait en lui alors qu'il pouvait ressentir des ondes déconcertantes envahir la pièce. Il ne put dire si ces vibrations perturbantes venaient de Sanzo ou bien d'Hakkai, ou encore des deux hommes en même temps. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il fallait à tout prix détendre l'atmosphère.

- « Ah, Goku, tu es rentré plus tôt aujourd'hui… Ils en ont finalement eu assez de toi ! » Tenta de plaisanter le métis. Mais Goku ne l'écoutait pas. A cet instant précis, seule sa réalité comptait et sa réalité, c'était Sanzo. Il s'approcha lentement de l'homme, résistant à l'immense envie de lui sauter au cou devant ses deux autres compagnons.

- « Sanzo… » Il souffla le nom d'une voix grêle et remplie d'émotion. Le bonze ne bougeait pas et ne le regarda pas pendant un moment. Cependant, les yeux accusateurs et insistants d'Hakkaï et de Gojyo lui firent abandonner son silence.

- « Hum ? » Lâcha-t-il d'un air ennuyé et sans prendre la peine de lever ses yeux améthystes dans les dorés.

- « Tu peux te lever maintenant… Je ne le savais pas. Comment te sens-tu ? » Se soucia le yokai en bégayant un peu tant sa joie était tangible.

- « Je me sentirai mieux une fois que je serai allé chercher un autre paquet de clopes dans ma chambre. » Sanzo commença à s'avancer en direction de la porte mais fut subitement stoppé dans son élan par un Goku souriant qui de voulait serviable.

- « Ne bouge pas. Je t'en apporte un tout de suite. » Et avant que le blond ne puisse dire quoique ce soit, Goku était déjà en haut des escaliers et avait disparu dans l'interminable couloir. Quelques secondes s'écoulèrent…

- « Il t'en restait une bonne moitié dans ton paquet ici présent… » Ce fut la dernière remarque de Gojyo avant que la pièce arbore un silence de mort pour plusieurs minutes.

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Le jeune yokai pénétra dans la chambre du moine et se mit de suite à la recherche des Marlboro. Il constata qu'elles n'étaient pas sur la table et puisque la pièce était assez dépourvue, il ne restait qu'un seul endroit où le paquet pouvait se trouver : Sur ou dans la commode à proximité du lit.

Il se rapprocha du meuble et après quelques secondes, il le trouva enfin dans le troisième tiroir en partant du haut. Satisfait, il s'apprêtait à redescendre quand il s'arrêta net devant la porte, les yeux complètement hypnotisés par la contenance de la corbeille à déchets qui se tenait à côté.

Il resta ainsi figé l'instant d'une minute. Une minute… pendant laquelle ses yeux ne cessèrent de s'écarquiller d'incompréhension. Une minute… pendant laquelle il ne put empêcher un nœud de se former et de gonfler dans sa gorge et dans son estomac… Une minute… de pure déception.

Au fond de cette poubelle se trouvait son présent qu'il avait acheté par amour avec son propre argent… L'emballage n'avait même pas été défait. Goku cligna des yeux plusieurs fois pour s'assurer que sa vision ne le trahissait pas. Il s'abaissa alors, puis d'une main quelque peu tremblante, il attrapa le petit paquet.

C'est à ce moment là qu'il s'aperçut également de la présence du mot qu'il avait laissé à son soleil. Un mot… qui n'était plus qu'une vulgaire boule de papier destinée à être jetée au feu. Un frisson parcourut son corps et il secoua fortement la tête pour empêcher la peine qu'il ressentait de s'accentuer.

Il se releva et se calma en se disant que peut-être Sanzo n'aimait pas recevoir des cadeaux. Il connaissait l'homme et savait que sa fierté exacerbée pouvait l'avoir fait commettre cet acte blessant sans qu'il le veuille vraiment.

Goku soupira et mit le petit paquet violet et doré dans sa poche en se disant qu'il en parlerait plus tard avec le blond. Se sentant légèrement mieux, il redescendit en bas seulement pour trouver Gojyo seul, assis sur une chaise à fumer d'un air pensif.

« Où sont passés Sanzo et Hakkaï ? » Demanda Goku de façon perplexe.

- « Sanzo avait besoin de se dégourdir les jambes et comme il a encore un peu de mal à marcher, Hakkaï l'a accompagné. » Lui répondit franchement le demi-sang. « Ne t'en fais pas, ils seront bientôt de retour. »

- « Mais Sanzo n'avait pas besoin de ses cigarettes ? »

- « T'inquiète pas pour lui… » Répliqua Gojyo. Celui-ci, remarquant le léger voile de tristesse dans les yeux de son jeune ami voulut le divertir et proposa : « Un poker ? » Goku qui n'avait alors rien d'autre à faire sur l'instant, accepta de bon cœur.

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Le soleil perçait à peine l'horizon que déjà les quatre compagnons de route étaient sur le départ. La jeep était entourée d'une foule chaleureuse qui était venue souhaiter un bon retour à Goku et le remercier pour son aide qui incontestablement, avait été très précieuse.

« Prends ça ! Ce n'est pas grand chose mais nous espérons que tu l'apprécieras. » Dit jovialement une vielle dame qui lui tendait un énorme panier repas de la part de toutes les personnes réunies autour du groupe.

- « Mon ventre gargouille déjà ! Merci beaucoup ! » Répondit Goku avec un large sourire tout en prenant son cadeau. Un homme à la moustache brune et à la carrure imposante s'avança vers le jeune homme et posa une main sur sa tête :

- « Tu as vraiment fait du bon boulot mon garçon. L'absence de ta force va vraiment me faire défaut et mes lombagos vont refaire surface ! » Les gens se mirent à rire en cœur puis l'homme ajouta de manière sincère : « Tu es vraiment une personne unique et admirable, Goku. Porte-toi bien, et surtout, sois heureux ! Tu le mérites vraiment ! » Gojyo attrapa le yokai par le cou en l'enroulant de son bras et frotta son point affectueusement sur sa tête avec son autre main.

- « Quel succès baka saru ! Personne ne peut te résister ! »

- « Eh ! Je ne suis pas un baka saru, kono ero kappa ! » Protesta vivement Goku en mordant le bras du métis.

- « On peut y aller maintenant ! Toutes ces simagrées commencent à me taper sur le système ! » Cracha Sanzo qui commençait à perdre patience. A la remarque acerbe, Goku baissa les yeux et se rassit correctement à l'arrière de la jeep. Apparemment, le blond n'avait prêté aucune attention aux compliments des gens à son égard. Il fit un grand signe de la main pour faire ses adieux à la foule et le groupe se mit en route dans un nuage de poussière.

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Le trajet jusqu'au village suivant s'était déroulé plutôt calmement. Goku qui avait cherché à tuer le temps, avait gribouillé quelques insultes et moqueries sur le plâtre du demi-sang ce qui naturellement, donna naissance à une altercation entre les deux jeunes hommes et Hakkaï avait essayé tant bien que mal de les résonner… Jusque là, tout semblait normal.

Une chose pourtant tracassait Goku : Le baffeur et le Smith et Wesson n'avaient pas montré le bout de leurs nez de toute la journée. De plus, le regard du jeune yokai, aussi insistant qu'il avait été sur le rétroviseur, n'avait pas une seule fois été retourné par les yeux améthystes et bien que Goku était de nature optimiste, la non-considération excessive du blond envers lui le préoccupait.

Il fallait absolument qu'il lui parle en tête-à-tête. Le soir précédent, il n'avait pas pu s'entretenir avec Sanzo de leur relation car ce dernier s'était assuré de se retrouver toujours en présence d'Hakkaï ou de Gojyo. Goku était prêt à donner du temps à Sanzo, mais comment voulait-il que ça avance entre eux s'il ne lui accordait pas un seul instant !

Après s'être restaurés, les quatre jeunes hommes réservèrent deux chambres. Goku avait espéré partager la chambre du moine, mais celui-ci avait décidé de reprendre les vieilles habitudes : Hakkaï avec lui et Goku avec Gojyo. Malgré sa déception, le yokai voulait respecter la volonté du bonze de ne pas éveiller les soupçons et de rester discret.

Sanzo était déjà monté dans sa chambre, apparemment fatigué, tandis que les trois autres prenaient un verre au bar de l'hôtel. Sanzo seul dans sa chambre… Sanzo seul dans sa chambre… C'était l'occasion rêver ! Et cette pensée trottait dans la tête de Goku depuis une bonne demi-heure maintenant.

Seulement, il avait préféré attendre un peu avec ses amis car il savait que monter se coucher si tôt dans la soirée leur paraîtrait suspect. Sanzo seul dans sa chambre… L'attente devenait insupportable et il pouvait entendre ses doigts qui tambourinaient le dos de la table. Il ne tenait plus. Il se leva alors et improvisa :

« Je… Je vais prendre une douche. » Il fut satisfait de son excuse qu'il trouva tout à fait valable. Et ceci fut confirmé puisque ses deux compagnons se contentèrent de faire un hochement de tête et de recommander un verre.

L'excitation montait en lui alors qu'il se rapprochait de la chambre du blond. Il était si pressé de se blottir dans les bras de son amour qu'à peine arrivé devant, il donna trois petits coups à la porte en bois massif. Un silence lui répondit. A non, pas cette fois ! Redoutant de trouver une fois de plus Sanzo endormi, Goku ne prit pas la peine de frapper à nouveau et entra dans la pièce.

Il fut soulagé de constater que le moine était réveillé et fumait assis sur le rebord de la fenêtre ouverte, tout en regardant l'extérieur qui à cette heure ne dessinait du paysage que des ombres.

« Sanzo ? »

A suivre…