Hello tout le monde ! Je me présente : c'est moi, Ywëna, co-auteur avec DreamerInTheSky de cette petite fic ! Enfin, « co-auteur »… Disons qu'elle en écrit à peu près 75%. Moi je pointe juste les possibles failles en ricanant derrière mon clavier, elle me maudit, elle réécrit, et au bout de plusieurs aller-et-retour du doc Word entre nous, j'en écris en gros un petit 30%. Donc tout le mérite revient à Dreamer, mes kiwis.

Vous le savez sans doute mais cette histoire est partie d'une simple idée : et si nos Self-Insert respectives se rencontraient ? J'avoue qu'au début, j'étais sûre qu'elles s'écharperaient. Dreamer était certaines qu'elles collaboreraient. Mais entre répercussions inattendues des changements du canon, analyses des personnages, et idées déjantées ou sadiques jetées au hasard dans le récit, eh bien… Nos « premiers jets » de l'écriture de cette fic en ont vu de toutes les couleurs. On est allées d'un extrême à l'autre ! Il nous a fallu pas mal de temps pour trouver le juste milieu.

Vous en avez lu la première année, et voici donc la deuxième ! Ce qui veut dire que dans le tome suivant, Harry débarque à Poudlard. Accrochez-vous à vos bonnets !

Histoire de vous rafraîchir la mémoire, je vous re-présente nos Self-Insert ! La mienne est Elisabeth Bishop, Poufsouffle pleine de grands espoirs et de rêves optimistes, prévoyante, ambitieuse, philanthrope, créative, un peu arrogante, assez naïve. Elle est l'héroïne de la saga en cinq tomes Elisabeth Bishop, que vous pourrez trouvez sur le profil d'Ywëna sur fanfictionnet !

Celle de Dreamer est Aurélia Ruva, Gryffondor impulsive, tête brûlée, déjantée, absolument dénuée de tact, et qui vit très mal le fait d'avoir perdu toute sa vie lorsqu'elle a été projetée dans l'existence d'une gamine sorcière. Techniquement, Aurélia est l'héroïne de « J'Avais Un Plan », qui mêle action, suspense et espionnage : mais étant donné que la Aurélia de « J'Avais Un Plan » débarque lors du Tournoi des Trois Sorciers, et que celle-là à plusieurs années de paix pour s'acclimater à ce monde… Eh bien, elles sont assez différentes x)

Nos SI sont assez différentes, et parfois, quand elles se heurtent ça fait soit un miracle… Soit de sacrées étincelles. Et c'est ça qui a créé notre histoire ! Fun à écrire, alors j'espère que ça sera fun à lire. Du drame ! Du mystère ! De l'action ! Du décorticage de l'univers de JKR (j'avoue c'est mon péché mignon) et de l'analyse des personnages ! De l'humour ! Du spectaculaire ! Du morbide ! Du joyeux ! Bref…. Enjoy !


La guerrière et l'idéaliste

Année 02 : Obstination

Aurélia regrettait déjà.

Quand son grand-oncle l'avait forcée à se lever aux aurores, elle n'avait rien dit. Quand il l'avait forcée à monter dans une barque si vieille qu'on pouvait croire qu'elle allait sombrer au fond de l'océan, elle n'avait toujours rien dit. Mais quand elle s'était rendue compte que son "entraînement" consistait à pêcher de la langouste au large de la mer des Caraïbes au lieu de parler magie. LA ELLE FAILLIT PETER UN SCANDALE !

- Arrête de faire la tronche, se marra son grand-oncle Aberty.

Aurélia gronda.

- T'es quoi ? Une bête sauvage ? Remonte le filet !

Aurélia soupira mais obtempéra, elle aimait vachement la langouste de toute façon... Et la langouste fraiche, c'était un mets à la limite de l'ambroisie. Soit la perfection.

Rembobinons. Aurélia était donc partie pendant les vacances d'été voir sa famille maternelle qui habitait à la Barbade, une île paumée en plein milieu des Caraïbes. L'île de la Barbade était ouverte aux Moldus, la communauté sorcière vivait en harmonie, leur magie cachée. Les bars et bout de plage pour leur rituels étaient les seuls endroit écartés. Comme pour ses parents, ses oncles et tantes avaient la même tête et le même caractère que sa famille du monde d'où elle venait. Enfin bref. Aurélia était venue pour se reposer mais les choses ne s'étaient pas goupillées comme prévu.

Toute la famille maternelle d'Aurélia était Sang-Pure et quasiment tous ses cousins étaient élèves à Ilvermony ou l'Institut de Salem. Elle était la seule à aller à Poudlard et on ne lui faisait jamais oublier. Sa grand-mère Suzie qu'elle appelait affectueusement (ou pas) la générale, s'était précipitée pour la nourrir en ignames et fruit à pain, tandis que son grand-père Joe plus simple et calme, l'emmenait avec lui lors de longues marches. Puis... Aurélia rencontra son grand-oncle Aberty, le grand frère de son grand-père lors d'un rituel.

Car voilà, Aurélia avait découvert que la magie aux Caraïbes était une magie des esprits et vaudou. Son grand-oncle était un spécialiste en ces magies mais aussi confirmé en magie élémentaire. Aberty pouvait manier le feu sans baguette aussi facilement que couper du beurre avec du fil. Aurélia se retrouva à le regarder faire, les yeux écarquillés et brillants machiavéliquement alors qu'elle avait été invitée à un rituel sur une plage.

Il s'avérait que ses cousins à Ilvermony avaient une option en magie élémentaire. Ce qui était fichtrement injuste.

Elle demanda alors à être formée. Aberty refusa. Puis elle insista. Il refusa toujours. Et chaque jour pendant une semaine, elle le supplia. Aberty céda alors, mais sans une recommandation :

- Je ne prends pas des tire-au-flanc avec moi. Tu vas non seulement apprendre la magie élémentaire mais aussi les bases en vaudou et en exorcisme.

Aurélia en leva les bras en l'air, mais Aberty l'arrêta :

- Et jamais, au grand jamais, tu ne devras apprendre ces techniques à des personnes extérieures.

- Quoi ? Pourquoi ?!

- C'est une magie ancestrale que nous avons protégée toute notre vie, renifla Aberty. La colonisation ne nous a pas détruits et donc la parole malheureuse de ma petite idiote de petite-nièce ne le fera pas non plus. Suis-je clair ?

Aurélia hocha la tête lentement. Message reçu. Aberty laissa un rictus s'épanouir sur son visage.

- Parfait. »

C'était donc pour cela qu'Aurélia Ruva se retrouva à se lever à des heures indues pour pêcher la langouste. Plusieurs fois. Puis tous les matins, jusqu'au moment où Aberty lui conta l'histoire des sorciers marabouts. Ils étaient tous des pécheurs, et c'était en étudiant la faune maritime qu'ils avaient amélioré leur méditation.

Quand ils péchaient, le silence était de mise, afin d'entendre les crustacés grimper dans les filets. La magie des esprits (qui était un autre nom pour l'exorcisme), se basait grandement sur la méditation et la concentration. Il fallait faire un avec la nature et laisser la magie naturelle s'exprimer, c'était pour cela que la magie élémentaire avait une grande part dans les rituels. Quant au vaudou, c'était une magie noire très avancée qui demandait un usage précis des deux premières catégories susnommées et une connaissance accrue des rituels vaudous. Ces rituels mêlaient de la magie noire, rouge, naturelle et de l'exorcisme... tout cela sans baguette. Bref, maîtriser cela demande beaucoup d'années d'études et du perfectionnisme.

Comme Aberty, Aurélia était assise en tailleur sur la petite barque et écoutait le bruissement de l'eau sous l'embarcation, les vaguelettes au large. Elle avait les yeux clos et la respiration régulée. Elle inspirait l'air salé dans ses poumons et le recrachait aussi lentement.

- Bien, sifflait Aberty.

Après la méditation, Aurélia remontait le filet de langoustes et le ramenait à sa grand-mère. Elle mangeait son petit-déjeuner et repartait voir Aberty. Cette fois, elle était obligée de descendre des hauteurs de l'île où se trouvait la maison familiale. Puis elle courait le long de la lande tropicale jusqu'à la maison d'Aberty qui était sur la baie. On ne pouvait pas y accéder en voiture. Alors Aurélia devait courir jusqu'à chez lui pour ne pas arriver en retard. Cela lui prenait bien une demi-heure voire quarante minutes.

Quand elle arrivait en retard, Aberty lui tapait la tête avec sa longue canne de prière puis la forçait à faire ses exercices de souplesse.

Aurélia reniflait mais obéissait. Elle voulait devenir forte, elle voulait apprendre la magie élémentaire et pour cela elle serait capable de supporter les pires entraînements. Puis se concentrer sur tout cela, lui permettait une certaine tranquillité d'esprit…

Outre l'exercice physique, Aberty la forma aussi à la capoeira qu'elle pratiqua avec ses cousins, une à deux heures par semaine. Cela l'obligea à travailler son rythme, essentiel pour les rituels funéraires et autres exorcismes. Puis la nuit (assez ponctuellement), Annabelle lui faisait réviser l'Astronomie, car un Acceptable ce n'était pas assez pour la mère de la fière métisse.

Aurélia eut donc des journées bien remplies mais son oncle Aberty lui dégageait assez de temps pour qu'elle se repose et s'amuse. Parfois l'entraînement était même interrompu, mais Aurélia s'était habituée très facilement à son nouveau rythme de vie. Si elle ne courait pas, elle faisait ses exercices de souplesse et les jeux sur la plage la maintenait en forme. Son adorable petit frère de huit ans et demi, la rejoignait avec ses cousins et elle profitait du soleil brûlant et de la glace coco maison. Il restait donc assez de temps à la métisse pour s'amuser.

Les vacances, cependant, ne la dispensait pas de sa correspondance avec ses amis de Gryffondor. Elle échangea des lettres assez régulièrement notamment à Alicia Spinnet, Angelina Johnson et Lee Jordan qui étaient en passe de devenir de bons amis. Elle avait d'ailleurs du mal à l'imaginer, pensait-elle en achevant sa lettre à Lee à laquelle elle avait jointe une carte postale et de l'écorce d'un palmier magique qui avait soi-disant des propriétés curatives.

Car Aurélia avait 25 ans mentalement (maintenant 26 si elle considérait qu'elle grandissait encore. Ou pas ? REGRESSAIT-ELLE ? Difficile à dire.) et penser que des enfants étaient ses plus proches amis, lui donnait mal à la tête. Pour se libérer l'esprit, elle envoya alors une longue lettre à Bill et une autre à Charlie Weasley qu'elle adorait (c'était un euphémisme) ainsi qu'à Gilbert Ronan et Jarod Mezart qui étaient deux amis proches de Bill qu'elle avait aussi appris à apprécier. Comme à ses autres amis de Gryffondor, elle leur envoya une carte postale (elle avait pris des modèles différents pour que les quatre, même cinq Weasley, aient une image différente.)

Elle avait expédié aussi des photos mouvantes qu'elle avait volées de son grand-oncle marabout en tenue cérémoniale à Bill, qui lui posa des questions curieuses sur les malédictions de l'île, mais elle dut l'informer avec regret qu'elle ne pouvait rien révéler. Charlie de son coté, lui apprit qu'il existait une variété de dragon qui vivait dans les Caraïbes, et qu'elle s'était éteinte chassée par les sorciers (Newt Scamander avait notamment milité pour sa sauvegarde). Elle riait en lisant le discours scandalisé du Weasley.

Elle passait aussi du temps dans les fourneaux avec sa grand-mère, car elle était une gourmande invétérée, et découvrit dans la bibliothèque familiale qu'il existait des sorts de couture ! Sachant que sa magie n'était pas surveillée en Barbade, elle testa quelques sorts, et se découpa des vêtements. Car voilà...

Quelque chose manquait particulièrement à Aurélia : La mode moldue (et Netflix, savoir qu'elle ne saurait peut-être jamais comment finirait Game of Thrones était le pire des châtiments...). Sachant qu'elle était sang-pure, son placard était rempli par de longues robes et de larges capes. Elle milita sans vergogne auprès de ses parents pour obtenir un jean. Un malheureux jean. Sa mère refusa sèchement avec fureur car elle voulait qu'elle s'adapte à l'étiquette sorcière (les Puristes reniflant avec dédain en voyant les enfants de moldus en sweat-shirt et jean), mais Aurélia mit un point d'honneur à trouver et imposer son style. Quitte à replonger dans son adolescence autant reconstruire l'image graphique qui allait avec. Elle se souvenait de ses années lycée, où elle avait tendance à s'habiller avec les vêtements de son frère… Mais maintenant elle avait un peu de goût alors exit les jeans informes, il s'agissait d'en mettre plein la vue ! Elle ne s'était jamais vraiment définie comme une fashion victime, mais elle aimait les fringues, elle pouvait le reconnaître. Elle trouva donc dans un vide-grenier sur l'île de vieux jeans, des bretelles, des t-shirts de toutes les couleurs, des shorts qu'elle faisait en coupant de vieux bleus de travail, des bottes qu'elle répara et nettoya avec l'aide de sa grand-mère. Aurélia n'aimait pas les bijoux comme les bracelets, mais appréciait les colliers et les petites boucles d'oreilles en anneaux qu'elle arborait sur ses oreilles percées depuis qu'elle était un nourrisson. C'était une tradition familiale.

Sa mère accepta finalement (avec une semaine de tempête car sa petite imbécile de fille était un féroce adversaire) mais seulement pendant les vacances en Barbades ou à la maison. Jamais dans les rues quand on allait au Ministère ou au Chemin de Traverse, et NON elle ne pouvait pas se faire tatouer,

- Tu n'as que douze ans Aurélia ! gronda Annabelle en lançant furieusement ses bras en l'air. .La gamine renifla (en reconnaissant qu'elle était peut-être allée trop loin pour le dernier point, elle attendrait ses quinze ans) mais les conditions lui allaient... Pour le moment.

Au début du mois d'Août, Aurélia avait appris les bases en exorcisme et en magie élémentaire.

L'exorcisme commandait la patience et le contrôle de soi. Le sorcier devenait comme un chamane, le lien entre la terre et l'au-delà. Il y avait un grand nombre de rituels différent mais celui des créoles était une danse qui commandait aux éléments ce qui expliquait pourquoi la magie élémentaire était si importante pour contrôler cette magie comme le vaudou.

Il y avait une danse qui était exécutée à tous les rituels hebdomadaires. Les marabouts et leurs élèves bénissaient l'île mais aussi exorcisaient les démons et âmes perdues. La danse traditionnelle traçait un cercle de feu magique sans baguette, le mage qui supervisait traçait une ligne circulaire sur le sable de son pied puis quand le rond était connecté, de puissantes flammes s'élevaient. Il restait au milieu et dansait alors que les autres sorciers le soutenaient à l'extérieur. Il y avait exactement 44 mouvements différents qu'il fallait danser au même moment trois fois de suite... Non vraiment. C'était éprouvant pour le corps et la moindre erreur pouvait tout faire capoter. Au terme du rituel, les âmes étaient libérées et cela Aurélia le vit...

Elle ne pensait pas avoir de moments aussi nouveaux et transformateurs dans sa nouvelle vie, mais quand elle aperçut les âmes des défunts qui s'en allèrent. Les fantômes exorcisés, elle se demanda si ça marcherait sur elle avant de réaliser...

Ici, elle était vivante. Pas morte.

Bref, après avoir vu cela, elle fut plus curieuse concernant le vaudou qui était la discipline, le niveau au-dessus. En effet, il fallait maîtriser aussi bien la magie élémentaire que l'exorcisme pour prétendre aux plus hautes fonctions de Marabout. En soi, on pourrait se passer de ces bases pour les malédictions de base mais si on souhaitait des incantations qui pouvaient maudire sur bien dix à vingt générations, on ne pouvait pas y couper… Et puis, il fallait être sûr de son coup. Le vaudou restait de la magie noire. Aberty expliqua que les malédictions demandaient du sang, des cheveux et des os. Un rituel vachement glauque avec potions et incantations, qui attachait l'âme à un récipient et la connectait. Une sueur froide glissa sur le dos d'Aurélia, cela lui rappela désagréablement les Horcuxes... D'une certaine façon, si elle se familiarisait avec ce type de malédictions, elle serait plus à même de détruire celle de Voldemort.

Alors, elle accepta qu'Aberty lui apprenne aussi l'exorcisme, il était hors de question de griller les étapes.

Aberty lui apprit alors les cinq premiers mouvements de la danse d'exorcisme ce sa petite-nièce apprit plus vite qu'il ne le pensait, elle avait juste besoin de précision maintenant et ce ne serait qu'au cours de ses prochaines vacances d'été qu'elle pourra apprendre le reste.

Aberty fut d'ailleurs très sévère sur le sujet :

- L'exorcisme est la plus noble des disciplines. Nous ne forçons pas les âmes à repartir, nous les aidons à regagner leur état naturel. C'est notre devoir en tant que marabout.

Aurélia haussa les épaules. Elle comprenait et respectait la discipline, mais apparemment son grand-oncle voulait la former pour qu'elle prenne la suite. Sérieusement, elle ne pouvait donc pas être curieuse sans aucunes conséquences ?

Aberty lui lança un sale regard alors qu'il lui expliquait le cinquième mouvement… Apparemment, non.

Plus tard, deux semaines avant la fin de son séjour (et beaucoup d'insistance), Aberty mena Aurélia sur la terrasse de sa maison en bois et lui demanda de s'asseoir sur une des deux chaises en balancier devant la porte d'entrée. Elle obéit et attendit le vieillard qui apporta un sac rempli de pierres de la grosseur d'un poing. Le sac tomba dans un gros son sur le vieux plancher. Aberty s'assit. La maison était penchée en avant comme en équilibre mais avec une vue imprenable sur l'océan. On entendait presque le bruit des vagues.

- Comme tu le sais, commença Aberty, il y a quatre éléments : le feu, l'air, la terre et l'eau.

Finalement ! Aurélia approuva silencieusement.

- En te testant et t'observant... Je crois pour affirmer sans me tromper que tu es alignée majeure terre, mineure feu.

Oh ? Aberty nota sa légère surprise.

- Tu es parfois froide et tu as mal avec les fantaisistes.

- QUOI ?!

- Aurélia. Tu n'aimes pas les flotteurs, tu aimes les ancres. Tu aimes le concret. Tu es méthodique et persévérante. Tu apprécies notamment la stabilité même si tu ne l'es pas totalement toi-même, tu sais endurer, tu es réaliste. Concernant ta mineure feu... Tu es impulsive et passionnée, c'est un fait.

Il sortit une pierre de son sac.

- Nous allons travailler ton élément majeur... la terre. Prend cette pierre et essaie de la casser.

- A MAINS NUES ?

- Oui petite idiote. À mains nues. Maintenant serre cette pierre dans ta main et concentre-toi ! »

Ce fut plus difficile que prévu, Aurélia passa des jours et des nuits à serrer sa pierre dans la main en essayant de la fissurer, mais rien. Ce ne fut que le dernier jour qu'elle aperçut une petite faille, à peine visible à l'œil nu. Aberty se rendit compte de sa déception.

- La magie élémentaire est la plus difficile à manier et de plus tu es attachée à ta baguette. Ces imbéciles dans leurs écoles occidentales vous apprennent à vous attacher à ce bout de bois... alors que la vraie magie est naturelle et n'a pas besoin de ces joujoux. Il faut faire un avec ce qu'il t'entoure, il faut sentir ton élément et le laisser parler, expliqua-t-il avec véhémence.

Bon sang. Aberty était Yoda ou quoi ?

- Mais si tu veux devenir une bonne géomancienne, tu te dois de te détacher de ta baguette. Médite tous les jours, cours au moins deux à trois fois par semaine et garde toujours une pierre dans ton sac. Si tu arrives à les briser rien qu'en les serrant dans ta main... Envoie moi une lettre.

Il finit son discours en lui offrant une petite statuette taillée dans le bois brut.

- Je l'ai consacrée. S'il y a de mauvais esprits autour de toi, ils seront automatiquement éloignés.

- Quoi... ?

- Si un fantôme touche la statuette, cela le balance trois cents mètres en avant, cependant cela est plus efficace sur les esprits obscurs s'ils s'approchent à moins de cinq mètres de toi. Sans même être touchés, lâcha son grand-oncle sans aucune pitié.

Aurélia fronça les sourcils en l'acceptant. Aberty continua :

- Binns était déjà là quand ta mère était élève... Je ne suis pas serein par rapport à son alignement.

- Son... alignement ?

- Un fantôme peut devenir un esprit obscur ! Je te l'ai appris ! C'est pour cela que mon métier existe petite idiote !

- Tu sais, à part nous faire mourir d'ennui, je ne crois pas que le professeur Binns...

- C'est bien une réponse d'anglaise, renifla Aberty. Les fantômes n'ont pas à être dans ce plan, c'est un entre-deux, un purgatoire, et c'est le rôle des chamanes de les aider à regarder leur état naturel, mais il semblerait que ce ne soit pas enseigné dans votre école d'empotés !

Il se pinça l'arête du nez.

- Bref...En attendant que tu l'exorcises, garde toujours ça sur toi. Je ne suis pas serein. L'aura est trouble autour de la Grande-Bretagne, un voile opaque et sombre...

Il s'interrompit, alors qu'Aurélia le regardait bouche bée. Et ben... Il était très proche de la vérité. Elle s'éclaircit la voix et demanda :

- Et ça marcherait sur les esprits frappeurs... ? Type Peeves ?

Aberty sourit légèrement et secoua la tête.

- Les esprits frappeurs sont des ectoplasmes, en clair, ce ne sont pas des « âmes » en perdition mais plutôt une moyenne d'émotions et des résidus de magie qui leur donne une personnalité. Le fait que ce Peeves soit un être chaotique dans une école assez disciplinaire est logique. Donc non, ça ne marcherait pas sur Peeves.

Aurélia hocha la tête en regardant la petite statuette aussi grosse qu'un porte-clef dans la paume de sa main un brin déçue.

OoooooooO

Enfin rentrée en Angleterre, Aurélia embrassa ses parents et son petit frère Louis sur le quai (habillée avec une robe traditionnelle de sorcière, mais elle avait un jean déchiré et des t-shirts dans sa malle) et entreprit de trouver ses amis dans le train, sa sacoche en bandoulière sur son épaule en tenant sa pierre à la main. Aurélia chercha ses amis et tomba sur le compartiment d'Elisa Bishop qui la salua d'un léger sourire :

- Salut. Vous n'auriez pas vu Lee et les autres ?

- Ils sont sans doute plus en arrière, informa Cédric Diggory.

- Pourquoi tu serres cette pierre ? ne put s'empêcher de demander Rhonda Flatbury qui était assise à côté de son amie Helen à Serdaigle.

- Entraînement, se contenta de répondre Aurélia avec un petit sourire. J'y vais, merci.

Puis elle quitta le compartiment en grandes enjambées toujours en serrant sa pierre. Le compartiment se contenta d'échanger un regard confus. Mais bon, il s'agissait d'Aurélia Ruva, il ne fallait pas essayer de comprendre.

Elle remonta le couloir et croisa Charlie Weasley qui était dans le même compartiment que son jeune frère Percy et d'autres amis, pour les saluer. Elle lança un regard meurtrier à Yaxley et Warrington plus loin et accéléra le pas en se faufilant entre les élèves jusqu'à percuter un enfant qui en tomba par terre alors qu'elle essayait de s'extraire du bouchon créé les élèves qui cherchaient leurs amis. Aurélia en fut mortifiée :

- Oh merd... désolée. Ça va ?

Le garçon hocha légèrement la tête et Aurélia découvrit un petit garçon aux cheveux châtains coupés au bol portant des vêtements moldus. Il était manifestement perdu. Elle lui attrapa la main et l'aida à se lever.

- Vraiment désolée, s'excusa-t-elle encore.

- C'est rien, le rassura l'enfant. J'aurais dû mieux regarder.

- Tu rigoles ? Il y a vachement de monde dans les couloirs, c'est comme si on s'était changés en auto-tamponneuse.

Le garçon lâcha un petit rire. Un groupe de Serdaigles en quatrième année demandèrent à passer. Aurélia roula des yeux.

- Trente secondes. Où sont tes amis ?

Le garçon baissa la tête avec timidité.

- Oh, je suis nouveau...

Il n'en fallut pas plus pour la métisse tout feu tout flamme.

- Okay. Allez viens avec moi, ordonna Aurélia ce qui prit son cadet au dépourvu.

- Mais...

- Il y a beaucoup de monde donc faut libérer de la place, sourit Aurélia et puis je te présenterai mes amis. On est tous en deuxième année, on était à ta place l'année dernière.

Elle offrit sa main au garçon pour le tirer hors de l'agglutinement des élèves et lui conseilla d'attraper sa robe pour ne pas la perdre. L'enfant obéit et suivit Aurélia vers le fond du train. Enfin libérés, ils en poussèrent un soupir de contentement commun, puis rirent.

- Je m'appelle Aurélia, se présenta la métisse.

- Gavin.

Ils se serrèrent la main, puis la porte s'ouvrit dans le dos d'Aurélia et une charge s'ajouta sur les épaules de la pré-ado.

- Auréééééé !

- Hmfg. Salut Alicia. T'as passé de bonnes vacances ?

- Géniales ! Oh, bonjour ! Salua-t-elle Gavin qui ne savait pas trop où se mettre.

- Gavin je te présente Alicia. Elle est un marshmallow vivant.

- QUOI ?

- Dis que c'est pas vrai.

- … C'est vrai.

Aurélia sourit largement et invita Gavin à entrer dans le compartiment. Elle fut accueillie par sa tribu dans un habitacle tout à l'arrière du train comme l'avait indiqué Cédric Diggory. Toute la bande était presque au complet et adressa un grand sourire ou une exclamation aux nouveaux venus. Elle échangea un check avec Lee et les jumeaux, enlaça Thelma puis toucha l'épaule d'Angelina qui jouait à la bataille explosive avec Trinity Lynn. Kenneth Towler et Ethan Gerard les derniers Gryffons de la bande étaient dans le compartiment voisin avec des amis Serdaigles.

- Alors la Barbade ?

- Reposante. J'ai passé du temps avec mon grand-oncle marabout, c'était vraiment cool! Répondit-elle avec un peu de fierté.

Elle avait rangé sa pierre dans sa poche. Elle la tenait depuis le réveil, il était temps de faire une pause. C'est alors que Lee bondit littéralement sur ses pieds alors que Gavin qui s'était présenté maladroitement au groupe, rejoignit Aurélia sur la banquette. Le compartiment était bondé mais en se serrant tout le monde avait de la place.

- Vu que tu es enfin là, je peux te montrer ça ! S'exclama le jeune garçon.

Aurélia leva un sourcil mais attendit alors qu'elle s'installa sur une banquette assise à côté d'Angelina Johnson. Lee Jordan sortit alors de son sac un poste radio-disque cassette. Cela fit briller les yeux de sa camarade :

- C'est pas vrai, explosa Aurélia, tu as réussi à en emmener une?!

Lee sourit à pleines dents alors que les jumeaux entourèrent Aurélia:

- Vois-tu Aurélia...

- Notre père est bricoleur à ses heures perdues...

- Et quand Lee est venu nous rendre visite pendant les vacances...

- Il avait les yeux aussi brillants que les tiens.

Aurélia s'esclaffa. Lee l'avait informée au cours de leur correspondance qu'il allait chez les jumeaux, et elle avait en effet complètement oublié l'amour inconditionnel d'Arthur Weasley pour le génie Moldu. Lee roula ses propres yeux :

- J'ai dû l'empêcher de transformer le lecteur de cassettes en bouilloire pour le thé, mais voilà...

Il ouvrit le lecteur et montra un cristal à la place des piles et des petites runes gravées sur le côté. Aurélia en reconnut une :

- flot ? Lut Aurélia

- Il m'a expliqué que c'est pour avoir un flot continu d'énergie. On prend directement la magie environnante, comme celle de l'école et quand je suis chez moi j'ai qu'à remettre des piles.

- C'est parfait ça, rugit Aurélia

- Je savais que ça allait te plaire! On commence par quoi ?

Il renversa sa sacoche remplie de disques sous les sourires éclatants d'Aurélia et Thelma.

- Pourquoi pas Queen ? Proposa Aurélia

- We Will Rock you ? Dit Lee en attrapant un disque.

- C'est pas la chanson que vous avez chantée au match l'année dernière ? Demanda Angelina

- Tout à fait, répondit Aurélia, mais je dirais qu'il faut commencer plus doux. BOHEMIAN RAPSHODY.

Lee et Thelma bondirent presque en même temps.

- OUI !

- Oh je le sens mal... souffla Alicia.

- IS IT REAL LIFE ? OR IS IT JUST FANTASY ? Chanta Aurélia en balançant ses bras. Le son de la radio s'avéra très fort, ce qui fit sursauter le compartiment.

- Sans doute un sort d'amplification du son, sourit Lee.

- Faudrait baisser le volume... conseilla Alicia alors que la porte du compartiment s'ouvrit sur... Raashid des Poufsouffles qui bondit littéralement dans l'habitacle. Le groupe des lions se figea en voyant le garçon. Aurélia le regarda interloquée, mais Raashid ouvrit sa bouche et :

- MAMAAAA LIFE HAS JUST BEGUUUUUN !

Un énorme sourire éclaira les visages de tous les enfants dans l'habitacle, Gavin interloqué par cette bande de cinglés.

D'autres Nés-moldus ou Sang-mélés (dont Teddy Mint qui salua Aurélia avec un grand sourire) vinrent jeter un coup d'œil au compartiment des secondes années. Parmi eux de timides premières années qui avaient besoin d'une dose de familiarité. Certains rigolèrent en voyant Raashid, Lee et Aurélia chanter en choeur debout sur les banquettes. Percy Weasley débarqua exigeant plus de calme, mais Aurélia haussa un sourcil et les jumeaux montèrent le son. Tout finit avec le groupe qui sautait en chantant.

Puis après quelques vociférations, le groupe baissa finalement le son, mais laissa tourner la radio la porte grande ouverte. Les premières années qui s'étaient invités restèrent assis par terre à côté d'Aurélia et Raashid juste devant le compartiment qui parlaient ensemble en riant, Lee s'était improvisé DJ et passait ses titres préférés (là c'était Welcome in the Jungle de Guns N' Roses). Tout le petit groupe, jouait ou discutait assis là où ils le pouvaient en écoutant de la musique.

La dame des bonbons vint finalement et leur vendit leurs friandises avant de repartir à l'avant. Ils mirent leur trésor en commun et Aurélia partagea une patacitrouille avec son protégé de première année.

« - Aurélia, tu montes ?

- Hein ? Ah euh ouais.

La gamine aux yeux froncés, sortit en sursaut de ses pérégrinations mentales. Penaude, elle monta dans la calèche à côté de son amie et camarade Alicia Spinnet qui parlait avec animation avec Thelma Holmes et Angelina Johnson.

Aurélia ne s'était pas vraiment rendu compte de cette particularité l'année dernière, encore sous le choc de sa nouvelle vie. Ainsi c'était devenu normal pour elle, intégré comme une simplicité dans la bizarrerie. Mais en se rendant compte que tous les enfants autour d'elle ne les voyait pas, elle s'était figée un bref instant pour intégrer la réalité. Sa réalité.

Aurélia Ruva, voyait les Sombrals.

C'était en lisant ses livres sur les créatures dites obscures, qu'Aurélia s'était rendu compte de la gravité de la situation. Alors qu'elle essayait de marcher, d'avancer en oubliant son passé, des ancres lui revenaient en pleine poire. L'Aurélia d'ici n'avait pas encore connu la mort. Comment le pouvait-elle ? Elle était trop jeune.

Même si son accident lui avait faite frôler la mort, elle était encore trop détachée pour comprendre ce que cela impliquait. Ce n'était pas une nouveauté pour une adulte de voir l'ombre funeste planer autour de sa famille ou de ses amis. L'Aurélia de 25 ans cependant… Avait vu la mort. L'avait comprise. L'avait intégrée. Mais surtout l'avait expérimentée.

Aurélia retint un hoquet alors qu'une sueur froide coula le long de ses omoplates. D'un seul coup, les souvenirs la frappa comme une détonation. Elle ressentit la douleur qui avait brûlé ses membres, les gouttes de pluie, les hurlements qui poussaient dans sa bouche.

L'enfant se força à arrêter ses tremblements en croisant ses doigts. Non. Elle ne s'effondrerait pas. Elle avait résisté un an. Ce n'était pas juste prendre conscience de cheveux ailés squelettiques qui tiraient sa diligence qui allait changer ça.

Après la Répartition qui vit Gavin réparti dans sa maison, Lee mit à disposition de la maison des Gryffons sa radio, qu'il garda le reste du temps sous clef dans son dortoir. Les jumeaux, Alicia et Angelina voulaient passer les essais pour l'équipe de Quidditch au milieu de la deuxième semaine ce qu'Aurélia encouragea avec un grand sourire (surtout qu'Olivier Dubois qui avait deux ans de plus une motivation exaltée la faisait toujours rire.).

Les cours commencèrent et comme elle l'avait promis à son oncle Aberty, Aurélia s'entraîna et se maintint en forme. Elle partait courir tôt un matin sur trois, faisait des étirements avant de se coucher et révisait ses mouvements de danse. Puis elle avait toujours sa pierre dans son sac et s'exerçait à la casser dans sa main. Finalement, ses amis se rendirent compte de son manège. Ils étaient tous en train de manger le déjeuner. Alicia s'était décidée à se jeter à l'eau :

- Pourquoi tu as toujours une pierre dans la main ? Demanda-t-elle.

- Je m'exerce.

- On le saura, siffla Angelina.

Apparemment la réponse laconique qu'Aurélia leur ressortait à chaque fois commençait à l'agacer. A moins qu'elle soit vexée par le silence de son amie ? C'était possible aussi. Aurélia poussa un soupir résigné. Oh, tant pis. Ça ne lui ferait pas trop de mal qu'ils le sachent :

- Quand je suis allée aux Barbades mon grand-oncle m'a appris deux trois trucs en magie élémentaire, vaudou et des esprits.

- Magie des esprits ? Dit Thelma sans comprendre.

- Exorcisme, expliqua Aurélia en se servant en salade.

- Et en quoi courir tous les matins t'aide à maîtriser cette magie ? Répliqua-t-elle.

- Et bien... la magie des Barbades est en grande partie maîtrisée par une bonne forme physique. Ils n'utilisent pas leur baguette là-bas. Pour sentir la magie et l'énergie qui passe à travers les pores de ta peau, il faut une bonne endurance et de la souplesse. Le rituel est aussi basé des mouvements de danse inspiré par la capoeira.

- Donc, faire du sport améliore notre aptitude à la magie... songea Thelma.

Aurélia hocha la tête en souriant. Exactement.

- ça fait écho à ce que me disait Gilbert l'année dernière, expliqua-t-elle. On n'a pas accès à notre capacité totale en terme de puissance car nos baguettes sont bridées, sans parler de la maturité magique. Mais la magie élémentaire, vaudou et des esprits qui n'ont pas besoin de baguette n'est pas bridée... Seulement par notre forme physique et notre maturité.

- Wow. Je ne pensais pas que ça t'intéresserait, sourit Lee.

- ça ne m'intéresse pas, se plaignit Aurélia en se coupant une part de tourte au poulet. Je voulais juste avoir des connaissances en magie élémentaire ! Mais Aberty a refusé de m'apprendre juste cette discipline. C'était tout ou rien.

- On voit qui est dans la même famille, s'esclaffa Lee sous les sourires des jumeaux.

Aurélia lui lança un regard noir. Fred se pencha alors vers elle :

- C'est possible que tu nous en dises plus sur la magie vaudou ?

- Alors d'abord c'est une magie ancestrale que j'ai promis de ne jamais révéler sous peine de grosse punition. Et même sans ça, hors de question que vous apprenne ce genre de magie, espèce de cinglés.

- Mais tu l'apprends toi !

- C'est familial ! Je n'ai eu pas le choix !

Fred et George insistèrent mais Aurélia les menaça de leur balancer un sort à la figure si ils continuaient. Ils rigolèrent. Elle leur courut après.

- Revenez ici cria-t-elle alors qu'ils tenaient sa pierre et s'amusaient à se la lancer dans les couloirs de l'école. Revenez ici avant que je vous balance un sort !

- Tu n'as pas promis à Charlie...

- D'être sage ?

- Un jour je les taperais, gronda-t-elle pour elle-même, un jour.

Elle finit par les rattraper à un carrefour entre deux couloirs où des élèves de leur promo étaient aussi présents. Elisa Bishop discutait avec animation avec ses camarades, dont Cédric Diggory. Le trafic de livres qu'elle gérait était en plein essor, et des bouquins étaient en train de passer de mains en mains. Cela dit, quand les trois nouveaux venus firent irruption et chahutant, tout le monde sursauta violemment et se hâta de cacher les livres. Même si c'était inoffensif, ça restait un trafic non autorisé par l'école, et si un prof était attiré par le chahut, mieux valait qu'il n'y ait aucune trace de leurs activités suspectes !

Aurélia ne les remarqua pas de suite (ce qui était un exploit car Elisa essayait quand même de cacher quatre bouquins en équilibre instable dans son dos), se contrôlant manifestement pour ne pas sauter sur Fred Weasley et lui arracher sa pierre. Lee et les autres Gryffondors de sa promo les rejoignaient derrière, certains roulaient des yeux amusés. Fred jouait avec la pierre, Aurélia fulminait. Un certain nombre de Poufsouffle se désintéressa des bouquins d'Elisa, tendant le cou avec curiosité pour assister au spectacle.

- Fred Gideon Weasley, rend moi immédiatement cette pierre !

Fred ouvrit la bouche surpris qu'elle sache son nom complet et Aurélia en profita pour le faucher par terre et récupérer la pierre. Malheureusement pour elle, les Weasley étaient plus grands qu'elle et leur poussée de croissance la menait à des décisions radicales.

- C'est de la triche ! Éclata George.

- Je m'en fous ! Vous m'avez énervée ! La prochaine fois c'est un sort à la figure !

- Comment tu connais mon nom complet ? Demanda Fred.

Aurélia ouvrit la bouche et la referma avant de regarder ailleurs. Oups.

- T'as une tête de Gideon.

- C'est pas vrai.

- Bill me l'a dit. On a eu des discussions sur les seconds prénoms.

- Ah bon ? Quel est le deuxième prénom de Bill ?

- J'ai pas retenu. Gideon est un nom plutôt cool. C'est resté.

- Et tu te rappelles du mien ? Demanda George avec le même sourire narquois de son frère.

Plusieurs élèves gloussèrent, hilares. Elisa faisait partie du lot. C'est d'ailleurs à ce moment-là qu'Aurélia tourna la tête légèrement paniquée et vit Cédric Diggory. Là, elle se figea, et Elisa put apercevoir un vibrant éclair effrayé. Aurélia tourna alors résolument le dos et s'en alla sans répondre aux jumeaux.

- Où tu vas Aurélia ? demanda Lee qui ouvrait la porte de la salle de révisions.

- Réviser ! Lâcha-t-elle en s'éloignant vite.

- Tu ne restes pas avec nous ?

- J'ai des recherches à faire à la bibliothèque.

Puis elle s'en alla en sprintant dans la direction opposée à la bibliothèque... avant de s'en rendre compte et de s'en aller vers le temple du savoir. Trisha toussota :

- Nope. Toujours aussi bizarre. »

Elisa fronça les sourcils. Ok, un certain nombre d'élèves ne participaient pas à leurs révisions collectives, mais Aurélia était la seule qui avait l'air effrayée à cette perspective. Ça, plus le fait qu'elle évitait la classe des Poufsouffle comme la peste, ça la mettait un peu mal à l'aise. Au bout d'un an, Elisa avait réussi à s'entendre avec à peu près tout le monde dans sa promo (même avec les solitaires du genre Aaron Woodbridge de Serdaigle !), à deux exceptions notables…. Les Puristes, et Aurélia Ruva. Et ça l'angoissait un peu. Qu'est-ce qui clochait dans son approche, dans sa Maison, pour que la Gryffondor refuse aussi catégoriquement de se mêler à leur groupe ?

Puis le regard d'Elisa tomba sur Trisha et elle ravala sa question. Elle avait fait l'erreur de dire une fois à son amie qu'elle se sentait blessée par le rejet féroce de Ruva, et depuis, Trisha ne pouvait pas la piffer. Ce n'était pas le moment de relancer cette histoire.

– Allez, qui a fini la Métamorphose ? préféra-t-elle lancer à la cantonade en entrant. J'ai un grand trou dans le plan de ma dissertation !

Du coin de l'œil, elle vit que les jumeaux étaient restés dans le couloir, la tête tournée dans la direction vers laquelle Aurélia était partie. Avant de s'en détourner, ils s'échangèrent un regard malicieux, et Elisa comprit qu'ils ne faisaient que commencer. Aurélia venait de déclencher la détermination de deux enfants roux avec beaucoup de temps et d'imagination.

Elle allait souffrir.

Fred et George étaient en effet survoltés et assez déterminés pour suivre Aurélia alors qu'elle s'entraînait le matin. Alors qu'ils voulaient en savoir plus, elle leur hurlait non. Ce qui ne faisait qu'attiser la volonté des deux Weasley. Elle essayait de les éviter et sa baguette la démangeait mais elle se contrôlait assez pour ne pas les envoyer dans le lac. Finalement, Charlie prit de pitié lui demanda pourquoi elle ne leur apprenait pas quelque chose :

- J'ai promis à mon grand-oncle !

- Mais maintenant ils sont fixés sur ça. Et je suis sûr que d'autres de tes camarades aussi. Allez Auré. Apprends-leur un truc pour calmer le jeu.

- Je vais me ramasser une malédiction vaudou, répliqua-t-elle. Tu sais à quel point c'est destructeur ? C'est mille ans de malchance sur plusieurs vies ! Je ne veux pas être maudite sur mille ans, ma vie est déjà assez pourrie comme ça !

Charlie roula des yeux, assez amusé.

- Ta vie n'est pas pourrie.

- Oh si.

- Ta vie n'est PAS pourrie espèce de drama-queen. Je te rappelle que tu as des amis.

Aurélia ronchonna et regarda ailleurs. Charlie et elle marchaient dans les couloirs. Elle s'était éclipsée dans la salle commune et Charlie était en pleine ronde de préfet alors après des supplications et la menace de se rouler par terre, elle l'accompagna dans sa mission.

- Qu'est-ce que tu ne peux pas montrer, concrètement ?

- Le vaudou. L'exorcisme. Surtout que je ne suis pas assez avancée, ce serait trop dangereux, autant que je sache je pourrais invoquer un esprit obscur par erreur ou envoyer Sir Nicholas de l'autre côté aussi vite qu'il ne tire sa tête.

Charlie sourit largement alors qu'ils tournaient dans une allée, pour apercevoir deux élèves de troisième année à Poufsouffle jouer avec ce qu'il semblait être... Des bombabouses ?

Charlie passa derrière eux discrètement et leur confisqua les objets.

- Et ça fait cinq points en moins à Poufsouffle chacun. Dommage, vous n'avez pas été assez discrets.

Aurélia eut du mal à retenir un sourire alors que les deux enfants s'éloignèrent en ronchonnant. Charlie mit les explosifs dans sa poche et ils continuèrent leur périple.

- Et la magie élémentaire ?

Aurélia se figea alors un court instant. Charlie le remarqua :

- Tu n'y avais pas pensé, pas vrai ?

- Pas vraiment... Je suis trop occupée à comprendre pour moi-même alors enseigner aux autres un truc que je pige à peine...

- Tu ne peux pas demander de l'aide à ton oncle ?

- Il est du genre, tiens je te jette du précipice et tu essaies de te débrouiller toute seule !

Charlie hocha lentement la tête.

- Et personne ne peut t'aider pour ça dans ta famille ?

Aurélia réfléchit une seconde. En fait une seconde suffisait.

- Mon cousin… ? Mes cousins ? L'option magie élémentaire est présente à Ilvermony.

- Tu vois ? Ecrit leur une lettre. Demande leur comment faire pour déterminer les magies élémentaires, et apprend ça à mes frères, conseilla Charlie.

Aurélia soupira longuement en se pinçant le nez :

- ça va être terrible. T'imagine si c'est le feu ?

- Ou l'air.

- Non. Ce sera le feu. »

Finalement, Aurélia suivit le conseil de Charlie Weasley et envoya une lettre à son cousin Morgan qui étudiait à Ilvermony. Non seulement il était plutôt content d'avoir de ses nouvelles, mais il accepta de lui donner une copie de ses cours de magie élémentaire. Il lui passa les tests d'alignement et ce fut franchement choquée, qu'Aurélia se rendit compte qu'elle les avait tous passés sans s'en rendre compte. Le test de l'eau c'était quand elle péchait la langouste, le test du feu quand elle écoutait religieusement son oncle devant les feux de plage raconter ses histoires ou les bases en vaudou, le test de la terre c'était quand il lui apprenait à danser pied nus sur la terre brûlante et enfin le test de l'air c'était en rapport avec sa respiration... La méditation.

Bon sang Aberty s'était bien foutu de sa gueule :

- Qu'est-ce que tu as reçu, demanda curieusement Alicia.

Angelina lui donna un coup de coude en faisant un petit signe de tête. Aurélia le remarqua. Apparemment cela ne servait à rien de lui demander quoi que ce soit mais cette fois... oui cette fois elle répondrait :

- C'est une lettre de mon cousin Morgan. Il m'a donné des informations sur la magie élémentaire.

- Pour t'aider à casser ta pierre? Dit Lee qui finissait son petit-déjeuner.

- Non. Pour apprendre comment déterminer les éléments des autres.

Il eut un petit blanc. Les enfants qui étaient autour d'elle levèrent leur tête. Aurélia serrait les dents. Elle détestait perdre son temps, mais... Bon avec un peu de chance elle serait sauve et ils gagneraient au change. Et vu comme elle galérait, il y avait peu de change qu'ils maîtrisent rapidement la magie élémentaire. Elle ne prenait aucun risque non ?

Elle soupira. Apprendre à des gosses des armes potentiellement mortelles la faisait à la fois flipper et réfléchir à deux fois. Elle était beaucoup plus responsable qu'elle ne le pensait. Merde à la fin ! Qu'est-ce qu'elle devait faire ? Rendre des comptes à tout le monde l'énervait au plus au point. Elle devrait se barrer de cette école, c'est décidé, à la fin de la journée, elle ferait son sac de voyage, choperait des ingrédients pour du polynectar dans l'armoire de Rogue et s'en irait en Barbade s'entraîner non stop avec son oncle pour revenir, casser la tête à Voldy puis repartir... C'était un plan qui se tenait non ?

Elle soupira. Non c'était un plan à la con. Il allait être là l'année prochaine. Elle pourrait peut-être le pousser dans le miroir, mais pendant ce temps, ces gosses étaient autour d'elle et étaient trop curieux pour leur propre bien. Elle n'arriverait jamais à les contrôler, c'était des enfants et des êtres vivants. Ils étaient imprévisibles et si elle continuait, risquaient de devenir un problème. Alors autant délivrer des petites informations et réguler le flux. Ils avaient douze ans. A douze ans on aime pokémon et on pousse les gens dans la boue... Enfin, elle, elle se rappelait qu'à douze ans on l'avait mise dans une poubelle alors...

- Fred, George, appela-t-elle.

Les jumeaux diaboliques à quelques sièges se tournèrent vers elles avec le regard pétillant et sale gosse. Bon sang, ils savaient qu'ils avaient gagné non ?

- … mmgh, marmonna-t-elle.

- Qu'as-tu dit ?

- Nous n'avons pas bien...

- Entendu...

- J'ai dit d'accord ! Lâcha-t-elle. Je vais vous apprendre la magie élémentaire, à vous et à...

Elle jeta un coup d'oeil à Lee et tous les autres.

- Tous ceux qui le veulent, ronchonna-t-elle.

Les jumeaux levèrent les bras au ciel de victoire et échangèrent un check élaboré. Aurélia laissa tomber sa tête sur sa table. Vie de merde. Lee lui tapota la tête :

- Félicitations.

- Rah.

- Alors ça fait comment de collaborer avec les autres et lâcher prise ?

- Mal. Ça fait mal. C'est chiant et ça m'énerve.

- C'est pour ça que les gens pensent que tu es bizarre, lui dit sévèrement Lee. Tu dois sérieusement lâcher du lest.

- Je les emmerde profondément, gronda-t-elle alors que Lee ouvrit sa bouche choqué.

- 5 points en moins à Gryffondor, Mlle Ruva sourcilla le professeur McGonagall en passant derrière elle. Le langage de charretier n'est pas du tout accepté au sein de cette école. Messieurs Weasley, pourriez-vous arrêter de gesticuler sans cesse ?

- On a gagné ! On a gagné !

Aurélia poussa un long soupir de défaite en buvant son café au lait. Bon sang. Elle n'était pas rendue. Lee lui par contre était un peu vexé. Il la regarda un peu froidement. Aurélia pouvait être drôle et déjantée, mais quand elle était odieuse comme cela... Même lui cela l'énervait au plus haut point.

L'après-midi même, les jumeaux caquetèrent autour d'elle en essayant de déterminer leur élément, alors qu'elle lisait le livre que son cousin Morgan lui avait conseillé pour les bases en magie élémentaire. Elle en avait trouvé une copie dans la bibliothèque qu'elle lisait avec beaucoup d'attention. Les cours étaient terminés et le groupe des Gryffondors se dirigeait vers l'étude où le reste de la promo les attendait. Elisa vit Aurélia s'avancer perdue dans la lecture de son livre, la jeune métisse n'était jamais très expansive en étude, restant dans son coin à lire un livre et aidait parfois mais l'air absent. Les enfants étaient vexés mais c'était une nouvelle année... peut-être avait-elle un peu grandi ?

- Bonjour Aurélia, salua la Poufsouffle. Tu as changé d'avis pour l'étude ?

Car durant toute l'année précédente, Aurélia avait évité comme la peste les groupes de mise en commun des devoirs qui rassemblait les différentes Maisons. Oh, elle n'était pas la seule (Tamsin Applebee de Poufsouffle, Aaron Woodbride et Jeremy Stretton de Serdaigle, les jumeaux Weasley de Gryffondor, et la bande des Puristes de Serpentard étaient presque toujours absent également), mais c'était la seule à faire autant d'effort pour ne pas se joindre à eux. Les autres élèves en étaient donc assez naturellement venus à la conclusion qu'elle ne les aimait pas, ou qu'elle n'aimait pas les devoirs, ou juste qu'elle n'aimait pas le mélange des Maisons. La voir ici avait quelque chose de surprenant.

- On peut dire ça, marmonna Aurélia son nez complètement immergée dans le livre.

Aurélia ne se rendait pas compte à quel point elle ressemblait à la future Hermione Granger. Lee s'avança alors vers Elisa, habitué aux bizarreries de son amie.

- Elle est en train de préparer un truc, n'en prends pas rigueur, dit-il cyniquement.

- Bah franchement, elle est tout le temps comme ça non ? lâcha Trisha en levant les yeux au ciel. Bon, passons aux choses sérieuses. J'ai entendu dire que Chourave allait nous faire étudier les choux mordeurs la semaine prochaine, est-ce que quelqu'un sait ce que sont ces horreurs ? Cécile m'a dit qu'une fois elle a failli perdre un doigt durant ce cours !

– Cécile raconte ça pour faire peur aux gens, ne l'écoute pas…

– Ça s'appelle des choux mordeurs, Cédric ! Dix contre un qu'ils ont des crocs acérés.

– Des crocs ! T'exagère ! Pari tenu.

– Ah ! Prépare-toi à perdre !

Le reste de la promo se lança dans leurs devoirs (ou leurs suppositions pour la suite du programme scolaire). Aurélia par contre les ignorait royalement. Terry ouvrit finalement la porte de la salle de classe et la promo s'engouffra à l'intérieur. Une fois arrivés, Aurélia se laissa tomber sur sa chaise et continua à lire et souligner des trucs. Puis elle soupira. Puis tourna la page. Fronça les sourcils. Comprit le concept. Soupira encore.

Une grande majorité du groupe l'observait de près ou de loin, tout en se plongeant dans leurs propres devoirs. Beaucoup d'entre eux se désintéressèrent d'elle lorsque Helen se mit à discuter de Défense avec un petit groupe d'intéressé, et lorsqu'Heather Thatcham et Takashi Noda (les deux meilleurs élèves de la promo) sortirent leurs dissertations respectives de Potions et proposèrent de donner un coup de mains à leurs pairs.

Mais les élèves les plus proches d'Aurélia ne pouvaient pas ne pas entendre ses soupirs et ses grognements continuels. Certains grinçaient déjà des dents d'un air contrarié. Adrian Pucey et Terence Higgs, qui étaient juste à côté, lui lançaient des regards noirs (qu'elle ne voyait absolument pas). Finalement Angelina craqua :

- Rah ça suffit ! On sait que ça t'embête, navrés d'être curieux ! Si c'est si embêtant que ça ne le fait pas mais ne nous demande rien en retour !

Il eut un silence, et plusieurs têtes se tournèrent vers eux, curieux. Aurélia se figea au-dessus de son livre et regarda hébétée Angelina, qui avait croisé ses bras, puis Lee, qui ne la défendait pas et semblait approuver silencieusement. Elle ferma alors son livre en marquant la page d'un morceau de parchemin :

- Mais... ça ne m'embête pas !

- Tu as une drôle de façon de le montrer.

- Non mais, pas du tout Angelina ! C'est juste que ça demande vachement de préparation et que je me demandai comment mettre ça en place en plus du temps pour les devoirs et en prenant en compte votre entraînement de Quidditch.

- Quel entraînement ?

- Bah, vous passez bien les essais demain non ?

Angelina ouvrit la bouche d'un air outragé, la referma, puis craqua :

- Mais c'est PAS TES OIGNONS ! Tu ne joue même pas au Quidditch !

– Mais c'est pour vous rendre service ! bredouilla Aurélia complètement choquée.

Angelina avait l'air d'une cocotte-minute sur le point d'exploser :

– Organiser nos emplois du temps ?! Tu réalises pas que ça va un peu loin ?! On te fous la paix, est-ce que c'est trop d'espérer la même courtoisie ?! Bordel, quand on t'as demandé ce que tu fabriquais avec ce caillou, ce n'était pas une invitation à régenter nos VIES !

Aurélia la regarda complètement choquée alors qu'un lourd silence souligna les paroles d'Angelina qui était pour le coup très énervée. Tout le monde les regardait. Une ou deux personnes émirent des rires nerveux, rendus mal à l'aise par la soudaine tension, et Aurélia se crispa.

- QUOI MAIS NON, ça n'a jamais été le cas! Protesta-t-elle.

- Oui mais on en a pas l'impression Aurélia! Tu traînes jamais avec nous parce que tu le veux vraiment, tu préfères parler au plus vieux, tu fuis notre classe, mais tu penses quand même qu'on doit organiser nos vies autour de tes caprices ! Mais bon sang c'est quoi ton problème ?

- J'ai PAS de problème. Je fais pas de caprices. Et je peux rester seule si j'ai envie !

- Bah alors reste seule et ne vient plus nous voir, renvoya Angelina complètement exaspérée.

Aurélia ouvrit la bouche. Ferma la bouche. Elle bouillonnait. Ohoh. Non. Ne dis pas quelque chose que tu vas regretter...

- Vous n'avez aucune idée de ce que j'ai dans la tête. Vous savez que dalle !

Elle avait crié ces dernières paroles. Bon sang, quelle bande de mômes extrêmement chiants. Allez tous vous prendre un mur bordel.

– Probablement parce que tu ne nous dis jamais rien, siffla Angelina avec colère.

Alicia leva les mains :

- Wow, du calme vous deux.

– Vous deux ? s'étrangla Aurélia. C'EST ELLE QUI ME SAUTE A LA GORGE !

– Ton attitude est effectivement un peu énervante, admit Alicia (et Aurélia se sentit à nouveau poignardée dans le dos : elle aussi ?). Mais faut vous calmer tous les deux. Ne hurlez pas pour si peu. Vous êtes tombées sur la tête ou quoi ?

Aurélia explosa :

- BAH JUSTEMENT OUI. J'AI EU UN ACCIDENT A MES ONZE ANS OU J'AI PRIS LA FOUDRE ET J'AI PASSE DEUX SEMAINES ENFERMEE A SAINT-MANGOUSTE. DONC ENCORE UNE FOIS VOUS SAVEZ QUE DALLE.

Il y eut un court silence. Au fond, les gens chuchotaient : mais toute la promotion, plus de trente personnes, étaient en train de regarder le drama des Gryffondor avec avidité. Certains riaient nerveusement, gênés, et d'autres faisaient semblants de lire, mais tous zieutaient le spectacle. Même Takashi avait relevé la tête de ses équations, fasciné malgré lui. Être le point de mire de tous les élèves fit rougir Angelina d'embarras, mais ça ne l'empêcha pas de croiser les bras d'un air buté et d'enchaîner :

- Et alors?

- Et alors quand tu as des mecs du ministère qui te regarde comme une bête curieuse pendant deux semaines et que tu ne peux pas voir ta famille le choc est plutôt énorme.

Angelina roula des yeux :

- Tout ce cinéma pour un choc ? Un choc qui date de l'année dernière ? Arrête de nous prendre pour des imbéciles et de te chercher des excuses. Si tu as un problème dis-le nous en face !

Aurélia leva les bras au ciel. Elle en avait marre. Marre de tout et marre de...

Elle se figea un instant et regarda les enfants en face d'elle. Vraiment. Elle réalisa... ils ont le même âge non ?

- Le même âge.. ? Siffla une voix interne.

Le même âge quand elle s'était faite maltraiter. Les attouchements pas demandés, les moments où ils la poussaient dans les couloirs les moments où elle mangeait toute seule à la cantine, ou elle se réfugiait à la bibliothèque Elle réalisa alors ce qu'il se passait... Elle avait peur. Elle était TERRIFIEE par eux. Et puis… Ils ne comprenaient pas. Elle était morte bon dieu ! Elle avait été frappée par un ECLAIR avec tout ce que ça impliquait !

Et ça... Et merde, elle était supposée avoir grandi. Elle était supposée être une adulte, et on lui avait tout pris. Tout pris...

Elle cligna des yeux alors qu'elle était devenue pâle et que des larmes commençaient à goutter. Elle tremblait comme une feuille. On dirait qu'elle n'était pas guérie... Elle savait qu'elle aurait dû s'enfuir. Ce n'est pas un endroit pour elle.

Avant que qui que ce soit puisse ajouter quelque chose, elle fondit sur ses affaires, prit ses livres, son sac et s'en alla de la salle en grandes enjambées. Sans oublier de claquer la porte.

Il y eut un silence, puis…

– Eh bien, on dirait qu'il fallait que ça sorte, fit Adrian d'une voix traînante. Vous avez fini ? Pas que le spectacle me dérange, mais j'étais un peu venu pour bosser, moi.

– La ferme Pucey, gronda Angelina en tournant la page de son manuel si brutalement qu'elle en déchira le papier.

Terence plissa les yeux d'un air menaçant, Helen ouvrit la bouche pour en rajouter une couche, deux Serdaigle esquissèrent un geste vers leurs sacs comme pour s'en aller… Elisa prit soudain conscience qu'elle était stupidement figée. Alors elle inspira un grand coup, et lâcha d'une voix forte qui dérailla dans les aigus :

– Du calme, du calme ! Adrian, elle ne voulais pas dire ça. Angelina, Adrian ne t'as rien fait. Et il a raison, on est là pour travailler, non ?

– C'est eux qui ont ramené Ruva, quand même, lâcha Rhonda avec mauvaise humeur.

Alicia leva les bras au ciel :

– Elle nous a suivis sans rien nous dire ! On ne savait même pas qu'elle serait là, elle ne nous dit jamais rien !

– Mais vous pouvez garder un œil sur elle, non ?

– On n'est pas ses chiens de garde !

– Mais apparemment elle n'est pas au courant, rajouta Heather d'un air narquois.

– On t'a rien demandé Thatcham !

Et boum, voilà, tout le monde se remit à parler en même temps. Elisa soupira, découragée, et renonça à faire revenir le calme. L'ambiance était foutue. Heureusement que les jumeaux Weasley venaient rarement à ces séances de révisions, et donc qu'ils n'étaient pas présents aujourd'hui. A tous les coups, ils auraient mis de l'huile sur le feu. Elle espérait que cette histoire allait s'arranger…

Effectivement, l'ambiance s'arrangea. La session du jour fut fichue, mais le lendemain, tout était revenu à la normale entre les élèves des différentes Maisons.

Mais pas entre Aurélia et ses amis.

Les jours passèrent. Et Aurélia Ruva n'adressa plus la parole à personne. Elle mangeait par elle-même sur la table des Gryffondors. Restait souvent à la bibliothèque. Allait travailler dans la Salle sur Demande. Revenait juste avant le couvre-feu en salle commune. Dormait. Et la journée recommençait. Aurélia aurait dû être triste... Et une partie d'elle-même l'était. Elle en appréciait certains et était énervée d'avoir tout cassé.

Elle essaya de s'excuser.

Elle était allée voir Lee, Angelina, Alicia... même les jumeaux, mais tous la renvoyèrent. Ils étaient cassants, sur la défensive, presque agressifs. Apparemment le coup d'éclat d'Angelina avait crevé un énorme paquet de tension et de non-dits qui semblait s'accumuler depuis des lustres. Ceux qui n'avaient pas été impliqués, comme Thelma ou même Ethan, voulaient bien s'assoir à côté d'elle en cours mais ils fuyaient son regard dès qu'elle essayait de essayait d'aborder le sujet, marmonnant qu'il fallait laisser les choses se tasser. Ouais, ils prenaient le parti d'Angelina et ils n'avaient pas le cran de lui dire en face, en gros. C'était dingue ça ! Si son attitude les exaspérait autant, pourquoi ils n'avaient rien dit ?! Pourquoi avaient-ils attendus que ça explose ?! Maintenant plus personne ne savait comment recoller les morceaux ! Tous refusaient de lui pardonner ou de lui adresser la parole. Et les jumeaux... et bien eux...

oOoOoOo

« - Aurélia, quelle surprise ! Dis-donc, il fera beau aujourd'hui, il n'y a aucune chance que tu prennes un éclair, t'inquiètes.

Les Gryffons à côté ricanèrent, certains avec amusement, d'autres juste avec embarras, et d'autres encore simplement pour suivre le mouvement. Sauf Peter Mint qui était plus loin, mais restait discret. Il appréciait Aurélia, mais préférait ne pas avoir de problèmes. L'année dernière était encore très présente.

Aurélia regarda les Weasley, assez fatiguée au-dessus de son livre. Depuis mi-Octobre, elle ne réagissait plus à leurs blagues cruelles. Si elle le faisait, ça allait dégénérer, et tout ce qu'elle voulait pour le moment c'était du calme et de la solitude. Elle l'avait appris à la dure. Quand elle avait répondu les premières fois, elle en avait eu pour deux jours non-stop. Ils étaient une allumette et elle était du kérosène. Alors il fallait couper les vivres. Et ne pas réagir.

Jamais Aurélia Ruva n'avait été aussi blasée, fatiguée et... émotionnellement éreintée.

- T'as peur des éclairs ? fit un Gryffondor d'un air de surprise exagéré. C'est pas une peur qu'on est supposé dépasser vers l'âge de quatre ans ?

- Ouais, répondit-elle d'une voix morne en lisant son livre de Runes. Mais se prendre la foudre c'est comme si tu te faisais brûler vivante trois fois de suite. Tu me passes la carafe?

Le garçon fut pris au dépourvu mais lui passa la carafe d'eau en levant les yeux au ciel. Pas drôle. Ses réactions étaient de moins en moins marrantes en ce moment.

Tout l'intermède se passait sous les yeux de Charlie. Le cadet Weasley eut un rapport complet sur ce qu'il s'était passé et soupira. Il ne pouvait pas plus intervenir, ses frères étaient intenables et Aurélia elle-même devait apprendre à se débrouiller seule. Et puis, ce n'était que des plaisanteries. Ses frères Ron et Percy subissaient bien pire, à la maison ! Alors il ignora le problème et se concentra plutôt sur ses ASPICS.

Aurélia gérait chaque jour les uns après les autres. Elle révisait, elle s'améliorait, et avait même des petits projets en parallèle de plus elle ne pouvait pas se reposer sur ses lauriers. Sans soutien, elle devait changer complètement de procédure.

Un élément contrariant de sa vie était pourtant bien présent au quotidien : le cours de Défense contre les Forces du Mal. Le prof était plus jeune que le professeur Watchdog de l'année dernière (qui avait apparemment réintégré les rangs du Département de Régulation des Créatures Magiques) et s'exprimait clairement. Les élèves passèrent toute l'heure à prendre des notes mais... il n'eut aucune pratique. Aurélia fronça les sourcils, mais rangea ses cours sans son sac sans éclat de voix. Ce n'était que le premier cours après tout. Il n'y avait rien d'urgent pour le moment.

Malheureusement, les cours se succédèrent et il n'y avait aucune pratique à l'horizon. Le professeur Marshmallow leur expliquait la théorie de la magie, pourquoi certains sorts étaient plus efficaces que d'autres dans certains environnements, et il leur expliquait le fonctionnement de maléfices ou contre-maléfices à leurs niveaux, comme le jet d'étincelles coloré, le Rictumsempra, le Furonculus, ou le Finite. Comment ça se lançait, quels en étaient les effets, mais surtout, comment ça se soignait. Cela dit…. Il n'y avait aucun exercice pratique. Une seule fois, Marshmallow fit venir un élève au tableau pour qu'il lance le sort sur une grenouille : mais c'était tout !

C'est au début du mois d'Octobre que cette fois, Aurélia exigea une explication, c'est alors qu'elle leva son bras et que le professeur Marshmallow hocha légèrement la tête pour lui signifier qu'elle pouvait parler :

- Excusez-moi professeur demanda-t-elle, il n'y a pas de pratique dans le programme cette année ?

Question rhétorique, bien entendu qu'il était supposé avoir de la pratique. C'est alors qu'il se passa quelque chose qu'elle ne vit pas arriver... Le professeur regarda ailleurs, comme fuyant son regard :

- Nous n'avons pas besoin d'aborder la pratique pour le moment, Miss Ruva.

- Mais dans l'année ? N'avons-nous pas une épreuve pratique aux examens ?

- Et bien... pas que je sache. »

Cela coupa le sifflet à Aurélia et alors que la plupart enfants autour d'elle dont Elisa Bishop qui était aussi dans la salle de classe froncèrent leurs sourcils. Mais Aurélia avait passé un stade. Elle était folle de rage.

Après le cours qui était le dernier de la journée, Aurélia bondit hors de la salle si vite que personne ne put la rattraper. Elle fonça alors dans la Salle sur Demande qu'elle avait finalement trouvée en notant ses souvenirs dans un de ses carnets. C'était la tapisserie des trolls qui dansaient qui l'avait menée sur la bonne piste alors qu'elle explorait le château. Quand elle entra dans la salle, elle trouva une pile de vaisselle prête à casser sur le sol.

Aurélia s'empara d'une porcelaine et la fracassa sur le mur, puis répéta l'opération en la ponctuant de cris rageurs.

Car voilà, Aurélia venait de réaliser qu'elle s'était trop détendue. Faire la magie élémentaire ? Apprendre des runes ? Mais enfin, pourquoi elle faisait tout ça ? Elle faisait ça pour se protéger et protéger les autres ! Elle faisait ça car une guerre arrivait et qu'elle n'y couperait pas.

Et le fait qu'un tel professeur, incapable de leur apprendre comment se défendre soit présent dans cette école... parfois elle se demandait si la direction le faisait exprès. Car il fallait vraiment le vouloir pour mettre des clampins pareils dans le corps professoral!

Aurélia se laissa tomber par terre et s'empara de sa pierre. Étonnamment, cet exercice avait une valeur anti-stress. Elle la serra aussi fort sur possible tout en réfléchissant. Bon. Elle ne pourrait pas changer le professeur c'était un fait, et contrairement au reste de l'école elle était en avance sur le programme. Elle s'avançait déjà sur les sorts de défense et pourrait maîtriser le Patronus corporel dés qu'elle aurait assez de jus (maturité magique de meeeeerde).

Aurélia croisa les bras. Elle n'avait de toute façon pas le choix. Si elle était ici c'était pour une raison, pas pour se faire des amis, pas pour s'amuser, mais pour éviter ou gagner une guerre. Alors elle devra être forte et gérer chaque élément les uns après les autres.

Elle sortit du papier et du parchemin de son sac et écrivit. Elle aurait un programme chargé, alors autant faire un planning qu'elle essaierait de suivre et une check-list.

Elle n'avait jamais été très organisée, mais là elle devrait l'être. Des vies en dépendaient.

« - Bon, lâcha-t-elle pour elle-même. Je commence par quoi ? »

oOoOoOo

Alors qu'Aurélia était plongée dans la déprime et le drama adolescent, Elisa passait, jusque-là, une excellente année. Son trafic de livres se portait bien. Takashi et elle continuaient à poursuivre leur éducation moldue, en squattant une classe vide et en invitant à les rejoindre tous les élèves intéressés. Leur groupe commençait à rassembler du monde. Ils avaient même recruté plusieurs élèves de première année. Le bouche à oreille faisait des merveilles ! Du coup, ils s'étaient décidés à avoir un nom. Le Club d'Education Moldue, ou CEM pour faire court. Et les gens s'entendaient bien, que ça soit durant leurs leçons ou hors des classes. Pas de guérilla entre Serpentard et Gryffondor, pas de sorts dans les couloirs… Parmi les premières années, plusieurs élèves semblaient restés très amis, même s'ils avaient été envoyés dans des Maisons différentes. C'était un truc qui n'était pas arrivé dans le canon. Elisa attribuait ça à l'exemple que donnait sa promo, où la rivalité inter-Maison était bien moindre que dans les promotions plus âgées. Du coup… Mis à part cette grosse dispute au cours des révisions communes, son plan pour unir sa promo fonctionnait donc comme sur des roulettes.

Elle était en train de bouleverser le canon du haut de ses douze ans. Elle se sentait fière.

C'était une tâche qui lui prenait du temps (garder contact avec tout le monde, désamorcer les conflits, se tenir au courant des potins, être vue avec des gens de toutes les Maisons), mais ça en valait la peine. Et puis, ce n'était pas une corvée. Elle aimait passer du temps avec ses camarades. Elle aimait discuter de Sortilèges avec Heather et se plaindre des cours de Potions avec Aaron, ou écouter Helen faire la démonstration de différents sorts de duel, ou critiquer les profs avec Cédric et Trisha, ou encore délirer sur des projets fantasques avec les jumeaux Weasley. Être avec eux, ça faisait partie de sa vie, tout simplement.

Elle continuait à travailler dur, pour se maintenir dans les meilleurs élèves de la classe. Sauf en Histoire, cela dit. Elle passait les cours de Binns à faire ses devoirs ou à bouquiner, sans écouter un mot des élucubrations du fantôme. Elle considérait que ses lectures lui suffisaient amplement. Ses connaissances en Histoire étaient solides. Bon, elles étaient aussi un peu éclectiques. Elle avait de sérieuses lacunes au niveau des guerres avec les gobelins, mais elle était incollable sur les deux guerres mondiales, la révolte des Naga en Inde, l'installation du Ministère de la Magie en Grande-Bretagne, ou les lois de régulation des dragons en Chine. Environ 70% de son savoir était complètement inutile pour toutes les interrogations écrites, mais eh ! Ça lui permettait de faire son intéressante au déjeuner. Ce n'était pas pour rien qu'Adrian l'avait narquoisement surnommée « Magister ».

D'ailleurs, ce surnom lui collait à la peau comme du fromage fondu. C'était malheureux. Elle avait espéré que les gens l'oublient, mais… Apparemment, les autres élèves trouvaient ça hilarant.

Bon, d'accord, si c'était tombé sur quelqu'un d'autre, Elisa aurait sans doute bien rit aussi. Cela dit, comme c'était tombé sur sa pomme, elle n'avait plus qu'à se résigner… Et à admettre qu'étaler son savoir comme de la confiture sur une tartine, ça pouvait parfois se retourner contre vous.

Elisa continuait aussi à bosser sur ses inventions. Après le parchemin duplicateur, elle se penchait sur le concept des plumes. Plus précisément, des stylo-plumes. Le fait de devoir tremper sa plume dans l'encrier toutes les trente secondes, ça l'exaspérait. Il lui fallait une façon d'intégrer une cartouche d'encre à une plume, mais sans modifier le design de ladite plume, parce que les sorciers étaient psychologiquement aussi rigide que des planches et refuseraient d'utiliser un outil d'écriture s'il avait l'ait trop moderne. Cela dit, pas question de renoncer, et d'utiliser ces stupides encriers durant le reste de sa vie ! Elisa travaillait sur un mélange de stylo-plume métallique, de plume d'aigle, et de stylo bic. Elle avait trouvé une salle de classe vide dont elle se servait comme atelier. Jusque-là, elle avait ruiné une demi-douzaine de plumes et de stylo, mais elle sentait qu'elle était sur la bonne piste. Elle ne devait pas se décourager. Bon sang, ça serait la gloire si elle parvenait au succès !

– Tous ces efforts, juste pour ne pas tremper ta plume dans l'encrier, se moquait gentiment Cédric. Tu es sûre que tu es une Poufsouffle ? Parce que c'est quand même du flegme poussé à son plus haut degré !

– C'est du pragmatisme ! protestait Elisa. Et, si j'arrive à vendre ces trucs, ça sera aussi du pognon !

– Tu as besoin d'argent ? Pour quoi faire ?

– Plus d'expériences, évidemment.

– Tu es vraiment une Serdaigle parfois, se moqua Trisha.

Bref. Tout allait bien dans la vie d'Elisa. Oh, Rogue était une enflure qui lui fichait les jetons et ses potions étaient toujours à peine passable, McGonagall la notait bien trop sévèrement, la météo était mauvaise, les cours de Défense commençaient à être ennuyeux (surtout parce qu'Helen chouinait tout le temps qu'elle voulait faire de la pratique), mais… Elle n'avait pas à se plaindre. Elle n'avait que douze ans. Enfin, treize, car elle fêtait son anniversaire le 20 octobre. Mais voilà, elle était jeune… Et elle pouvait se permettre un peu d'insouciance.

Du côté des Gryffondor, Angelina, les jumeaux et Alicia furent finalement acceptés dans l'équipe de Quidditch et furent célébrés par la promo lors du dîner. Charlie disait à ceux qui voulait l'entendre que c'était une future génération en or. Aurélia quant à elle était plongée dans ses pensées. Elle fit quand même un sourire car elle était contente de leurs succès mais son regard ombrageux était encore présent.

Lee ne savait pas trop comment mettre de côté leur conflit. Il était en colère contre elle, c'était évident. Et l'ambiance était pesante quand elle était présente. Enfin, quand elle était là. Car Aurélia disparaissait beaucoup. Elle évitait la confrontation et quand elle était dans la salle commune elle lisait un livre très avancé tout en écoutant de la musique avec le volume très bas. Elle était d'ailleurs à fond sur le folk en ce moment... Peut-être un signe qu'elle s'était calmée ?

Il se disait cela alors qu'il regardait Aurélia ajouter des ingrédients en cours de Potions l'air très concentré. Lee n'était pas doué mais elle avait des facilités et ils travaillaient bien ensemble... Quand ils se parlaient. Maintenant leur entente était craquelée et donc Aurélia se contentait du minimum. Et parfois cela déclenchait des erreurs.

Alors que la potion de pousse de cheveux était supposée être couleur nacrée, elle était devenue...

- Orange, dit le professeur Rogue en montrant la louche à la classe. Le niveau abyssal de votre performance est sans aucun doute à mettre dans les annales, Miss Ruva.

Aurélia serrait ses poings tentant de rester calme. Lee avait ajouté une mesure de limaces en plus et elle avait tourné une fois de trop la louche dans le liquide.

- Vingt points en moins à Gryffondor chacun et trois jours de retenue... dit-il d'une voix doucereuse. Evanesco.

Puis il s'éloigna comme un prince des vampires d'un merveilleux coup de cape alors qu'Aurélia, rageuse, récupéra ses affaires et fut la première, dehors à s'éloigner terrifiante telle une banshee. Les jumeaux tapotèrent l'épaule de leur ami resté en arrière. Et non... La réconciliation n'était pas encore à l'ordre du jour.

Le mois de Novembre débuta par une explosion d'allégresse chez les Poufsouffle. En effet, Elisa venait d'achever son stylo-plume, et elle fêta ça en en offrant à tous les gens qu'elle croisait.

L'objet avait un beau design, il fallait l'admettre. Il ressemblait à une longue plume d'aigle… Un aigle avec un côté steampunk, cela dit, ou bien un cyborg : l'extrémité était faite d'un assemblage de métal (pour y glisser la cartouche, mais aussi pour avoir une pointe qu'il n'y avait pas à tailler pour qu'elle reste acérée). Elisa s'était éclatée avec les couleurs. Certaines plumes avaient des motifs chamarrés, allant du bleu vif à l'écaille-de-tortue, et les métaux allaient de l'acier chromé au bronze cuivré, en passant par l'or brillant pour les plus snobs. Le diamètre de la plume variait, aussi, allant de la finesse d'une plume naturelle à la largeur d'un stylo-plume moldu.

Parce que c'était beau, parce que c'était pratique, parce que c'était nouveau (sans être trop novateur), et surtout parce qu'Elisa distribuait ça gratuitement… Ce fut une ruée. Elisa donna tout son stock en moins de trois jours. La quasi-totalité des Poufsouffle, et une grande partie des autres élèves, en furent équipées. Quelques profs, notamment Chourave et Flitwick, se prirent également au jeu. En échange d'une plume, Elisa demandait simplement à ce que les gens fassent sa pub. Ce n'était pas cher payé.

Et du coup, une fois son stock écoulé, lorsque les gens vinrent en réclamer à Elisa… Elle put leur dire en toute honnêteté qu'elle devait racheter du matériel. Et donc faire payer son invention.

Elle mit donc en place un petit commerce, échangeant quelques Mornilles contre un beau stylo-plume qui rendait inutile le trempage dans l'encrier. Il suffisait de remplir des cartouches d'encre, qui duraient des jours. Le concept plaisait beaucoup. Il plaisait même tellement qu'Elisa fut contactée par Fleury et Bott pour mettre en vente ses plumes dans leur magasin.

– Je ne sais pas si je vais le faire, hésita-t-elle. C'est une boutique connue dans tout le pays, établie depuis des décennies. Ils me proposent un prorata risible. Je vais me faire manger toute crue.

– C'est le drame du commerce, philosopha Heather Thatcham. Mais si tu n'acceptes pas de coopérer avec eux, ils pourraient te voler ton concept. Tu as déposé un brevet ?

– Euuuh… Non ?

– Alors fais-le aux prochaines vacances. Et continue à négocier avec eux, ne renonce pas.

Bref. C'est ainsi qu'Elisa se retrouva avec beaucoup plus de boulot que prévu, mais que ses plumes furent mises en vente dans tout le pays. Fleury et Bott se taillait la part du lion, bien sûr. Elisa en concevait une certaine amertume. C'était son travail, son invention ! Mais elle ravala ses critiques. Dans le monde sorcier, les gamines de Sang-Mêlé avaient toujours tort face aux riches Sang-Purs établis sur le Chemin de Traverse depuis quatre-vingt-dix ans. Et, pour sa première percée dans le monde du commerce…. Récupérer vingt pour cent des ventes, sans avoir à fabriquer la chose elle-même (le boulot revenant aux employés de Fleury et Bott) ce n'était pas mal.

Pendant qu'Elisa était absorbée par cette histoire, cela dit, la plupart de ses camarades pensaient à autre chose. Et plus particulièrement… Au Quidditch.

Le match de Quidditch Poufsouffle-Serpentard ouvrait la compétition. Vu que l'affrontement ne l'intéressait pas, Aurélia s'était dirigée en sifflotant, habillée en jean et t-shirt sous sa robe (elle avait déjà trois jours de retenue avec la chauve-souris malfaisante, donc elle n'allait certainement pas ajouter des heures en plus à son compte) vers la Salle sur Demande, des sandwichs dans sa besace (ces pauvres elfes... Un jour elle s'occuperait d'eux) et du matériel de potions dans un carton avec des livres.

Aurélia s'était confortablement installée dans la Salle sur Demande, elle s'était débarrassée de sa robe et restait en jean. Elle lui fournissait ce qu'il lui fallait et elle pouvait s'y cacher sans trop de souci. De plus l'Horcruxe semblait rester calme, donc il n'y avait pas de problèmes à ce niveau là. Elle avait poussé un bureau au milieu du débarras, mis en place un petit labo de potions.

Puis il y avait aussi une étagère avec tous les livres qu'elle avait emprunté à sa mère et à la bibliothèque. Elle avait des fauteuils confortables pour lire et une petite radio sorcière qui passait de la musique, (elle avait demandé un radio-cassette moldu pour son anniversaire et le modifierait pour sa propre utilisation). Il y avait aussi une grande pile de vieux journaux, Chicaneur et Gazette du sorcier. Des photos qu'elle avait trouvé dans les registres de l'école conservés à la bibliothèque.

La check-list et son planning régnaient fièrement en plein milieu d'un tableau de liège.

A droite, le planning concernait les connaissances qu'elle emmagasinait, entraînement, révisions, pratique. Entraînement matinal une fois tous les deux à trois jours. Etirements dix minutes tous les matins. Défense avancée Lundi et Jeudi. Mardi c'était ses exercices de Runes qu'elle renvoyait à Gilbert. Mercredi c'était freestyle. Métamorphose Jeudi. Vendredi libre. Potions ou Freestyle le Samedi. Magie élémentaire un tout petit peu tous les jours. Dimanche était dédié aux expérimentations.

On pouvait y lire toutes les annotations possibles et imaginables. « Heure de colle de la chauve-souris », « Entraînement danse exorcisme », « magie terre », « Patronus », « fumigènes ? », « chercher armurerie école », « réparation jumelles », « Vol ? » , « endurance », « pique-nique », « plonger dans le Lac Noir ? », « commande à Zonko. NE PAS OUBLIER. », « Chimie »

Sur la checklist qui faisait bien deux pages, elle avait collé des stickers verts, rouges et jaune pour l'avancement. On pourrait dire ce qu'on voulait mais Aurélia Ruva était très méthodique dans son chaos :

- Carte de Poudlard. Envisager un système de mouchard pour tracer Harry Potter. (EN AVANCEMENT) Au pire piquer la CDM.

- Craquer le secret de la poudre noire instantanée du Pérou. Est-elle vraiment du Pérou ? Fumigènes si pas de poudre. Bombes glaçantes ? Possible ?

- Trouver un moyen de communication discret. Mini miroir double-sens ? Talkies-walkies modifié (pas sur avec les ondes mais tenter)

- Vêtements avec protection de runes. Faire le schéma et l'envoyer à Gilbert en le faisant passer par un exercice. (EN AVANCEMENT) Armure complète. Protection de Quidditch à modifier.

- Jumelles à réparer. Est-il possible de voir à travers les murs ? Détection de chaleur ? Ondes magiques ? A déterminer.

- Matériel de Chimie (A VENIR)

- Réserve de Polynectar ? Potions de soin ? Potions de puissance ?

- Est-il possible de sortir de la tour des Gryff en passant par la fenêtre ? Glue perpétuelle ? Gants adhésifs ? Harnais ? A tester.

- Tuer le Basilic avec un an d'avance ? Trop dangereux ? Garder un coq en sécurité. Envisager de piquer un poussin.

- Piquer la pierre philosophale. Nan. Idée de merde.

- Skate-boards, rollers. Les acheter aux premières années ? Comment se déplacer plus vite dans Poudlard ?

- Est-il possible d'anticiper les escaliers ?

- Faire la liste des planques.

- Obtenir un balai. Quitte à en avoir un vieux croulant.

- Organiser un Fight Club sans règles – jouer sur le fait que les gens ont des conflits à régler.

- Vengeance : Trouver la planque de la contrebande des jumeaux et la cramer. IDEE DE MERDE.

- Trafic d'objets moldus pour avoir de la tune. Marché noir pour concurrencer les jumeaux.

- Vengeance : sort de confusion sur les jumeaux pendant le match de Quidditch. NON.

- Se renseigner sur la magie noire. On ne sait jamais.

- Plonger dans le Lac Noir. Prévoir une combi, un tuba si sort de tétenbulle pas encore défini.

- CAMERA sorcière ? Micros dans le bureau de Dumbledore ? A méditer...

- Pensine perso. Comment s'en procurer une ? Braquer le bureau de Dumby ?

- Acheter du shampoing pour Severus Rogue ?

- Vengeance : Déchirer la rédaction de potions de Lee ? Idée de merde.

- Faire le mur l'année prochaine en passant par le passage de la sorcière borgne.

- Informations sur le Département des Mystères (prépa pour session bi-annuelle)

- PLAN TETE DE SERPENT

Aurélia s'arrêta sur cette dernière feuille et l'arracha de tableau. C'est ce pour quoi elle est là...

Son plan ne sera jamais assez au point si elle manque d'accès. Sachant que sa maison ne la supporte plus, elle n'a d'autre choix que d'agir criminellement et off the books. Un peu à la vigilante. Risqué mais pas impossible.

Elle se laissa tomber sur son fauteuil. Elle pouvait faire quelque chose toute seule. Les Horcruxes sont bien planqués mais elle sait où ils sont. Sitôt qu'elle serait bien avancée, elle pourrait partir gérer ça toute seule. On entrait et on sortait de ce château comme dans un moulin. Elle pouvait peut-être partir s'en occuper au nez et à la barbe de Voldy et Dumbledore. Le seul problème était sa baguette tracée. Tant qu'elle n'était pas majeure, elle serait bloquée. Que faire alors ? Avoir une baguette non bridée à utiliser ? L'acheter sur le marché noir ? Peut-être que dans les saisies du Département des Aurors...

Elle soupira. Bon sang, elle avait trop de choses à faire, encore heureux qu'elle avait un objectif tangible. Il fallait respirer, gérer son temps au mieux, être imbattable. En fait... D'une certaine manière, c'est toujours bien qu'elle soit sous-estimée par le reste de l'école. Elle passera sous le radar plus facilement. Travailler en équipe ne sera possible qu'avec des personnes compétentes, pas des enfants.

Elle ferma les yeux pendant un court instant... Ouais... Ces petits imbéciles lui manquaient... Lee lui manquait. Alicia lui manquait. Angelina lui manquait. Ces crétins de jumeaux l'énervaient mais ils lui manquaient.

Aurélia se passa la main sur le front. Toute cette solitude... Elle était déjà seule de toute façon, ce n'était pas problématique mais... Mais c'était plus compliqué que prévu. Elle ne serait jamais comme eux. Elle ne serait jamais une enfant normale... Donc lutter ne servait absolument à rien...

PAF !

Elle se frappa les deux joues avec les mains pour se reprendre et se leva d'un bond. Ce n'était pas le moment de chialer, elle avait du boulot. Aujourd'hui c'était Samedi donc c'était Freestyle.

Aurélia eut un large sourire qui se dessina sur ses lèvres. Elle s'étira en marchant vers son bureau couvert de papiers et de livres et attrapa la grande feuille de parchemin qu'elle avait replié plusieurs fois. Elle enleva ses bottes les posa de côté et déplia la carte.

La feuille faisait un mètre de longueur et un peu plus de largeur. Il y avait des esquisses fixées avec des trombones. Aurélia avait dessiné une forme globale et fait un schéma du château assez brouillon pour définir la grandeur de l'endroit. Cela lui prendrait des mois pour être bien au point mais elle avait les allées principales posées grâce à sa première année passée ici. Ce serait maintenant étage après étage. Elle jura. Il lui fallait peut-être un compas...

Aurélia Ruva se pencha en fronçant les sourcils sur l'énorme page de parchemin sur le sol. Elle était en chaussettes sur le sol glacé et sa baguette était plantée dans ses cheveux rassemblés en chignon.

Elle comparait ce qu'elle avait tracé sur la feuille géante par rapport à ses feuilles volantes.

- Non... Il manque des trucs. Ça n'a pas de sens.

Elle avança sur le papier en posant son pied.

- ça c'est le troisième étage... Quatrième... Cinquième... Où est la tour des Serdaigles? Elle se retourne.

- Là. Mais normalement dans le prolongement du mur on aurait... Un... Deux... Trois... Quatre salles ? C'est vrai que dans les toilettes il y avait un passage qui menait à la Chambre des Secrets.

Ce château était un gruyère est l'architecture était bordélique ! Déjà qu'elle n'était pas hyper forte pour se projeter en 3D et en géométrie spatiale, là on ne lui facilitait pas la tâche !

M'enfin... Toujours intéressant à faire. Elle avait BESOIN de cette carte ! Elle ne serait pas aussi performante que celle des Maraudeurs, car elle ne pensait de toute façon pas pister tous les élèves (trop de boulot et de difficultés) mais si elle pouvait pister seulement Harry, Hermione et Ron. Faire un mode avec seulement un pistage nominatif ? Ce serait parfait.

- Allez, il fallait rester motivée, pensa Aurélia en coiffant ses cheveux en arrière. C'était un chantier difficile mais la satisfaction sera grande.

OoooOOOOooOo

Le match de Quidditch Gryffondor-Serdaigle avait lieu le Samedi après-midi... et Aurélia hésita à venir. Mais Teddy Mint qu'elle connaissait bien, inspiré par la musique moldue qu'on mettait souvent en salle commune avait formé un groupe de supporters. C'était d'ailleurs surprenant car il était plutôt discret en temps normal. Mais son ami Phil Pinto était très motivant. Elle souriait légèrement, ils en avaient parlé vaguement l'année précédente. Ravie de voir que c'était une réalité.

Après le déjeuner, Aurélia se dirigea alors vers le stade de Quidditch où elle arriva un peu en avance. Les gradins commençaient à peine à se remplir. Il brumait comme dans un mois de Novembre. Aurélia avait son écharpe autour de son cou et son manuel de potions ouvert à la page de la potion d'enflure.

Puis les gradins se remplirent, Aurélia dissimulée par sa petite taille derrière les autres gryffons qui hurlaient et chantaient. Teddy Mint qu'elle reconnut était debout assez nerveux mais agitait son drapeau à côté de ses amis, Phil et Quentin qui faisait sa mauvaise tête. Elle vit aussi... Lee qui agitait comiquement des pompons, une banderole repliée sur elle-même. Aurélia se mise sur la pointe des pieds en rangeant son livre dans sa besace :

- ALLEZ LES LIONS, hurlaient Peter et Lee soutenus par le club des supporters.

- OUAIS. OUAIS. OUAIS.

- WE ARE THE LIONS !

- OUAIS . OUAIS. OUAIS.

Aurélia éclata de rire. Elle adorait l'ambiance, la foule en délire, les cris. Elle agita aussi ses bras, portée par le cri collectif, oubliant les tensions.

- WE ARE THE LIONS hurla-t-elle avec tous les Gryffons. KING OF THE JUNGLE.

- Voici les joueurs, annonça le commentateur (tiens ce n'était plus Tonks?), Olivier Dubois, Fred et George Weasley...

Aurélia applaudissait en regardant les joueurs entrer en saluant la foule. Angelina et Alicia chauffaient le banc des remplaçantes pour cette fois, mais c'était déjà énorme. Elle souriait largement, malgré une expression empreinte de tristesse... Elle était fière d'eux.

- Et le capitaine, l'incroyable CHARLIE WEASLEY !

Aurélia leva ses bras en hurlant. Ouais Charlie !

C'est alors qu'elle vit Lee monter les gradins en courant en sortant la banderole de son sac. Il monta jusqu'à son niveau... Le plus haut niveau. Le garçon déplia la banderole et alors qu'il leva les yeux... Il vit Aurélia.

Elle était juste en face de lui, son écharpe bien entourée autour de son cou. Elle lui adressa un sourire timide. Lee hésitant la regarda pendant quelque secondes avant de monter à côté d'elle et déplier la banderole :

- Tu veux de l'aide ? proposa la jeune métisse.

- Je peux le faire seul, répliqua Lee.

Aurélia fut vexée mais se contenta d'hocher la tête calmement puis tourna sa tête vers le stade.

- ET BUT POUR GRYFFONDOR. WOW, l'ambiance est incroyable aujourd'hui ! S'époumona le nouveau commentateur sportif.

10 à 0 pour les rouges et or qui hurlèrent de joie. Aurélia siffla et applaudit aussi en voyant le poursuiveur lever son bras. Elle tourna alors la tête vers Lee qui avait déployé la banderole.

C'est une magnifique banderole avec un lion qui rugissait et le mot « CHAMPIONS », Aurélia était bouche bée... et éclata de rire. Lee haussa un sourcil ce qu'elle ne remarqua pas :

- Elle est excellente ! J'adore !

Elle continua à rire et tourna sa tête alors qu'un nouvel hurlement de joie éclata dans les gradins. BUT de GRYFFONDOR ! Ils menaient 20 à 0 !

- Superbe action des jumeaux Weasley ! Quel coup de batte ! Le souaffle n'avait qu'à être ramassé !

Aurélia souriait largement en secouant la tête. Ils avaient vraiment du panache. Lee la regardait s'amuser sans rien dire, l'air cryptique.

- WE ARE THE CHAMPIONS MY FRIEND ! Résonna la voix de Freddie Mercury.

Les Gryffondors devant elle poussèrent un rugissement unanime... La chanson passait en boucle dans la salle commune et la maison l'adorait. C'était l'hymne de la maison. Les Serdaigles étaient scandalisés.

- WE KEEP ON FIGHTING TO THE END ! WE ARE THE CHAMPIONS. WEEEEE ARE THE CHAMPIONS!

Les Gryffondors hurlaient, balançaient leurs fanions, Lee montait le son, McGonagall appelait au calme, le commentateur était complètement abasourdi.

- NO TIME FOR LOOSERS, chantaient Aurélia et Lee. CAUSE WE ARE THE CHAMPIONS... OF THE WOOOOORLD!

Pendant un court instant, Aurélia et Lee s'échangèrent un regard. Un regard ou toute colère et ressentiment était parti, juste la joie du Quidditch. Pendant un instant, Aurélia était pardonnée et s'amusait avec son ami en oubliant ses circonstances. Elle n'était plus une adulte coincée dans un corps d'enfant... Elle était juste une Gryffondor.

Mais l'instant disparut aussi vite qu'il avait commencé... Lee se ferma. Replia sa banderole et s'en alla, laissant Aurélia comme foudroyée derrière lui, comme porteuse d'une révélation. Elle serra ses poings. Là, elle n'avait plus de choix. Soit elle se fichait de ces enfants et elle restait seule ou... Elle bossait comme jamais pour récupérer ses amis.

Aurélia siffla.

Elle détestait s'avouer vaincue.

OOOOOOOOOOO

Aurélia soupira.

C'était vraiment un moment qu'elle aurait voulu éviter, mais à moins de vouloir mourir, il fallait qu'elle l'affronte.

C'était Lundi soir après les cours et le dîner. Comme convenu, Aurélia Ruva se présenta au laboratoire de potions et bureau de Severus Rogue. Après une profonde inspiration, elle toqua à la porte :

- Entrez, claqua la voix manifestement ennuyée du directeur des Serpentards.

Aurélia entra alors. Les cachots étaient absolument sinistres et le labo privé de Rogue n'échappait pas à la règle. L'homme était d'ailleurs assis derrière son bureau avec un tas de copie qu'il semblait découper d'un coup de plume plus que noter magnanimement. Rogue lui adressa un regard mauvais alors qu'elle se présenta devant lui :

- Heureux de voir qu'un Gryffondor sur deux a daigné de se présenter à l'heure.

Elle hocha la tête devant Rogue qui écrivait à toute vitesse sans même regarder les copies. Il n'avait donc besoin que d'un seul coup d'oeil pour savoir si c'était passable ?! Le professeur Rogue leva ses yeux et donna la copie qu'il venait de corriger à la jeune fille devant lui.

- Acceptable. Encore une fois, vous manquez cruellement de discernement et d'attention aux détails. Faut-il que je vous achète une loupe pour que vous sachiez comprendre les instructions Ruva ?

- J'ai une bonne vision professeur.

- Gardez votre insolence silencieuse. 5 points en moins à Gryffondor.

Aurélia lui lança un regard noir, mais tint bon. C'est alors que la porte d'entrée s'ouvrit avec Lee essoufflé.

- Monsieur Jordan, accueillit Rogue avec cynisme. Votre flagrant retard coutera 5 points à votre maison. Approchez-vous.

Lee comme Aurélia plus tôt lui adressa un regard meurtrier mais garda ses mains derrière son dos. Rogue sortit alors une clef qu'il mit sur son bureau.

- Cette clef mène à la salle adjacente à la réserve. Il y aura des tonneaux vides qui contenaient de limaces macérées. Vous les récurerez jusqu'à je voie mon reflet dans le fond. Il est inutile d'utiliser la magie.

Aurélia et Lee hochèrent la tête. Un silence passa. Rogue claqua :

- Qu'attendez-vous ? Partez !

Aurélia sursauta presque mais se saisit de la clef et se dirigea à la réserve Lee sur ses talons. Ils traversèrent le couloir et ouvrirent la porte. Rogue ne déconnait pas il y avait une vingtaine de tonneaux et trois jours de retenue ne seraient peut-être pas assez pour nettoyer les récipients :

- Ce foutu sadique, gronda Aurélia en s'emparant du chiffon et du seau d'eau au sol.

Elle posa sa besace sur le côté et ouvrit le premier tonneau dont une affreuse odeur pestilentielle s'échappa et agressa ses sens. Elle posa le couvercle sur le sol et se mise sur la pointe des pieds. Malheureusement pour elle, elle restait encore petite pour son âge. Lee comme elle s'était emparé des instruments et avait grimacé en découvrant l'odeur.

- C'est absolument affreux, lâcha-t-il.

- Tu m'étonnes, renchérit Aurélia, il a dit que c'était des limaces, mais j'ai plutôt l'impression de nettoyer du vomi. Du vomi de Rogue. Argh.

Lee ne put s'empêcher de s'esclaffer. Avant de reprendre son expression fermée, comme s'il s'était rappelé qu'ils étaient en froid. Le sourire d'Aurélia fondit comme neige au soleil. Elle se concentra à sa tâche.

Après une heure de récurage intensif, Lee craqua.

Il soupira finalement et se tourna résolument vers sa camarade.

- Dis-moi, ordonna Lee. Dis-moi pourquoi tu agis comme ça. C'est évident que c'est pas ce que tu es. Tu... Je ne te comprends pas alors aide moi un peu quoi.

Aurélia ferma les yeux en poussant un gros soupir. C'était compliqué.

- C'est compliqué, lâcha-t-elle.

- Tu me crois trop débile pour comprendre ?

- Non. Lee. C'est juste que ça ne dépend pas juste de moi, craqua Aurélia en se tournant brusquement vers lui. Ce n'est pas aussi simple !

- Et pourquoi ? Tu ne me fais pas confiance ? Pourquoi tu ne nous fais pas confiance ? C'est quoi le problème ?

- C'EST POUR ME PROTEGER !

Et vous protéger à la même occasion.

- DE QUOI ? Répliqua Lee. DE QUI ?

Aurélia voulut hésiter. Elle voulut se taire. Mais il fallait une réponse.

- DE VOUS !

Et d'un type à tête de serpent. Et d'elle-même.

Lee ouvrit la bouche et la referma.

- Quoi ? Lâcha-t-il sans comprendre

- Oh, je t'en prie Lee. Dès que je révèle un peu de moi vous me rejetez complet. Je ne peux pas me détendre avec vous. Y'a qu'à voir ce que vous avez dit quand j'ai essayé d'expliquer pourquoi j'étais comme ça. Vous croyez tout savoir... Tu crois qu'un éclair sur la tronche c'est pas traumatisant ? Tu crois que rester dans une chambre d'hôpital avec le monde qui te juge et te demande d'être normale c'est PAS traumatisant ? La douleur, les membres attachés au lit, les mecs du Ministère de la Magie qui te regardent comme un cobaye !

Entre autres, le DDM. Qui l'avait tellement analysée, qu'elle s'était sentie sale pendant presque un mois.

- Tu sais ce que je vis chez moi ? Je vois mes parents qui me jugent et me traite de petite fragile. Je vois mon frère qui me regarde comme une poupée cassée. Je dois être solide, je dois tenir la barre, je dois être SI solide que personne ne peut me casser. Moi vous dire mes problèmes ? Tu te fous de moi ? Je le fais vous allez me casser, me jeter aux loups et vous marrer ! C'est d'ailleurs exactement ce que VOUS avez fait !

– Mais c'était juste pour rire ! bredouilla Lee complètement choqué.

Et merde. Elle était supposée se réconcilier avec lui, pas lui hurler dessus comme une dégénérée en agitant ses gants salis par des cadavres de limace.

- JE N'AI PAS LE DROIT D'ÊTRE FAIBLE. JE N'AI PAS LE DROIT. PAS ICI. PAS MAINTENANT. Et si ça te plaît pas et que tu comptes m'enfoncer car je n'existe PAS comme tu le voudrais je t'en prie... VA TE FAIRE VOIR.

- TU MANQUES PAS DU CULOT. C'EST TOI QUI VEUX NOUS CONTROLER. C'EST TOI QUI CROIT QU'ON EST LA QUE POUR TES DESIRS. C'EST TOI-

- JE NE SUIS PAS PARFAITE LEE, hurla encore plus fort Aurélia. JE LE SAIS. JE NE SUIS PAS PARFAITE. Mais au lieu de garder ça pour vous, vous auriez dû me le dire pour que je revoie mon comportement. Que je m'adapte. Que je vous prenne en considération. J'AURAIS COMPRIS. JE NE SUIS PAS DEBILE.

- MAIS QU'EST-CE QUE TU RACONTES ? T'AS COMPLETEMENT CRAQUE MA PAUVRE. TU TE PRENDS POUR UNE HEROINE DE TRAGEDIE GRECQUE ?

- QUOI ?! Explosa Aurélia. MAIS PUTAIN TU ME RENDS DINGUE ! VOUS ME RENDEZ TOUS DINGUE !

Sur ce la porte de la réserve s'ouvrit à la volée sur le professeur Rogue complètement scandalisé, des élèves de Serpentard derrière lui.

- Miss Ruva et Mr Jordan, je crois que vingt points en moins chacun et trois jours en plus de retenue, vous mettra du plomb dans la cervelle ! RECUREZ MOI CES TONNEAUX !

Puis il s'en alla sous les rires moqueurs des Serpentards. Lee et Aurélia se lancèrent un regard noir et se remirent à leur tâche. Aucun d'entre eux ne craquerait.

La semaine passa comme au ralenti. Lee foudroyait Aurélia du regard mais étonnamment s'était tu. Il n'avait pas parlé de leur altercation. Les autres n'étaient pas dupes mais personne ne crachait le morceau. Le cours de Potions se révéla être une calamité... Lee et Aurélia firent exploser leur chaudron. Rogue les colla jusqu'au vacances de Noël. Aurélia cassa beaucoup de vaisselle dans la Salle sur Demande.

Aurélia avait perdu la bataille. Non... Elle avait perdu la guerre.

Puis, le vendredi soir après un énième cours de Défense qui était complètement affligeant, Aurélia s'assit en grondant devant son dîner quand... un éclair explosa dans le ciel magique. La déflagration fut si énorme qu'elle en sursauta légèrement, mais assez fort pour que les jumeaux non loin d'elle se fichent d'elle :

- Oh attention, elle risque de s'évanouir, qu'on appelle Mme Pomfresh !

La tablée rigola. Aurélia serra sa poigne sur sa fourchette. Un deuxième éclair éclata encore plus fort que le précédent qui la fit lever sa tête vers le ciel. Le grondement était soutenu et un déferlement d'éclairs semblait sur le point de tomber. Des éclairs si forts et puissants... comme celui qu'elle avait reçu dans son monde alors qu'elle rentrait chez elle :

Aurélia poussa sur les pédales de son vélo. La pluie était tombée d'un coup. On lui avait dit au laboratoire que ce n'était pas prudent de rouler sous cette pluie battante mais elle devait absolument rentrer vite pour regarder le Burger Quiz. L'invité était Astier ! Ça méritait un peu de risque.

Les rues étaient presque vides à Lyon. Sur les quais, le Rhône et la Saône avaient débordés.

Aurélia souffla difficilement, sa vision troublée sous la mousson. Elle tourna sur l'avenue de la République et remonta vers Bellecour. Ici aussi les gens s'abritaient et même trempée, elle continuait à rouler. Aurélia traversa alors l'étendue de sablons rouge, et passa juste devant la statue du cavalier. Elle ne savait pas qui était ce cavalier... peut-être que demain elle demanderait à son collègue.

C'est alors qu'elle souriait que l'éclair lui tomba dessus.

C'était comme si sa peau, son sang était en feu. Elle se sentait hurler à la mort sans interruption. Elle se sentait se désintégrer, se casser. Comme aspirée par une tornade de feu.

Aurélia cligna ses yeux et se leva brusquement comme frappée d'une évidence. Elle avait à peine touché à son assiette qu'elle venait de remplir, se saisit de son sac et quitta la Grande Salle en courant. McGonagall fronça les sourcils mais n'en tint pas rigueur.

Mais Aurélia n'était pas allée aux toilettes. Elle n'était pas allée au dortoir. Elle s'était précipitée à la porte d'entrée qui n'était pas gardée par Rusard, car en train de manger dans la Grande Salle.

Elle avait brandi sa baguette et avait ouvert la porte en tirant de toutes ses forces. Puis alors une rafale de vent l'aida dans cette entreprise. La tempête était effrayante, elle était sombre et majestueuse de chaos. Aurélia se figea un court instant en regardant les éclairs zébrer le ciel. Elle hésita un dixième de seconde.

Seulement un dixième de seconde.

Puis elle s'élança dans le carnage.

Aurélia sprinta dans la pluie, vite trempée jusqu'aux os dans le parc. Elle tourna sa tête et vit la volière. C'était en effet un endroit assez dégagé. Il y avait une grande étendue de pelouse juste devant. Elle s'y précipita et lâcha son sac par terre. Sa robe de sorcière tomba en arrière et la laissa en pantalon et pull. Aurélia regardait le ciel qui s'éclairait des lumières blanches.

- Allez murmura-t-elle.

Elle brandit son bras en espérant attirer l'éclair sur elle.

- Allez, dit-elle plus fort.

Les éclairs explosaient plus intenses.

- ALLEZ HURLA-T-ELLE. RENVOIE MOI BORDEL. RENVOIE-MOI.

Elle bougeant en criant, en agitant sa baguette.

- TOMBE PUTAIN DE MERDE. TOMBE ET RENVOIE-MOI !

Elle sautait maintenant.

- JE VEUX REPARTIR. JE. VEUX. RENTRER.

Elle hurlait tellement qu'elle avait mal à la gorge. Mais Aurélia Ruva avait du coffre et de la volonté, surtout quand elle était désespérée. Et là elle l'était.

- ALLEZ PUTAIN ! FRAPPE-MOI ! REVIENS ! FAIT CE QUE TU M'AS FAIT. RENVOIE MOI BORDEL !

Des étincelles rouges sortaient de sa baguette sans qu'elle ne puisse le contrôler, ses émotions s'exprimaient comme jamais.

- JE VOUS DETESTE. POURQUOI VOUS M'AVEZ ENVOYEE ICI?! POURQUOI !? J'AI RIEN A FAIRE ICI ! ON N'A PAS BESOIN DE MOI ! VOUS M'AVEZ TOUT PRIS. TOUT ! ET J'AI PLUS RIEN ! J'AI PLUS DE VIE ! COMMENT SUIS-JE SUPPOSEE M'EN SORTIR ! JE VEUX VIVRE MA VIE ! JE VEUX PAS UNE GUERRE ! JE VEUX PAS SURVIVRE, JE VEUX VIVRE !

Elle reprit à peine son souffle.

- RENDEZ-MOI MA FAMILLE ! RENDEZ-MOI MON BOULOT, MON APPART, MA VIE. RENDEZ-MOI MOI MA VIE PUTAIN ! RENDEZ-LA-MOI !

Mais rien. Pas d'éclair dans sa direction. Rien du tout. Nada. Aurélia le voyait. C'était terminé. Elle ne rentrerait jamais. Elle était fichue. Complètement... fichue.

- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Ragea-t-elle les larmes coulant sur son visage déjà trempé par la pluie.

Elle s'effondra en hurlant, en sanglotant, en suppliant sur ses genoux. Elle tenait sa baguette au-dessus de sa tête. Elle était finie. Aurélia Ruva, 25 ans. Aurélia Ruva, d'un monde sans magie. Elle n'existait plus. Et maintenant, elle ne savait plus qui elle était. Quel était son but... ? Qui était-elle ?

Aurélia ne savait plus.


La nuit fut difficile.

Après avoir pleuré pendant une dizaine de minutes, Aurélia réussit à rentrer dans la salle commune miraculeusement, sans se faire intercepter par Rusard ou un professeur. L'antre des Gryffons était déjà à moitié remplie par des élèves qui s'interrompirent en la découvrant trempée de la tête aux pieds. Lee, Angelina, Alicia... et la totalité du groupe des Gryffons de sa promo la remarquèrent. Les jumeaux s'échangèrent un regard, mais contre toute attente ne firent aucun commentaire, alors de que de la musique passait dans la radio moldue modifiée. Ils avaient hésité, mais le regard mort d'Aurélia les avait dissuadés.

Malgré leur grand froid, Aurélia restait leur amie. A eux, comme à la promo. Et là, ce n'était pas le moment de la chercher. Elle était soit sur le point de s'effondrer soit sous le point de tuer quelqu'un.

La jeune métisse aux cheveux mouillés, se traîna alors vers les escaliers. Charlie fronça les sourcils et suivit Aurélia qui montait en traînant des pieds dans son dortoir :

- Aurélia, stoppa le préfet, qu'est-ce que tu faisais dehors ?

Aurélia se figea, restant dos à lui. Puis sa voix fatiguée et dénué de toute vie s'exprima :

- Je suis allée prendre l'air.

Charlie savait qu'elle mentait. Aurélia pouvait croire ce qu'elle voulait, ses mensonges se trahissaient très facilement, elle manquait cruellement de flegme. Il savait qu'elle avait peur des éclairs et pourtant était sortie sous la pluie battante. Etait-ce un défi stupide de la part de ses frères ? Ou juste pour elle, pour se prouver qu'elle était brave ? C'était idiot. Mais courageux certainement.

- Va prendre une douche, ordonna-t-il, ou tu vas tomber malade.

Aurélia se contenta d'hocher la tête et monta les escaliers toujours en levant ses pieds lourds. Charlie redescendit dans la salle commune et chercha ses frères comme le reste de la promo pour se diriger vers eux et leur siffla la voix un peu basse pour qu'ils soient les seuls à l'entendre :

- Vous la laissez tranquille ce soir. Elle est fatiguée. Compris ?

Lee et le reste des enfants hochèrent la tête, mais dès que Charlie se détourna d'eux pour aller faire sa ronde, ils se rassemblèrent pour parler entre eux :

- On devrait peut-être accepter ses excuses... ? Souffla Alicia à Angelina et Lee.

Angelina haussa les épaules, un peu mal à l'aise :

– Tu crois qu'elle est sincère ? Elle va juste continuer comme avant, sans nous dire quoi que ce soit. Ça va juste exploser à nouveau en moins d'une semaine…

Alicia glissa un regard déçu à Angelina et Lee qui partageait la même opinion. Alicia soupira :

- Je vais essayer de lui parler demain matin, d'accord ?

Angelina se contenta de renifler et repartit à sa lecture. Les jumeaux parlaient entre eux à voix basse. Charlie avait l'air très énervé... Il fallait être plus discret. Thelma, elle ne disait rien. Toute cette situation était compliquée et elle ne savait pas quoi faire, alors valait mieux laisser Alicia prendre la main. Aurélia, quant à elle, prit une douche rapide, se changea et s'endormit de suite.

Le lendemain, Alicia chercha Aurélia dans tout le château mais n'arriva pas à la trouver jusqu'au dîner. Elle s'était levée tôt et en emportant son oreiller était allée finir sa nuit dans la Salle sur Demande dans un lit bien confortable. Puis la nuit tombée, elle mangea son dîner et repartit se coucher. Alicia tenta de l'intercepter avant qu'elle ne monte dans leur chambre, mais Aurélia l'évita avec brio. Quand elle ouvrit la porte, Aurélia dormait ou prétendait. Elle hésita mais la laissa dormir. Même les jumeaux n'avaient pas le cœur de la taquiner. Les cernes qu'elle affichait étaient effrayantes. Et Charlie... Il s'inquiéta, mais les vacances de Noël approchaient, peut-être que la famille de Ruva était plus à même de lui remonter le moral.

Avant Charlie aurait ignoré les signes d'isolement, habitué aux comportements parfois impitoyables des rouges et or, mais l'année dernière, une chose avait changée par rapport au canon... Sous la suggestion d'Aurélia, Bill avait réformé le système des préfets et les avait tous formés avec les manuels des Poufsouffles. Les préfets des Gryffondors étaient bien plus responsables. Charlie n'était pas aussi entraîné que les noir et jaune, les gryffons étant encore en phase d'expérimentation, mais le comportement d'Aurélia Ruva soulevait pas mal de drapeaux rouges. Isolement, manque de sommeil... Le reste de la semaine qu'elle passa entre devoirs et retenues, elle l'avait passée sans adresser la parole à qui que ce soit. Charlie ne voulait alarmer personne mais demanda à des préfets plus jeunes de garder un œil sur sa protégée pendant cette dernière semaine avant les vacances. Trop prise par ses devoirs préférant rester dans la bibliothèque, elle n'avait pas trop disparue dans la salle sur Demande. Aurélia était trop fatiguée et avait même posé sa pierre de côté.

Charlie se promit alors de soulever le problème à McGonagall si cela persistait après les vacances. En attendant, il allait demander conseil à des amis Poufsouffles qui avaient déjà était concernés par ce type de problèmes...

Peut-être que Tonks pourrait l'aider ?

– Tu me poses une colle, lâcha Tonks quand il aborda le sujet. Franchement, je ne connais pas assez la petite pour juger. Elle a peut-être des problèmes chez elle ? Ou dans sa classe ?

– Euuuh… Je ne sais pas, avoua Charlie.

Tonks chercha quelqu'un du regard, le trouva, et beugla :

– Hey, Elisa ! Elisa !

Quelques instants plus tard, Elisa Bishop la rejoignit d'un pas sautillant, comme un golden retriever ravi qu'on s'occupe de lui. Charlie étouffa un gloussement. Oui, maintenant qu'il y pensait, ce n'était pas la première fois qu'il voyait Elisa traîner autour de Tonks. Elle semblait adorer la Métamorphomage pour une raison mystérieuse.

– Oui, Tonks ?

– Si je te dis Aurélia Ruva, tu me dis quoi ?

Elisa cligna des yeux, l'air un peu perplexe, puis plissa le nez en réfléchissant :

– Gryffondor, Sang-Pure, solitaire, un peu grincheuse. Douée en classe, n'aime pas qu'on se mêle de ses oignons, un peu paranoïaque, peut se montrer sympa mais certainement pas avec ceux qui ne portent pas du rouge… Une sorte de mélange entre le gentil Aaron Woodbridge, et Cassius Warrington avec une rage de dents, tu vois ?

– Hey, protesta Charlie d'un ton d'avertissement.

Elisa leva les mains comme pour se rendre :

– C'est juste ce que je vois moi ! Tu es un lion, évidemment qu'elle est gentille avec toi !

– Ce n'est pas le sujet, les coupa Tonks. Charlie voulait juste savoir si tu sais si Ruva a des soucis chez elle, ou dans sa classe.

Elisa grimaça :

– Chez elle je ne sais pas, mais elle s'est sévèrement engueulée avec le reste de sa classe il n'y a pas longtemps. Depuis plus personne ne lui parle, enfin, de ce que j'en sais.

– C'est tout ? fit Tonks d'un air un peu déçu.

Elle devait s'attendre à un potin juteux. Elisa haussa les épaules d'un air impuissant. Charlie, lui, secoua la tête :

– Ce n'est pas tout. Elle dort mal, elle a déjà sauté des repas, elle déprime…

Il y eut un court silence. Elisa avait l'air un peu mal à l'aise. Ce n'était pas ses oignons, et elle était à peu près sûre qu'Aurélia pèterait un câble si elle les entendait discuter de son cas comme ça ! Pour quelqu'un qui n'avait aucun problème à organiser la vie des autres, la jeune Ruva avait un manque de patience spectaculaire quand c'était sa vie privée qu'on essayait d'envahir… Au final, Elisa lâcha :

– Je ne sais pas. Essaie de voir si elle a d'autres amis avec qui elle peut passer du temps ? Ou si elle peut écrire à sa famille ? Je crois que sa maison lui manque. Sinon… Franchement, je ne sais pas quoi te proposer, mis à part de lui prêter un livre.

– Tu crois que ça l'aidera ? fit Charlie dubitatif.

Non, aurait voulu dire Elisa. Mais quand on se sentait seul, s'abriter derrière un livre, ça aider à ne pas perdre la face. Et puis, se plonger dans un récit de fiction, ça pouvait aussi être une échappatoire. En bref : ça ne coûtait rien d'essayer.

Elle passa donc un paquet de bouquin à Charlie, qui les prêta à Aurélia sous prétexte qu'il les avait déjà lus. Même si Aurélia accepta avec un sourire reconnaissant, ses insomnies ne s'améliorèrent pas… Et le fossé continua à se creuser entre elle et ses camarades. Apparemment, il n'y avait pas de réconciliation à l'horizon…

OoooOOOOooOo

Aurélia rentra finalement pendant les vacances de Noël, ses parents qui la récupérèrent sur le quai de la gare perdirent leur sourire en voyant l'état physique de leur petite fille. Aurélia s'enferma dans sa chambre jusqu'au moment où il fallut... se rendre au Ministère de la Magie comme tous les six mois.

Le cœur lourd elle suivit alors son père dans les dédales du ministère et entra dans une salle réservée au Bureau des Aurors. Archidéus Kirke la fit s'asseoir devant lui après avoir pris sa tension et ses battements de cœur. Il fronça les sourcils en découvrant que la tension de l'enfant avait baissée. Derrière eux, Saul Funestar prenait des notes en silence. Archideus posa ses lunettes sur le bureau et sourit légèrement à Aurélia. Comme toujours il lui posa des questions absurdes auxquelles Aurélia lui répondit avec un ton morne sans son humour mordant. Kirke fronça encore des sourcils. Ce n'était pas bon.

L'heure arriva à son terme, les épaules d'Aurélia s'affaissaient de soulagement, quand Archidéus l'arrêta...

- J'ai une dernière question.

Saul leva imperceptiblement ses yeux et Aurélia se tendit. Archidéus sourit légèrement et se tourna vers Saul :

- Funestar sortez s'il vous plaît.

- Mais... Monsieur ?

- C'est un ordre.

Saul grinça des dents mais se leva pour se diriger vers la porte et al referma derrière lui. Aurélia se tourna alors vers Kirke qui versait du thé dans une tasse pour elle et lui :

- C'est du thé vert. Je sais que vous aimez cela. J'ai demandé à vos parents.

- Merci... dit-elle en touchant le thé de ses lèvres.

- Enfin... est-ce vous ou votre prédécesseur ?

Aurélia toussota et faillit faire tomber sa tasse. Archidéus sourit largement.

- Savez-vous pourquoi je vous pose ces questions ?

- Pour déterminer si je suis une menace ?

- Oh non. Miss Ruva, si vous étiez une menace, vous auriez été détectée dès la première séance. Nous avons des instruments très utiles et assez dangereux pour le savoir.

Aurélia leva un sourcil.

- Pourtant vous ne me comprenez pas.

- Plus que ce que vous pensez. Comme vos parents... Savez-vous comment ils ont réagi quand je leur ai annoncé que la petite fille qu'ils avaient élevée avait disparue ?

Aurélia sentit son estomac se serrer.

- Oui ?

- Ils ne m'ont pas cru. Ils sont revenus chez eux avec vous, vous ont observé et sont revenus... Et là... ils m'ont dit que oui. L'Aurélia qu'ils ont connue n'était plus là...

L'enfant devant lui se sentait comme prête à vomir.

- Mais cela ne voulait pas dire qu'elle avait disparue.

Aurélia se figea, sentant sa bouche s'ouvrir.

- Vous n'êtes pas très différente de leur Aurélia Ruva. Et ils la voient elle quand ils vous regardent, car cette Aurélia et vous-même êtes la même personne. J'ai d'ailleurs une théorie à ce sujet...

Il se pencha en avant.

- Vous n'avez pas « vu » un monde sans magie. Vous l'avez expérimenté. Pendant un certain temps. Je pense que vous avez un âge mental plus élevé. Vous êtes plus mature qu'un enfant de douze ans avec un savoir cependant différent. Vous êtes elle et vous. Vous êtes double.

- Et... quoi... ?

- Et rien. Je n'ai aucune intention de vous enfermer ou vous faire du mal, Mlle Ruva. Je pense que vous êtes ici pour une raison. Je pense que vous êtes ici... car vous devez l'être.

Aurélia resta sans voix. Elle n'arrivait pas à répondre à cela.

- Il y a une salle dans le Département des Mystères qui a réagi à votre venue. Deux personnes le savent... moi... et le directeur du département. Savez-vous laquelle ?

- Non.

- Parfait. Sinon ce serait problématique, c'est un secret d'état.

Archidéus fit un geste de la tête vers la porte.

- L'année prochaine ce sera Funestar qui prendra ma place. Je prends ma retraite.

Aurélia en fut surprise. Il lui semblait âgé mais pas à ce point !

- Méfiez-vous de lui. Ne laissez rien au hasard. Il n'est pas votre ami. Il n'est pas là pour votre bien-être.

- Et vous ? Grinça Aurélia.

Archidéus se contenta de sourire.

- Je suis un vieux chercheur avec des rêves endormis. J'observe juste la jeunesse faire maintenant. »

Kirke but à sa tasse. Aurélia était interdite. Et bien...

Aurélia se contentait d'observer ses parents qui riaient en faisant le dîner de Noël. Elle regardait son petit frère jouer avec le jeu d'échec qu'elle lui avait offert. Elle n'avait pas reçu de cadeaux de ses camarades de Poudlard sauf Peter Mint, Gavin et Charlie. Qui lui avait renvoyé un pull à la Weasley. Elle hésita longuement à le mettre. Son grand-oncle Aberty lui avait envoyé les mouvements des danses d'exorcisme dessiné sur un parchemin, et un coquillage enchanté qui illuminait le plafond d'une lueur bleuâtre avec le bruit des vagues. Puis elle ouvrit les cadeaux de Bill, Gilbert et Jarod. Ses aînés lui manquaient. Bill lui avait envoyé des livres avancés de Défense pratique. Gilbert un couteau à graver des runes et une méthode pour l'utiliser, Jarod un porte-baguette et une peluche en forme d'ours. Normalement Aurélia l'aurait jeté par la fenêtre, mais elle le sera dans ses bras et s'allongea sur le divan. Elle réalisa que la peluche était chauffante. Elle sourit légèrement à la suite du confort. C'était comme si l'ourson lui faisait une étreinte chaleureuse.

Elle avait besoin d'un câlin.

Alors doucement, elle se leva et se dirigea vers ses parents. Elle ne savait pas si c'était des âmes différentes mais ils étaient les mêmes, son frère était le même... Elle... elle pouvait faire ce qu'elle pouvait. Elle restait la même.

- Papa. Maman...

Sa voix trembla alors qu'elle les appelait. Louis entendit cela et se tourna inquiet pour voir ses parents qui la regardèrent de la même expression soucieuse. Alors Aurélia serra ses parents dans ses bras et alors que Victorien et Annabelle Ruva en furent surpris, elle fondit en larmes.

Elle hoquetait. Elle enfouit son visage dans leurs pulls, respirant leur odeur tout en sanglotant.

Interdits, les trois autres Ruva s'échangèrent un regard, avant de réaliser que l'enfant fragile devant eux... était leur fille. D'un seul coup... C'était comme s'il l'avait véritablement retrouvée. Aurélia était différente.

Mais Aurélia restait la même.

Victorien Ruva souleva alors sa fille dans ses bras et la portait en la berçant. Annabelle avait mis sa main sur sa tête. Aurélia s'accrocha à son père comme un koala toujours en pleurant, mais de moins en moins. Cela la calmait. Tout cela était... nostalgique. Vrai. Un souvenir vibrant. Annabelle s'éloigna et sortit une bouilloire pour la mettre sur le feu. Louis s'approcha de sa mère d'un regard interrogateur. Annabelle lui signifia s'aller chercher une décoction dans le placard de la cuisine. Louis savait de laquelle elle parlait. Il ouvrit rapidement l'armoire et en sortit une boîte à thé verte et orangée.

Victorien s'assit sur le canapé, Aurélia si faible qu'elle semblait sur le point de s'effondrer. Il détacha délicatement sa fille de lui puis l'enroula d'un plaid :

- Tu veux en parler ?

Aurélia hésita. Ce qu'avait dit Archidéus aidait mais...

- Un jour ?

Victorien Ruva sourit légèrement et lui ébouriffa les cheveux. Annabelle posa la tasse fumante juste devant elle.

- Bois, dit-elle d'un ton impérieux. C'est pour tes nerfs.

Aurélia obéit alors que sa mère croisait les bras.

- Ecoute moi bien Aurélia. Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais si...

Elle hésita. Puis se repris.

- Si tu as besoin de parler, saches que nous sommes là.

Aurélia fut surprise d'entendre cela de la bouche de sa mère, Louis se remit en face d'elle avec le même petit sourire caractéristique des Ruva. Un sourire en coin, légèrement ironique.

- On fait une partie ? Il faut inaugurer ce plateau.

Le dîner de Noël se passa calmement, les Ruva festoyèrent entre rires et sourires. Victorien et Annabelle racontèrent des anecdotes du passé... Le passé qu'Aurélia ne se rappelait pas. Mais cette fois... C'était elle qui demandait qu'on lui raconte. Alors que ses parents évitaient normalement le sujet en marchant sur des œufs. Elle avait demandé qu'ils ne s'inquiètent plus pour elle. Et la plupart de ces anecdotes étaient familières... Quand ils racontaient ses réactions, ou du moins les réactions de l'Aurélia qu'ils connaissaient, elle pouvait imaginer très facilement avoir agi comme cela. Elle se demandait si un jour elle allait avoir ces souvenirs. Si cette version d'Aurélia était si éloignée d'elle ? Car apparemment ce n'était pas le cas. Chaque histoire, chaque souvenir était comme une vision de sa vie à travers une vitre de buée... Quelque chose qu'elle reconnaissait, mais qu'elle ne pouvait toucher.

Louis s'endormit en premier. Aurélia se proposa de le ramener dans son lit. Doucement, elle souleva le garçon de huit ans dans ses bras et grimpa les escaliers presque sur la pointe des pieds. Elle le déposa dans son lit, et dut même décrocher les bras de son petit frère autour de son cou... voilà un sentiment qu'elle connaissait. Une sensation qu'elle avait déjà eue.

oOoOoOo

Les vacances de Noël chez les Bishop étaient une affaire tranquille, intime. Ils n'étaient que trois à la maison. Ils s'échangeaient des cadeaux, souvent de simples bricoles : des amulettes, des bouquins, des souvenirs achetés lors de leur dernier voyage… Cela dit, Elisa commençait à recevoir beaucoup plus de cadeaux que ses parents, parce que ses camarades de classe (à qui elle avait envoyé des trucs à Noël dernier) lui envoyèrent tous un paquet. Certains, comme elle, faisaient dans le classique et lui offraient des bonbons, des gants, un bonnet, une écharpe. D'autres faisaient dans le personnalisé. Elisa rigola un bon moment en ouvrant les cadeaux de ses amis Serpentard : Heather, Adrian, Tabitha et Terence lui avaient tous offerts des bricoles en forme de serpent ! Des boucles d'oreilles, mais aussi un maque-page, un bracelet à breloque, et un dessin qui bougeait.

Elle sentait qu'un thème était en train d'émerger.

– J'aurais pu me plaire à Serpentard, dit-elle un matin à sa mère.

Celle-ci haussa un sourcil, et Elisa rectifia :

– Bon, pas autant qu'à Poufsouffle. Les Puristes, les luttes de pouvoir, ça m'aurait vite gonflé. Mais j'y ai des amis sympas, alors je me dis que… Je n'aurais peut-être pas du protester autant quand le Choixpeau a voulu m'y envoyer. Ça n'aurait pas été la fin du monde.

Ses deux parents eurent l'air de contempler l'idée un instant. Puis, à son grand étonnement, ce fut son père qui déclara :

– Je pense que tu ne te serais pas vraiment épanouie là-bas.

– Oh ?

Etant donné qu'il n'était jamais allé à Poudlard, Elisa se demandait bien comment il était arrivé à une conclusion pareille. Elle se pencha en avant, curieuse, et son père hocha la tête :

– Oui. Tu es pragmatique, certes, mais tu es motivée par les gens qui t'entourent. La première question que tu te poses n'est pas « qu'est-ce qui va m'arranger le plus » mais « qu'est-ce qui va arranger le plus de monde » ? Et c'est un trait Poufsouffle. Du moins, c'est comme ça que je vois ta Maison.

Et ça se tenait. Elisa contempla l'idée quelques instants, puis demanda avec curiosité :

– Et comment tu vois les autres Maisons ?

Michael Bishop soupesa sa réponse un instant, puis fit pensivement :

– Selon moi, ta Maison à Poudlard est une combinaison de tes valeurs et de qui tu es en réalité. Mais ces traits peuvent être difficiles à concilier parfois. C'est plus facile d'y réfléchir en termes de motivation. Quel est ton but dans la vie, et dans tes actions ? Et en termes de motivation, on peut tous être catégorisés en quatre classes.

– Quatre ?

– Sois tu es motivé par toi-même, soit tu es motivé par ton entourage. Et soit tu es pragmatique, soit tu es idéaliste. On a donc bien quatre types.

Elisa commençait à voir dans quelle direction ça se dirigeait. Mais elle resta silencieuse, fascinée, tandis que son père comptait sur ses doigts :

– Il y a les pragmatiques motivés par eux-mêmes, qui se demandent « qu'est-ce qui marche le mieux pour moi ? » Ils sont définis par leur ambition, leur ruse, leur sens pratique. C'est le premier type.

Il leva un deuxième doigt :

– Il y a les idéalistes motivés par eux-mêmes, qui se demandent « est-ce que c'est de cette façon que je me voie ? ». Ils se définissent par leur créativité, leurs pensées abstraites, leur intelligence. C'est le deuxième type.

Un troisième doigt :

– Il y a les pragmatiques motivés par leur communauté, qui se demandent « qu'est-ce qui rendra le plus de gens heureux ? ». Ils se définissent par la recherche d'harmonie et de paix, et par leur sens du sacrifice. C'est le quatrième type.

Et un quatrième :

– Et enfin, il y a les idéalistes motivés par leur communauté, qui se demandent « est-ce bien ou mal ? ». Ils sont définis par leur moralité, par leurs idéaux, par leur bravoure. C'est le quatrième type…

Il écarta les mains, et conclut :

– En d'autres mots : Serpentard, Serdaigle, Poufsouffle, et Gryffondor.

Isabelle applaudit, et Michael s'inclina comme un magicien ayant effectué un tour de magie. Elisa devait admettre qu'elle était impressionnée. Elle n'avait pas vu les différentes Maisons comme ça. Mais finalement, chacun devait en avoir sa propre analyse, quand on y pensait. Trisha, Cédric, Heather, Takashi, Helen… Même Warrington ! Ils avaient tous leur façon de percevoir la Répartition, de comprendre pourquoi ils avaient atterri dans telle ou telle Maison.

Elisa elle-même ne voyait pas les Maisons comme ça… A vrai dire, elle avait conversé avec le Choixpeau durant un long moment, donc elle était à peu près sûre que sa vision était plus véridique que celle de son père (même si ça restait bien sûr une interprétation plausible, et digne d'être examinée). Non, Elisa, elle, voyait plus la Répartition comme un reflet des valeurs des gens. Ceux qui valorisaient le courage, la bravoure, qui se voyaient comme des héros ou qui voulaient en être, finissaient à Gryffondor. Ceux qui valorisaient le succès, la gloire, ou simplement la survie, finissaient à Serpentard, avec les débrouillards. Ceux qui valorisaient l'intelligence et la créativité finissaient à Serdaigle. Ceux qui valorisaient autre chose allaient à Poufsouffle, la Maison de l'équité. Et puis, bien sûr, il y avait aussi la possibilité qu'un enfant valorise une Maison, et pas les valeurs qu'elle représentait : parce qu'il tenait absolument à porter les couleurs d'un certain blason pour faire plaisir à ses parents, par exemple… Comme Fred et George, qui étaient de vrais Serpentard, mais qui n'avait jamais cultivé leur froideur dans l'antre des serpents, préférant rester joyeusement délurés au sein de la maison des lions. C'était pour ça qu'il y avait une telle diversité dans chaque Maison !

Pourtant, ce que disait son père se tenait. Ce qui était assez étrange parce que quand on prenait les Gryffondor, par exemple, de manière individuelle… Eh bien, Elisa n'en considérait aucun comme vraiment idéaliste. Ils avaient des idéaux mais ils semblaient tellement abstraits. Ou peut-être qu'ils lui semblaient abstraits parce qu'elle était trop pragmatique, justement : trop Poufsouffle, trop Serpentard. Sa définition même de l'idéalisme était quelque chose de très concret. Elle tendait vers des buts, pas vers des concepts.

Hum. Oui, définitivement, c'était une vision des Maisons à méditer.

Brièvement, elle se demanda ce que chaque enfant avait vu dans sa Maison. Est-ce que Cédric y avait vu une promesse de justice et d'équité ? Est-ce que Trisha y avait vu un moyen d'être aimée et entourée ? Est-ce qu'Helen y avait vu un moyen d'apprendre mieux pour poursuivre sa passion ? Est-ce que Takashi avait vu une façon de se conformer à l'image attendue de lui ? Et à l'inverse, est-ce qu'Heather avait été surprise que le Choixpeau favorise son côté implacable, elle qui se voyait surtout comme une intello ? Est-ce que Warrington avait cru que le blason vert lui donnerait automatiquement un pass pour faire partie de l'élite ? Est-ce que Ruva avait désiré devenir une guerrière, ou peut-être un chevalier en armure ?

La Répartition en disait parfois beaucoup sur les gens. Mais au final, ce n'était qu'une infime partie de leur esprit qui était révélé. Pour vraiment les comprendre, il fallait les connaître.

Et pour ça…

Bon courage.

– Au fait Elisa, fit soudain son père. N'oublie pas que tu as rendez-vous avec le représentant de Fleury et Bott demain.

La jeune fille ouvrit de grands yeux catastrophés :

– Oh Merlin, c'est vrai ! J'ai plus rien à me mettre !

Et hop, les mystères de la Répartition furent vite oubliés, tandis qu'elle se précipitait vers sa chambre pour se trouver une tenue correcte. Elle allait conclure un marché à plusieurs centaines de Gallions avec ce type ! Ce serait sa première invention commercialisée. Elle devait faire bonne impression !

oOoOoOo

Les jours passèrent, Aurélia fut entraînée par son frère à jouer dans la neige. Elle écrivit des lettres à ses amis, à ses cousins et une autre à son grand-oncle Aberty pour les remercier de leurs présents. Pour le dernier, elle l'informa qu'elle n'arrivait toujours pas à casser sa pierre. Aurélia convainquit ses parents de l'emmener dans le monde moldu. Annabelle et Victorien hésitèrent. EN Barbades ils avaient l'œil sur elle, mais à Londres... même s'ils habitaient ici, ils ne savaient rien du Londres moldu... Alors Aurélia expliqua :

- Je sais comment me déplacer, prendre des billets pour les transports et où se trouvent la plupart des magasins et des monuments que je souhaite voir.

- Tes... souvenirs ?

C'était la première fois que les parents d'Aurélia firent référence à son accident. Ils avaient donné du temps à leur fille, et celle-ci en avait profité, maintenant... Une partie d'eux souhaitaient des réponses. Ils savaient qu'Aurélia était toujours Aurélia... mais avec du savoir en plus.

- Oui...

Victorien et Annabelle s'échangèrent un regard. Aurélia avait fait des efforts pour s'intégrer dans la société sorcière. Elle lisait des livres sociétaux, le journal et écoutait sa mère qui lui apprenait les bases sans (trop) s'énerver. C'était maintenant à eux de faire un pas en avant. Ils acceptèrent.

Aurélia avait pris la décision de leur faire mieux connaître son monde. Ainsi, elle emmena ses parents chez un fournisseur de labos qu'elle voulait positionner pour venir s'y fournir dans un futur proche. Elle les emmena avec Louis à la patinoire en plein ciel sur Trafalgar Square. Elle leur fit visiter Covent Garden, les emmena au quartier punk de Camden Town. Elle leur fit manger des hamburgers dans des supers restos du coté de Soho. Elle leur fit visiter des musées d'art moderne, tout cela en weekend. Les parents n'étaient pas forcément tout le temps intéressé, mais ils voulaient faire plaisir à leur fille et étaient ravis qu'elle s'ouvre et les invite dans sa vie. Louis... Lui avait le meilleur moment de sa propre vie.

Il était bouche bée en découvrant les skate-boards et les rollers. Il supplia ses parents de lui offrir un qui refusèrent. Il ne l'aurait que pour son anniversaire. Il fit la mauvaise tête mais continuait à s'émerveiller. Et il eut le cinéma. Et là... toute la famille Ruva se mit d'accord pour y aller une fois par an pour Noël, chaque année.

« - Quelle formidable invention ! s'exclama Victorien Ruva avec des étoiles plein les yeux. L'image, le son, les émotions…

Aurélia souriait largement. Sa famille et elle partageaient. En échange de ces escapades, sa mère et son père lui racontait tout sur leurs familles de Sang-Purs. Ils lui apprirent un peu l'étiquette des familles plus riches, lui montrèrent des portraits de leurs lignées, lui expliqua leur histoire. Aurélia se sentit se connecter. Elle adorait sa famille. Elle les aimait. Avec tout ce qu'elle avait.

Aurélia méditait tous les matins devant la fenêtre après ses étirements. Elle lisait aussi des livres... mais pas de Défense ou de Potions. Aurélia relisait la condition humaine de Malraux, un livre qui lui apportait du réconfort malgré le sujet qu'il traitait. La poursuite de la liberté était un amer tourment.

Puis trois jours avant la fin des vacances, Aurélia descendit les escaliers et trouva son frère Louis avec une tasse de chocolat chaud, son père qui lisait la Gazette de Sorcier dont elle voulait un abonnement dès Janvier, et sa mère étudiant un livre de physionomie.

Elle s'éclaircit la voix en toussotant, sa famille se tourna vers elle :

- Maman. Est-ce que tu pourrais... ?

Elle brandit la paire de ciseaux entre ses mains.

- S'il te plaît.

Annabelle Ruva normalement si sévère et circonspecte, ferma les yeux pendant quelques secondes comme pour appeler toutes les forces de la terre puis soupira malgré ce qui lui en coûtait :

- Donne les moi. »