Disclaimer: les personnages de cette histoire appartiennent dans leur immense majorité à Mrs Rowling.

La correction est toujours assurée avec brio par MarySouris

Et hop, je suis un peu en avance sur la date annoncée pour une fois...

J'espère que vous apprécierez ce second chapitre ^^


Cela faisait à présent presque deux semaines qu'il avait découvert le grimoire évoquant les voyages temporels. Presque deux semaines qu'il se préparait fébrilement à sa folle épopée passéiste. Deux semaines durant lesquelles Harry avait constamment oscillé entre joie, excitation, tristesse et désespoir : passant en l'espace de quelques minutes d'une détermination farouche et inébranlable à une pléiade de doutes et d'interminables questionnements.

Beaucoup de gosses avaient eu une enfance misérable et n'avaient pas aussi mal tourné que le Lord.

Pourquoi vouloir le sauver lui en particulier ?

Pourquoi Voldemort – l'assassin de ses parents – mériterait-il plus que tous ces autres gamins d'accéder à une enfance heureuse ?

Pourquoi ne se comportait-il donc pas de la manière qui s'imposait ?

Pourquoi ne voulait-il pas simplement remonter le temps pour éliminer la menace qui avait donné naissance à Voldemort ? D'autres n'auraient pas hésité un instant. Il était plus que persuadé que si c'était Maugrey qui était tombé sur le vieux manuscrit, il n'aurait pas tergiversé une seule seconde avant d'aller égorger Tom à même le berceau. À lui, la pensée lui donnait profondément la nausée.

Oui, profondément.

Pourquoi désirait-il à ce point sauver l'enfant et le rendre heureux ?

Pourquoi ne se contentait-il pas d'oublier la première partie de son plan, pour rejoindre directement – et tenter de reconquérir – Severus ?

Mais, à chaque fois, ces interrogations finissaient par se dissiper, violemment balayées par le souvenir d'un regard triste et de la stupide belle phrase de Severus.

Il ne pouvait pas reculer, l'idée était maintenant bien trop ancrée dans son esprit pour qu'il se contente de faire l'impasse.

Il savait que s'il ne menait pas son projet à terme il serait rongé par les remords pendant de nombreuses années.
Et Harry ne voulait surtout pas avoir à endosser des remords ou des regrets supplémentaires.

Alors, il continuait à poursuivre les démarches nécessaires à son excursion de près de quatre-vingt ans dans le passé.
En moins de deux semaines, Harry avait réuni la majeure partie des éléments indispensables à son périple : il était parvenu à tromper la vigilance des Mangemorts en faction devant Gringotts et les gobelins avaient été parfaitement ravis de l'aider, lui permettant de récupérer l'intégralité de sa fortune en un temps record et dans la discrétion la plus totale ; avait obtenu, grâce à certaines relations particulièrement louches de Mondingus, tous les papiers, documents et certificats dont il aurait besoin pour justifier ses existences futures – ou passées dans le cas présent ; avait trouvé une potion qui modifiait de manière légère mais permanente l'apparence d'une personne – il serait rapidement confronté à des personnes connaissant ou côtoyant des membres de la famille Potter et il ne pouvait risquer qu'on fasse le lien entre lui et eux – dans le laboratoire de Severus et avait pris le temps de se renseigner correctement sur le contexte – tant moldu que sorcier – de la première époque dans laquelle il souhaitait se rendre.

Belle époque par ailleurs : crise financière capitale, montée en puissance d'un mage noir sociopathe aux théories nauséabondes du côté sorcier, malade sadique soutenant des thèses tout aussi vomitives chez nos amis moldus, deux guerres se profilant parallèlement au sein des deux mondes…
Oui, réellement une merveilleuse période pour commencer à élever un gamin et tenter de lui inculquer la notion de tolérance. Vraiment merveilleuse.

Bien. Après tout Harry n'était pas homme à se décourager pour si peu. Peu importait la situation il s'en accommoderait.
Harry accélérait actuellement le pas, se hâtant sous la bruine et la grisaille londonienne, resserrant un peu les pans de son manteau et bifurquant dans les rues et avenues mal famées à vive allure.

Il était nerveux. Comment aurait-il fait pour ne pas l'être ?

Ça y était finalement.

C'était le grand jour : si tout se passait comme prévu, dans quelques heures il aurait effectué un bond en arrière dans le temps assez considérable et devrait finir de se préparer mentalement au fait de devenir prochainement un très jeune père célibataire.

Il tourna au coin d'une allée sombre, s'engageant dans une ruelle aux maisons vieillissantes faites d'ardoises noirâtres et prit une grande inspiration avant de s'arrêter face à une porte délabrée de bois clair, d'y frapper six coups rapides et successifs – le signal – et de resserrer sa prise sur la baguette qu'il tenait soigneusement dissimulée dans l'une des poches de son long manteau gris.

Aujourd'hui il devait obtenir un certificat de naissance datant de 1905 – son certificat de naissance – chez l'un des si précieux amis de Mondingus. C'était le seul document qui lui manquait mais c'était sans doute le plus primordial.

Vu le côté plus que douteux des personnages qui s'étaient occupés des faux-papiers et sachant que certains d'entre eux connaissaient sa véritable identité, il y avait tout de même une chance non négligeable qu'il tombe dans un coupe-gorge et soit livré à Voldemort emballé dans du papier kraft, pieds et poings liés.

La porte s'ouvrit dans un grincement et un homme massif aux yeux injectés de sang apparut dans l'embrasure, le détaillant, puis le fixant d'un air suspicieux.

- Z'êtes Mister Slatter, l'temps est pas terrible actuellement, trouvez pas ? demanda-t-il d'une voix étonnamment nasillarde pour quelqu'un de sa carrure.

Harry prononça calmement, en souriant légèrement, la phrase que lui avait dictée Ding :

- Oui, ça me donne presque envie de partir vers un autre temps.

L'homme eut un petit signe d'assentiment et lui tendit un papier froissé d'apparence ancienne.

Harry le saisit, l'examina rapidement et reconnut une nouvelle fois intérieurement que malgré leurs moralités discutables ces types fournissaient réellement toujours un travail d'orfèvre : il n'y connaissait rien mais avait l'intuition que personne ne pourrait mettre en doute l'authenticité du document.

Il adressa à son tour un bref hochement de tête à l'homme et lui glissa un sac rempli de gallions dans la main.

- C't'un plaisir d'faire des affaires avec vous, M'sieur Slatter.

Harry tourna les talons une fois la porte grinçante de la bicoque refermée sur son propriétaire, mais n'abaissa pas sa garde, son poing toujours crispé sur sa baguette.

Il parcourut rapidement le chemin inverse à celui qu'il avait effectué un peu plus tôt, courant quasiment sous – la paisible bruine n'était plus qu'un lointain souvenir – la pluie battante, les longs cheveux blonds du type dont le polynectar lui avait donné l'apparence dégoulinaient impitoyablement sur son imperméable – pas si imperméable que ça – et il sentait le froid le transpercer de toutes parts, s'infiltrant jusque dans ses os.

Arrivé à un carrefour semblant totalement désert, il vérifia rapidement que personne ne l'épiait, jeta un sortilège rendant son déplacement indécelable pour le Ministère et transplana directement chez eux.

Chez lui maintenant que Severus était mort, rectifia intérieurement Harry, sentant à nouveau la tristesse et le désespoir l'accabler.

Bien…
Pas la peine de recommencer à s'apitoyer sur la situation : si son plan fonctionnait il reverrait Severus dans moins de trois ans dans un monde sorcier en proie à autre chose qu'une saloperie de guerre raciale.

Oui, si son plan fonctionnait.

Il avait toujours foncièrement détesté les « si ».

Il atterrit directement dans le salon, gouttant abondamment sur le tapis rouge et duveteux – le maître de potions qui avait d'abord pesté contre la couleur de « l'hideux tapis » avait fini par s'en accommoder, son moelleux compensant selon lui sa laideur – et les lattes de merisier clair du plancher.

Il se lança un rapide sort de séchage, avant de s'étaler fort peu élégamment dans l'imposant canapé grège, de lancer un Accio au paquet de clopes posé sur la table basse, de sortir une Dunhill de son étui et d'en tirer une longue bouffée salvatrice.

Harry avait toujours préféré l'alcool au tabac et ne fumait déjà que très rarement avant de vivre avec Severus et, après deux disputes assez mémorables – Tu ne penses pas que je passe suffisamment de temps au contact d'émanations toxiques sans que tu en rajoutes Potter ? – avec le potionniste, il avait fini par arrêter totalement.
Mais là, il avait sous la main un paquet plein oublié par Charlie Weasley lors de sa dernière visite, pas de possibilité de déguster un bon verre de Whisky, pas de Severus Rogue s'inquiétant pour sa santé déterminé à le sermonner et lui hurler dessus pendant des heures, et beaucoup – énormément – de stress à évacuer.

Il crapota quelques minutes, se détendant progressivement, un doux sourire étirant irrépressiblement ses lèvres en songeant à la folie qu'il s'apprêtait à commettre.

Et il entendait très distinctement dans sa tête les mots que lui auraient adressés certaines personnes qu'il avait connues et aimées si elles avaient su ce qu'il était sur le point de faire :

« Harry, mon enfant, ce que tu veux faire est vraiment dangereux. Dangereux, inutile et immoral. Même si tu remontes le temps, tu ne pourras sans doute pas sauver Tom des ténèbres qui le rongent et en voulant retrouver et aimer Severus sous un autre nom durant une autre période tu risques de bouleverser des choses qui ne doivent en aucun cas l'être. Certaines personnes ne peuvent être sauvées, malgré la meilleure volonté du monde, et je suis malheureusement intimement convaincu que Tom Jedusor en fait partie. En entreprenant ces voyages dans le temps, il y a des chances que les choses que tu modifies, même modiquement, mènent à de véritables catastrophes et hécatombes. Abandonne ce projet tant qu'il en est encore temps. »

Mais Harry aurait su qu'Albus avait tort pour une fois. Réellement tort.

Lui en était convaincu : Tom pouvait être sauvé.

Et, après tout, n'était-ce pas Dumbledore qui lui avait seriné à longueur d'années que la grande force, l'arme qu'il avait et que Voldemort ne possédait pas était l'Amour ? Que c'était grâce à cette arme qu'il allait triompher ?

Eh bien… c'est ce qu'il allait précisément faire. Gagner cette guerre grâce à l'amour : grâce à l'amour qu'il offrirait à un petit être solitaire, délaissé et blessé par la vie.
Grâce à l'amour qu'il apporterait à Tom Jedusor. Grâce à l'amour qu'il éprouverait – et le souvenir des grands yeux pâles ne lui laissait aucun doute, il aimerait sincèrement ce gosse – pour Tom.

Tant pis si sa méthode et son utilisation de « l'arme Amour » n'auraient pas convenu à Albus.

« Je sais que peu importe ce que je dirai ou ferai, tu ne changeras pas tes plans… et je désapprouve totalement ce que tu vas faire, à quel point je sais que c'est stupide, même toi tu dois bien en être conscient, mais… S'il te plaît Harry, s'il te plaît, quand tu seras là-bas, fais attention. Fais bien attention à toi. »

Oui. Oui Hermione. Oui, il ferait attention. Il le lui aurait promis et l'aurait rassurée du mieux qu'il pouvait en voyant qu'elle luttait vaillamment contre ses larmes, serrant fortement l'une de ses mains entre les siennes.

« Remonter le temps est une chose à la fois terrible et extraordinaire. Au cours de ma vie, je l'ai moi-même désiré en de nombreuses occasions et je ne peux, en conséquence, absolument pas te juger. J'espère que tu réussiras et que ce que tu obtiendras au final sera conforme à ce que tu voulais vraiment. »

Et Harry aurait entendu l'avertissement en filigrane mais aurait su que Remus ne le jugeait réellement pas, alors il aurait serré un instant le loup-garou dans ses bras et lui aurait murmuré que lui aussi l'espérait. Qu'il ne pouvait faire que ça.

Sirius se serait tendu, livide, aurait eu cette étincelle rageuse qui apparaissait parfois dans ses yeux lorsqu'il était au bord de l'implosion et aurait serré les poings. Et il l'aurait regardé fixement pendant quelques instants avant de précipitamment sortir de la pièce.
Et Harry aurait au fond compris que s'il agissait ainsi c'était pour ne pas prendre le risque de le blesser en lui crachant sa véritable pensée par rapport à la situation.

« Tu dois tout de même être complètement accro à lui pour en arriver à une extrémité pareille ! J'espère que tu arriveras facilement à récupérer ton vindicatif maître de potions et que tu parviendras à faire de Voldemort un petit ange bien élevé. J'aimerais qu'on puisse un jour redevenir amis, prends soin de toi, tu me manqueras Harry. »

Et Harry aurait sans doute un peu pleuré intérieurement, parce que Ron était son meilleur ami, son premier ami, son frère, parce qu'à lui aussi, il lui manquerait. Et qu'ils étaient tous deux bien conscients que même s'ils se côtoyaient par hasard à nouveau dans le futur, le passé si on voulait être véridique, plus rien ne serait jamais pareil entre eux.

« C'est simplement de la stupidité ou de l'inconscience poussée aux limites de la crétinerie ? Tu crois être en train faire quoi Potter ? Utiliser une incantation inconnue trouvée dans un obscur grimoire que personne n'a jamais testée pour remonter le temps ? Rien que ça ! Tu risques ta vie pour une folie qui a de bonnes chances de ne pas se dérouler comme tu l'entends… rien ne te dit que tu pourras sauver Jedusor… rien ne te dit que nous pourrons nous aimer à nouveau dans une autre époque… rien ne te dit que tu seras capable d'aimer la personne que je serai devenue. Que moi je pourrai t'aimer. Ne risque pas bêtement ta vie dans une action aussi nébuleuse, pas pour quelqu'un comme lui… ne la risque pas bêtement pour moi. Tu n'es certain de rien. S'il te plaît, arrête ça, arrête-toi Harry. »

Et Severus lui aurait certainement hurlé dessus hargneusement comme s'il était un gamin idiot et désobéissant pendant quelques minutes, puis en bon manipulateur aurait prononcé sur un ton grave les mots capables de raviver au mieux ses doutes, et enfin lui aurait murmuré « s'il te plaît » en le regardant droit dans les yeux.

Mais Severus aurait commis une grave erreur stratégique…

« Ne risque pas bêtement ta vie pour lui… ne la risque pas bêtement pour moi. »

Il aurait sous-entendu que sa vie était plus importante que la sienne ou celle de Tom.

Et ça Harry n'aurait pu l'accepter, parce que Severus était – et serait toujours, il en était certain – la personne comptant le plus au monde à ses yeux et que, si son projet se réalisait – et il n'avait absolument aucun doute sur le fait qu'il se réaliserait – il était presque persuadé que Tom Jedusor occuperait au final dans son cœur une place d'importance.

Et aussi parce que Harry était intiment convaincu que si leurs rôles avaient été inversés, Severus n'aurait pas longtemps hésité avant d'essayer de le sauver en retournant dans le passé.

Et la pensée le fit sourire encore un peu plus.
Harry s'arracha finalement à ses songeries, fixant son regard sur la cigarette qui finissait de se consumer, et se leva pour récupérer la potion d'apparence.
Ça y était enfin : c'était le moment.

Il prit une profonde inspiration, avala la potion d'une traite et grimaça, se demandant vaguement pourquoi les potions avaient presque toujours invariablement – en particulier celles de Severus – des goûts aussi ignobles.
Il sentit son nez se modifier légèrement ainsi que certaines autres parties de son visage, il passa nerveusement une main dans ses cheveux et put constater que ces derniers avaient poussé et que leur texture était légèrement différente de d'habitude et le déséquilibre soudain auquel il était en proie semblait lui indiquer qu'il avait grandi.

Il sortit précipitamment du salon, montant vers l'étage, pénétrant dans leur chambre et s'approchant fébrilement de l'immense miroir de la vieille penderie, suppliant intérieurement Merlin, Godric, Salazar et les autres de ne pas avoir la tête de Goyle. Il savait bien que la potion n'était sensée apporter que des changements modiques mais ça ne l'empêchait pas d'être bêtement anxieux.

Il étudia soigneusement son reflet et poussa un soupir d'intense soulagement. Pas mal. Selon ses propres critères il se trouvait assez regardable.

Les transformations qu'avaient subies son corps étaient en effet très mineures : ses cheveux étaient passés d'un noir d'encre à un châtain foncé et bien que toujours en bataille ils semblaient avoir gagné en douceur et tombaient maintenant sur le bas de sa nuque, il avait pris quelques bons centimètres – ce qui n'était pas un luxe vue la taille ridicule que lui avait laissée la nature en souvenir d'années de malnutrition chez les Dursley – et atteignait maintenant presque un mètre soixante-quinze, ses pommettes étaient un peu plus saillantes et son nez autrefois en trompette – il l'avait toujours détesté mais quand il en avait fait la remarque à Severus celui-ci l'avait raillé avant d'affirmer trouver ça plutôt mignon – était devenu légèrement plus long et fin avec une arête bien plus marquée.

Sa cicatrice en forme d'éclair s'étalait toujours fièrement sur son front.

Il avait remarqué pendant son étude de sa personne que sa vision était assez trouble et pris d'un doute, il retira ses éternelles lunettes rondes et eut un léger rire. Oui, beaucoup mieux.

Même si les changements restaient très minimes, il était tout à fait persuadé que personne ne ferait aisément le lien entre lui et l'un des grands bruns binoclards et hirsutes de la famille Potter. Parfait.

Il réunit soigneusement tous les faux-papiers fournis par les connaissances de Mondingus et y intégra – lorsque c'était nécessaire – des photographies de lui sous son apparence actuelle avec un sort qui permettait de donner aux clichés le même aspect général que le reste du document.
Il réduit au maximum la penderie, le buffet du salon, la table basse, la table de la salle à manger, les chaises et certains des autres meubles – il avait toujours viscéralement haï les magasins de décoration et Severus, bien qu'ayant assez bon goût en la matière, était d'un anti-modernisme certain si ahurissant à propos du mobilier que leurs meubles ne détonneraient pas vraiment au début du 20ème – avant de les glisser délicatement dans l'une des poches de son long manteau.

Après une petite hésitation et un faible sourire moqueur – il apprendrait de nouveau à Severus à aimer l'hideux tapis – il lança un sort de réduction à la carpette rouge duveteuse et l'ajouta aux éléments mobiliers miniaturisés et à la boîte d'allumettes qui contenait actuellement l'ensemble de sa fortune.

Il s'assit sur l'accoudoir du fauteuil de cuir beige et sentit son cœur battre furieusement.

Oui. Cette fois : ça y était.

Tout était fin prêt.

Il avait l'argent, les papiers, le nouvel aspect, les meubles et l'incantation à réaliser.

Il avait tout. Tout ou presque.

Il lui manquait juste la détermination.

Était-ce réellement ce qu'il désirait ?

Est-ce qu'il obtiendrait vraiment ce qu'il souhaitait en remontant le temps ?

Est-ce qu'il ne ferait que provoquer un peu plus de morts et de souffrances en modifiant le passé ?

Peut-être. Peut-être pas.

Il était beaucoup trop tard pour encore une fois tout remettre en question.

Beaucoup trop tard.

Qu'avait-il à perdre, après tout ?

Harry regarda autour de lui et trouva que le salon semblait étrangement vide avec ces quelques meubles en moins, il avisa une des rares photos où lui et Severus se tenaient enlacés posée sur la cheminée.

Il se leva et la prit délicatement, effaçant d'un geste de baguette la fine pellicule de poussière la recouvrant.
Il caressa doucement l'image de l'homme trop maigre, aux traits durs et aux longs cheveux bruns.

Non, il n'avait vraiment rien à perdre.

Le Severus du cliché tourna la tête vers lui et le scruta d'un de ses longs regards méditatifs et perçants, avant d'esquisser pour lui l'un de ses rares demi-sourires tendres, resserrant son étreinte sur le Harry Potter radieux qu'il tenait entre ses bras.
Harry sentit un peu d'eau mouiller ses joues et prit conscience qu'il avait laissé échapper quelques larmes.

Et il se surprit à sourire : cette fois-ci ce n'étaient pas des larmes de deuil, elles saluaient simplement un nouveau départ.

Alors Harry n'hésita plus, il appela à lui le vieux manuscrit et l'ouvrit avec un respect presque religieux sur la page où était notifiée la formule.

Et il essaya de ne pas penser à quel point il serait fini et détruit s'il s'agissait juste d'une farce idiote. Il essaya de ne vraiment pas y penser. Et se concentra fermement sur une seule chose : l'année 1929. Cette année-là Tom aurait trois ans – assez tard pour qu'on ne s'inquiète pas d'emblée de l'adoption du descendant de Salazar et assez tôt pour que ce passage à l'orphelinat n'ait pas marqué trop profondément l'enfant – et c'était en cette année-là qu'il voulait atterrir.

Il essaya de faire le vide dans son esprit, ne pensant à rien d'autre que la date en question, et prononça distinctement les quelques mots dont était composée la formule, tentant d'y instiller toute sa puissance magique :

Mi permoves axis tempus e

Il y eut un moment de flottement et Harry sentit la bile lui monter à la gorge tandis qu'il se laissait tomber au sol.

Et merde.

Juste une farce.

Il avait été tellement con d'y croire.

Tellement con.

Voyager dans le temps…

Merde, comment avait-il pu être stupide au point d'y croire ?

Alors qu'il sentait des larmes amères brûler ses yeux, il eut brusquement la sensation d'être happé à l'intérieur d'un gigantesque tourbillon, un froid glacial tétanisant chacun de ses muscles et sa tête étant transpercée de part en part par une douleur aiguë.

Le tourbillon sembla soudainement ralentir et il essaya de se raccrocher désespérément à quelque chose, ayant l'impression de sombrer.

Sa tête heurta violemment une surface dure et il ne put cette fois s'empêcher de sombrer.

Englouti par les ténèbres.


Note: Voilà, j'espère que vous n'avez pas été déçus par ce seconde chapitre, la suite paraîtra le 18 Novembre :D