Chapitre 2 : Révélation

Samy ne put retenir un sourire en voyant devant lui équipe des Bleus au grand complet. Le temps avait passé depuis leurs débuts, où leur photo circulait massivement sur internet, et chacun avait changé à sa façon.

Gabriel était devenu un très beau jeune homme, assez musclé mais pas trop non plus. Il arborait toujours ses dreadlocks mais celles-ci étaient à présent rassemblées en une épaisse queue de cheval. Éloïse s'était encore embellie en grandissant. Elle arborait toujours les deux chignons qui la caractérisaient et, étrangement, cela ne lui donnait pas du tout l'air enfantin. Samira était sans doute celle qui avait le plus changé. Ses cheveux auparavant toujours attachés étaient à présent libres et lui tombaient jusqu'au creux des reins. Elle s'était beaucoup féminisée et devait à présent faire tourner bien des têtes. Jeremy, qui tenait amoureusement la taille de cette dernière, avait pris énormément de muscles et ressemblait à présent à une personne tout droit sortie d'un film d'action. Mais son grand sourire, mi-naïf mi-provocateur, était définitivement le même que celui de ces treize ans. Au contraire, les frères Tekno n'avaient pas pris un gramme de muscles, du moins de façon visible, et leur poussée de croissance exceptionnelle leur avait donc donné un profil dégingandé qui les rendait presque difficiles à reconnaître.

- Salut, tu dois être Samy ! lança Éloïse avec un sourire. On est pas trop en retard ?

- Non, pas du tout. Venez, il est dans le salon.

Tous obéirent et le blond les mena rapidement à travers la maison jusqu'à son frère. À leur entrée, le visage de Tag s'illumina et un grand sourire fendit son visage. Comme un signal, tous ses amis lui sautèrent dessus pour l'enlacer, sous le regard attendri du spectateur.

- Je n'en reviens pas que vous soyez tous là, sourit Tag en relâchant la taille d'Éloïse.

- On ne pouvait pas rater ton anniversaire ! répliqua Gabriel. C'est ton petit-frère qui nous a invités.

Tag se tourna vers Samy et le couva d'un regard si doux que celui-ci oublia un instant tous les griefs qu'il avait contre lui.

- Il a proposé un match entre notre équipe et la sienne, on ne pouvait pas refuser, ajouta Jeremy avec un petit air supérieur. Faut prouver à tous ces mômes que les Bleus sont les meilleurs et le resteront toujours.

- Tu sais que leur façon de jouer diffère de la nôtre au moins ? s'amusa Tag.

- Peut-être, mais on possède un avantage non négligeable, déclara Tek en échangeant un regard complice avec son frère jumeau.

- En tant qu'entraîneur, tu connais tous leurs points faibles, termina celui-ci.

- Ça ne suffira pas, désolé, le défia Samy. Vous ne ferez pas le poids.

- Ne jamais être trop sur de soi, le réprimanda gentiment Tag. Tu pourrais être surpris.

- Garder votre énergie pour le match, soupira Samira.

- Oui, approuva Tag. Venez, montons dans ma chambre.

Il leur indiqua l'escalier et ils s'y engouffrèrent les un après les autres. Juste avant de les rejoindre, Tag s'avança vers son frère et ébouriffa ses cheveux d'un geste affectueux.

- Merci, Samy. Je t'adore.

Et il disparut à l'étage, laissant son petit-frère heureux de le retrouver aussi joyeux d'auparavant. C'est sautillant de bonheur qu'il remonta dans sa chambre. À présent, c'était aux Bleus de jouer.

Le lendemain matin, les Bleus se retrouvèrent autour de la table du petit-déjeuner. Samy fut gagné par la bonne humeur ambiante et s'installa parmi eux.

- Tout est réglé pour le match de tout à l'heure, lui glissa Tek, à sa droite, en s'assurant d'un regard que son capitaine, occupé à rire avec Eloïse, ne leur prêtait aucune attention. On l'embarque vers midi, on mange à l'extérieur et on va directement au Forum. Euphémia arrivera vers treize heures.

- Je me charge de l'accueillir et de l'amener au Forum, assura le bond. Merci pour votre coopération.

- On ferait tout pour notre capitaine, rit No, à sa gauche. Il a de la chance d'avoir un petit-frère comme toi.

Samy détourna les yeux, gêné. Il n'était pas certain de mériter une telle louange.

Le reste de la journée passa étrangement très lentement. Samy passait et repassait son plan dans son esprit et ne pouvait s'empêcher d'imaginer toutes les fins possibles imaginables. Ainsi, son moral faisait des loopings. Personnellement, il se fichait de la façon dont réagirait Euphémia en découvrant le secret de son petit-ami, mais ce n'était pas le cas de la réaction de ce dernier. Soit tout se passait bien et Tag lui en serait reconnaissant, soit tout se passait mal et il lui en voudrait pour le reste de sa vie. Ainsi, il ne fut pas très productif avec ses exercices de mathématiques. Il n'attendait qu'une chose, que Euphémia arrive enfin pour que cette histoire se termine enfin. Son existence n'était vraiment qu'une source d'ennuis.

La sonnette retentit à treize heures précises. Comme mu sur un ressort, Samy bondit sur ses pieds, descendit les escaliers quatre à quatre et alla ouvrir la porte. Euphémia, vêtue d'une robe noire, lui adressa un doux sourire qui, sans qu'il ne sache trop pourquoi, calma ses craintes. Elle dégageait quelque chose d'apaisant.

- Bonjour, je viens voir Sébastien.

- Bonjour. Moi c'est Samy, je suis son frère. Enfin, c'est tout comme.

- Il m'a beaucoup parlé de toi, répondit la jeune fille. Je suis ravie de te rencontrer.

Au moins, son frère ne l'avait pas totalement rayé de sa vie : un bon point pour lui.

- Moi aussi, répondit-il, un peu moins joyeusement. Par contre Tag… enfin, Sébastien n'est pas à la maison pour le moment.

La surprise se peignit sur les traits de la jeune fille, ce qui fit sourire Samy. La deuxième partie du plan débutait.

- Il m'a chargé de t'accueillir et de te conduire à lui.

- Où ça ?

- Tu verras, c'est une surprise. Tu me suis ?

Elle hésita un instant, incertaine, avant d'approuver d'un signe de tête.

Une fois qu'ils furent installés dans une rame de métro, en direction du forum, et la sentant mal à l'aise, Samy relança la conversation. Il n'en avait pas envie mais elle devait être dans de bonnes dispositions pour accepter le secret de son petit-ami.

- Alors, comment tu as rencontré Tag… Sébastien ?

La jeune fille dodelina de la tête, comme cherchant une réponse convenable à sa question, avant de répondre.

- En allant au lycée. Je ne suis pas en ville depuis longtemps et je me suis perdue en chemin. Sébastien est sorti de nulle part et m'a permis de ne pas arriver en retard pour mon premier jour.

- Oui, ça lui ressemble bien, sourit Samy qui ne pouvait s'empêcher d'imaginer son frère aider chaque personne qu'il croisait dans la rue.

- Pourquoi est-ce que tu l'appelles toujours Tag ? C'est un drôle de surnom.

Le garçon se retint de lever les yeux au ciel. Elle ne devait vraiment pas connaître le monde du foot de rue si elle n'avait jamais entendu parler de Tag, le célèbre capitaine des Bleus.

- Pendant des années, il refusait qu'on l'appelle Sébastien, et préférait Tag. C'est un diminutif de son ancien nom de famille, Tagano.

Elle hocha la tête, lui faisant comprendre que le jeune homme lui avait parlé de son enfance solitaire.

- Tout le monde le connaissait sous ce nom. Tu trouveras peu de ses amis l'appelant Sébastien.

- Il ne m'en a jamais rien dit, murmura la jeune fille, attristée.

- Il a grandi depuis, s'empressa de préciser Samy, en imaginant déjà la colère de son frère pour lui avoir fait de la peine. Il a définitivement adopté le nom de Sébastien quand il a retrouvé son père, mais les habitudes ont la vie dure.

- D'accord.

La conversation mourut de nouveau, au grand damne de Samy. Décidément, Tag avait vraiment choisi une personne étrange : lui qui était si extraverti, comment faisait-il pour s'intéresser à une fille si réservée ? Il abandonna l'idée de mener la conversation et se mit à observer le paysage défilant par la fenêtre.

- On descend ici, déclara-t-il finalement en sautant de son siège.

La jeune fille le suivit hors de la rame de métro. C'est seulement alors qu'il remarqua qu'elle ne portait pas les chaussures adéquates pour traverser la zone de chantier.

- On va devoir faire un détour.

- Un détour ?

- Pour ne pas te salir.

- Mais où est-ce que tu m'emmènes ?

- Ne t'inquiète pas, tu ne le regretteras pas. Enfin, j'espère, ajouta-t-il à voix basse.

Finalement, ils arrivèrent en vue de l'esplanade. Malgré l'absence d'un match officiel, toutes les équipes et Paul s'étaient réunis. Plus exactement, ils étaient rassemblés autour de l'équipe des Bleus.

- Bienvenue au Forum, lança Samy à Euphémia, qui n'avait pas encore repéré son petit-ami parmi la foule. C'est ici qu'on s'entraîne.

- S'entraîner à quoi ?

Il se tourna vers elle et lui adressa un petit sourire conspirateur.

- Au foot de rue extrême. Tag m'a dit que tu n'aimais pas le foot, ajouta-t-il en avisant son air perdu, mais, crois-moi, tu vas vite changer d'avis.

Il saisit sa main et la força à le suivre.

- Ils sont là ! lança l'une des Ninjaz en les apercevant.

Tous les regards se braquèrent sur eux et Samy sentit immédiatement sa compagne se tendre. Elle n'aimait visiblement pas être au centre de l'attention. Décidément.

- Euphie ?!

Émergeant de la foule, Tag s'avança vers eux, interdit.

- Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Tu … ? Samy !

Le jeune garçon ne baissa pas les yeux devant le regard noir de son aîné. Il sentait pourtant la colère irradier de ses iris mais il ne devait pas fléchir. Il faisait tout cela pour lui après tout.

- Ne t'en prends pas à lui, Tag, intervint Éloïse en posant sa main sur son épaule. On était tous dans le coup.

- Quelqu'un pourrait m'expliquer ce que c'est que cette histoire ? demanda Euphémia, avec un brin d'impatience.

- On va te montrer plutôt, lança Gabriel en lui faisant un clin d'œil.

Tag fit volte face pour se retrouver face à son meilleur ami.

- Gab, je peux pas faire ça !

- Mais si tu peux. Tu as simplement peur de te faire ridiculiser par des mômes devant ta copine, se moqua Jeremy en contemplant ses ongles d'un air supérieur.

- Arrête de dire des âneries, Jérémy, gronda Tag, piqué au vif.

- Alors, ramène-toi sur le terrain et prouve-le-nous ! répliqua Samy en réceptionnant le ballon que lui envoya Greg.

- On n'en a pas fini, toi et moi ! le menaça Tag.

Il se tourna ensuite vers Euphémia et osa croiser son regard perdu.

- S'il te plaît, ne m'en veut pas.

Et il alla rejoindre les autres tandis que Samira et Gabriel, qui restaient sur la touche pour le début du match, prenaient la jeune fille par les épaules pour l'entraîner un peu à l'écart.

- Je ne comprends rien… murmura Euphémia en se laissant entraîner.

- Tu vas vite comprendre.

Et ils reportèrent son attention sur Paul.

- Aujourd'hui, il n'y aura pas de match de tournoi de foot de rue extrême, annonça-t-il avec sérieux. Le match aujourd'hui verra s'affronter la Team et l'équipe des Bleus, anciens champions du monde de foot de rue. Pour notre spectatrice qui ne connaît pas les deux équipes, commencez par vous présenter. Nous rappellerons ensuite les règles. Puis la partie commencera. La Team ?

- Samy, capitaine de la Team, annonça le blond en faisant un pas en avant.

- Greg, fit son meilleur ami en l'imitant.

- Inès.

- Louna.

- Joey, meilleur gardien de but de tout le championnat !

- À vous les Bleus, reprit Paul avec un sourire indulgent face à l'attitude fanfaronne du jeune garçon.

Il y a eu un instant de flottement avant que Jeremy ne finisse par s'avancer, le torse bombé.

- Jeremy, joueur vedette des Bleus !

- Tek et No, firent les jumeaux de concert.

- Éloïse.

- Gabriel, lança le jeune noir à la cantonade en agitant une main.

- Samira ! ajouta sa comparse en se levant.

Elle se rassit et adressa un sourire chaleureux à sa voisine. Tag fusilla une dernière fois son frère du regard avant de soupirer.

- Tag, capitaine des Bleus.

Il ne manqua pas le mouvement de recul de Euphémia, totalement surprise par cette annonce, et se força à rester concentrer sur le match à venir. Mais un intense sentiment de détresse étreignait son cœur.

- Bien, maintenant les règles, reprit Paul. Les buts de la Team se trouvent au niveau du tunnel et les buts des Bleus à l'opposé, sur le bâtiment. Le jeu se déroulera sur l'ensemble de l'esplanade. Tag, tu pourras faire entrer tes autres joueurs sur le terrain à la mi-temps. Le match durera exceptionnellement une heure. Vous pouvez utiliser tout ce qui est à votre disposition mais je ne tolérerai aucun mauvais geste. C'est bien compris ?

- Compris, répéta Samy.

- Compris, ajouta Tag.

- Très bien. Que la partie commence. Tag et Samy à l'engagement. En place.

Les deux équipes se dispersèrent et les deux frères se placèrent face à face, prêts pour l'affrontement.

- Ce match a beau être pour ta Euphie, je ne te ferai pas de cadeaux, lança le plus jeune, légèrement hautain.

- Ne crois pas que ce sera simple, rétorqua son frère.

Le coup de sifflet retentit et le ballon fut lancé dans les airs. Profitant de sa plus grande allonge, Tag en profita pour le voler à son frère.

- En défense ! hurla Samy en partant à toute allure alors que tous se mettaient en mouvement.

Le match démarra sur les chapeaux de roues. Chacune des équipes avait ses points forts et ses points faibles et tous les exploitaient remarquablement bien. Les Bleus étaient plus grands, avaient plus d'expérience en foot et se comprenaient sans même avoir besoin de se parler la Team était plus rapide, plus agile et connaissait mieux le terrain.

Ainsi, les rebondissements s'enchaînaient à un rythme fou. Ils se prenaient le ballon à tour de rôle, courraient dans tous les sens, et les quelques buts tirés étaient arrêtés souvent de justesse.

Depuis sa place, Euphémia suivait chaque action avec attention, sans prononcer le moindre mot. Lorsque Tag grimpa avec agilité sur des caisses emplies et bondit dans les airs pour frapper le ballon de la tête, elle ne put s'empêcher de se cacher les yeux de ses mains.

- Mon dieu, je ne peux pas regarder ça. Il va se tuer !

- Mais non, la rassura Samira. Tag sait exactement ce qu'il fait. Il a déjà fait bien pire.

Euphémia baissa ses mains et observa avec soulagement le jeune homme s'éloigner en donnant des ordres aux jumeaux. Il se dégageait de lui une assurance peu commune. N'importe qui pouvait deviner qu'il aimait ce qu'il faisait, et qu'il le faisait bien.

- Il est doué, remarqua-t-elle. J'imagine que le foot de rue compte beaucoup pour lui ?

- C'est toute sa vie, lui répondit Samira. Il lui a permis de s'épanouir et de s'affirmer. Sans les coupes du monde que nous avons organisées, il aurait été bien différent aujourd'hui.

- Vous avez organisé une coupe du monde ? répéta Euphémia.

- Oui, deux. C'était une idée de Tag d'ailleurs, rit Gabriel, même si on a tous mis la main à la pâte.

- Jérémy ! s'écria soudain Tag. Coin supérieur de l'échafaudage, à six heures !

Sur le terrain, le rouquin tira immédiatement et, par un habile jeu de rebond, le ballon fut tiré d'un coup de maître dans les buts de la Team. Joey plongea mais ne put l'arrêter.

- But des Bleus ! annonça Paul en sifflant. Un à zéro pour les Bleus.

- Mais c'était quoi ça ?! s'exclama Greg en dévisageant les Bleus, la bouche entrouverte de surprise.

- Ça, c'est la différence entre le foot de rue et le foot de rue extrême, se moqua gentiment Tag. On utilise beaucoup plus l'environnement que vous qui vous concentrez sur les acrobaties. On continue les Bleus !

- Ouais ! crièrent les aînés en se remettant rapidement en place.

- Remise en jeu ! reprit Paul.

L'explosion de joie ayant retenti dans les gradins se prolongea un peu. Euphémia s'était même jointe aux équipes et avait applaudi, pour le plus grand bonheur des conspirateurs qui suivaient de près ses réactions.

- Vous méritez bien votre titre ! lança Zahra aux deux Bleus en touche, un immense sourire aux lèvres. Vous êtes incroyables !

- Tag s'est bien amélioré niveau stratégie, apprécia Gabriel en croisant les bras d'un air connaisseur. Il n'a plus besoin de moi.

- Dis pas de bêtises, Gab ! lui rétorqua le capitaine en passant en courant devant lui, poursuivant Greg. C'est toi le meilleur !

- Oui, tu as raison !

Tous se mirent à rire.

- L'important c'est de s'amuser, reprit Samira à l'attention de Zahra. C'est comme ça qu'on fait des progrès. Tag nous a dit qu'il y avait beaucoup de tension entre les équipes de foot de rue extrême. C'est dommage vous savez...

Sur le terrain, Inès venait de prendre le ballon à No et fonçait vers les buts en compagnie de Samy et Greg.

- Eh bien, c'est surtout la faute des Darksides, révéla Lila. Ils font tous pour semer la discorde entre les membres. Sinon, ce ne sont que de gentilles rivalités… enfin je crois.

- Oh, on avait les mêmes à Port-Marie, déclara Gabriel avec un soupir désabusé. Les Fantômes de la Cité. Les rois des coups tordus. Mais, au final, on a réussi à bien s'entendre.

- Comment vous avez fait ? demanda Bruno, curieux.

- Tag a intégré leur capitaine, Ben, à notre équipe pour plusieurs matchs très importants du mondial.

- Quoi ? s'exclamèrent les autres. Mais pourquoi il a fait ça ?

Euphémia elle-même se tourna vers le jeune homme, lui accordant toute son attention. Samira sourit en coin.

- Pour que nous ne soyons pas pénalisés par le manque de joueurs. Pourtant je peux vous dire qu'on lui en a voulu sur le moment, on préférait largement jouer en sous-effectif. Mais il a su nous convaincre. Il est allé jusqu'à disputer un match en béquilles pour nous apprendre la leçon.

- Ça, c'est un super capitaine ! s'exclama Mawell en tournant un regard plein d'admiration vers le jeune homme en question.

- Avant l'organisation des mondiaux, le foot de rue était mal vu et on devait jouer cachés, reprit Gabriel. Si nous n'étions pas solidaires, nous risquions de nous faire embarquer par les flics et d'avoir de gros ennuis. Vous avez de la chance de pouvoir jouer au grand jour, mais vous oubliez les valeurs de notre sport : honneur, respect et solidarité.

Les plus jeunes baissèrent la tête, honteux.

- Allez, ne faites pas cette tête, les rassura Samira en riant. Il n'est jamais trop tard.

La première mi-temps s'arrêta sur le score de deux à un pour les Bleus. Les deux équipes s'écroulèrent côtes à côtes, à bout de souffle.

- Vous avez un super niveau, lança Tek en s'essuyant le front.

- Vous aussi pour des vieux, rit Samy.

- N'empêche que nous menons au score, minus, rétorqua Jérémy. Alors fais attention à qui tu traites de vieux !

Cette phrase provoqua un éclat de rire chez les deux équipes.

- Allez, il est temps de parler stratégie, décréta Tag.

Tous approuvèrent et les deux équipes se séparèrent.

- Gab, Samira, on vous attend ! les appela Tag. Vous allez remplacer les jumeaux !

- On arrive ! s'exclama aussitôt Samira en sautant sur ses pieds. À nous de jouer. Souhaite-nous bonne chance, Euphie ! On compte sur toi pour nous encourager.

- Bonne chance, lui répondit celle-ci en souriant alors qu'ils s'en allaient à toute allure.

Au bout d'une demi-douzaine de minutes, les deux frères virent s'asseoir aux cotés des équipes spectatrices, qui les assaillirent aussitôt, extatiques après la démonstration de leur botte secrète.

- Ça fait du bien de rejouer comme ça tous ensemble, lâcha Tek quand ils purent de nouveau respirer. C'est pas pareil dans le monde pro.

- Oui, c'est sûr. Je donnerai tout pour rejouer notre tout premier match contre les Requins du Port ! ajouta joyeusement son frère.

- Même avec Tony ?

- Ouais, même avec ce cafard !

- Fin de la mi-temps ! annonça Paul en sifflant une nouvelle fois. Tout le monde en place.

Et la partie reprit.

Malgré leur fatigue, chacune des deux équipes semblait revigorée par leur pause de mi-partie. Chacune avait eu le temps d'analyser le jeu des autres et ils en profitaient. Enfin, c'était surtout vrai pour les Bleus, qui se montraient soudain bien plus aériens qu'auparavant. Ils n'exécutaient pas encore les figures des plus jeunes, mais les coups de pieds retournés et les sauts de mains devenaient presque communs. Seul Tag et Samira arrivaient à peu près à leur niveau et Gabriel, en bon stratège, savait parfaitement exploiter cet atout.

Le match se termina une demi-heure plus tard, sur un dernier but magistral de Samira suite à une passe précise de Gabriel. Trois à deux pour les Bleus.

Alors que tous explosaient de joie, sautillant, criant, félicitant les vainqueurs et les vaincus, Euphémia, immobile, se contenta de fixer Tag du regard. Celui-ci ne participa que peu à la liesse et finit par s'en extirper pour s'approcher d'elle. Son comportement n'avait plus rien à voir avec celui qu'il avait d'ordinaire. Il était hésitant, incertain, presque d'effrayé à l'idée de lui parler. Elle se leva à son tour, mais se contenta de le laisser venir vers elle. Finalement, il s'arrêta face à elle.

- Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit ? murmura Euphémia à voix basse alors que tous les yeux se posaient sur le couple.

- Je ne voulais pas te perdre, répondit le jeune homme en prenant ses mains dans les siennes. Quand tu m'as dit que tu n'aimais pas le foot, que tu le détestais même, j'ai eu peur qu'en t'annonçant que non seulement j'entraînais l'équipe de mon frère mais que j'étais moi-même un ancien joueur, tu me rejettes.

Elle se dégagea de sa prise et lui jeta un regard blessé.

- Tu as donc préféré me mentir ? Tu ne me fais pas confiance ?

- Bien sûr que si ! s'exclama Tag en faisant un pas en avant, mais la jeune fille recula d'un autre.

Face à cette réaction, il se figea.

- Non ! Sinon tu m'aurais parlé de toi… et des Bleus.

Et elle tourna les talons et s'en fut en courant.

- Euphie, attends ! l'appela Tag en s'apprêtant à courir à sa poursuite.

Mais deux mains l'agrippèrent. L'une appartenait à Éloïse, l'autre à Inès.

- Tu devrais lui laisser un peu le temps de digérer la nouvelle, lui conseilla la plus âgée.

- Comprends-la, ce n'est pas évident pour elle, ajouta Inès.

Tag soupira et regarda avec détresse la direction dans laquelle Euphémia avait disparu.

- J'aurais dû tout lui révéler depuis le départ.

- Oui, ça, c'est sûr, intervint Gabriel. Tu n'as pas été malin sur ce coup. Surtout que le foot de rue ne semblait pas la déranger plus que ça : c'est plus ton omission qui l'a blessée.

Tag se résigna et se laissa ramener parmi les autres par ses amis.

Cependant, il ne participa pas longtemps aux discussions d'après-match, toutes ses pensées étant tournées vers celle qu'il aimait. Il s'éloigna donc du groupe et se recroquevilla sur lui-même, la mine sombre et les yeux dans le vague. Le remarquant, Samy vint s'asseoir près de lui, l'air coupable.

- Je suis désolé, je pensais que ce serait une bonne idée… murmura-t-il sans oser croiser son regard. Je voulais juste t'aider...

- Tu n'as fait que précipiter les choses. La vérité aurait éclaté un jour ou l'autre. Il vaut peut-être plus tôt que tard…

Il était évident qu'il souffrait de la situation et Samy s'en voulait terriblement. Il n'aurait jamais dû se mêler des affaires de cœur de son frère.

- Je vais aller faire un tour, décida brusquement Tag en se levant.

- Tag, je…

- Je veux rester seul, Samy, le coupa le jeune homme. Tu en as assez fait comme ça, tu ne crois pas ?

Le blond abandonna à contrecœur.

- T'inquiète pas, le rassura Gabriel en posant une main sur son épaule. Ils vont se réconcilier en un rien de temps.

- T'es sûr de ça ? demanda Joey à sa place. Ça a l'air plutôt mal parti.

En tant que fan numéro un de Tag, le jeune garçon était tout aussi inquiet que Samy quant au dénouement de cette histoire. D'ailleurs cela aussi avait le don d'agacer le jeune homme. Tag était son frère après tout, bien avant d'être l'entraîneur de la Team.

- Rompre à cause d'une chose pareille, ce serait totalement débile, répondit Éloïse. Ils vont être en froid quelque temps et puis ils se tomberont dans les bras en s'excusant comme des amoureux transits.

- T'es spécialiste, hein ? ricana Jeremy en lui adressant un clin d'œil moqueur.

- C'est vrai qu'on s'est pas mal pris la tête avec Tag quand on était ensemble, réfléchit la jeune fille avec un sourire nostalgique. Mais au final, on s'en est toujours bien sorti.

- Tu es sortie avec Tag ? s'exclama Louna.

Et la discussion dévia inévitablement sur l'ancienne relation des deux Bleus et, plus largement, sur les deux coupes du monde auxquelles ils avaient participé.

Le groupe, pas si petit que ça, se sépara à la nuit tombée, lorsque les Bleus décrétèrent qu'il était temps pour eux de repartir chez eux. Samy rentra en compagnie de son équipe, mais demeura silencieux tout le trajet durant.

- Ne fais pas cette tête, Samy. Ça ne sert à rien de culpabiliser, lui lança Inès quand ils prirent chacun la direction de leur demeure.

- Facile à dire, grommela son ami.

Dès qu'il fut seul, il se mit à courir aussi vite que ses jambes le lui permettaient jusqu'à chez lui.

Il entra comme une furie dans sa demeure, faisant sursauter ses deux parents occupés à préparer le repas du soir.

- Samy, enfin, ça ne va pas de débouler comme ça ! le réprimanda sa mère. C'est à cette heure-là que tu rentres ? On s'inquiétait ! Tu as fini tes devoirs au moins ?

- Est-ce que Tag… ? commença-t-il, ignorant les remontrances.

- Tag a 17 ans, il est mature et fait toujours ses devoirs à temps. Il a donc le droit de rentrer plus tard que toi, le coupa sa mère. Surtout que lui nous a prévenus, ce qui n'est pas ton cas.

Samy baissa la tête mais pas à cause des paroles de sa mère. Ainsi, Tag ne rentrerait encore pas ce soir. Comment pouvait-il se faire pardonner si son frère s'obstinait à jouer les abandonnés absents ?

- Je suis désolé, déclara-t-il à l'attention des deux adultes qui attendaient sa réaction. Je vais finir mes devoirs tout de suite.

- Et tu viendras me les montrer avant le repas, ordonna sa mère alors qu'il disparaissait à l'étage.

- Oui, maman…

Samy guetta le retour de son frère toute la soirée mais celui-ci ne se montra que vers minuit, alors que la maisonnée baignait déjà dans les ténèbres du sommeil. Il resta un instant immobile avant de quitter son lit à toute vitesse pour intercepter son frère.

Alors que Tag allait s'engouffrer dans sa chambre, Samy réussit à enrouler les bras autour du torse de son frère pour enfouir sa tête entre ses omoplates. L'aîné se figea, surpris par une telle démonstration d'affection. C'était bien la première fois qu'il était assis tactile avec lui.

- Tag, je suis désolé. Je suis désolé pour tout, murmura Samy à voix basse. Je voulais juste t'aider...

Il tremblait sans même s'en rendre compte.

- Ne m'abandonne pas…

Tag défit légèrement son étreinte et se retourna pour pouvoir le serrer à son tour contre lui. Aussitôt, le plus jeune se détendit, une vague d'affection l'enveloppant de toute part. Il releva un peu la tête pour observer son expression et se sentit immédiatement coupable en avisant ses yeux rougis. Avait-il pleuré ? Pour éviter d'y penser, il blottit de nouveau sa tête dans son pull.

- Tu es et tu resteras mon petit-frère, Samy, et parfois les frères se disputent. Il me faut juste un peu de temps pour digérer tout ça.

Il hocha la tête en signe de compréhension, bien conscient que l'autre le sentirait.

- Alors arrête de te faire du souci et laisse-moi gérer.

Samy s'éloigna et offrit un sourire contrit à son grand-frère.

- Et là tu vas me dire d'aller dormir parce qu'il est déjà super tard ?

- Gagné, déclara Tag en lui ébouriffant les cheveux. Allez, zou !

D'un peu meilleure humeur, l'adolescent obéit après lui avoir souhaité une bonne nuit.

Durant les trois jours qui suivirent, Samy observa avec attention le comportement de Tag. Celui-ci ne sortait plus le soir, ne ratait plus les dîners et agissait comme si de rien était. Cependant, tous voyaient bien qu'il était perturbé et, s'il mettait cela sur le compte des examens, Samy savait qu'il n'en était rien. D'après les informations qu'il avait pu glaner, Euphémia évitait Tag au lycée et celui-ci ne tentait aucune approche, lui laissant du temps et de l'espace malgré son angoisse constante. Il essayait de temps à autre de lui proposer des jeux ou des duels de foot de rue, ce que le jeune homme acceptait généralement, mais cela ne durait qu'un temps et il sombrait de nouveau rapidement dans la mélancolie.

Au soir du quatrième jour, alors qu'il venait de rentrer de l'école, la sonnette retentit. Soupirant à l'idée de se tirer de son lit, ses parents étant absents et son frère sorti faire des courses, Samy descendit et alla ouvrir. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant Euphémia sur le pas de la porte. Son cœur fit un bond dans sa poitrine : si elle était là, ce ne pouvait que pour parler à son frère. Mais en bon ou en mauvais ?

- Excuse-moi de te déranger mais est-ce que Sébastien est là ? demanda-t-elle.

- Non, répondit-il, mais il ne devrait plus tarder à rentrer. Tu peux l'attendre à l'intérieur si tu veux.

Elle hésita un court instant mais finit par accepter.

- Est-ce que tu viens faire du mal à mon frère ? demanda-t-il en l'invitant à s'asseoir sur le divan.

La jeune fille afficha un air coupable mais secoua la tête.

- Il va mal depuis dimanche. À cause de toi.

Mais, s'il se fiait à ce qu'il pouvait en voir, Tag n'était pas le seul à souffrir de la situation. La jeune fille avait elle aussi les traits tirés et semblait abattue.

- J'en ai bien conscience. C'est pourquoi je suis ici : on doit avoir une discussion.

- Il t'aime.

- Je l'aime aussi.

- Alors quel est le problème ? Ça vaut vraiment le coup de tout gâcher ?

Le silence s'en suivit. Samy observa un long moment la jeune fille, assise le dos bien droit et les mains sur les cuisses, qui fixait le tapis du salon, visiblement perdue dans ses pensées. Ne supportant pas de ne rien faire, il récupéra son ballon qu'il avait laissé traîner un peu plus tôt dans la journée malgré les ordres de sa mère et se mit à jouer négligemment avec. Rapidement, il sentit les yeux noisettes de son invitée se poser sur lui.

- Vous avez toujours un ballon au pied, n'est-ce pas ? osa Euphémia en observant sa jonglerie.

- Il faut toujours s'entraîner si on ne veut pas se trouver à la ramasse, sourit Samy. Tu veux essayer ?

Et, ce disant, il lui lança la balle directement dans les mains. Surprise, elle l'attrapa néanmoins et la fixa d'un air indéchiffrable.

- Je ne sais pas jouer.

- Tu peux toujours essayer, ce n'est pas compliqué. Viens, allons dehors en attendant Tag.

Elle se leva et le suivit.

- Montre-moi déjà ce que tu sais faire avec un ballon, ordonna Samy, adoptant sans même s'en rendre compte l'attitude professionnelle de son grand-frère.

Incertaine, Euphémia laissa tomber la balle à terre, la bloqua sous sa sandale, puis shoota en direction de son adversaire improvisé. Le tir dévissa vers la droite mais le jeune garçon la stoppa néanmoins en riant.

- Je te l'avais bien dit, rétorqua la jeune fille avec un air boudeur.

- Je n'ai rien dit !

- Tu as pensé un peu trop fort dans ce cas.

En réponse, Samy lui renvoya la balle, qu'elle parvint cette fois-ci à lui renvoyer en ligne bien droite. Ils continuèrent quelques échanges, avant que Samy ne décide qu'il était temps d'essayer un nouvel exercice. Il plaça deux râteaux contre le mur.

- Voici tes buts, vise.

- Samy… je n'aime pas le foot.

- Allez. Il n'y a rien d'autre à faire. Ça ne va pas te tuer.

Elle laissa échapper un petit soupir exaspéré mais s'exécuta néanmoins. Et marqua dès le premier essai.

- Un coup de chance, fit-elle en haussant les épaules quand Samy la complimenta.

- Pourquoi tu m'aimes pas le foot au juste ? lui demanda le blond en lui renvoyant la balle pour qu'elle tire de nouveau.

- Je n'aime pas regarder des gugusses payés des millions pour courir après un ballon pendant deux heures, insulter et frapper les autres joueurs, qui par-dessus le marché sont admirés par des millions d'enfants alors qu'ils sont un piètre exemple. Ça m'insupporte au plus haut point, répondit la jeune fille avec une certaine hargne.

Et, non concentrée sur son tir, le ballon partit à toute vitesse droit vers le visage de Samy, posté à droite du but. Celui-ci s'écarta au dernier moment et laissa le projectile rebondir avec violence derrière lui.

- Je suis désolée ! s'exclama Euphémia, deux mains devant sa bouche. Je n'ai pas fait exprès !

- T'as l'air d'avoir un sacré coup de pied, plaisanta-t-il en lui souriant. Mais il en faudra plus si tu veux m'assommer.

La jeune fille rougit et détourna les yeux.

- Recommence, tire aussi fort que possible.

Elle alla elle-même récupérer la balle avec... un brin de bonne humeur ?

- Le foot de rue n'a pas grand-chose à voir avec le foot que tu décris, reprit Samy alors qu'elle marquait de nouveau.

Il se mit dans les buts et l'invita à tirer de nouveau.

- C'est ce que j'ai pu constater, répondit Euphémia en fixant la balle, pensive, mais j'ai aussi cru comprendre que certains joueurs étaient prêts à bien des coups bas pour gagner.

Elle shoota de nouveau et Samy arrêta le tir du pied pour lui renvoyer d'une petite pirouette.

- Encore. Il y en a toujours malheureusement, et pas seulement dans le foot. On ne peut pas y faire grand-chose. Heureusement Tag est toujours là pour nous rappeler à l'ordre quand ça dérape.

Cette fois-ci, Euphémia fit quelques pas avec le ballon au pied avant de tirer de nouveau. Samy l'arrêta et lui renvoya de nouveau mais cette fois-ci, la jeune fille ne prit pas le temps de se préparer et tira immédiatement pour finalement marquer. S'il avait été préparé, Samy aurait pu facilement l'arrêter, mais ce n'était pas la peine de lui faire remarquer. Pas alors qu'elle souriait face à ce qu'elle devait considérer comme un exploit de sa part.

- Maintenant, vise la palissade là et marque ici, décida-t-il en désignant le but devant lequel il se tenait toujours.

- Ce n'est pas possible.

- Bien sûr que si, tu as vu toi-même ce qu'on a fait pendant le match. Tu vas voir : c'est tout de suite plus amusant de faire du foot comme ça !

- Ok… si tu le dis.

Elle essaya, dut s'y reprendre à plusieurs fois mais, finalement, elle réussit.

- Super ! s'exclama-t-elle en sautant sur place.

Et elle se figea ensuite, surprise par sa propre réaction, et passa une main nerveuse dans ses longs cheveux, ce qui fit rire Samy. En définitive, il commençait à l'apprécier.

- Bravo, Euphie, fit une voix derrière eux.

Samy et Euphémia firent volte-face et se retrouvèrent face à Tag, qui les observait avec un sourire en coin, appuyé contre la porte-fenêtre. Le visage de la jeune fille devient aussi rouge qu'une tomate, autant de plaisir que de gène, et Samy décida qu'il était temps qu'il laisse les deux amoureux seuls. Il récupéra son ballon, fit un clin d'œil à son grand-frère et rentra rapidement à l'intérieur.

Tag, lui, se redressa et s'avança à pas lents vers Euphémia. D'un point de vue extérieur, on aurait pu croire qu'il était effrayé à l'idée qu'elle ne s'enfuit à son approche. Pourtant une lueur de détermination brillait dans ses yeux.

- Bonjour, murmura-t-il.

- Bonjour, Sébastien. J'étais venue te parler et comme tu n'étais pas là…

- Samy t'a proposé un entraînement de foot de rue ?

La jeune fille confirma en penchant légèrement la tête sur le côté.

- Tu ne te débrouilles pas si mal pour une débutante, plaisanta l'adolescent en forçant un sourire détendu.

Mais il fallait être sourd pour ne pas déceler les interrogations sous-jacentes à ce compliment et aveugle pour ne pas voir sa nervosité.

- Tu aurais dû m'en parler. Tu es idiot si tu pensais que j'allais te rejeter à cause de ça.

Tag baissa honteusement la tête.

- Comment veux-tu que je te fasse confiance si tu ne me confies pas quelque chose d'aussi important pour toi ?

- Je ne voulais pas te perdre, répondit Tag. Tu sais, jusqu'à il y a peu, tous mes amis avaient des liens avec le foot de rue. Alors quand tu m'as dit… enfin je me suis rendu compte qu'on était diamétralement opposé sur ça et vu la place que ça occupe dans ma vie…

- C'est une chose de ne pas aimer le foot, soupira Euphémia en levant les yeux au ciel, s'en est une autre de s'intéresser à la passion d'une personne qui nous est chère. On n'est pas obligé d'apprécier les mêmes choses, Sébastien. Et je ne t'aurai jamais demandé d'arrêter ta passion pour moi !

Il y eut quelques secondes de flottement avant qu'elle ne reprenne doucement :

- Surtout pas alors que tu es si doué.

Le jeune homme releva vivement la tête, ses yeux émeraudes brillant d'un espoir mal contenu. Il se détendit totalement en découvrant le sourire qui ornait les lèvres de celle qu'il aimait.

- Tu ne m'en veux pas alors ?

- Il y a autre chose que tu me caches ? rétorqua-t-elle du tac au tac, un brin soupçonneuse.

Il réfléchit faussement un instant avant d'esquisser une mine enfantine.

- Que je t'aime ?

Sa petite-amie se mit à rire et enroula ses bras autour de son cou pour le rapprocher d'elle.

- Moi aussi, je t'aime.

Et elle l'embrassa.

À l'étage, Samy referma sa fenêtre, soulagé. Les choses allaient peut-être enfin pouvoir revenir à la normale !