Note de l'auteure : Voici la suite. J'espère qu'elle vous plaira. Bonne lecture, et, si le coeur vous en dit, n'hésitez pas à me laisser votre avis!
« Je peux t'embrasser ? »
Tu t'entends murmurer ces mots, et tu vois son visage s'éclairer. Elle sourit, vraiment, sans masque, en acquiesçant, alors que tu sens une petite lumière s'allumer, là, au fond du noir qui te hante. Vos lèvres se rejoignent, c'est doux, inespéré, un peu désespéré aussi. C'est un baiser au goût d'eau et de sève, qui sur le moment semble éternel... Pourtant la Princesse de Feu rentre dans son palais austère, tandis que tu pars retrouver cet appartement devenu ton nouveau chez toi.
Les rues défilent, l'aube commence à pointer son nez. L'automne s'installe doucement sur Riverdale. Peut être que tu vas finir par te sentir bien dans cette ville… Les habitations se suivent et se ressemblent, il n'y a personne, l'air sent les feuilles mortes et la rosée. Tu te perds un peu, ton ébriété n'aide pas ton sens de l'orientation. Tu finis par échouer dans une rue familière, mais lorsque tu t'arrêtes, c'est le nom des Cooper qui est écrit sur la boîte aux lettres.
Tu lèves les yeux. Les rideaux blancs sont tirés, Betty doit encore dormir. Rêve-t-elle d'Archie, dans sa chambre rose, au creux de son lit ? Tu aimerais dire non, tu aimerais dire que c'est de toi qu'elle rêve, comme tu rêves d'elle… Pourtant, tu te doutes que ce n'est pas le cas. La sage Betty n'est pas la sauvage Cheryl. Elle ne te voit pas ainsi. Certes, elle a répondu à ton baiser. Un baiser provoc', un baiser entre amies, un faux baiser, qui ne compte pas… Sauf pour toi, n'est-ce pas Veronica ?
Tu te mords la lèvre inférieure, d'un coup sec, nerveux. Le sang perle, le goût métallique te rappelle à la réalité. Tu dois rentrer. Tu te détournes, vive. Et tu vois Archie, qui semble surpris de te trouver ici. Il rentre probablement de son footing matinal, au vu de son torse nu, le fil de ses écouteurs tranchent sur sa peau pâle, et tu penses alors que porter plus de noir suffirait à changer la première impression qu'on peut se faire de lui. Suffirait à le rendre mystérieux, ténébreux même. Enfin, tant qu'il ne sourit pas bien sur. Il te détaille quelques secondes avant de te saluer. Tu réponds d'un signe de main peu assuré, c'est étrange de constater que tu n'as pas encore le contrôle sur tous tes muscles… Il te fait signe de rentrer chez lui, tu le suis, un peu hébétée.
En entrant, tu surprends ton reflet dans le miroir de l'entrée. De longues traînées noires marquent tes joues, tes cheveux sont défaits, tes lèvres sont rouges. Rouge Cheryl. Rouge sang, aussi. Par réflexe, tu cherches à arranger ta tenue. Même si le mal est déjà fait. Archie a remis un t-shirt, et prépare du café. Tu t'assieds au bord de la chaise la plus proche, mal à l'aise. Mais tu finis par te détendre, tant son silence est dépourvu de jugement. La petite maison est calme, seule la cafetière rompt le silence, il évite de te regarder pour ne pas te confronter. Tu sens que si tu décidais de partir immédiatement, sans rien dire, il ne t'en voudrait pas… Alors tu restes.
Tes pensées vagabondent, le sujet de Betty revient aussitôt. Tu vois ses boucles blondes, son sourire, sa démarche mesurée, mais aussi la peine dans ses grands yeux bleus, sa colère parfois, les petites marques en croissant de lune au creux de ses paumes. Tu sens ses lèvres sur les tiennes, son baiser timide, tu la revois s'enfuir à la fin de l'entraînement de pompomgirl. Elle t'a fait confiance, oui. Mais ça ne veut pas dire qu'elle t'aime… La tristesse monte, une boule se coince dans ta gorge, ton souffle se coupe, tes pensées se brouillent et soudain, tu fonds en larmes. Tu pleures sur tes sentiments, sur cette certitude atroce qu'au final, cette fille qui te plaît tant n'est pas pour toi, tu pleures aussi sur cette nuit, sur ces baisers avec Cheryl, sur cette parenthèse où tu l'as vraiment vue telle qu'elle était, ce qui ne se reproduira pas, tu le sais. L'alcool emportera tout, et lundi, il ne restera plus que des aiguilles de pin dans ses escarpins, et un souvenir confus d'une petite brune qui lui demande si elle peut l'embrasser, et elle oubliera jusqu'au goût de ce baiser, et tu seras seule, toute seule, encore, et ça fait mal, vraiment mal.
Archie s'assied alors près de toi, pose deux tasses de café sur la table, avant de te tendre un mouchoir. Tu le regardes, une larme roule sur sa joue. Puis deux, puis trois. Ta détresse se reflète dans ses yeux, et tu comprends alors qu'il est tout aussi désespéré que toi. Il se met à parler alors, un flot ininterrompu de mots, haché par les sanglots. Il te parle du serpent qui se love autour de son cœur, du venin dans ses veines, de la buée sur les vitres de la petite voiture. Il a vécu trop intensément cet été, et ne veut pas revenir à la normale. Mais elle, elle veut partir. Il n'était qu'un jouet pour se distraire dans cette ville vide, il n'est plus qu'un danger pour sa carrière. Il sent encore son parfum sur ses vêtements, ses mains griffant son dos, ses lèvres sur sa peau, quand il t'en parle, tu sens aussi un baiser fantôme sur les tiennes, un baiser de femme, mais impossible de savoir s'il s'agit d'une rousse ou d'une blonde… Il ne dit pas le nom de son amante, et tu ne comptes pas le lui demander. Là n'est pas la question d'ailleurs. Doucement, tu te mets à parler. De ta vie en ville, de tes soirées alcoolisées, de tes incertitudes criantes. De tes sentiments confus, trop confus sans doute. Pas de noms ou de description non plus, et il ne te demande pas de détails.
Les larmes se tarissent peu à peu, dans le silence apaisé de la cuisine. L'odeur du café remplace celle de la fumée, et les sourires pointent. Vos mots se font moins pesants, moins lourds de conséquences. Les plaisanteries remplacent les sanglots. Vous partagez un petit déjeuner, comme en famille. Pancakes, fruits, œufs, ça semble aussi irréel que les larmes de Cheryl tombant dans la rivière. Le soleil par la fenêtre chasse peu à peu les souvenirs de la nuit et les dernières vapeurs éthyliques, tandis que la rosée s'évapore. Tu nettoies ton visage, efface les traînées de noir et rouge qui le maculent, tu es prête à rentrer. Il te raccompagne à l'entrée, tu sors puis te retournes pour l'enlacer en une impulsion. Il caresse tes cheveux en souriant, et tu lui dis simplement :
« Merci.»
