Et plus encore.

[Les Rois Maudits T.1] : "Et, alors qu'elle voyait son ancienne amante être emmenée au bûcher, Isabelle réalisa soudain qu'elle aurait voulu avoir bien plus." UA où Isabelle et Marguerite sont amantes, et où celle-ci est exécutée pour adultère, tandis qu'Isabelle est renvoyée en Angleterre. Et c'est historiquement inexacte ! Isabelle de France/Marguerite de Bourgogne.

Cette fic est écrite dans le cadre de la 103ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Plus". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.

ND'A : Oui, Marguerite et Isabelle sont sans doute toutes les deux OOC. Et oui, ce ship est chelou. Tout ce que j'aime quoi !

Elles auraient dû être plus prudentes.

Elles auraient dû voir venir la trahison de Robert d'Artois.

Elles auraient dû comprendre que cela ne pouvait pas être aussi facile, aussi heureux pour elles, surtout pour elles deux qui étaient reines (ou destinées à l'être), elles qui n'étaient pas faites pour être heureuses, elles auraient dû savoir que cela ne pourrait jamais bien se terminer.

Elles auraient dû savoir que l'amour n'était pas fait pour elles.

Elles avaient joué, et elles avaient perdu.

Et, alors qu'elle voyait son ancienne amante être emmenée au bûcher, Isabelle réalisa soudain qu'elle aurait voulu avoir bien plus.

§§§§

A vrai dire, leurs premiers échanges n'avaient pas été des plus cordiaux.

Elles se respectaient l'une l'autre, c'est vrai : Marguerite était l'épouse de Louis, et Isabelle sa sœur, cela aurait dû leur permettre de bien s'entendre, pas vrai ?

Et pourtant, Isabelle haïssait Marguerite pour cette grande liberté d'esprit et d'action, elle la haïssait parce qu'elle la jalousait d'être aussi libre.

Et pour une autre raison.

Il se chuchotait dans le château que la future reine de France avait (au nez et à la barbe du roi et de son fils), non pas des amants (ce qui aurait pu être acceptable, tant que cela restait caché), mais des amantes !

Ce qui était en quelque sorte bien plus scandaleux, mais aussi moins néfaste pour le royaume, puisque la jeune femme ne risquait en aucun cas de tomber enceinte.

Et Isabelle s'était sentie jalouse.

Jalouse de Marguerite ou de ces femmes avec qui elle couchait, cela, elle n'en savait rien encore, mais le fait est qu'elle ne le supportait pas.

Elle était mariée avec un homme qui préférait les hommes, et elle n'avait pas droit au bonheur, alors pourquoi Marguerite pourrait-elle y avoir droit ?

Ainsi, elle s'était décidée à confronter l'adultère en face à face.

Des hurlements, une dispute, une discussion, un baiser et une nuit plus tard, elles étaient amantes, et se promettaient de se revoir dès le prochain voyage d'Isabelle en France.

§§§§

Isabelle était tombée amoureuse de Marguerite sans même s'en rendre compte.

La jeune bourguignonne était magnétique, ensorcelante, magnifique, et la reine d'Angleterre était tombée dans son piège sans même s'en rendre compte.

Sans même vouloir s'en échapper.

Elles avaient été réellement heureuses, pendant un temps.

Et puis il avait fallu que Robert s'en mêle.

§§§§

Elles sont là, dans le lit qu'elles partagent quand Louis est absent, qu'Isabelle est en France et qu'elles ont toute la nuit devant elle.

Elles sont nues, et elles ne sont pas seules.

Devant elles se tient Robert, victorieux, Robert le traître, le menteur, le tricheur, et Marguerite se souvient des mises en garde de sa tante Mahaut contre lui, et elle comprend à quel point elle a eu tort de lui faire confiance.

Elle voudrait lui sauter à la gorge, et la lui arracher directement avec les dents, si jamais cela lui était possible.

Il y a le roi aussi, Philippe le Bel, le roi de fer, qu'elle craint autant qu'elle hait. Il la regarde avec stupeur, et Marguerite ne peut s'empêcher de soutenir son regard, de le faire avec fierté, presque avec arrogance.

Quant à Louis…

Pauvre Louis.

Oh, comme elle le hait, comme elle le méprise, lui qu'elle n'a jamais aimé, jamais désiré, qui lui a fait un enfant contre son gré et qu'elle n'a jamais aimé non plus, à cause de son père.

Il les regarde avec de la fureur et de la haine dans le regard, et elle ne sait pas si cette haine est dirigée contre elle ou contre Isabelle.

Isabelle, sa sœur, qui trompe son mari avec la femme de son frère, Isabelle, qui se tient droite et digne, malgré sa supposée honte et malgré sa nudité, aussi forte que son père qui toujours reste de glace, et Marguerite ne l'en aime et ne l'en admire qu'encore plus alors qu'elle la voit ainsi.

Elles n'ont même pas le temps de protester ou d'avoir peur qu'on les emmène.

Elles n'ont pas non plus le temps de se dire une dernière fois « Je t'aime », si ce n'est en silence, avec leurs yeux.

C'est la dernière fois qu'elles se voient d'aussi près.

§§§§

Son père la regarde avec du dégoût dans les yeux.

Il lui parle, parle de honte, de déshonneur, et elle, elle sourit.

« Oui père, vous avez raison, clame-t-elle d'une voix tranquille. Mais vous savez quoi ? Je m'en moque. »

Il la regarde à nouveau, et elle sent qu'il ne la reconnaît plus.

§§§§

La sentence tombe rapidement.

Pour Marguerite, ce sera la mort.

Isabelle, quant à elle, rentrera chez elle, en Angleterre, auprès de son débauché de mari.

Elle est reine après tout, et ce serait faute que d'exécuter la reine d'Angleterre pour un motif pareil.

Alors, oui, elle va partir, encore en vie.

Enfin, après avoir vu Marguerite brûler, bien sûr.

§§§§

A aucun moment elle ne détourne les yeux.

Même si elle veut hurler, elle ne le fait pas, elle ne pleure pas, et elle regarde.

(Marguerite hurle à sa place.)

Elle voit les flammes, et ne montre aucunement à quel point ce spectacle la répugne.

Cela ne veut pas dire qu'elle ne souffre pas.

Intérieurement, elle hurle.

Et son cœur saigne.

Marguerite brûle, et elle, elle se sent mourir.

Je t'aime Marguerite.

Adieu.