Gleeks et gleekettes, bonsoir !
Depuis le temps que je dis que le second chapitre approche, il était peut-être temps de le publier ;)
Rassurez-vous : les prochains chapitres ne se feront pas attendre si longtemps, mais pour écrire celui-ci je devais avoir une idée précise de la suite des évènements, c'est l'élaboration du plan qui a pris du temps. Qui a cru que je ne savais pas où j'allais ? =D
[Le premier qui me dit "Ben t'as quand même dit que t'avais "qu'une idée vague de ce que tu faisais" dans l'introduction du premier chapitre...", je l'envoie jouer à 7 minutes au Paradis avec Figgins.]
Après, tout autant vous prévenir comme ici avec la chanson de Barbara, je placerai sûrement des chansons ici et là ; j'ai choisi de n'utiliser que des chansons françaises, ce que certains verront peut-être comme une entorse aux traditions de la série. Je me suis dit que c'était justement une bonne occasion de leur faire chanter des airs qu'on risque de ne pas entendre de sitôt dans les épisodes...J'essaierai d'avoir pitié de vous et de ne pas vous imposer trop longtemps mon répertoire des années soixante (Ouais, y'a du Marie Laforêt de prévu, fuyez tant qu'il en est temps xD).
Rien ne m'appartient. Et même si Blaine m'appartenait, je ne vous le dirait pas. Manquerait plus qu'on me le pique.
Jesse rentra chez lui. Il avait un appartement de taille correcte depuis la fin du lycée, mais il ne lui servait vraiment que de toit. La décoration sans âme était triste à pleurer mais Jesse ne voyait pas l'intérêt de s'en occuper quand il n'était pas en train de répéter, il était toujours à l'extérieur, pourquoi alors dépenser temps et argent pour quelque chose auquel il ne prêtait même pas attention ? Il se coucha aussitôt et tenta de se plonger dans une pièce de théâtre de Wedekind dans laquelle il espérait bien avoir un rôle. Très vite, assailli par des pensées comme par des abeilles, il lâcha le livre et fixa le plafond.
Pourquoi fallait-il qu'il craque systématiquement sur les personnes qu'il était censé séduire, séduire et rien de plus ? Très bien, il n'avait jamais aimé Rachel à proprement parler. Pas plus qu'il n'avait aimé Jane, Cathy, Audrey ou Anjali. Elles étaient simplement…mignonnes. Touchantes. Talentueuses. Fragiles. Belles. Certaines avaient des talents cachés. Rachel avait été exaspérante, égoïste et ressemblait à une physalie quand elle pleurait, mais même pour elle il s'était senti fondre.
Et voilà que ça recommençait avec ce Blaine. Soyons honnêtes ! Blaine était joli garçon, personne ne l'aurait contredit sur ce point. Un peu petit, auraient dit les plus médisants, mais en dehors de ça, le dire moyen eût été pure injustice. Enfin ! Etait-ce une raison ? Non. Mille fois non, il avait pu constater.
Après tout, peut-être, pensa Jesse, que je ne suis pas fait pour être un manipulateur. Peut-être suis-je incapable de faire la différence entre un rôle et moi. C'était une pensée absurde. Jesse était excellent comédien. Il finit par se demander s'il n'était pas simplement trop sensible aux belles personnes. L'idée de ne plus séduire que des « moches » le fit sourire. Pas besoin d'en arriver là. Et puis quoi ? Il n'était pas amoureux de Blaine, non. Il n'avait pas besoin d'être amoureux de Blaine, point, rien à redire. Il n'y avait rien de mal à apprécier un baiser.
Il se déshabilla et se coucha. Là, il redevint un petit garçon la tête dans les nuages et rêva que des bras le serraient pendant qu'une voix lui murmurait « Passe une bonne nuit ».
Le week-end suivant, Kurt retrouva Blaine pour un autre film. Blaine insista pour choisir un film plus léger que la dernière fois. Ils trouvèrent, dans un vieux cinéma, une vieille comédie musicale française dont l'affiche laissait supposer de grands moyens. Au premier tiers du film, Kurt n'avait qu'une idée, s'en aller. Le film était absolument affreux. Un pur navet.
- Eh bien ça…chercha Blaine en sortant du bâtiment, ça t'aura fait travailler ton français.
- Idiot, rit Kurt, avant d'arborer à nouveau un visage intransigeant. La mise en scène était acceptable, mais les décors étaient à pleurer. Les chansons étaient absolument révoltantes et l'acteur ne savait pas chanter. Ils ont tourné une comédie musicale avec un acteur qui ne sait pas chanter.
- Bon, je crois qu'il nous reste un peu de temps avant de rentrer. Un verre ?
- J'en ai bien besoin, pour me remettre de cette horreur.
Kurt, qui n'en savait rien, entra sans réfléchir dans le bar où la semaine précédente, un faucon avait fait du charme à une fauvette.
Assis, Kurt continua de parler du film, tandis que Blaine continuait de penser à Jesse. Il ne savait pourtant rien de lui. Aussitôt qu'il l'eut pensée, cette phrase lui apparut d'une banalité terrifiante il se sentait sur une pente glissante. Il allait penser à ce quasi-inconnu de plus en plus, et un jour il l'appellerait. Après un rendez-vous ou deux il tomberait dans ses bras. Le schéma classique, non seulement de tout roman d'amour niais mais aussi de sa façon d'aimer. Au moins, cela lui laissait le temps d'anticiper. La douceur des mains de Jesse sur son visage lui revint en mémoire, et il sentit quelque chose en lui frémir d'aise.
Le soir, en rentrant, bien sûr qu'il avait pensé à Kurt. Mais en y réfléchissant, il n'y avait jamais eu la moindre ambigüité entre eux. Evidemment, ils étaient amis, et Kurt n'avait pas de raison de le voir autrement que comme un guide, un soutien. Persuadé de cela, il s'était, comme tout le monde ce soir-là, endormi sereinement.
Il lui vint l'idée d'en parler à Kurt. Pendant que Blaine pensait, Kurt ne s'était pas arrêté, manifestement décidé à démolir le film dans ses moindres plans. Il accompagnait ses commentaires de rires plus ou moins jaunes et guettait de temps à autre le visage de Blaine. Tout d'un coup, il se rendit compte que parler à Kurt de Jesse St-James n'était en aucun cas une bonne idée ennemi juré de la chorale de McKinley, on ne pouvait s'attendre à ce que Kurt le prenne bien. Et pourtant…Blaine avait d'autres amis à Dalton, mais parler avec eux d'histoire de cœur lui semblait moins aisé qu'avec Kurt. Résolu à se lancer, il prononça simplement :
- Kurt.
Le jeune garçon en face de lui s'arrêta net. Il ouvrit un peu ses yeux et esquissa un sourire. Le visage légèrement penché de celui qui est suspendu à des lèvres, il fixa Blaine intensément.
- Oui ?
Si l'on comptait la légère inflexion avec laquelle Kurt avait dit « oui », il faudrait l'écrire « houi ». C'était un souffle qui se relâchait, une tension sur le point de trouver un terme.
Blaine le sentit, et Blaine comprit.
Il comprit que Kurt ne le voyait peut-être pas uniquement comme un ami. Peut-être y avait-il derrière l'espoir d'autre chose, un rêve discret, encore timide mais qui grossissait de jour en jour. Kurt, pensa Blaine, est à ça de tomber amoureux de moi. Ce n'était pas bon. Leur amitié leur accordait à tous deux un confident, un confrère, et c'est aussi pour ça que Blaine avait réprimé les sentiments qu'il avait commencé à avoir pour Kurt quelques semaines auparavant.
Le lecteur s'apercevra de la rapidité à laquelle les pensées de Blaine s'enchaînaient. En un laps de temps incroyablement court, il eut à constater l'attirance que Kurt éprouvait pour lui, à se répéter les raisons pour lesquelles une telle chose n'était pas souhaitable et, par-dessus-tout, à imaginer ce qu'il allait devoir lui dire pour doucher son enthousiasme sans éteindre sa joie. Comment fait-on comprendre que l'on n'est pas intéressé, sans pour autant faire comme si l'on avait compris ce que l'autre attendait ? Une phrase lui vint à l'esprit, destructrice et douce. Il eut une seconde d'hésitation mais non, il ne voulait pas perdre Kurt. Et même si une telle pensée était foncièrement égoïste, il ne voulait pas que Kurt le perde, surtout pas en ce moment, alors que Karofsky n'était toujours pas à sa place, dans l'enclos des primates.
- Rien, je voulais savoir…ça va comment, les amours, en ce moment ? Je sais qu'à McKinley les prétendants ne se bousculent pas mais…
Burt vit son fils rentrer, la mine sombre. Quand il lui demanda ce qu'il avait, on lui répondit que tout allait bien, mais je suis un peu fatigué, je vais aller me coucher tout de suite, ne t'en fais pas j'ai déjà mangé.
La journée était belle, pas un nuage ne troublait le ciel. En revanche, il faisait très froid en cette fin d'après-midi. Les flaques d'eau recommençaient déjà à geler. Jesse regarda le jardin à travers les vitres de la véranda. Le jardin qui aurait pu être adorable lors d'une tiède journée d'été, mais qui à ce moment était triste, morne. Les arbres étaient déplumés et un jouet en plastique décoloré trônait au milieu de la pelouse.
Shelby revint avec deux cafés et les posa sur la table en verre. Le bruit fit sortir Jesse de sa rêverie.
- Est-ce que je dérange un romantique ?
- Pas du tout, sourit-il en serrant sa tasse, dont la chaleur lui fit du bien.
- Alors, dit-elle en tirant une des chaises en osier. Du nouveau depuis la dernière fois ?
Avant même de penser à sa réponse, Jesse remarqua le ton de Shelby. Depuis qu'elle avait démissionné, son visage était moins soucieux, son ton moins angoissé. Ces quelques mois passés seule avec Beth avaient transformé cette femme. Indéniablement elle était heureuse. Elle avait rajeuni, aussi : les rides de son front s'étaient presque entièrement effacées. Quelques mois auparavant, il n'était jamais question que de perfection, de technique, d'amélioration, d'asservissement du corps aux desseins de la voix et de temps à autres de se ménager. Se ménager pour reprendre des forces pour faire mieux ensuite. Personne n'eût dit d'elle « C'est une femme sans cœur », mais on eût volontiers dit « Cette femme n'a que son travail ». A présent, la sérénité avait remplacé les plannings de répétition et une petite fille l'organisation des premières.
- A vrai dire…je crois que je suis amoureux.
- Bon, rien de nouveau sous le soleil alors.
- Disons que ça se précise.
Shelby hocha la tête en humectant ses lèvres, pensive.
- Tu sais ce que j'en pense, lâcha-t-elle.
- Histoire compliquée, amour sans espoir, contre-productif sur le plan professionnel, tout ça, tout ça, énuméra Jesse.
- Ne crois pas que j'aie le moindre espoir de te faire changer d'avis. Les meilleurs arguments du monde, les meilleures preuves, dans ce genre de cas, ça ne sert à rien. Mais les rappeler ne fait pas de mal.
Jesse prenait le café chez Shelby Corcoran deux à trois fois par mois. Au-delà de son expérience dans le milieu, elle était de bon conseil comme le sont souvent les professeurs avec qui on garde contact après le lycée. Alors il racontait sa vie. Oh, elle lui racontait la sienne, mais il n'y avait pas grand-chose à en dire. Non pas que Beth ne soit pas un sujet passionnant. Mais un bébé reste un bébé.
Alors même qu'il y pensait, Beth se manifesta. Shelby se leva et de loin, il l'entendit chanter une vieille chanson triste, berçante, douce. Il ferma les yeux.
Une petite cantate
Du bout des doigts
Obsédante et maladroite
Monte vers toi
Une petite cantate
Que nous jouions autrefois
Seule je la joue maladroite
Si mi la ré sol do fa
Cette petite cantate
Fa sol do fa
N'était pas si maladroite
Quand c'était toi
Les notes couraient, faciles
Heureuses, au bout de tes doigts
Moi j'étais là, malhabile
Si mi la ré sol do fa
Les anges avec leurs trompettes
La joueront, joueront pour toi
Cette petite cantate
Qui monte vers toi
Les anges avec leurs trompettes
…
"L'auteur sans reviews est comme la mère sans pain, comme l'insurrection sans la gloire des siècles", Victor Hugo.
[Bon, ok, il n'a pas dit ça. Mais s'il avait écrit des fanfics, il en aurait été capable ;)]
