Elle ne se souvenait plus exactement comment, mais au lieu de se rendre directement à UA, Raiko se retrouva assise à un stand de ramen avec un bol Ultra Plus Size & Spice qu'elle goba avec l'élégance toute relative d'une grenouille dégustant une mouche. Les joues rosies par la chaleur et les épices, elle soupira de bien être.

_ Les Spéciales UA sont les meilleures ramen du monde Ossan ! S'exclama-t-elle, une expression béate sur le visage.

_ Eh bien, merci jeune femme ! C'est bien la première fois que je vois une demoiselle les avaler aussi vite sans s'étouffer !

_ Ha ha ! Je suis au dessus de la norme !

_ Je vois ça Ha ha !

Ils auraient put continuer à rire exagérément encore un moment, mais un tremblement de sinistre présage retentis, et Raiko tourna la tête dans la direction du bruit d'un air curieux.

_ Encore un Villain ? Soupira le patron. Ça n'arrête pas ces derniers temps. Bah, c'est le lot de ceux qui vivent à coté d'une école de héro j'imagine... N'est-pas... Hein ? Où est-elle passé ?

Il avisa l'argent jeté à la va vite sur le comptoir, et resta pensif devant l'agilité de cette jeune femme qu'il n'avait pas vu filer.

Raiko enfila ses lunettes customisées en roulant à tombeau ouvert vers la source du fracas sur sa moto. Elle n'avait pas le temps d'enfiler son costume, mais ce n'était pas bien grave, de toute façon elle n'en avait plus les anciens n'étant plus à sa taille. Après tout quand elle était au moyen orient, à par ses lunettes elle s'était contenté de short et de chemises aux manches arrachées ! Elle fit un dérapage contrôlé impressionnant en arrivant sur les lieux de la catastrophe : une explosion avait mis le feu à un immeuble et empêchait les habitants d'évacuer. Le tremblement qu'elle avait ressentit était dut à une réaction en chaîne d'explosion dans plusieurs appartement.

Lestement, elle descendit de son véhicule et réalisa un peu tard qu'elle n'avait pas respecté le code de la route en oubliant de mettre son casque – sans que ses excès de vitesse ne la choque. Elle analysa la situation : les explosions avaient probablement affaiblis la structure et elle ne pouvait affirmer si le bâtiment tiendrait très longtemps. Il fallait donc faire vite, et commencer par les étages. Elle activa ses lunettes qui avaient, il y avait bien quinze ans désormais, été amélioré par un étudiant du Département de Soutien et qui lui permettait de repérer les personnes à travers la matière. Elle dénombra dix personnes coincées aux différents étages, et établit son plan d'action.

Elle prit son élan, et activa sa Quirk en bondissant : mais au lieu de retomber après un moment, comme la gravité l'attendait de tout être humain, elle continua de monter jusqu'à arriver au dernière étage, dont elle traversa le mur avec une facilité déconcertante. Elle saisit par la main les deux personnes coincées, et entreprit de réunir chaque personnes encore à l'intérieur, leur faisant graduellement traverser étage après étage dans une atmosphère surréaliste. Dès le moment où ils la touchaient, ou prenaient la main d'une personne la touchant, ils devenait aussi immatériel qu'elle, et enfin ils traversèrent une dernière fois un mur pour surgir à l'air libre, sur la route, où les camions pompier commençaient à arriver pour faire leur travail.

Elle se retourna une dernière fois vers l'immeuble en feu, et fut satisfaite de constater qu'il ne restait plus personne dans la zone a risque. Elle adressa alors un large sourire à ceux qu'elle avait aidé à sortir et s'exclama :

_ Ne vous inquiétez pas plus pour vos vies ! Vous êtes hors de danger !

Raiko accepta leur gratitude tout en sachant pertinemment que ça ne durerait qu'un temps. Elle avait sauvé leur vie, mais leur existence elle même venait d'être chamboulée : leur foyer et leur possessions avaient toutes brûler, ils n'avaient plus rien.

_ Vous êtes un héro madame, hein que vous êtes un héro ?! Demanda avec excitation un garçon de six ans.

_ En effet, je suis une héroïne. Et toi, tu es visiblement un garçon très courageux pour ne pas avoir pleuré.

_ Ouai, je suis courageux ! Comme mon papa ! Mais dis, je t'ai jamais vu à la télé ! Tu es nouvelle ?

Raiko fit la moue. Elle manquait d'impact dans les média, son pouvoir n'était pas spectaculaire mais elle avait finit par s'y faire. Elle pouvait sauver des vies, c'était plus important finalement.

_ Non, je suis dans le métier depuis presque douze ans maintenant. Mais j'ai beaucoup voyagé pour aider des gens dans le monde entier.

Elle réalisa que les gens autour d'elle semblaient comme suspendu à ses lèvres se qui fit gonfler son orgueil agréablement. Elle ménagea son effet.

_ Mon nom est...

_ Cheshire ! S'écria une voix dans la foule, coupant son effet aussi simplement qu'une aiguille éclate un ballon de baudruche. L'héroïne spécialisé dans les missions d'exfiltration dont la quirk lui permet d'échapper aux lois de la physique ! Première apparition il a douze ans lorsqu'elle parvint a sauver tous les travailleurs d'une mine qui venait de s'effondrer sur leur tête !

Raiko entendit ainsi sa biographie professionnelle récitée à toute allure par un adolescent frêle comme une feuille mais qui semblait avoir beaucoup de souffle. Elle se laissa momentanément submergé par le flux d'information, et mis quelques seconde à réaliser que le flot s'était taris.

_... En effet c'est bien moi ! Ha ha ha ! Cheshire est de retour au bercail !

Le jeune homme sembla sur le point de défaillir à l'annonce de la nouvelle et cela rempluma un peu plus l'égo déjà assez bien fournis de la rousse qui bomba le torse. Jusqu'à ce qu'elle aperçoive le policier sur le point de coller une contravention à sa moto.

_ Attendez c'est pas ce que vous croyez ! S'écria-t-elle en se jetant sur son précieux engin.

_ Désolé, mais c'est un espace interdis au stationnement.

_ Oui mais vous comprenez je n'avais vraiment pas le temps de chercher une place de parking cet immeuble risquait de s'effondrer d'un moment à l'autre et !

_ Vous avez votre permis de conduire ? Et puisqu'on y est votre attestation de héro ? Répliqua l'agent, imperturbable.

Les épaules de Raiko s'affaissèrent . Autant pour son heure de gloire. Elle sorti piteusement ses papiers et se fit contrôler sous le regard tantôt hilare tantôt étonné de la foule. Finalement, le policier lui rendit ses papiers.

_ J'accepte de faire l'impasse pour cette fois, mais que cela ne s reproduise plus, Héroïne Cheshire.

_ Oui monsieur l'agent. Merci pour votre compréhension...

Lorsqu'elle se gara finalement devant UA, elle était largement refroidis dans son entrain. Prenant gare à ce que sa moto soit stationnée dans un endroit autorisé cette fois-ci, elle retira son casque et passa le sas de sécurité avec nostalgie. Elle se souvenait encore du premier jour, de la première fois qu'elle l'avait franchis. Elle était alors jeune, inexpérimentée, et pleine d'illusions et de rêves. Depuis, elle avait fait son chemin dans la vie, eu son compte d'expérience amer, et de joie. Elle se faisait toujours autant d'illusion cependant, et s'agrippait à ses rêves comme une moule à son rocher.

Mais elle venait d'avoir trente ans, et ressentait le besoin de se poser un moment pour faire le point sur sa vie. C'était la raison de sa présence ici.

Elle prit son temps dans les couloirs déserts typiques des vacances d'été. Se laissant imprégner des souvenirs du bon vieux temps. Elle s'arrêta un moment devant son ancienne salle de classe, et ne résista pas à la tentation de traverser la porte pour aller s'asseoir à son ancien bureau. De cette chaise, l'avenir semblait à portée de doigts. Des illusions encore. Le mobilier se mis à flotter sous son impulsion – eh quoi elle n'avait jamais eu le droit quand elle était étudiante !

_ Oy, oy, ne fait pas attendre tout le monde dès le premier jour, maugréa une voix vidée de toute énergie.

_ Pas possible, Aizawa s'est déplacé en personne pour me chercher ? Dis donc, c'est pas de la blague quand ils disent que les responsabilités change un homme ! S'exclama Raiko avec un sourire jusqu'aux oreilles.

Le mobilier tomba alors avec fracas – et elle avec. Elle foudroya du regard son ancien camarade de classe et remarqua au passage que ses cheveux étaient plus long que la dernière fois qu'elle l'avait vu (il y avait bien cinq ans) et que ses yeux était injecté de sang.

_ Espèce de rabat joie ! S'écria-t-elle en bondissant sur ses pieds.

_ Dilettante, répliqua Aizawa sans moindre velléité.

_ Vampire.

Il roula des yeux. Visiblement l'agitatrice en chef de sa promotion ne lui avait pas manqué plus que ça – ses insultes à deux yens non plus. Sans plus attendre, il fit demi-tour et se dirigea vers la salle de réunion où l'équipe pédagogique au grand complet attendait depuis presque une heure que Raiko daigne les gracier de sa présence. Boudeuse, mais reconnaissant les limites à ne pas franchir, la rousse le suivit à quelques pas de distance d'abords, avant de changer d'avis et de se mettre à gambader à son niveau en l'assommant d'un flot de babillement sans fin.

Il reconnaissait avoir failli se laisser tromper par sa nouvelle apparence : avec ses cheveux attaché et ses vêtements elle ressemblait à s'y méprendre à une adulte responsable, et son expression pensive laissait croire qu'elle avait grandi dans sa tête. Au temps pour ça. Elle avait toujours la maturité d'une gamine. Dommage. D'autant plus qu'à partir de maintenant ils allaient se croiser beaucoup plus souvent. Et apparemment beaucoup trop à son gout.

Quelques minutes plus tard, ils rejoignaient enfin la salle de réunion et Aizawa retourna à sa place sans un regard.

_ Bienvenue parmi nous, Shibuya Raiko, la salua de sa voix fluette le directeur de l'école.

Malgré sa réputation, Raiko pouvait tout de même se montrer professionnelle quand la situation l'exigeait. Elle s'inclina donc légèrement :

_ Excusez mon retard, j'ai été retenu en ville, et quand je suis arrivée je me suis laissée distraire par la nostalgie des vieux jours.

_ Nous avons entendu parler de cet incendie dans le quartier commerçant. C'était une très belle intervention, Cheshire.

_ Merci, monsieur le directeur.

Repérant une place libre autour de la table ovale, elle alla s'asseoir en faisant l'effort de faire le tour au lieu de tout traverser comme elle plutôt encline à le faire habituellement.

_ Je tiens d'abord à dire que cela fait me toujours plaisir de revoir une ancienne élève. Vous avez été diplômé il y a 12 ans si je ne m'abuse ?

_ Tout juste. Je n'étais plus revenue depuis, cet endroit est toujours aussi fantastique.

La sobriété de sa réponse fit hausser un sourcil à son ancien camarade de classe. Durant leurs études, même face à leurs professeurs elle ne s'était jamais encombrée de manières comme elle le faisait là. C'était assez perturbant, mais après tout en douze ans elle avait peut-être maturé un peu finalement.

Comme si elle avait lu dans ses pensées et les trouvaient intolérable, Raiko eut alors une grimace et rajouta espièglement :

_ Enfin, ma présence entre ses murs y participe en grande partie.

Le directeur eut un petit rire tolérant :

_ Eh bien, espérons que vous resterez sur le long terme dans ce cas. UA est toujours à la recherche d'enseignant compétant pour maintenir un niveau d'excellence, et c'est pourquoi j'espère que vous ne me tiendrait pas rigueur de vouloir m'assurer moi-même de votre aptitude à enseigner. Préparez-vous donc à affronter une série d'épreuve la semaine prochaine dans des domaines très varié. Vous, et tous les autres héros postulant à travailler pour nous.

Raiko se fit la réflexion qu'il n'y avait pas grand monde dans cette salle, et que la concurrence ne devait pas être rude, mais Aizawa préféra être clair :

_ La réunion officielle c'est fini il a plus d'un quart d'heure, étant donné ton retard soit reconnaissante que le directeur accepte de se répéter.

Le Cheshire ne s'en senti que plus exceptionnelle, et ça se lit sur son visage sur lequel se peignit un sourire digne du personnage dont elle tenait le nom. Arrogance ou confiance justifié, le fait est que Raiko n'avait aucun doute. En apparence. Mais tant qu'elle pouvait croire qu'elle était exactement ce dont elle avait l'air, elle pourrait continuer d'avancer.

On lui expliqua le principe des épreuves encore une dizaine de minutes, avant de la relâcher. Les profs se dispersèrent, et elle prit le temps de méditer ce qu'on venait de lui dire. Il y aurait des épreuves théoriques, trois examens pratiques : en combat, en sauvetage, et une épreuve mystère qui jugerait sûrement de ses capacités d'analyses et d'adaptations. Ou de sa pédagogie. Elle espérait que ce ne serait pas le cas, néanmoins, parce que son contact avec les enfants n'était des plus orthodoxes.

Lorsqu'elle se leva, elle la dernière dans la salle. Elle commença alors seulement à réfléchir aux conséquences de son retour : il lui faudrait un logement, et acquérir de nouvelles affaires car depuis qu'elle avait quitté le Japon elle n'avait plus comme possession que ce qu'elle avait sur le dos, et le sac de voyage laissé sur sa moto. Elle s'était acheté des vêtements un peu plus classe que sa tenue d'aventurière au Duty Free de Dubai mais ce n'était pas assez pour une vie sédentaire. Elle s'empêcha de se remémorer la dernière fois où elle mené ce style de vie, elle n'était toujours pas prête à affronter le souvenir de ce qu'elle avait perdu avant même de l'avoir.

Première chose : trouver un logement. Elle avait un paquet d'économie pour n'avoir rien dépensé de ses primes gouvernementales mais se voyait mal vivre dans un endroit trop grand, comme elle en rêvait enfant. Et si… ?

Elle traversa les couloirs vers la sortie en pianotant sur son téléphone. Elle avait gardé quelques contacte au Japon après tout, peut-être que l'un d'entre eux pourrait la dépanner jusqu'à ce qu'elle trouve un endroit à elle.

Si elle n'obtenait pas le job, elle n'aurait aucune raison de rester. Alors après tout, mieux valait attendre une semaine avant de faire quoi que ce soit de définitif.

Elle allait enfourcher sa bécane avec comme destination nulle part, quand elle fut bruyamment interpellé de l'autre bout de la cours.

_ No way ! Raiko, serait-ce toi ?

Malgré elle, la rousse sourit. Elle reconnaîtrait cette voix et cette façon de parler n'importe où. Lorsqu'elle se retourna cependant, ce fut en affichant son sourire signature qui laissait entendre à ses interlocuteurs qu'elle préparait un mauvais coup.

_ Pour un blond dont la frange se prend pour des oreilles de lapin tu as encore l'œil, Bouclier Hum- Je veux dire All Might !

Malgré les années sa langue avait fourché sur son habitude de le surnommer le Bouclier Humain – nom qui lui était dut à la fâcheuse manie qu'avait Raiko à se planquer derrière lui quand le vent tournait et qu'elle avait taquiné/persécuté Enji une fois de trop. D'un point de vue extérieur, ce n'était pas particulièrement futé de la part de la jeune femme d'insulter un type faisait trois tête de pus qu'elle et la triplant en largeur et en masse musculaire, mais la rousse savait pertinemment qu'il n'en prendrait pas offense.

Il avait l'habitude après tout. Enfin, il y a douze ans, mais si elle avait gardé l'habitude de l'insulter, lui aussi.

_ Tu n'as pas changé ! s'exclama le géant blond avec un large sourire.

_ Si j'ai changé ! J'ai les cheveux longs ! Et je suis dix fois plus canon qu'à la sortie de l'école, sale brute ! Et j'ai bronzé !

Elle aurait pu lister encore longtemps toutes les transformations visibles de son corps mais All Might la coupa sans le moindre état d'âme :

_ Je ne m'attendais pas à te voir ici.

_ Je suis revenu au Japon pour une durée indéterminée, expliqua la rousse. Et j'avais des trucs à régler à l'école.

_ Tu aurais dut appeler ! Ta dernière carte postale date de plusieurs mois, on commençait à s'inquiéter.

Par on, il voulait dire « Natsume et Lui ». Raiko grimaça fasse à cette expression typique des couples lié par la hanche. Elle était contente pour eux, certes, mais ça ne l'empêchait pas d'être globalement dégoutée par la situation. Mais certainement pas envieuse, ça non. L'ombre d'un visage flotta un instant dans son esprit mais elle la renvoya d'où elle venait.

_ J'ai été un peu occupé, mentit-elle.

Elle ne pouvait pas leur avouer la raison de son silence, ou même de son retour. Elle-même refusait d'y penser.

_ Puisque je te tiens, viens manger à la maison, décréta le blond en ignorant sa nouvelle grimace.

Un tel étalement de… elle ne savait pas comment appeler ça, banalité ? Joyeuse vie de couple ? Ils avaient une maison pour l'amour d'elle-même ! Et ils parlaient à la troisième personne du singulier, y'avait-il pire décadence pour des héros ?! Les américains avaient un mot pour ça… Ah oui, Lovey Dovey. Yerk.

_ Une prochaine fois peut-être, répliqua Raiko. Je dois encore me trouver un logement pour la nuit.

Malheur ! Que lui avait-il pris d'en parler ?! Elle reconnut son erreur au moment ou un sourire lumineux annonçant une idée brillante s'étira sur le visage de son vis-à-vis.

_ Tu n'as qu'à prendre la chambre d'ami !

Jeu, set et match. Echec et Mat. Game Over. Ces flottèrent devant ses yeux tandis que la résignation s'imposait telle une chape de plomb sur ses épaules.

_ Ok… Donne-moi l'adresse superman. Et passe donc devant histoire de prévenir Natsume que je tape l'incruste.

Toshinori lui adressa un regard soupçonneux.

_ Je promets de ne pas me débiner ! Mais si y'a pas de cookie, je pars, et vous ne pourrez pas me retenir, décréta-t-elle d'une voix bornée.

Lorsqu'elle se gara devant la maison de ces deux amis de lycée, Raiko s'était remise d'aplomb et fermement décidé à squatter gratuitement en jurant de leur faire une vie d'enfer s'ils se comportait trop comme un couple shojo à son gout. La perspective de persécuter ses amis après si longtemps la réjouit au point de transformer les vestiges de sa moue boudeuse en sourire diabolique.

Elle sonna avec l'entrain d'un sale gosse cherchant à déranger tous le voisinage. Elle trouvait une immense satisfaction dans ce genre d'activité mesquine qu'elle n'avait pu assouvir lorsqu'elle travaillait à l'étranger. En y regardant bien, elle réalisait maintenant à quel point ces cinq ans au moyen orient avait aliéné sa personnalité. Elle avait été un véritable bourreau du travail, surmené, ne vivant que pour sa tâche, et elle en ressentait encore les conséquences. Elle se sentait épuisé mentalement et émotionnellement, mais le diable l'aurait avant qu'elle ne laisse quiconque s'en apercevoir.

La porte s'ouvrit, et Raiko se prit un coup de poele à frire dans le coin de la mâchoire qui lui disloqua assurément la mandibule et l'envoya s'écraser par terre. And it's a Knock Out !

_ Nan mais t'es malade ! S'écria la rousse en se redressant, traumatisée.

_ Pourquoi est-ce que je n'apprend que maintenant que tu es de retour au Japon après des mois de silence radio ?! Lâcha froidement Natsume en la regardant de haut avec un calme olympien.

_ Mon avion a atterri ce matin je te signale !

_ C'est pas le problème ! Ça t'aurait tué de donner des nouvelles ?!

_ J'ai eu autre chose à penser figure toi !

Entre temps Raiko s'était relevé et elles se trouvaient désormais face à face prête à en découdre.

_ J'ai pas à me justifier ! Repris la rousse. Et si t'es pas contente je me casse !

_ Ce ne sera pas la première fois ! Fuir devant les problèmes, tu ne fais que ça !

La remarque la blessa d'autant plus qu'elle était cruellement vrai – même si Natsume ne pouvait pas se douter à quel point.

_ Tu le prends comme ça ? Très bien ! N'attends pas de nouvelles !

Elle fit volteface et se prit une boule de feu sur le crâne qui la fit trébucher.

_ Je t'interdis de partir comme ça! S'écria Natsume.

_ Non mais décide toi peau de vache ! Je suis la bienvenue ou pas ?! T'as pas les moyens de me séquestrer !

Fût un temps, elle croyait que rien ne pouvait la retenir contre son grès, à part peut-être une Quirk contrariante. Elle aurait préféré continuer à vivre sur cette illusion.

Son amie dont les colères étaient d'autant plus rare que destructrice commencer à se calmer. Elle bouillonna encore intérieurement quelques minutes, serra les points, et fit retomber la vapeur avec un soupir. De toute évidence la crise était passée, et elle fit comme si elle n'avait pas tenté d'immoler son amie quelques secondes plus tôt.

_ Sois pas stupide, rentre. La chambre d'amie est prête.

L'idée de l'ignorer et de partir était tentante, mais ce serait dépasser le seuil de mesquinerie qu'elle s'était imposée. Et puis son amie n'avait pas tort, elle aurait dû donner des nouvelles. Elle n'en avait simplement pas eut la force à l'époque.

Elle fourra ses mains dans ses poches et se résigna à franchir le seuil avec un air renfrogné. Sans comprendre, Natsume dévisagea cette amie dont elle avait l'impression de ne plus rien savoir. Elle avait décidé de partir il y a cinq ans sur un coup de tête, et avait donné de moins en moins de nouvelle jusqu'à ne plus en donner tout, et cela même était inexplicable connaissant Raiko. Elle faisait partie de ces gens qui prenaient plaisir à se vanter et raconter tout et n'importe quoi à ses amis, et Natsume ne pouvait concevoir que la distance ait suffit à changer ça. Mais alors même qu'elle se faisait la réflexion que son amie avait changée, Toshi – qui avait senti le vent tourner un peu plus favorablement - profita de l'accalmie pour pointer le bout de son nez d'un air penaud d'une pièce qui devait être la cuisine. Raiko le dévisagea un instant silencieusement avant de s'écrier :

_Hein?! Sérieux Natsu, d'abord tu l'épouse et ensuite tu l'affames ?! Mais nourris le un peu ce pauvre garçon !

Un silence estomaqué s'installa. Notamment parce que personne n'avait appelé All Might « pauvre garçon » depuis au moins vingt ans. Soudain Natsume tapa sur la paume de sa main avec un air éclairé.

_ Ah ! C'est vrai que t'es partie avant tout ce qui s'est passé !

_ Uh ? De quoi tu parles ?

Après un silence génée, et un regard vers le blond, Natsume lui raconta le combat contre un villain un peu moins de cinq ans plus tôt, et la mort tragique du mentor d'All Might. La rousse resta sans voix.

_ Quand à Toshi, il a perdu un estomac, la rééducation n'a pas été facile, et il n'a jamais pu récupérer toute sa masse musculaire.

_ J'imagine que.. Commença maladroitement Raiko avant de récupérer toute son assurance en façade. Si tu cuisines toujours aussi bien, finalement l'estomac mieux vaut qu'il n'en ait pas !

Il n'y eut plus devant elle que la jeune fille de son souvenir, et Natsume se demanda si elle n'avait pas imaginé tout ça. D'un autre coté, elle se souvenait qu'elle était habile à dissimuler ses véritables émotions, comme le prouvait toute l'histoire avec son père des années plus tôt. Alors ce sourire était-il sincère, ou un mensonge ? Natsume était bien incapable de le deviner.

_ Alors comme ça ici c'est l'homme à la cuisine et la femme qui met les pieds sur la table ? Je ne sais pas pourquoi mais je ne suis pas étonnée.

Natsume roula des yeux tandis que Toshi eut le bon goût de rougir, se sentant clairement attaqué dans sa virilité. Surtout que c'était aussi lui qui faisait les courses. Et le ménage. En fait plus il y pensait et plus il réalisait qu'il était à deux doigts de se transformer en femme au foyer. Pas très héroïque pour le symbole de la paix. Il lui fut reconnaissant de ne pas s'appesantir sur son état. Enfin, presque. C'était sans compter la délicatesse de la rousse.

_ Tu devrais rajouter Symbole de la Paix des ménages à ton titre, All Might, ricana la rousse.

_ Je n'ai pas tellement le choix, Natsume a déjà foutu le feu à la cuisine trois fois, marmonna-t-il. Et on n'a emménagé que depuis un mois.

_ Oui bon, on va pas revenir la dessus. Et puis cuisiner est un bien grand mot, la moitié du temps il se contente d'acheter des plats préparés au supermarché !

_ Je ne peux pas tout faire à la fois non plus !

_ Tu le verrais faire une omelette, il prend des précautions abracadabrantes pour casser des œufs sans les exploser !

_ De la part de celle qui a mis des légumes sur la poêle à fond avant de sortir, je trouve ça un peu fort en café !

Ah, d'où l'un des incendies. Visiblement le couple trébuchait sur chaque étape de l'entretien d'une maison. Raiko trouva ça réconfortant. Elle put enfin se détendre dans le chaos d'un début de dispute conjugale et fut rassurer quant au possible changement que leur mis en couple avait pu opérer sur ces deux-là.

Les onigiris du supermarché étaient très bon, Raiko nota la référence dans un coin de sa tête en songeant qu'il n'y avait qu'au Japon qu'on trouvait de la bonne cuisine même en supermarché. Elle avait beaucoup aimé la cuisine orientale mais ça lui avait manqué. Ils discutèrent de tous et de rien, évitant volontairement les sujets un peu trop sérieux, histoire de garder une atmosphère détendu, après tout c'était quand même une soirée de retrouvaille et ils n'avaient pas envie que les deux filles recommencent à se taper dessus.

_ J'ai passé mes journées à courir dans tous les sens pour évacuer des civils dans des villes bombardées, courus dans tous les sens pour déclencher les mines sous terraines histoire que des gosses marchent pas dessus, j'ai dû régler leur compte à des crétin quirké membres d'une guérilla qui foutait le bordel le tout sans me faire lapider en soutenant de manière trop évidente le gouvernement corrompu, mais en leur laissant l'impression quand même qu'il me contrôlait. Je sais même pas comme j'ai survécu aussi loin, franchement. Ah si, pardon, parce que je suis talentueuse !

_ De tous les pays du monde tu es allé dans celui le plus instable politiquement, soupira Natsume dubitative et et inquiète de ce qu'elle avait entendu. Je ne sais même pas comment tu as réussi à les convaincre de te laisser travailler là-bas !

_ En même temps, avec ce type là au Japon c'était le chômage assuré, ou être l'éternelle no2 conjointement avec le macaque enflammé alors… Quand je pense qu'il est marié et a des gosses...

S'en suivit un silence assez pesant tandis que l'ombre d'un visage s'affichait dans leurs esprits. Raiko s'appesantit quelque instant sur l'éclatement total qu'avait subit sa famille de cœur et se sentit amer.

_ Et sinon, il y a une raison précise à ton retour Raiko ? Toshi demanda pour dévier la conversation.

_ Hm ? Oh, pas vraiment, je me suis dit que j'allais rentrer au berquaille, j'en avais un peu mare de la poussière et me voilà. Je passe l'examen pour devenir prof à UA la semaine prochaine.

Le couple échangea un regard entendu – et un peu inquiet dans le cas de Natsume qui ressentait une grande pitié pour ses futures élèves.

_ Figure toi que Toshi aussi.

_ Huh ? Symbole de la Paix Scolaire ?

_ Arrête de ressortir ce surnom à toutes les sauces…

_ Jamais.

_ Quoiqu'il en soit, nous serons rivaux pour cette épreuves, Raiko ! Faisons de notre mieux.

_ Je vais t'écraser comme une pâquerette et j'aurai ma revanche pour le match de première année ! S'écria la rousse en sautant sur sa chaise.

Sur ses mots, elle tomba raide par terre, terrassée par le décalage horaire, sous le regard blasé de ses anciens camarades de classe.

_ Je ne sais toujours pas dire si elle le fait exprès ou pas.

_ Quoi donc ?

_ … Tout.