Bonsoir !
Alors voici le deuxième chapitre, il est assez court mais il met les choses en route et le prochain ne tardera pas.
N'hésitez pas à laisser une review pour m'encourager à continuer et donner vos impressions à l'auteure.
Bonne lecture !
Crédits: traduction de la fiction intitulée "Now we are home" qui appartient à la merveilleuse auteure Roses-and-Cinnamon sur le même site, qui s'est elle-même inspirée du film " King Arthur " réalisé par Antoine Fuqua ainsi que des légendes.
Chapitre I
Marianne s'était bien sûr attendue à ce que cela soit horrible, mais c'était au moins mille fois plus mauvais que ce qu'elle avait imaginé.
Les bruits de la bataille qui avait alors lieu n'eurent qu'à peine disparus, avant que les portes des chambres de guérison ne soient ouvertes violemment. Elles laissèrent affluer énormément d'hommes blessés, comme des démons dans un cauchemar.
En aucun cas Marianne ne fût dégoûtée, elle avait déjà été en présence de tellement de sang auparavant… Mais à ce jour, elle n'avait jamais éprouvé quelque chose de si terrible.
L'odeur du sang, de la sueur ainsi que de la saleté s'accrocha dans l'atmosphère pour envelopper les patients et les guérisseurs d'une telle façon, que le simple fait de respirer devint difficile. Leurs tabliers furent bientôt trempés, leurs mains glissantes sur les outils, et Marianne vit avec effroi le nombre de leurs bandages décroitre de plus en plus de leurs stocks.
Les Pictes avaient amenés leurs propres rebouteux, mais il y avait tant d'hommes qu'ils restaient tous dépassés par les évènements. Mêmes quelques Saxons s'introduisirent, mais l'on ne faisait plus de distinction entre les amis et les adversaires à ce moment-là, et l'on soignait le plus de monde possible.
Elle travailla, aidée et contrôlée par une force inconnue. Ses bras devinrent lourds à force de soulever des corps flasques, des hommes enveloppés dans leurs épaisses armures, sa voix enrouée à force de crier des instructions, et sa tête la martelait avec vigueur. A travers la pièce, elle vit son père, le visage sinistre et couvert de sang, atteindre le couteau à amputation. Le jeune homme qui reposait sur le lit à côté, dont la jambe serait définitivement perdue, n'avait guère plus de vingt-ans.
Subitement, les portes s'ouvrirent une fois de plus, admettant tous les chevaliers Sarmates. Trois d'entre eux portaient les deux derniers, Arthur menant la charge, ses yeux perçants mesurant rapidement la situation. Il dirigea Bors près de Rhian, tandis que lui, Galahad et Gauvain se précipitèrent vers Marianne elle-même.
Elle sentit le sang affluer à son visage, quand ils posèrent leur fardeau en face d'elle. Toute la journée elle avait redouté que ce moment puisse arrive, et maintenant sa peur venait de se concrétiser.
Elle examina Lancelot, passant de son beau visage aux traits finement dessinés mais surtout pâle, à son corps entier maculé de sang. Tellement submergé de ce liquide poisseux, il aurait été impossible de découvrir dans quelle mesure il lui appartenait. Mais le plus épouvantable était sans doute de voir l'épais morceau de boulon d'une arbalète, le transperçant. Sa respiration était encore présente, mais faible et laborieuse.
Marianne faiblit. Elle recula, jusqu'à ce qu'elle se heurte à Arthur, et se tourna finalement vers ce dernier. Elle le regard de manière suppliante, les larmes roulant le long de ses joues.
"Je ne peux point le faire…" chuchota-t-elle, "je vous en prie, j'ai besoin de… mon père, ou… ou Dagonet…"
"Vous ne les avez pas," répondit Arthur, sa voix profonde restant calme, malgré l'anxiété qui voletait dans ses yeux, "cependant, vous nous avez nous. Dites-nous ce qu'il vous faut, mais faites-le. Vous devez le sauver, Marianne !"
Elle fut étonnée de constater qu'il connaissait son nom. Néanmoins cela eu le mérite de lui rappeler qu'elle était guérisseuse. Elle s'éclaircit la gorge, et inclina la tête vers Galahad et Gauvain.
"Tenez-le !" ordonna-t-elle. Le jeune chevalier qui avait été sur le point de se détourner, lui lança un regard perplexe.
"Il est inconscient, je ne pense pas qu'il puisse s'agiter."
"Faites le juste", dit-elle sèchement en ramassant son jupon pour grimper sur la table. Les yeux incrédules de Galahad et Gauvain se croisèrent une seconde fois, mais docilement ils saisirent leur camarade blessé, en vue de le maintenir.
Marianne essuya la sueur froide qui coulait de son front, avant de saisir le boulon à deux mains. Ôter des morceaux de bois d'un corps était toujours une sale intervention, en raison de la façon dont ils se collaient à la chair et aux os aussi fermement qu'un morceau de viande crue à une broche. Elle prit une profonde inspiration et commença à tirer dessus, tandis qu'il tournait lentement de la plaie pour s'en extraire.
La douleur ne fut pas suffisante pour réveiller le chevalier affaibli, mais en dépit de cela elle le fit gémir et jeter ses mains sur ses frères d'armes. Enfin, après ce qui avait ressemblé à des heures de ténèbres l'ayant fait trembler, le perfide boulon fut extirpé du tissu musculaire de Lancelot, et d'un geste vif elle le jeta de côté. Galahad posa ses mains sur celles de Marianne alors qu'elle tirait frénétiquement sur l'armure de son blessé, et l'aida à l'enlever rapidement.
Elle ne perdit pas plus de temps à réfléchir, plongeant l'un de ses doigts dans la plaie, au grand écœurement de tous ceux qui étaient autour d'elle. Elle ferma ses paupières, diagnostiquant prudemment ce qu'elle sentait.
"…une chance…" murmura-t-elle : "… manqué le cœur… le poumon aussi… cela a la sensation de…"
Ses yeux s'ouvrirent à nouveau. Elle saisit un bout de gaze propre qu'elle baigna dans un bol d'eau fraîche pour effacer les traces de sang séché ainsi que la saleté qui s'était collé sur lui. Puis avec un alcool fort elle baigna un autre tissu pour bander fermement la blessure du chevalier. Elle regarda fixement le pansement qu'elle venait de faire, ses lèvres serrées en une fine ligne. En quelques secondes la compresse blanche, se tâcha d'une petite auréole rouge, et Marianne s'autorisa à se détendre seulement après avoir vu qu'il ne se trempait pas plus.
"Va-t-il vivre ?" Demanda Arthur qui était à ses côtés, la voix tendue d'appréhension. Elle se recula un peu, lorsqu'elle se rappela de sa présence, puis haussa les épaules.
"Seul le temps nous le dira, mon Seigneur. Cela dépendra sûrement de s'il devient fiévreux à cause des blessures qu'il a subit… Demandez de nouveau demain, Sir, et je pourrais vous répondre.
OOOOOOO
De l'autre côté de la pièce, Rhian avait son propre combat. Bors avait posé un chevalier respirant à peine en face d'elle, et il lui fallut un moment pour reconnaître le visage qui reposait en dessous de la masse de cheveux, de sang, et de poussière.
Une fois identifié, son visage se transforma en pierre, attentif à cacher le trouble de son cœur. Elle ne l'avait pas revu en plus de trois ans, depuis leurs lutte acharnée quelques jours avant son mariage avec Eadwig le meunier. Depuis qu'elle avait quitté sa famille et ses amis, pour s'en aller avec un époux qu'elle ne connaissait qu'à peine et qu'elle n'aimait pas. Pourtant ce dernier avait toujours été bon pour elle, la traitant telle une compagne digne et une amie. Tout comme elle se savait aimé de lui, et de ses manières calmes. Il ne l'interrogea jamais sur les raisons qui s'étaient produites pour la faire soudainement consentir à accepter ses avances, tout autant qu'il ne demanda jamais si l'enfant qu'elle avait perdue cinq mois après leur union avait été le sien.
Le rythme cardiaque de Tristan était faible sous ses doigts, et elle dû travailler avec rapidité pour stopper l'hémorragie de ses nombreuses blessures. Le chevalier Bors resta à côté de son acolyte, le visage blême et l'expression sombre. Il lui avait prêter main forte quand elle lui demanda de l'aider, et ne s'était opposé pas à son ton sévère.
Enfin, elle noua le dernier bandage, et se pencha en arrière avec un soupir.
"Il va le faire" s'était exclamé le vieux chevalier. Ce ne fut pas une question, mais une déclaration destinée à la rassurer aussi bien elle que lui, sauf que Rhian n'était pas du genre à se cacher la vérité. Elle secoua la tête, l'épuisement teint sur son beau visage, et elle s'appuya contre la table lorsqu'un vertige l'envahit.
"Nous ne pouvons pas encore le savoir", répondit-elle, haïssant la manière dont sa voix se brisa, et l'humidité soudaine naissant dans ses yeux. Ils se turent, et considèrent tous deux le visage tendu de Tristan pendant un court moment.
Même inconscient, il avait cet air las de son environnement, propre à lui. Son front était légèrement froncé, ses lèvres courbées vers le bas, et ses longs doigts agiles d'archer repliés en un poing serré. Même en cherchant bien, Rhian eu du mal à se rappeler à quoi ressemblait son sourire.
Elle ne pouvait pas déterminer le moment précis où elle était tombée amoureuse de lui. Peut-être avait-ce été le jour où il lui avait permis de s'asseoir sur son cheval un certain temps, lorsqu'elle alors seulement avait sept hivers et lui déjà vingt. A cette époque cela ne faisait que deux ans qu'il était arrivé en Grande-Bretagne, et il n'avait pas encore vu tant de douleur et de souffrance qu'alors. En ce temps, sourire était plus facile pour lui.
Ou alors, lors de ses quinze ans, plus probablement. Elle portait sa plus belle robe, et Marianne avait tressés dans ses cheveux de longs rubans colorés. Cela avait été un jour tellement heureux. Elle s'en souvenait comme si c'était hier. Ses yeux d'ambre passionnant semblaient ne montrer aucun signe de rire ou de méfiance, lorsqu'elle lui avait déclaré hardiment qu'il se devait de lui un accorder un vœu, en raison de son anniversaire. Et quand elle lui demanda un baiser, ses joues la brûlant âprement d'embarras, il ne se moqua pas d'elle. Non, au lieu de cela, prenant avec douceur son visage en coupe, il lui avait donné son premier baiser jamais eu, et il fût plus parfait qu'aucune fille ne put souhaiter.
Nonobstant, au cours des deux années qui suivirent, la réalité devint une maîtresse trop difficile à ignorer.
Au début, ils trouvèrent un réconfort l'un dans l'autre, quand la vie eu affaire à eux désagréablement. Mais aucune somme d'amour ne put les protéger de la réalité. Après quelques temps, elle n'arriva à ignorer plus longtemps ce dont ils avaient été coupables, et que son père n'aurait jamais pu tolérer. Tout comme le fait de voir Tristan demeurer mystérieusement sourd, lorsqu'elle essaya de lui parler du mariage. Aussi quand elle fût vraiment sûre d'être tombé enceinte, elle sut mieux quoi lui dire, et lui fit simplement savoir qu'elle allait s'unir à Eadwig. Le lendemain il s'en alla pour une mission prolongée. Une fois rentré, les jours s'étaient écoulés, et elle mariée ainsi que partie.
Ce n'est que par sa sœur, que Rhian entendit plus tard qu'il était devenu de plus en plus reclus et solitaire…
Elle prit sa main dans la sienne, se prétextant devoir sentir sa température corporelle, et du ravaler ses larmes. Par toute la beauté de son obstination, Tristan était resté la seule chose dans sa vie qu'elle avait désirée mais non obtenu. Et même maintenant qu'elle était une femme mariée et donc plus inaccessible que jamais, elle comprit qu'elle ne pourrait guère supporter sa mort. Après trois années d'exil, elle avait pensé que son amour et sa douleur sourde pour lui aurait disparu au profit d'un souvenir aigre-doux. Mais maintenant qu'il se trouvait devant elle, s'accrochant avec peine aux derniers fils de sa vie, elle se sentit comme si son cœur se déchirait en plusieurs morceaux, et se retrouva à prier comme jamais auparavant.
... À suivre ...
