La tête de Nick de présageait rien de bon. Olivia venait juste de lui faire part des lettres qu'elle avait reçu, ainsi que des appels. Depuis qu'ils travaillaient ensemble, son partenaire avait développé un tempérament très protecteur à l'égard d'Olivia. Il essayait de le montrer le moins possible parce qu'il savait que l'inspectrice aimait son autonomie et son indépendance.

Olivia l'avait amené dans une salle d'interrogatoire vide, pour qu'ils puissent parler tranquillement. Sachant qu'il le demanderait, la jeune femme tendit une des lettres à son partenaire. Ses yeux s'agrandissaient à mesure qu'il lisait. Ne tenant plus, il continua sa lecture à haute voix :

« Tes yeux accompagnent chacun de mes rêves, tels des phares au milieu de la tempête. Je t'imagine nue sous mes caresses, je sais que tu aimerais ça. La courbe de ton nez est … Non mais c'est qui ce dingue, Liv ? Il faut l'arrêter, il va devenir dangereux ! »

Olivia lui posa une main calme sur l'avant bras.

« Hé, Nick, ce ne sont que des mots. Je pense que je ne crains rien. J'ai fait tout ce que je pouvais pour le retrouver pour le moment, mais il est trop prudent.

– Justement, Olivia. Il est réfléchit, mesuré. Il sait ce qu'il fait. Tu ne crois pas qu'il pourrait mettre à l'œuvre tout ce qu'il te promet dans ses lettres ? »

L'inspectrice ne put retenir un frisson qui lui glaça le dos. C'était justement ce qu'elle craignait. Avant que son partenaire ne puisse percevoir sa peur, elle répondit :

« J'amènerais tout ça à Huang demain. Il saura me dire si je dois prendre des précautions.

– Ok Liv. Mais … tu ne voudrais pas aller dormir autre part que chez toi, ce soir ? Je serais plus tranquille. »

Olivia soupira. Ses craintes étaient peut-être fondées, mais elle ne voulait pas se cacher.

« Je ne vais pas vider mon appart pour trois lettres, Nick. Allez, ne t'inquiète pas, on se remet au boulot. Cragen n'aime pas quand on tarde à lui rendre nos rapports. »

Nick accepta et les deux collègues retournèrent à leur bureau respectifs. Mais Olivia ne pouvait pas s'empêcher de douter. La crainte de son partenaire était communicative.

Ses pensées furent stoppées par Alexandra qui s'approchait de son bureau. Olivia la regarda, surprise :

« Tu es encore là, Alex ? » Cela faisait en effet quasiment deux heures que la substitut était arrivée, et elle restait rarement aussi longtemps.

« Je faisais un point avec Cragen sur les affaires récentes, des histoires de paperasse et de rapports. Purement passionnant. » Elle laissa passer quelques secondes avant de prendre un papier dans son sac.

« Et j'attendais que tu sois libre, je voulais te donner le mandat pour le distributeur. Ça avait l'air urgent. »

Olivia fronça les sourcils. La substitut aurait pu simplement lui poser sur son bureau, elle l'aurait eu tout aussi rapidement. Elle la remercia tout de même avec un sourire.

« Oui merci. Une jeune femme violée et tuée. On n'a aucune piste, j'espère que ça nous débloquera un peu.

– J'espère aussi. Allez, je file au palais, j'ai une audience dans vingt minutes. À plus tard, Liv.

– Bon courage, Alex. »

Olivia la regarda sortir de la pièce avant de faxer le mandat pour obtenir les vidéos demandées. Elle essaya ensuite de se concentrer sur ses rapports. En réalité, elle n'avait pas vraiment la tête à ça. Ses pensées étaient occupées d'une part par son admirateur secret, et d'autre part par la blonde. L'inspectrice avait bien comprit que si la substitut avait tenu à lui donner le mandat en main propre, c'était en partie pour pouvoir la voir. Olivia savait qu'elle avait tendance à se rendre particulièrement inaccessible, en ce moment. Elle se passa les mains sur le visage. Elle avait plus urgent à faire que de rester pensivement à son bureau. Et puis il fallait absolument qu'elle se sorte Alex de la tête. Elle repoussa donc tous ses problèmes et commença à rédiger la conclusion d'une enquête.

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En fin d'après-midi, Olivia descendit à la morgue en espérant que la légiste puisse leur donner une piste. Celle-ci était assise à son bureau, et l'inspectrice en fut soulagée. Elle n'aimait pas particulièrement assister aux autopsies. Après avoir intégré les forces de l'ordre, elle s'était fait un devoir d'y assister sans broncher, mais c'était quand même assez déplaisant. L'odeur était vraiment forte, et voir les corps ouverts et disséqués ne manquaient pas de rappeler à l'inspectrice que les hommes étaient destinés à se décomposer entre quatre planches de bois. Olivia poussa la porte déjà entrouverte :

« Tu as commencé l'autopsie, Mélinda ? »

Cette dernière fit un signe négatif de la tête, faisant voler ses boucles brunes avant d'expliquer :

« J'avais un cas urgent à traiter avant votre inconnue. Je finis mon rapport, et je m'y attaque. Vous aurez les résultats demain matin, ainsi que les résultats des analyses de sperme.

– Tu me les fera monter, s'il-te-plait ?

– Bien sûr, je tâcherais d'être rapide. »

Après l'avoir remercié, l'inspectrice remonta dans les bureaux. Elle n'aurait pas le rapport d'autopsie avant le lendemain, et la vidéo n'arrivait toujours pas. L'enquête piétinait, et elle n'aimait pas ça. Elle ne se décida à rentrer chez elle qu'après 18h30 quand Cragen le lui ordonna. Elle se senti angoissée lorsqu'elle ouvrit sa boite aux lettres. Elle redoutait la réception du prochain prochain mot, parce qu'elle ne doutait pas qu'il viendrait. Lorsqu'elle fut sûre qu'il n'y avait que de la publicité, elle recommença à respirer plus sereinement. Toute cette histoire la perturbait beaucoup trop.

Sa sérénité retomba cependant lorsqu'elle senti la clé accrocher alors qu'elle déverrouillait sa porte. Son instinct de flic lui indiqua qu'il était possible qu'on ait cherché à la forcer. Son expérience de femme lui criait qu'elle devait arrêter de se sentir perpétuellement visée. Un instant, elle pensa au ridicule dans lequel elle s'enfoncerait si elle défonçait sa propre porte, arme à la main. Elle choisit donc d'ignorer ses craintes et entra dans son appartement.

Alors que tout semblait normal, elle se maudit pour sa réaction : la serrure devait être un peu vieille, mais pas de quoi imaginer le pire. Son mauvais pressentiment ne la quittait cependant pas. Elle fit le tour de sa chambre avant de se diriger vers la cuisine plongée dans l'obscurité à cause des volets fermés. Elle alluma la lumière et senti une vague d'adrénaline lui glacer tout le dos.

Un bouquet de fleur trônait sur la table. Une photo surmontée d'un mot était appuyée contre le vase.

Une photo d'elle avec inscrit en lettres capitales : J'ESPERE QUE TU AIMES LES ROSES. À BIENTŌT.