Kirie se réveilla avec une grande douleur au niveau de ses poignets. Avec l'adrénaline, il n'avait pas senti le fer qui mordait cruellement sa peau lorsqu'il tirait dessus. Il ouvrit péniblement un de ses yeux, puis l'autre.

Le mongrel essaya, avec beaucoup de mal, de s'accommoder à la luminosité de la pièce. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Ses questionnements furent interrompus par une voix venant de sa droite.

« Oh ? Tu as des yeux hétérochromes ? C'est original… »

Kirie se tourna vers l'homme debout derrière lui. L'inconnu était grand et richement vêtu. Les traits uniformes de son visage et ses longs cheveux noirs, ne laissaient pas planer le doute. Cet homme était un élite, un Onyx, plus précisément.

Le mongrel tenta de s'asseoir. Ses muscles grinçaient sous l'effort, on pourrait presque croire qu'ils n'ont pas servi depuis des années. L'élite reprit alors:

« Tu ne devrais pas te relever tout de suite, ton corps a encore besoin de repos. »

Il soupira lourdement. " Dans ce cas, enlève cette putain de lumière de mes yeux. " Ça ne servait à rien de faire attention à son langage, maintenant. Kirie avait toujours choisi avec soin les mots qu'il employait lorsqu'il était avec Iason, ou tous autres élites. Il avait besoin de rester dans leurs bonnes grâces. Surtout pendant ses 'affaires' avec le blondie préféré de Jupiter. Au final, tous ses efforts n'avaient servi à rien. Un déchet des bidonvilles restait un déchet quoi qu'il arrive.

« J'en conclus , au vu de ton vocabulaire développé, que tu dois être un résident de Ceres ? Dit-moi, comment t'appelles-tu, petit bârard ? »

Kirie cligna des yeux et prit un air étonné. L'onyx ne savait pas qu'il était un déchet ? Mais, n'était-il pas là pour lui laver le cerveau ? L'inconnu lui avait posé une question, et les élites n'aiment pas attendre, alors Kirie répondit prudemment.

« Kirie »

« On vous donne des noms vraiment originaux à Guardian » Fit-il moqueur.

Kirie n'allait pas le contredire. Les mongrels naissaient dans des tubes pour la plupart. Les scientifiques de Guardian sélectionnent des gènes au hasard et le fœtus se développait dans les laboratoires, puis au bout de trois mois, l'enfant était placé dans une des femmes du centre. Lors de la naissance, on sélectionne deux lettres et on fait un nom avec. Si vous tombez sur M et K, votre nom sera Mika. Si c'est L et C, Luc. Et si c'est R et K, il y a de grandes chances que cet enfant s'appelle Riki... ou Kiri. La plupart des mongrel avait trois ou quatre lettres dans leurs prénoms. Norris était l'exception.

« Moi, j'ai un prénom à cinq lettres ! » Avait-il dit fièrement du haut de ses six ans. Mais ce n'était qu'un mensonge. Son nom était Kiri, il avait rajouté lui-même le E à la fin.

Déjà à cet âge, il avait envie de grandeur, de se démarquer des autres bâtards. C'était tellement risible. En y réfléchissant bien, son nom était un anachronisme à celui de Riki... Ce n'était peut-être pas si mal...

Finalement Kirie demanda: « Qu'est-ce que vous voulez ? Où suis-je ? »

L'onyx lui sourit. « Je suis Kensaku Curio. Je suis un fonctionnaire du dieu Mars, mais à mes heures perdues, il me plaît de penser que je suis un chercheur. »

« Ça ne répond pas du tout à mes questions ! De quoi vous parlez ? » Dit-il d'un ton irrité. Si l'élite voulait lui laver le cerveau, qu'il se dépêche, plutôt que de le laisser dans cet état de panique.

Kensaku avait du mal à retenir son rire. « Kirie, est-ce que tu reconnais cette machine ? » dit-il en pointant un imposant tas de ferraille derrière lui.

Kirie le reconnut sans mal. Il s'était caché derrière cette dernière avant qu'il ne s'évanouisse. Le mongrel hocha la tête.

« Cette merveille technologique a été créée par le blondie Raoul Am en personne. Puis, du jour au lendemain, il a abandonné le projet. Et c'est moi qui est eu l'honneur de la récupérer. J'ai été très surpris de ne pas comprendre la véritable utilité de cette machine. » Kensaku se retourna vers Kirie. « Jusqu'à ce que tu sois arrivé. »

« Ravi d'avoir pu vous aider… » Répondit-il sarcastiquement. Plus l'élite parlait plus Kirie se sentait confus. Il ne comprenait rien.

« Cette machine permet aux êtres organiques de voyager dans le temps. »

« Q-quoi ? » Il en avait marre que ces trous du cul d'élites se foutent de sa gueule.

« Dit-moi, Kirie. Qui est le Dieu de Amoi ? »

C'était une question pièges ? Ou alors l'onyx pensait que les bârards de Ceres étaient tellement incultes qu'ils ne savaient même pas qui était Jupiter ? Lambda 3000, le super ordinateur qui a asservi les humains et construit un pays idéal pour ses enfants immortels.

« Jupiter » Cracha-t-il fièrement.

Cette fois, Kensaku ne put tenir et il éclata en fou rire. « Je le savais ! Tu viens du monde de l'ancien dieu. »

« L'ancien dieu ? » fit-il vraiment perdu.

« J'ai bien peur, que tu es fait un bond de plus de deux mille ans dans le futur mon cher mongrel. »

« Deux mille ans ? Futur ? Qu'est-ce qu- »

« Je comprends que le QI d'un humain de chair et d'os, surtout si c'est un mongrel, est des capacités de réflexion limitées mais le thème voyage dans le temps doit être assez explicite pour que tu comprennes par toi-même, non ? »

Kirie ne répondit pas, sa confusion avait atteint un niveau assez élevé. Et puis qu'est-ce que vous voulez qu'il réponde de toute façon ?

« Je veux en apprendre plus sur notre créateur Jupiter, alors tu vas rester ici et répondre à mes questions. Pour l'instant, tu te reposes, ton corps doit se remettre du voyage. »

Dans quelle merde s'était-il encore foutu ?


« Tu m'as parlé d'un nouveau dieu ? Jupiter c'est fait remplacer ? »

Kirie marchait dans les longs couloirs de l'élégante demeure appartenant à l'élite devant lui.

« Le dieu Mars. Il était le fils préféré de Jupiter à ton époque. Puis son excellence Iason a repris le commandement. »

Donc Iason Mink avait le total contrôle de Amoi maintenant ? Il faudrait qu'il l'évite, le croiser, même dans les couloirs, pourrait être mortel. Il ne doute pas une seule seconde que le blondie se souvienne de lui. Après tout, un élite n'oublie jamais rien.

« Et... Qu'est-ce que tu comptes faire de moi, exactement ? »

" Dès demain, tu seras mon meuble. Tu devras entretenir mon domicile et satisfaire mes besoins. Il est plus commode de te faire passer pour mon meuble que mon nouveau spécimen de recherche. "


La nuit tombait progressivement sur Amoi faisant ressortir les deux lunes jumelles. Petit à petit, les éclairages de la ville du plaisir s'allumèrent. D'ici il avait une des meilleures vue pour admirer le spectacle brillant qu'offrait Midas, pourtant, son regard était dirigé sur le seul point noir du continent. Les bidonvilles… Cet endroit lui paraissait si proche, et si éloigné en même temps.

Il soupira lourdement et de la fumée sortie de sa bouche. Il était déjà à son troisième paquet aujourd'hui, mais il n'était toujours pas satisfait. En fait, il fumait encore juste parce qu'il avait pris l'habitude de le faire. Avant, cela permettait à ses nerf de se détendre et aussi d'avoir un petit moment tranquille. Maintenant, l'effet relaxant de la chose avait disparu et on ne le laissait jamais en paix. Il savait que des yeux l'épiaient tout le temps, même si il n'était pas là physiquement, il pouvait tout voir. Il était dieu, après tout.

« Je suis rentré. » Fit soudainement une voix derrière lui, mais il ne montra aucun signe qui indiquait qu'il avait entendu le nouvel arrivant.

« Où est passé mon baiser de bienvenue ? » Cette fois, la voix était juste derrière son oreille. L'autre s'amusait à souffler sur sa nuque pour provoquer de léger frisson dans tout son corps. Bâtard sadique. Néanmoins, il resta silencieux. Sa pseudo-résistance était surtout là pour le rassurer. Il n'avait pas tout perdu, il était encore lui-même. Jamais l'autre ne pourrait lui arracher cela.

« C'est donc le jeu du silence cette fois ? Une telle insolence… N'as-tu donc rien apprit, Riki ? »