Il l'avait soignée.
Du moins, il avait fait de son mieux.
Il avait transposé Hermione sur le sofa.
Elle était restée assise, tremblante sur le cuir, en attendant qu'il daigne revenir et la mettre au parfum.
Dans ses mains, une simple boîte en ferraille rouillée avec une croix verte peinte dessus. La chose avait l'air d'avoir traversé les âges, peut-être là depuis la construction de cette maison.
Elle n'avait rien dit, le choc était trop grand et les émotions dans sa tête se bousculaient.
Pas de questions pourtant.
Pas une seule avait franchit ses lèvres depuis qu'elle avait découvert l'identité de son sauveur.
Il en avait bien fait la remarque :
-" Étonnant que vous n'ayez pas pointé votre doigt en l'air pour déballer tout un tas de questions embarrassantes."
Elle n'avait rien répondu.
Il avait sorti toute la panoplie moldue. Des compresses, des cotons, de l'alcool qui devait s'être relativement éventé avec le temps, des aiguilles, du fil.
Lorsqu'elle avait vu ces derniers objets sortir du coffret, elle eut un mouvement de recul, humain et très étrange.
-" Il faut recoudre votre arcade... Pas de grand chose mais ça pourrait s'infecter."
Son corps s'était secoué presque imperceptiblement.
Assis face à elle, il s'avança, commençant à préparer les outils pour la réparer.
Il commença par imbiber ses mains d'alcool, puis un coton qu'il passa tout autour de son œil droit.
Hermione siffla entre ses dents.
La chair mise à vif brûlait.
Il dilua le sang coagulé dans ses sourcils, le tout avec douceur, évitant de faire pelucher le coton.
Il analysa la peau autour de ses yeux.
Hermione avait des cernes bleutées, ses veines ressortaient et des contusions sous-cutanées apparaissaient, faisant ressortir toutes les taches de rousseur qu'elle arborait.
Elle ne l'avait pas regardé, pas un seule fois.
Pas par question de gêne, juste parce qu'elle refusait de regarder dans les yeux l'homme qui avait engendré et permit tout ça, comme un barrage hydraulique qui aurait cédé.
Il avait soupiré, prenant le visage de la jeune femme en coupe, tentant voir toutes les contusions, les bleus avant d'attaquer le gros du travail.
Son visage entièrement désinfecté, une fois de plus il soupira, tentant de rassembler ses connaissances afin de porter la couture à bon port.
-" Cela va être désagréable." Avait-il annoncé sans détour.
Il ouvrit le sachet stérile avec minutie et enfila le fil dans le chas de l'aiguille.
Bien qu'elle eut l'air toute fine, les apparences furent trompeuses.
Il planta sans remords.
Hermione retint un hurlement dans sa gorge.
Sa voix ne voulait pas suivre de toutes manières.
-" Ne froncez pas."
Elle avait bougonné en silence, après tout, ce réflexe musculaire était normal.
Coup après coup, elle s'affaira à rester stoïque, sentant le fil traverser la peau, la chair. C'était désagréable et déroutant au possible.
Lorsqu'il eut terminé, il ouvrit un nouveau paquet. Des gazes stériles.
Il en découpa un morceau et le fixa avec de la bande adhésive.
-" Autre chose ?" Avait-il demandé.
Elle avait relevé son regard pour la première fois avec un air indéchiffrable. Aucun mot ne sortit.
-" Très bien... La salle de bains est au fond du couloir à droite. Vous trouverez ce qu'il faut. Pour vous habiller il y a des vêtements propres à l'étage. Vous trouverez une chambre directement sur la gauche. Installez-vous, je pense que vous allez rester un moment. À moins que vous ne préfériez toujours partir ?"
Elle lui avait lancé une œillade meurtrière à laquelle il répondit par encore plus de sarcasmes :
-" Vous avez besoin d'aide pour vous lever ou tout ira bien ?"
Elle savait que ses lâches de jambes n'allaient pas daigner fonctionner maintenant.
Sans même prendre appui dessus, elle les sentit trembler ce qui n'était pas bien ni agréable.
Face à l'absence de réponse, il se leva tout en enroulant un bras sur sa nuque.
La sorcière ne réagit pas et se laissa assister de la sorte.
Ainsi, il la fit déambuler comme une marionnette sans âme et surtout sans forces.
Elle savait avoir découvert la maison un peu plus profondément, mais aucun souvenir ne semblait la concerner, les yeux perdus, dans un état de choc qui menaçait de se transformer en catatonie.
Il avait ouvert une porte et la lumière fut un peu trop éblouissante pour la jeune femme.
Cette salle de bains était d'un blanc immaculé, brillante et semblait surtout un peu plus moderne que ce qui lui avait été donné de voir pour l'instant.
Il la lâcha au milieu de la pièce, face à une baignoire.
À cet instant, elle décela encore suffisamment de force pour regarder autour d'elle, juste avant que son reflet ne l'appelle dans un petit miroir accroché au mur, au dessus du lavabo.
Elle s'observa sans vanité et y trouva la pire réflexion de son existence.
Qui elle avait été n'avait à présent plus d'importance.
Qui elle était à présent non plus d'ailleurs, elle ne reconnaissait pas ce visage qui lui était renvoyé.
Maigre, chétive, l'arcade sourcilière recousue de fil noir, la lèvre fendue, les pommettes saillantes et ce regard...
L'inhumanité de ce reflet la fit blanchir encore plus que ce ne fut possible.
Comment pouvait-elle encore tenir debout alors que tout sur elle lui indiquait qu'elle était déjà morte ?
-" Vous allez pouvoir faire ça ?" Avait-il demandé.
Par douleur, par pudeur, elle en détourna le regard sans formuler la moindre protestation.
Elle était en vie et son apparence lui était égale.
Et puis les mots de l'homme formèrent enfin un sens dans sa tête.
Elle observa la baignoire se remplir d'eau chaude, vaporeuse, une eau claire, bien plus claire que tout ce qu'elle avait bu ces derniers mois.
-" Miss Granger ?" Demanda-t-il un peu plus fermement.
Pour toute réponse, elle le fixa un instant, sans pour autant trouver le courage de lui rendre une œillade meurtrière.
-" Vous savez, je détesterai vraiment avoir à faire ça pour vous." Tenta-t-il.
Elle ne formula aucun mot et alors il avait soupiré avec lassitude.
Autour d'elle, le temps et les actions étaient fluctuants, quelque chose dans la transmission des informations dans son cerveau, et leur traitement, bloquait indéniablement la route à ses réponses.
Elle était consciente de son état et c'était comme si dans sa tête une alerte critique était progressivement en train de s'étendre jusqu'à ce qu'elle perde la raison.
Sur elle, elle sentit des mains exploratrices et petit à petit un grand froid la submergea.
Ce n'est qu'au bout de longues secondes qu'elle constata sa nudité.
Elle ne sut comment ça s'était passé, c'était arrivé, c'est tout et lorsqu'elle reprit un minimum conscience, elle constata l'homme, baissé à l'extrême en train de reluquer sérieusement son genou gauche.
Le regard d'Hermione papillonna sans pour autant trouver la moindre once de pudeur.
-" Vous avez une entorse au genou, pas étonnant que vous ne tenez pas debout... Vous ne l'avez pas senti ?" Demanda-t-il.
Elle avait alors haussé un sourcil.
Non, elle ne l'avait pas sentie.
Ou alors c'était dû à une mauvaise chute qui avait eu lieue l'autre jour dans la forêt ?
Peut-être un souvenir de son altercation au Manoir Malfoy ?
Peut-être quand elle avait transplanné et était tombée face contre terre plus tôt dans la soirée ?
Il avait alors appuyé dessus juste avec son pouce et son index.
Elle avait hurlé.
Non définitivement, cette douleur était présente que depuis peu et était peut-être même ultérieure à son arcade.
-" Ce n'est pas cassé, mais il va vous falloir rester immobile au maximum ces prochains jours."
Depuis quand il était toubib ?
Depuis quand il pouvait envisager avec certitude qu'il allait y avoir un lendemain ?
Une fois de plus, il la porta et la plongea avec un peu plus de ménagement dans la baignoire.
La sorcière frémit au contact de l'eau chaude.
Est-ce qu'elle méritait ce confort, là, maintenant, tout de suite ?
Et puis ce n'était que maintenant qu'elle réalisa ce qui était en train de se passer.
Son ennemi mortel l'avait "enlevée", avait su la convaincre de rester, tentait de la rafistoler et à présent, il venait de la déshabiller pour la décrasser.
Il allait y avoir une contrepartie, c'était obligatoire.
Il allait tirer parti de sa vulnérabilité et elle ne pourrait rien y faire.
Le visage rouge d'humiliation, elle se contracta avec violence, recroquevillée jusqu'à se faire mal à la rotule.
Il l'avait observée, mais elle ne sut jamais si ce fut de l'inquiétude ou son agacement habituel.
Puis sans y prêter plus longue attention, il s'était baissé et mis à genoux afin d'être à sa hauteur, prit une éponge et l'avait trempée dans l'eau avant de la garnir d'une dose généreuse de savon.
Absentément, Hermione tenta de ne pas y réfléchir malgré la tension qui régnait dans ses membres.
Il avait frotté son dos, dénoué ses cheveux, les avait trempés et fait mousser jusqu'à ce que l'eau sous elle prenne une teinte affreuse.
Pour l'une des rares fois de la soirée, il avait même sorti sa baguette, lançant quelques charmes de nettoyage, inoffensifs et intraçables. Il avait changé l'eau une fois, l'avait submergée avec le pommeau de douche sans qu'elle ne bronche, ne réagisse. Elle avait remarqué qu'il avait également pris la précaution de faire garder son pansement au sec à l'aide d'un autre sortilège assez pratique, mais sans jamais prêter d'oreille attentive.
Elle s'était juste contenté de le laisser faire et jamais, jamais il ne lui avait directement touché la peau.
-" Il faut que vous continuiez seule." Avait-elle entendu et puis devant son absence de réaction, il reprit avec plus de franchise. " Je ne tiens pas à commettre des gestes déplacés sur vous. Du nerf, Granger, requinquez-vous !"
Elle l'avait fusillé d'un regard noir qu'il n'avait pas relevé et il s'était tourné, après lui avoir donné un gant bleu délavé mais propre.
Galvanisée par sa colère, Hermione s'était alors saisie du gant et vidé l'eau du bain pour n'en revenir qu'à une pluie de la douchette. Avec hâte, elle s'était lavée pour la première fois depuis des mois, culpabilisant de goûter au bonheur simple d'un confort qui était pourtant sommaire avant.
Malgré tout, elle n'en profita pas, ou très peu, juste de le temps de passer l'eau et le savon absolument partout et jusqu'à s'en déboîter les épaules.
Et puis c'est là qu'elle remarqua un bleu sur sa cheville gauche.
Elle analysa et y plaça ses doigts comme il l'avait fait auparavant sur son genou.
Retenant un cri de douleur, elle mordit sa lèvre, enfonçant sa plaie un peu plus profondément avant de se mettre à saigner et que le liquide au goût métallique ne s'empare de son palais.
-" Je crois que j'ai la cheville foulée." Avait-elle alors dit, sortant des mots pour la première fois depuis une bonne heure.
-" Nous verrons ça après." Dit-il alors sans se retourner.
Lorsqu'elle eut terminé, il l'avait alors enveloppée dans une serviette avant de la sécher au moyen de sa baguette. Il la fit asseoir et attendre sur le rebord de la baignoire avant de réapparaître quelques minutes plus tard avec un pull et un short de la même couleur, tous les deux assez grands pour qu'elle y rentre deux fois.
Il l'aida à enfiler le short en station assise, sans porter le moindre regard déplacé. Pour le pull, elle se débrouilla seule.
Le short était très large et s'arrêtait au niveau des genoux, bien pratique pour par la suite examiner ce nouveau mal qui lui avait été infligé.
Après l'avoir de nouveau menée sur le canapé dans le salon, il avait entouré les deux zones inconfortables de bandages après y avoir appliqué un onguent à l'odeur fleurie, couvrant de peu celle du tabac.
Et puis, il s'était arrêté dans ses gestes.
Quelque chose venait de le faire profondément tiquer.
