Screw you !
Chapitre 2
Gabriel observait son frère, qui restait prostré sur le canapé à penser. Il mettrait sa main à couper que cet idiot pensait à l'ivrogne de tout à l'heure. Il soupira de lassitude. On était samedi soir et pour sûr, Baltazar allait rentrer à point d'heure. Il aurait d'ailleurs dû le rejoindre, mais il savait pertinemment que s'il laissait Castiel seul ne serait-ce qu'une seconde, ce petit idiot serait capable de sauter par la fenêtre pour faire comme bon lui semblait. Castiel avait toujours été d'un calme olympien, ne s'énervant ô grand jamais ! Mais il avait également toujours eu cette façon de s'attitrer des « missions » qu'il devait remplir sans faillir un seul instant. Lorsqu'il était jeune, ça passait encore, puisque ses protégés n'étaient que des petits chats ou chiens abandonnés. Puis il était passé aux plus grosses bêbêtes, puis aux adolescents mal dans leur peau, mais là il voyait bien plus gros ! Il visait un gros bonhomme imbibé d'alcool et tout de muscles bâti, saturé en violence, rage et testostérone... Et ça il devait bien avouer que ça l'inquiétait beaucoup. Castiel était un ange et c'était sa plus grande qualité comme son plus gros défaut, car il ne restait pourtant qu'un simple humain pouvant être blessé physiquement comme psychologiquement.
- Castiel ... commença Gabriel en s'asseyant à côté de son petit frère.
- Je sais ce que tu vas me dire, tu vas me donner les mêmes arguments que lorsque j'ai voulu récupérer un Saint-Bernard adulte à douze ans, contra immédiatement Castiel, sans réellement quitter ses pensées.
- Exactement ! Et peut être que maintenant tu as 23 ans, mais il reste plus baraqué que toi, violent et plus qu'instable. Ce type, on doit l'envoyer dans un établissement qui pourra le prendre en charge sans que les personnes qui l'entourent ne risquent de se faire briser le cou toutes les deux secondes à cause d'une de ses crises de colères !
- Ne parle pas de lui comme si c'était un animal sauvage ! S'offusqua le brun en fixant férocement son frère.
- Mais c'est un animal sauvage !
Castiel se leva en faisant claquer sa langue contre son palet d'agacement. Il était impossible de parler lorsque son frère était dans cet état. Il comptait bien retourner dans sa chambre pour trouver des solutions pour son tout nouveau protégé, mais son frangin ne semblait pas de cet avis, puisqu'il lui saisit le bras pour le retourner.
- Tu ne le connais pas, Castiel, tu ne sais pas de quoi il est capable, je veux juste qu'il ne t'arrive rien.
- Je sais, Gab, mais... J'en ai besoin. Lorsque je vois de la souffrance, commença à expliquer Castiel en se mettant bien en face de son frère, je ne peux pas faire comme tout le monde et regarder ailleurs, faire comme si de rien était et passer à autre chose sans remords.
- Certes, mais...
- Tu te souviens, lorsque j'ai fait une dépression d'un mois quand j'avais environ sept ans ? Demanda Castiel.
Gabriel hocha gravement de la tête. Oh que oui, il se souvenait de cette période. Castiel avait beaucoup inquiété tout le monde. Il ne mangeait plus, ne parlait plus et faisait des cauchemars toutes les nuits. Son état était tellement critique qu'il avait dû être hospitalisé.
- C'était parce que maman ne m'avait pas autorisé à récupérer un chaton blessé, que j'avais passé la nuit à observer se pelotonner comme il pouvait dans ce froid glacial à miauler à l'aide à toutes les personnes passant par là.
- ...
- Le lendemain matin, en allant à l'école, je l'avais retrouvé au même endroit, mort de froid. Alors je me suis dit que des tonnes de personnes étaient passées juste à côté de lui, avaient vu sa souffrance et sa détresse mais personne n'avait rien fait !
- ...
- Il était mort seul, dans la douleur et le froid, sans que personne n'en aie rien à faire ! Et c'est aussi à ce moment là que j'ai réalisé qu'en fait, j'étais pire. Parce que moi, non seulement je m'inquiétais pour lui, mais je le voyais, je le regardais souffrir droit dans les yeux, sans jamais les détourner et je n'ai rien fait non plus. Strictement rien !
- ... Mais ce n'est pas pareil, cette fois ! Castiel, c'est...
- Pire ! Coupa Castiel, excédé . C'est un être humain avant tout, mais faut croire que tu t'en fiches !
- Non, bien sûr que non ! Arrête de me faire passer pour le premier des salopards !
Castiel serra les mâchoires en fixant son frère, qui soupira fortement. Gabriel savait que ni l'un ni l'autre n'arriverait jamais à raisonner l'autre .
- Très bien, dans ce cas ... commença Gabriel. Tu fais ce que tu veux avec ce type à la seule condition que s'il lève la main sur toi, tu laisses tomber immédiatement, et je veux un rapport tous les soirs ! Et si tu as un problème, évite de faire comme tu fais d'habitude et de le régler tout seul, surtout avec un tel cas sur les bras, c'est clair ?
Castiel hocha lentement la tête. C'était mieux que rien ! Sans tarder, il alla dans sa chambre et fit des recherches. Il devait savoir comment aborder cet homme perturbé sans risquer de se faire choper par le colback toutes les deux secondes. Il repensa soudain à Luc. Finalement, peut être que ses cours d'auto-défense allaient l'aider ? Luc avait lourdement insisté lorsqu'il avait quitté l'armée pour l'entraîner à s'en sortir même lorsque deux gros bras voulaient s'en prendre à lui. Pendant plusieurs années, il l'avait entraîné sans que Castiel ne sache réellement ce qui l'avait motivé. La seule raison qu'il avait réussi à lui soutirer était « Parce que t'es trop mignon pour ton propre bien ». Il l'avait maudit les premières années pour lui avoir fait mordre la poussière si souvent, mais maintenant...
Soudain, une idée lui vint. Il tapa sur son clavier « Les frères maudits » mais ne trouva que des références de films, rien de tangible ayant un rapport avec leur ville . Au moins la rumeur était resté locale, parce que avec les réseaux sociaux, certaines rumeurs pouvaient aller loin. Ses yeux commençant à le brûler, il se décida à aller se coucher, s'imaginant toutes sortes de scénarios qui pourraient se passer entre lui et ce jeune homme jusqu'à ce qu'il s'endorme.
Il se réveilla le lendemain et à peine fut-il debout qu'il enfilait déjà son manteau. Il préférait partir avant que ses frères ne soient réveillés, sinon il aurait droit à un interrogatoire dans les règles de l'art. Il avisa le bar dans lequel il était hier et regarda rapidement à travers la fenêtre. Il n'y avait pas de trace de l'inconnu, mais la propriétaire des lieux vaquait à ses occupations sur l'une des tables. Malgré l'écriteau « Fermé », il entra, ce qui lui valut un regard surpris de la femme châtain.
- Je suis désolée, monsieur, c'est...
- Fermé, je sais, mais je ne viens pas pour boire un verre, fit Castiel en restant à l'entrée du bar, attendant que la propriétaire lui donne la permission de s'approcher.
- Et que puis-je pour vous, dans ce cas ? Demanda la propriétaire en se levant, laissant ses comptes sur la table .
- Je suis ici au sujet du jeune homme d'hier, celui qui était...
- Oh mon dieu ! Dean a recommencé ? Qu'est-ce qu'il a fait ? Il vous a menacé ? Pire ?
- Calmez-vous, madame ! Demanda Castiel, rien de tout ça.
Alors il s'appelait Dean, Dean Winchester... La femme châtain parut surprise et agréablement, apparemment, puisqu'elle proposa à Castiel de la rejoindre et de s'asseoir. Ce dernier ne se fit pas attendre et la rejoignit.
- Castiel Novak, se présenta-t-il en tendant la main que la tenante serra.
- Ellen Harvelle.
- Je suis éducateur spécialisé, je ne m'occupe certes que des adolescents, normalement, mais Dean m'a, disons... interpellé.
Ellen ne disait rien, totalement surprise de rencontrer quelqu'un qui avait été interpellé par Dean autrement que pour lui refaire sa constitution osseuse faciale.
- J'ai remarqué que, malgré ses incartades, vous le tolériez toujours. J'en ai donc déduit que vous le connaissiez depuis longtemps, et j'aimerais donc que vous me racontiez plus précisément ce qui s'est passé avec ce jeune homme.
- Hum, oui... D'accord, répondit Ellen toujours un peu étonnée, il faut dire qu'elle avait perdu espoir, depuis le temps. Dean a commencé à agir aussi... inconsciemment il y a deux ans, après la mort de son frère, Samuel... Sammy... murmura Ellen, perdue dans ses souvenirs. Il était le seul à l'appeler comme ça, le seul que Sam laissait faire.
- Comment est-il mort ? Demanda Castiel doucement.
- D'un accident de voiture.
- Et pourriez-vous me parler du décès du reste de sa famille ? Souffla doucement Castiel.
Ellen le jaugea une dernière fois avant de parler.
- ... Leur maison a brûlé lorsque Sam était bébé. Leur mère s'est faite piéger dans l'incendie avec Sam. Elle s'est infligé de graves brûlures en maintenant son enfant contre elle. Sam n'a donc rien eu, mais elle a succombé à ses blessures dans l'ambulance. Leur père les a élevés seul, sans jamais chercher à se remettre en couple. Disons qu'ils n'étaient pas une famille très heureuse, soudée oui, mais heureuse... Puis l'adolescence est arrivée, chacun amenant son lot de soucis. Sam était très indépendant et ne demandait qu'à sortir de la famille tandis que Dean, eh bien... Dean essayait de les tenir soudés, il adorait son père et aimait profondément son frère, mais une dispute n'a pas manqué d'éclater entre ces deux-là...
Ellen fixa soudain le bois de la table avant de reprendre plus doucement :
- Un accident s'est produit, encore... Ils se sont battus et leur père s'est cogné la tête sur l'angle de la table. Il est mort sur le coup.
Castiel écoutait et regardait Ellen très attentivement, essayant de se mettre à la place de Dean pour parvenir à partager ce qu'il avait bien pu ressentir à ce moment, et comprendre son comportement actuel pour pouvoir l'aider. Ses collègues lui avaient dit que c'était à cause de cette méthode qu'il s'attachait trop au gens, mais il ne voulait pas faire autrement. Il parlait avec des êtres humains, pas des expériences ou des cas.
- Dès lors, Sam a tout laissé tomber, ses études, sa petite amie, ses amis et est resté avec son frère. Il était rongé par la culpabilité et voulait absolument s'occuper de Dean, qui avait beaucoup de chagrin à ce moment-là. Dean s'était occupé toute sa vie de son petit frère et Sam voulait en faire de même, vous comprenez ?
Castiel hocha de la tête doucement.
- Mais même si Dean est parvenu à faire son deuil en partie grâce à son frère, Sam n'en a jamais été capable. Dean s'est donc naturellement porté garant pour veiller sur lui également. Ils sont alors devenus dépendant l'un de l'autre, un amour fraternel fusionnel comme personne n'en avait jamais vu avant les liait. Un amour fort mais destructeur. Ils auraient pu se sacrifier l'un pour l'autre sans aucune hésitation, après tout, ils étaient tout ce qui leur restait.
- ...
Castiel ne lâchait pas Ellen des yeux, attendant patiemment qu'elle poursuive, faisant abstraction des émotions qui tentaient de le submerger.
- Sam a eu un grave accident de voiture en allant chercher Dean à une soirée. Il a perdu ses deux reins, une partie de son foie, son poumon gauche a été perforé et il avait un traumatisme crânien sans compter ses nombreux hématomes et fractures. Dean est allé sur le billard sans aucune hésitation et a donné un de ses reins à son frère. Sam est resté trois mois dans le coma avant de finir par lâcher prise.
Un long et lourd silence s'installa. Chacun était perdu dans ses pensées avant que Castiel ne reprenne la parole.
- Je sais que cette question va vous paraître... inquiétante, mais j'ai le sentiment que je vais devoir prendre des mesures disons... personnalisées, en ce qui le concerne. J'aurais besoin de son adresse.
Ellen le considéra quelques secondes avant de se résigner. Elle avait tout essayé pour aider Dean, sans aucun résultat... Castiel était peut-être l'inespéré. Alors elle lui donna tout. Lui dit absolument tout. Si ce jeune homme qu'elle avait en face d'elle pouvait aider Dean, elle lui donnerait tout ce dont il avait besoin.
Et alors que Castiel s'apprêtait à partir, Ellen lui dit de rester et d'écouter sa fille qui connaissait plus qu'elle la vie sentimentale de Dean, étant donné qu'ils étaient très proches... avant. Sa fille, une jeune femme blonde, était la barmaid qui avait failli se recevoir le verre qu'avait lancé Dean la veille.
- Bonjour, Castiel, je suis Johanna, fit la jeune femme avec un immense sourire. Ma mère m'a dit que tu voulais aider Dean et que tu avais besoin d'en savoir plus sur lui ?
Castiel hocha du chef avant de commencer.
- Avait-il beaucoup de relations ?
- Dean a toujours eu beaucoup de facilités avec les gens malgré son franc-parler . Il avait des amis, oui .
- Et en ce qui concerne ses relations amoureuses ?
- Dean avait beaucoup de succès, il a eu beaucoup de relations.
- Sérieuses ?
- Oh non, ça n'excédait jamais un mois.
- Il n'a jamais eu de relation de plus d'un mois ?
- Jamais, fit Johanna, catégorique. Mais ça, c'était avant la mort de Sam. Après, nous n'étions plus si proches... Alors je ne sais pas réellement ce qu'il a fait pendant ces deux dernières années.
- Très bien, est-ce qu'il buvait beaucoup avant ?
- Non, juste comme tous les jeunes.
- Et son frère, son père ?
- Pareil.
- Des problèmes de santé dans la famille ?
- Aucun. Si ce n'est... aucun d'entre eux n'avait le sommeil lourd mais Dean, lui, ne dormait que quatre heures toutes les deux nuits.
- Il faisait de l'insomnie ?
- Non... Il n'a jamais parlé de ça de cette façon. Avant je pensais qu'il allait voir des filles, des copains, mais maintenant...
- Très bien... J'ai... quelques petites choses à mettre au point avant de revoir Dean. Merci, Johanna .
La jeune femme le salua et Castiel s'en fut. Il allait demander un congé à durée indéterminée. Il ne pouvait pas espérer aider Dean en faisant en même temps son travail, mais évidemment, pour cela, il devait avoir le soutien financier de ses frères... En rentrant chez lui, il ne fut pas surpris de voir Balthazar le regarder avec un grand sourire.
- Je sais déjà ce que tu vas nous demander, Cassie ! Fit Gabriel derrière Balthazar, qui ne se départissait pas de son sourire stupide.
- Tu veux t'occuper de ce chien perdu à plein temps, fit d'ailleurs ce dernier.
- Ce n'est pas un chien ! S'offusqua immédiatement Castiel.
- Pardon mon père, tu vas aider ton oie égarée !
Castiel soupira devant la façon de parler de son frère. Il fallait toujours qu'il en fasse des tonnes. Il n'avait jamais aimé être le sujet de moqueries de ses deux frères, ces derniers étaient infernaux et se renvoyaient la balle sans jamais être essoufflés lorsqu'ils étaient ligués contre lui. Mais le pire était bien lorsqu'ils s'engueulaient entre eux. Tout le monde en pâtissait dans ces cas-là !
- Bref, on suppose que tu veux prendre un peu de vacances ? Demanda Gabriel.
- Oui.
- Rhalala notre Cassie à encore frappé !
- Vous acceptez ? Demanda Castiel, plein d'espoir.
- À vrai dire, reprit Balthazar qui connaissait plus ou moins le zigoto que son petit frère voulait aider, j'ai hâte de voir comment tu comptes t'y prendre, fit-il avec euphorie.
Gabriel roula des yeux... Ça promettait !
À suivre...
