"Et alors là, Raphaël a foncé droit dans la nuée de pigeons qu'il n'avait pas vue arriver, et résultat, il a gardé du duvet de pigeon dans les cheveux et les vêtements pendant toute une semaine !"

La jeune femme éclata de rire, de son rire si mélodieux sans être niais, ce rire que Corvus qualifierait sans hésitation de "parfait". Il contempla avec un soupir adorateur les pommettes qui conservaient encore un peu les rondeurs de l'enfance de sa compagne se teinter de rose pendant qu'elle riait.

"Ton ami Raphaël m'a l'air d'un sacré numéro, commenta enfin Séréna. J'aimerais beaucoup le rencontrer.

-C'est vrai qu'il n'en rate pas une, admit le Célestellien aux cheveux blonds. Et je dois avouer qu'il commence à vraiment me manquer. Aquila aussi, d'ailleurs.

-Tu vas te faire méchamment gronder quand ils vont te revoir, non ?

-Oh, oui, c'est plus que certain."

Leur conversation fut interrompue à ce moment-là par le père de la jeune femme, maire du village, qui entra dans la maison, une expression que se voulait sévère -sans succès- sur le visage.

"Séréna, tu devrais être dehors et prêter main forte aux autres villageois pour préparer la fête de Saint-Valentin de ce soir, lui rappela-t-il. Il n'y a pas de raison que tu restes ici à te tourner les pouces.

-Oui, Père, répondit docilement la jeune femme. J'y vais tout de suite. Qui va veiller sur Corvus en mon absence ?

-Séréna, intervint l'intéressé, je suis bien assez grand pour me surveiller tout seul. Ne t'inquiète donc pas pour moi.

-Mais enfin, protesta Séréna, tes blessures ne sont pas encore guéries ! Qui sait ce qui pourrait t'arriver ?

-Il ne bougera pas d'ici, ma chère fille, la rassura son père. Il y aura de l'agitation dans tout le village toute l'après-midi, alors s'il a besoin de quoi que ce soit, n'aie crainte qu'il n'aura qu'à ouvrir la fenêtre et appeler.

-Bon, très bien, céda la jeune femme en soupirant. Mais surtout, pas d'imprudences, tu m'as bien comprise, Corvus ?

-Mais oui, mais oui, lui promit encore le Célestellien."

Séréna sortit enfin, suivie de son père. Corvus soupira de soulagement.

Maintenant qu'elle est partie, je vais pouvoir essayer de lui trouver un cadeau pour cette fête que les mortels appellent "Saint-Valentin". Si je me souviens bien de ce que j'ai pu observer ces derniers siècles, le but est d'offrir quelque chose à la personne qu'on aime.

L'ennui, c'est qu'on ne peut pas dire que je sois en très grande forme. Et si quelqu'un me voit sortir, ça va être la panique au village. D'autant plus que Séréna me passera un sacré savon.

Il va falloir que je demande de l'aide à quelqu'un.

L'aide en question se présenta d'elle-même, quelques minutes plus tard. On frappa trois petits coups à la porte et une jeune femme entra timidement. Elle s'appelait Marine et c'était une des amies de Séréna. La jeune personne se troubla et rougit dès qu'elle aperçut son Gardien vénéré.

"Ex... Excusez-moi, bredouilla-t-elle (parce que peu de gens tutoyaient Corvus à Dracocardis). Je suis venue chercher Séréna pour qu'elle vienne nous aider à confectionner les couronnes de fleurs. Est-ce qu'elle est là ?

-Pardon, mais elle vient tout juste de partir avec son père, répondit Corvus. Attends une minutes, s'il te plaît, la pria le Célestellien en voyant que la jeune femme s'apprêtait à quitter la maison en s'excusant. J'aurais un service à te demander.

-Un... Un service ? Vous voulez que je vous rende un service, vénéré Gardien ? s'étonna Marine.

-Tout à fait. Vois-tu, j'aimerais offrir quelque chose à mon hôtesse pour lui témoigner ma gratitude pour m'offrir l'hospitalité. L'ennui, c'est que je me trouve dans l'incapacité de sortir d'ici. Pourrais-tu m'aider à trouver quelque chose qui lui plairait ?

-Eh bien... Peut... Peut-être pourriez-vous lui offrir... des fleurs ?

-Assurément, cela semble une bonne idée. Toutefois, j'aurais besoin que tu m'aides. Penses-tu que tu pourrais me soutenir quelques minutes pour que je sorte acheter des fleurs à Séréna ?

-Oh, mais... Bien... bien sûr, assura la jeune femme, de plus en plus abasourdie par la requête qui lui était faite. Mais... pardon, cher Gardien, vous n'avez pas d'argent, je me trompe ?

-Non, admit le cher Gardien en question, mais je pense que je pourrai m'arranger. Oh, bien sûr, il est exclu que tu parles de notre sortie à ton amie, n'est-ce pas ?

-Tout... Tout ce que vous voudrez, précieux Gardien."

La suite fut plutôt rocambolesque : Corvus, plus faible et courbaturé qu'il voulait bien le laisser croire, dû s'appuyer le plus possible sur Marine pour pouvoir marcher, sauf que la jeune femme était si émoustillée de toucher le Gardien vénéré de son village que ses jambes tremblaient, et que le Célestellien avait la sotte impression de trahir sa bien-aimée en se laissant aller contre une autre, aussi faisait-il ce qu'il pouvait pour s'appuyer le moins possible sur Marine. Après, bien sûr, il fallu serpenter adroitement entres les maisons en passant le plus inaperçu possible -heureusement que la demeure du maire se situait tout près de l'entrée du village et que tous les habitants de Dracocardis se trouvaient sur la place. Un groupe de marchands itinérants vendait des roses -fleur introuvable dans la région- à la porte du village. En guise de monnaie d'échange, Corvus leur céda quelques unes de ses plumes.

"Les plumes de Célestelliens protègent des sorts qui causent la mort instantanément, expliqua-t-il aux vendeurs, qui hallucinaient tellement de voir un vrai Gardien devant eux que Corvus aurait pu leur dérober toutes leurs roses et déguerpir sans qu'ils bougent d'un pouce. Vous pourrez en tirer un prix convenable."

En plus, il accepta de les bénir, un peu comme le ferait un prêtre -et se garda de leur avouer que ça ne leur servirait pas à grand chose-. Après quoi, il reprit le chemin de la maison de Séréna en chancelant, toujours soutenu par la timide Marine. Il remercia la jeune femme, cacha le volumineux bouquet sous son lit et se remit bien sagement sous les couvertures.

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Il n'y a pas à dire, je préfère avoir Séréna comme soutien.

Corvus appuya discrètement son nez contre les cheveux châtain clair de la jeune femme et huma son doux parfum. Celle-ci sourit et raffermit encore son étreinte sur la hanche de son Gardien, qu'elle maintenait ainsi afin "de le soutenir et de l'aider à marcher". Corvus laissa discrètement courir ses doigts sur la taille de Séréna, et elle rougit.

"Hé, viens un peu par ici, murmura la jeune femme en entrainent discrètement le Célestellien à l'écart de la foule qui se pressait vers la place."

Les deux amants s'éclipsèrent derrière les maisons et s'assirent sur un banc à l'abri des regards. Corvus tendit avec une timidité touchante le bouquet de roses qu'il avait obtenu pour sa bien-aimée et caché derrière son dos tout le long du trajet.

"Oh, Corvus, c'est pour moi ? s'enquit la jeune femme, touchée. Merci beaucoup !"

Elle prit le bouquet et vola un baiser au Célestellien au passage. Celui-ci rougit tellement fort que même dans l'obscurité, Séréna s'en aperçut. Ivre de joie et de félicité, elle picora délicatement les lèvres de son amant angélique de baisers, qu'il lui rendit timidement. Puis, une fois la première surprise passée, il enlaça la taille de sa compagne et lui donna de longs et profonds baisers qui la firent frémir jusqu'à la racine des cheveux. Les lèvres de Corvus glissèrent ensuite sur son cou dégagé et y déposèrent plusieurs langoureux baisers. Séréna glissa ses doigts dans les cheveux blonds de son Gardien, puis dans l'encolure de sa chemise et caressèrent la naissance de ses épaules nues. Les deux amants finirent par se séparer pour se regarder dans les yeux, leurs deux mains jointes posées sur leurs genoux.

"Joyeuse Saint-Valentin, Séréna, murmura Corvus en appuyant son front contre celui de la jeune femme.

-Joyeuse Saint-Valentin, Corvus, répondit la jeune femme en fermant brièvement les yeux.

-Je t'aime, tu sais.

-Oui, je sais. Et moi aussi, je t'aime."

Leurs lèvres eurent tôt fait de se joindre et de s'unir sur un long et profond baiser.