J'arrivai chez moi quelques minutes après avoir quitté Bella. J'étais tiraillé. D'un côté je craignais ce que ce Quilleute pourrait raconter à Bella sur notre espèce. Allait-elle enfin comprendre qui nous étions quand elle verrait l'horreur se peindre sur le visage de son ami ? Allait-elle s'éloigner de moi ? Le malaise que je ressenti à cette pensée me rempli de rage. J'agissais en égoiste. Ce serait la meilleure solution. Je devrais être reconnaissant qu'ils interviennent pour lui faire entendre raison. Il ne pensait qu'à son intérêt et si elle s'enfuyait à toutes jambes ce serait sans doute mieux pour elle. Elle aurait enfin droit à une vie normale. Mais la laisserai-je prendre cette voie ? Etais-je assez fort pour supporter de ne plus la voir ? de ne plus l'entendre ? Non. Mais je pourrais toujours l'observer à distance. N'est-ce pas ?

Jasper perçu la confusion de mes pensées, mon énervement, ma peine et je fus surpris de mesurer à quel point cette dernière était immense. Quand il la ressenti il en tituba presque et leva vers moi des yeux plein de compassion. Il comprenait qu'une telle douleur ne pouvait venir que de Bella. C'était la même douleur qu'il ressentait quand il pensait à sa vie sans Alice. Au danger de notre monde et comme il se tendait à chaque fois qu'elle annonçait la venue d'un de nos semblable dans les parages.

J'esquissai un sourire penaud pour m'excuser de devoir lui faire partager ces émotions violentes. Il comprit et s'éclipsa en se demandant s'il devrait demander à Alice de venir me parler, ou de scanner le futur une nouvelle fois pour s'assurer que tout irait bien pour moi. Parfois Jasper me surprenait par sa générosité. Après tout ce qu'il avait vécu, il restait capable de beaucoup d'amour. Son don y était sûrement pour quelque chose.

J'avais besoin de me calmer. De vider mon esprit. Je songeais à aller courir ou chasser. M'abandonner à mes sens me ferait du bien. Mais j'avais besoin de Bella. Et c'était comme si le piano m'appelait. Une fraction de seconde plus tard, j'étais déjà installé. Mes doigts effleuraient les touches. D'abord avec hésitation. Je savais que la fin de la mélodie me rendrait encore plus mélancolique. Puis plus fermement, plus amoureusement, chaque note ravivant un souvenir de Bella. Son sourire, son froncement de nez, ses cheveux cascadant sur son oreiller lorsqu'elle dormait, ses joues roses lorsque je l'avais questionné dans la journée, la douceur de sa peau, son odeur délicieuse, le son de sa voix quand elle prononçait mon prénom, son cœur qui s'emballait quand j'apparaissais… Un franc sourire fleurit sur mes lèvres sans que je m'en rende compte. C'est quand Esmée le remarqua silencieusement que je réalisai que j'avais l'air heureux. Et je l'étais. Bella avait véritablement illuminé ma nuit éternelle. Et je me rendis compte que je pourrais sûrement vivre avec ses souvenirs si c'était ce qu'il y avait de mieux pour elle. Si c'était ce qu'elle voulait. Je ne l'en empêcherai pas. Je resterai son gardien invisible. Mais peut-être qu'elle me surprendrait encore. Peut-être que j'avais encore du temps à partager avec elle. Je décidai d'en avoir le cœur net en me rendant à nouveau dans sa chambre cette nuit. Résolu, le cœur apaisé je me levai et partit en chasse. Mieux valait être préparé si par chance je pouvais encore passer la journée de demain à la harceler de questions.

En sortait je croisais Alice, Jasper sur ses talons. Elle me sourit, rassurante.

Tout va bien Edward. Bella sera là pour ton interrogatoire de demain.

Une gentille façon de me faire comprendre qu'elle ne me fuirait pas d'ici demain. Je me sentis plus léger à la simple certitude qu'elle voudrait toujours me parler demain, que j'allais partager encore quelques heures, et une petite voix en moi espérait même quelques jours de sa vie.

« Alice, je… tu sais pour ta vision dans la clairière…

Elle sourit complice. Je roulais des yeux

- Que puis-je faire pour toi ? demanda-t-elle en retenant le rire de sa voix

- Je compte passer la journée avec Bella et… eh bien m'accompagnerais-tu en chasse demain après-midi ?

-Bien sûr !

Un immense sourire s'afficha sur son visage. Jasper ne dit pas un mot mais grâce à mon don je savais qu'il s'inquiétait de ce qui allait se passer dans cette clairière dont Alice ne lui avait pas parlé. Elle s'était vraiment éprise de Bella et cela le tracassait beaucoup. Premièrement parce qu'il ne voulait pas qu'Alice souffre si malheureusement je devais flancher. Et deuxièmement parce que si moi je me maîtrisais il craignait de devoir passer des journées en sa compagnie avec le peu de self-contrôle qu'il possédait pour le moment. Il savait qu'Alice le pardonnerait mais souffrirait comme jamais. Et surtout il savait que je ne m'en remettrais pas.

Je grognais sans le vouloir. Ce n'était que ses pensées. Et elles témoignaient d'un souci pour mon bonheur mais l'imaginer faire du mal à Bella me mettais hors de moi. Il leva les sourcils.

« Pardon Edward, je ne …

- Je sais Jasper. Je sais. Je ne te laisserai faire de toute façon. Ne t'en fais pas. »

J'ignorai si ma voix sonnait comme une menace ou si elle était rassurante. Et à ses pensées je compris que lui non plus. Mais il sentit que je n'étais pas agressif et me sourit en hochant la tête.

Tout ira bien Edward. Je ne dirai rien. A personne. Et tout va bien se passer, me dit-elle par la pensée en s'éloignant au bras de Jasper. Aussitôt ses pensées se tournèrent vers lui. Elle ne souhaitait pas qu'il se torture à ce sujet non plus. Mais grâce à Jasper je m'étais rendu compte qu'Alice me cachait sûrement beaucoup de choses sur sa relation avec Bella dans le futur car elle l'aimait vraiment très fort. Comme une sœur. Mais une vraie sœur. Une sœur de cœur avec qui tout partager. Je me pris à espérer que peut-être un jour, Bella le deviendrait vraiment. Mais je chassai cette pensée d'un mouvement de tête. Ce ne serait bien que pour moi.

Bella dormait profondément quand j'arrivai à sa fenêtre. Cesserai-je d'être étonné par l'apaisement que je ressentais à chaque fois que j'étais prêt d'elle ? Tout mon monde semblait se mettre en place lorsqu'elle était là. Tout prenait un sens nouveau, un intérêt jusque là insoupçonné. Elle m'avait changé. Complètement. Je savais que c'était immuable. Elle ne s'en rendait pas compte et j'ignorais si un jour je pourrais lui faire comprendre la grandeur, la profondeur de mes sentiments. A quel point ils étaient rares, précieux, éternels pour les gens comme moi. Cela l'effraierait-il ? Ou ressentirait-elle quelque chose de similaire ? Moins fort bien sûr car sa nature humaine ne pouvait appréhender la puissance de ces sentiments. Cela les détruirait. Mais je réalisai aussitôt avec un goût amer que je ne devrai pas penser à ça. Elle ne devait pas m'aimer comme ça c'était trop dangereux, et injuste surtout. Pour elle.

« Edward »

Un sourire fleurit immédiatement sur mes lèvres. Dieu que j'adorais qu'elle parle en dormant. Son esprit inaccessible me rendait fou mais lorsqu'elle dormait elle se livrait en partie. Et savoir que je hantais ses pensées comme elle hantait les miennes me rendait déraisonnablement heureux

« Edward, reste avec moi »

Pour ça tu n'a pas à te faire de souci ma Bella. Je ne te quitte pas des yeux.

Elle dormit mieux cette nuit. Lorsqu'elle parlait c'était surtout mon prénom qu'elle prononçait. Me demandant de rester près d'elle. De ne pas l'abandonner. Avec ces pensées Bella rendait vraiment mes nuits agréables. La regarder dormir était un plaisir dont je ne me lassais pas. A chaque fois les premières lumières du jour me surprenait. La nuit s'était-elle déjà écoulée ? Je n'étais jamais rassasié. Mais je savais que je la reverrai sous peu aussi me pressai-je pour rentrer et me changer et faire une apparition rassurante pour Esmée et Carlisle.

J'entendis Bella se précipiter dehors dès que le chef Swan tournait au bout de la rue. Pensait-elle me devancer ? Au moins elle était pressée de me voir. Après tout, je m'étais rué chez elle après avoir changé de vêtements. Et je venais de la quitter. Elle s'installa directement près de moi, son cœur ratant un battement lorsqu'elle posa les yeux sur moi. Je m'efforçais de retenir mon sourire. Sans grand succès. De nouveau son cœur rata un battement … ou deux. Et je ne pus m'empêcher d'aimer ça.

— Tu as bien dormi ? lui demandais-je innocemment

— Comme un loir. Et toi, ta nuit ?

— Agréable, répondis-je sans pouvoir me retenir de rire à l'idée de la tête qu'elle ferait si elle savait pourquoi

— Ai-je le droit de te demander à quoi tu l'as consacrée ?

— Non, ris-je de plus belle. Aujourd'hui est encore mon jour.

Et je ne tardai pas à l'assaillir de questions. J'étais rassuré. Elle ne semblait pas perturbée par quoi que ce soit. Le Quileute n'avait peut-être rien dit après tout. Ou peut-être que comme à son habitude, Bella n'avait pas réagi comme il aurait pu s'y attendre. Ce serait tout à fait son genre. Mais je ne voulais pas gâcher une seule minute de sa compagnie. Je voulais en apprendre plus sur les gens qui l'entouraient, qu'elle aimait, qui l'avait marqué. Sa mère fut mon premier sujet de conversation. J'avais déjà perçu son adoration dans sa voix et je mourrais d'envie de connaître tous ces détails de leur vie à deux. Loin de Forks. Loin de moi. Je voulais connaître son monde. Je voulais pouvoir prétendre en faire partie. Je voulais tout connaître. Tout voir à travers ses yeux qui semblaient voir de façon si différente. Et peut-être aussi que je souhaitais savoir de quoi je la priverai si je décidai égoïstement de rester près d'elle. Peut-être cela me donnerai la force de m'éloigner pour son bien. Et puis arrivé à l'heure du déjeuner, la curiosité, et également une pointe de jalousie, me poussèrent à aborder le sujet des relations amoureuses. Je devais vraiment être masochiste pour lui poser la question. Je savais très bien que je n'allais pas aimer les détails. Mais c'était aussi une partie de sa vie dont j'allais la priver. Aussi je serrai les dents, attendant sa réponse.

« Je n'ai jamais eu de petits copains. Ni rien d'approchant. Je … , elle baissa les yeux, je n'ai pas vraiment d'expérience dans ce domaine. »

Je fus sidéré. Comment était-ce possible ? Elle semblait sincère. Je savais qu'elle ne me mentirait pas même pour préserver mon égo. Si tant est qu'elle y prête attention. Mais au vu de la réaction des humains de Forks à son arrivée, je savais pertinemment que je n'étais pas le seul qui ne restait pas indifférent à son charme. Le divorce de ses parents l'avait-il fait fuir les relations amoureuses ? Pourtant elle s'était déjà bien engagée envers moi. Et ce n'était ni la plus facile ni la plus sûre des relations. Et elle le savait pertinemment. Ce n'était donc pas ça.

— Personne ne t'a jamais attirée ? insistai-je désireux de comprendre.

— Pas à Phoenix, répondit-elle gênée

Oh c'était mal. Tellement mal. Mais j'étais heureux de ce que cela impliquait. D'autant qu'en un siècle, je n'avais jamais rencontré quelqu'un qui m'attirait non plus.

Edward, nous partons dans 20 minutes me rappela Alice

— Nous aurions dû prendre ta voiture, annonçai-je

— Pourquoi ?
— Je pars avec Alice après le déjeuner.
— Oh. Elle semblait déçue. Ce n'est pas grave, je rentrerai à pied.
— C'est exclu. Nous irons chercher ta camionnette et la laisserons sur le parking.
— Je n'ai pas les clés sur moi. Je t'assure, ça m'est égal de marcher.
Peut-être que ça lui était égal mais elle était bien plus en sûreté dans sa vieille carlingue qu'à pied, à la merci de n'importe quel chauffard, ou d'un garçon un peu trop hardi.
— Ta voiture sera là, et la clé sur le contact, décrétai-je. À moins que tu craignes qu'on te la vole, la taquinai-je
— D'accord, céda-t-elle, avec une pointe de défi sur la fin du mot.

Croyait-elle que je ne trouverai pas ses clefs de voiture ? Elle verrait bien. L'odorat d'un vampire avait ses avantages.
— Où allez-vous ? demandait-elle faussement détachée
— Chasser. Si je dois passer une journée seul avec toi, je préfère prendre un maximum de précautions. Tu peux toujours annuler, tu sais...ajoutai-je en chuchotant. Espérant à dei que c'est ce qu'elle ferait. Elle baissa la tête pour éviter mon regard. Une journée seule avec elle ? A quoi pensai-je donc !
— Non, répondit-elle en relevant la tête. J'en suis incapable.
— Malheureusement, c'est sans doute vrai, bougonnai-je. Et c'était justement le problème. Je ne pouvais pas non plus. J'étais si faible.
— À quelle heure seras-tu là, demain ? dit-elle pour changer de sujet
— Tout dépend... c'est samedi, tu ne veux pas faire la grasse matinée ?
— Non, répondit-elle tout de suite.
Je réfrénai un sourire devant son empressement. Je n'y pouvais rien. Je savais que ce n'était pas bon pour elle mais cela me remplissait de joie.
— Comme d'habitude, alors. Charlie sera là ?
— Non, il part à la pêche.

Elle avait dit ça d'un ton bien léger. Qu'avait-elle donc pu lui raconter ?
— Et si tu ne reviens pas, que va-t-il penser ? demandai-je durement
— Aucune idée. Il sait que j'avais projeté des lessives. Il se dira que je suis tombée dans le lave-linge.
Comment pouvait-elle faire de l'humour à l'idée de mourir. J'étais furieux et je lui jetai un regard noir. Elle fit de même mais je n'étais pas impressionné. Elle tournait en dérision la simple idée que je puisse lui ôter la vie. Elle savait pourtant dans quelle situation elle se mettait ! Pourquoi réagissait-elle comme ça. Pourquoi me faisait confiance si complètement. Je l'avais prévenue. Ne pouvait-elle pas m'aider un peu ?
— Que chasserez-vous, ce soir ? reprit-elle changeant de nouveau de sujet

— Ce que nous trouverons dans le Parc régional. Nous n'avons pas l'intention d'aller très loin, précisai-je quelque peu perplexe. Toujours ce ton de badinage quand elle parlait de mon régime alimentaire. Vraiment elle ne réagissait comme personne.
— Pourquoi y vas-tu avec Alice ?
— Elle est celle qui... me soutient le plus, avouai-je. Elle n'avait pas perdu son talent pour les questions épineuses.
— Et les autres ? Comment réagissent-ils ?
— Avec scepticisme, pour la plupart, répondis-je honnêtement
Elle observa mes frères et sœurs assis à leur table habituelle. Que voyait-elle ? Elle était toujours si perspicace.
— Ils ne m'aiment pas
— Ce n'est pas ça, objectai-je. Ils ne comprennent pas pourquoi je ne te fiche pas la paix.
— Ça alors, moi non plus, figure-toi !
Je secouai la tête. Elle ne se rendait vraiment pas compte de la fascination que j'éprouvais pour elle. Elle ne se rendait pas compte de combien elle était différente, attirante.
— Je te l'ai déjà dit, tu n'as aucune conscience de qui tu es. Tu ne ressembles à personne. Tu me fascines.
Elle me lança un regard sévère, m'intimant de ne pas se moquer d'elle. Je ris. Non, Bella ne se voyait pas clairement.
— Avec mes talents... particuliers, murmurai-je en effleurant discrètement son front, j'ai une capacité hors du commun à saisir la nature humaine. Les gens sont prévisibles. Mais toi... tes réactions sont déconcertantes. Tu m'intrigues.
Elle baissa les yeux et tourna son regard vers ma famille. Ses yeux brillaient. Etait-elle en colère ? Peinée ? Qu'avais-je donc dit pour provoquer cette réaction. En repensant à mes mots et connaissant sa position sur le sujet je compris la façon dont elle avait dû les interprêter.

— Ce n'est qu'une partie du problème, expliquai-je. La plus facile à expliquer. Il y en a une autre cependant...pas aussi aisée à décrire...
Elle ne me regardait toujours pas. Soudain, Rosalie, se tourna vers Bella et la regarda les yeux plein de haine.

Petite humaine ordinaire ! Tu mets toute notre famille en danger ! Si tu l'aimes tant que ça tu devrais t'éloigner de lui avant qu'il ne détruise sa vie et la notre ! Idiote ! Et lui il ne pense qu'à lui…

Ca en était trop. Elle dépassait les bornes. Je poussais un sifflement rageur et elle détourna enfin le regard. Elle me regarda enfin et je vis qu'elle était perdue et motre de peur.

— Désolé.. Elle est inquiète, rien de plus... C'est que... ce ne serait pas dangereux uniquement pour moi si, après m'avoir fréquenté de façon aussi ostensible, tu...
— Je?
— Les choses se terminaient... mal.
La réalité de cette probabilité me frappa pleinement. Qu'étais-je en train de faire ? A planifier une escapade seuls dans la forêt ! Et si quelque chose se passait. Je n'avais pas le contrôle de Carlisle. Que se passerait-il si … Et dans quoi je l'entraînai au juste ? Une demie vie ? Ni dans mon monde ni dans le sien ? Je savais qu'elle ne prenait pas conscience de tout ce que me choisir impliquait. Elle le croyait peut-être mais ce n'était pas le cas. L'angoisse m'envahit de nouveau. Je savais que je ne blesserai pas Bella intentionnellement. Seul un accident pouvait tout faire déraper. Je devrais donc être prudent. Je ne la laisserai pas se faire mal. Je ne me laisserai pas lui faire du mal. C'était une promesse.

— Tu dois absolument partir maintenant ? demanda-t-elle d'un ton neutre

— Oui.
Je relevai la tête. Son air détaché ne me trompa pas. Elle était déçue du temps qu'on ne passerait pas ensemble. Je souris. C'est fou comme je souriais souvent depuis qu'elle était entrée dans ma vie.
— C'est mieux ainsi. Il reste encore un quart d'heure de ce maudit film à visionner en biologie, et je ne crois pas que j'arriverai à le supporter.
Alice n'avait pas perdu de temps. A peine les 20 minutes écoulée elle se tenait derrière moi, saisissant ainsi l'occasion d'adresser quelques mot à Bella, qui d'ailleurs sursauta en réalisant sa présence dans mon dos.
— Alice.
— Edward, répondit-elle. Tu as baissé ta garde mon cher. Tu n'as plus qu'à nous présenter officiellement maintenant !
— Alice, Bella ; Bella, Alice, anonçais-je. Sacrée Alice, toujours à vouloir avoir le dernier mot. Mais il faut dire qu'elle avait souvent raison.
— Salut ! Ravie de te rencontrer enfin, lui lança-t-elle avec un peu trop de chaleur à mon goût. Bella ne pourrait pas comprendre cet élan d'amitié soudain.
— Bonjour, murmura Bella timidement.
— Tu es prêt ? me demanda Alice
— Presque, répondis-je. Je te retrouve à la voiture.

— Aurais-je dû lui souhaiter de bien s'amuser ou ça aurait été déplacé ? s'enquit Bella
— Non, ça aurait convenu, ris-je

— Amuse-toi bien, alors, me souhaita-t-elle d'une voix faussement enjouée

— J'y compte bien. Quant à toi, tâche de rester en vie.
— À Forks ? Quel défi !
— Pour toi, c'en est un, ripostai-je. Etait-ce raisonnable de laisser si longtemps sans surveillance un tel aimant à dangers. Promets !
— Je promets de rester en vie. Je m'occuperai de la lessive ce soir, voilà qui devrait ne pas être trop dangereux.
— Ne tombe pas dedans, raillai-je

— Je ferai mon possible.

Nous nous levâmes.
— À demain, soupira-t-elle.
— Ça te semble si loin que ça ? plaisantai-je.

Elle hocha la tête, lugubre. Je ne pouvais pas la blâmer. L'idée de passer l'après-midi loin d'elle ne m'enchantait guère mais je savais que je la reverrai dans quelques heures, lorsqu'elle serait endormie. Elle ne me verrait pas en revanche avant le lendemain matin.
— Je serai là à l'heure, jurai-je pour la réconforter un peu.
Mû par ce désir soudain je me penchai au-dessus de la table et effleurai sa joue. Puis je m'éloignai sentant son regard sur moi jusqu'à ce que je quitte la cantine.

Alice m'attendait devant ma Volvo

Je sais je sais j'ai agi avant ton consentement mais Edward …

-Ne t'en fais donc pas Alice. En fait, après le regard assassin de Rosalie ça lui a sûrement fait du bien de voir que tu l'acceptais pleinement

Son visage se fendit d'un sourire et je résistai à lui rendre.

-Un peu trop pleinement, ajoutai-je

Elle comprit immédiatement l'allusion

-Edward je ne lui dirai jamais rien de ce que j'ai vu. Je me doute que …

-Je sais Alice. Je sais.

De toute façon elle le saura bien assez tôt

-Alice !

-Je sais je sais tu ne veux pas l'entendre. Très bien !

-C'est juste que … Alice je ne veux pas lui faire du mal !

-Je sais Edward. Et tu as l'air décidé. Seul un accident pourrait …

-Bella les attire tellement …

Elle sourit, compréhensive

-Mais il n'y a pas que ça, je l'entraîne dans un monde qu'elle ne connait pas. Pire je lui en refuserai toujours l'entrée, la condamnant à vivre entre les deux. Ce n'est pas cruel ça ? N'est-ce pas le choix le plus égoïste. Mais je n'arrive pas à m'en aller Alice …

Je pris ma tête entre mes mains, ne sachant plus quoi faire

-Edward, dans toutes mes visions, Bella n'est pas malheureuse. Je ne vois rien de tel. Cesse donc de t'inquiéter et de la sous-estimer. Crois-tu vraiment que t'éloigner ne la ferait pas souffrir

-Un temps peut-être. Mais elle est humaine. Elle oublierait.

-C'est ça ! Continue de te torturer. En attendant je ne vois aucun changement de plan pour demain donc si nous allions chasser ? Tu ne voudrais pas provoquer un accident ? dit-elle d'une voix moqueuse

Je lui lançai un regard noir auquel elle répondit par une grimace. Puis je la rejoignis dans la voiture, rendant les armes. Je ne pouvais pas rester fâché contre Alice de toute façon. Elle me soutenait tellement en ce moment. Et je savais qu'elle avait les intérêts de Bella à cœur également. Elle ne me disait pas ça simplement pour me rendre la vie plus facile. Elle le pensait. Et parier contre Alice n'était pas très malin. N'est-ce pas ?

La partie de chasse se prolongea jusqu'en fin d'après-midi. J'en faisais trop comme toujours pour protéger Bella et Alice ne se privait pas de me le faire savoir.

Encore Edward ! Mais enfin comment peux-tu encore avaler quoi que ce soit ?

Je ne lui accordais même pas un regard

Très bien très bien je n'aurais pas dû te taquiner au sujet d'un éventuel accident, ça m'apprendra.

Je souris

Edward j'aimerais vraiment retrouver Jasper maintenant

Jasper avait en effet passé l'après-midi sans surveillance. Ou presque car je savais qu'Alice avait régulièrement scanné son futur. Ce n'était pas juste envers Alice. Et elle avait raison je ne pouvais plus rien avaler. Je lui lançais néanmoins un regard interrogateur

Non, pas de repas humain au programme demain, pensa-t-elle après un rapide coup d'œil sur le futur

Je roulais des yeux près à chercher une autre proie. Cela lui apprendrait à faire de l'humour sur ce sujet

Ok ok je n'aurais pas dû le dire comme ça. Mais tu sembles décidé Edward. Même si tu ne le réalises pas encore.

Satisfait je lui donnai le signal du départ.

Rosalie et Emmett était lovés sur le canapé. Alice monta retrouver Jasper sans plus de cérémonie. Esmée travaillait sur les plans de décoration d'une maison. Carlisle était à son bureau. Je montai le rejoindre.

Edward tout va bien ? Tu as l'air inquiet.

-Vraiment ? Oui je suppose.

-Bella ? dit-il sans vraiment demander, un demi-sourire s'esquissant sur ses lèvres

Je hochai la tête

-Alice prétend que Bella sera heureuse de faire partie de notre vie mais…

-Mais comme tu refuses d'envisager sa transformation, tu te demandes si c'est la meilleure des solutions pour elle ?

-C'est cela

-T'est-il venu à l'esprit que peut-être ce n'était pas à toi de prendre cette décision ? J'ai l'impression que Bella est à même de décider dans quel monde elle veut vivre.

-Mais elle ne semble pas comprendre. Carlisle elle ne semble même pas avoir un peur. Ne serait-ce qu'un peu. De moi. De ce que je suis.

Il sourit

-Je ne vois pas pourquoi elle devrait avoir peur de toi. Mais si ça peut te faire te sentir mieux, montre lui un peu plus ton côté vampire. Et laisse-la décider si elle veut toujours te rejoindre.

Il n'en dit pas plus mais ses pensées dérapèrent et l'image de Bella en vampire lui traversa l'esprit.

-Ce n'est pas ce que je veux Carlisle

-Pardon Edward. Je sais ce que tu penses sur le sujet et je comprends.

Il pensa que je lui en voulais peut-être de m'avoir pris mon âme et condamné à cette vie sans lumière.

-Carlisle, nous en avons déjà parlé je ne nourris aucune rancœur envers toi. Tu as été si bon avec moi. J'étais mourant. Et notre famille fut un véritable cadeau. Et je sais que tu crois que mon âme est toujours là. Mais je ne peux souhaiter ça pour Bella. Pas avec mes croyances. Pas en ayant l'impression de la priver de quelque chose. De beaucoup trop de choses.

-Je sais, dit-elle d'un ton grave.

Quand j'arrivai dans la chambre de Bella, elle dormait profondément, les nocturnes de Chopin en fond sonores. Une boite de médicament était posée sur sa table de chevet. Etait-elle malade ? Je saisis la boîte et constatai qu'il s'agissait de somnifère. Sachant que ce n'était pas dans ses habitudes j'en déduis qu'elle voulait être en pleine forme pour sa journée avec moi le lendemain. Cela me combla de joie. Je m'assis dans le rocking-chair et repensai à ma conversation avec Carlisle. Il avait raison. Demain j'allais passer une journée entière seul avec Bella, loin des regards du monde extérieur. Une certaine nervosité m'envahit. Il était évident que cette changerait tout. Elle déciderait de l'étape suivante de notre relation. Je lui devais une totale honnêteté. Avant qu'elle prenne sa décision définitive je devais montrer à Bella mon côté vampire et la laisser fuir si c'était sa décision. Ou … ou m'accepter. A cette éventualité j'eus la sensation que mon cœur se serrait. Serait-il possible que Bella me surprenne jusqu'au bout et accepte tout de moi ? Pour en être certain je ne devais pas me retenir. A commencer par ma vue au soleil.

Elle ne parla pas de la nuit. Les effets des calmants sans doute. J'étais un peu déçu, j'avais espérer entendre ce que son subconscient attendait, ou redoutait, de la journée de demain. Mais la regarder dormir était toujours aussi fascinant. Son visage si décontracté, ses cheveux éparpillés sur l'oreiller et sa respiration régulière. Comme à mon habitude je quittai les lieux aux premières lueurs de l'aube. Je devais me rendre présentable. Quand je me présentai à sa porte quelques heures plus tard je l'entendis s'agiter à l'étage. Je frappai doucement, un peu nerveux soudain de ce qui allait ressortir de cette journée mais résigné à accepter l'issue quelle qu'elle soit. Elle m'ouvrit la porte après quelques difficultés avec le verrou – était-elle aussi nerveuse que moi ? – et son visage s'illumina. Ah ! Si j'avais été humain j'étais sûr que mon cœur se serait emballé aussi vite que le sien devant un visage si angélique. Je la détaillai et réalisai soudain que nous étions assortis et m'esclaffai

— Bonjour ! lançai-je dès que je pus m'arrêter de rire. Ce n'était pas facile devant son air ébahi.
— Qu'est-ce qui cloche ?

Elle passait en revue sa tenue
— Nous sommes habillés pareil !

Elle portait en effet elle aussi un chemisier blanc à col sous un gilet marron clair et un jean bleu. La réalisation passa sur son visage et elle se joignit à mon rire. Puis elle se tourna pour fermer la porte et je me dirigeai vers sa vieille Chevrolet en trainant les pieds. A quel vitesse pouvait rouler ce vieux machin !
— On a passé un accord, claironna-t-elle triomphante en grimpant derrière le volant.
— Où va-t-on ? demanda-t-elle.
— Mets ta ceinture, j'ai déjà la frousse.
Elle me regarda l'air mauvais mais obtempéra.
— Prends la 101 en direction du nord, indiquai-je en ne la quittant pas des yeux.
Elle semblait gênée. Ses joues étaient légèrement rosies, son cœur battait un peu plus vite que la normale. Ah, elle n'aimait pas que je l'observe conduire. Mais c'est elle qui l'avait voulu. Je décidai de la taquiner un peu.
— Tu as l'intention de quitter Forks avant la nuit ?

— Cette bagnole est assez vieille pour avoir appartenu à ton grand-père. Un peu de respect.
Mais on finit par sortir de Forks. Enfin, on serait déjà arrivés avec ma voiture.
— Tourne à droite sur la 110, précisai-je. Elle devenait de plus en plus nerveuse semblait-il. Je supputais que cela allait empirer avec le chemin qu'on allait prendre. Il était un peu chaotique. Maintenant, on continue jusqu'à ce que la chaussée disparaisse. Ma phrase une son petit effet et elle déglutit lentement.

— Et qu'y a-t-il après la chaussée ?
— Un sentier.
— On part en balade ?
Sa voix était mal assurée.
— Ça te pose un problème ? demandai-je taquin mais une partie de moi espérait qu'elle dirait oui, ainsi je n'aurais pas à affronter sa réponse.

— Non.

— Détends-toi, rien qu'une petite dizaine de kilomètres, et nous ne sommes pas pressés, la rassurai-je

Elle ne répondit rien. Elle ne parla pas du tout d'ailleurs. Son esprit inaccessible était vraiment frustrant. Que pensait-elle ? Etait-elle inquiète ? Avait-elle peur de ce qui allait se passer ? Ou ne pouvait-elle simplement pas se concentrer sur autre chose que la route ? Son silence me rendait fou. J'aurais dû conduire. Au moins je pouvais la regarder dans les yeux et déchiffrer ses expressions quand elle s'enfermait dans son mutisme.

— A quoi penses-tu, finis-je par demander

— Je me demandais juste où nous allions, mentis-je une nouvelle fois.
— C'est un endroit où j'aime me rendre quand il fait beau.
D'un même mouvement, nous jetâmes un coup d'ceil sur les nuages qui s'effilochaient.
— Charlie m'a assuré que la journée serait chaude.
— Lui as-tu avoué ce que tu manigançais ?
— Non.
— Jessica croit toujours que nous allons ensemble à Seattle, au moins ?
J'étais content que quelqu'un sache où elle était et surtout avec qui. Cela me raisonnerait peut-être en cas de tentation trop forte. Car même si je n'y pensais pas, je ne pouvais nier que son odeur m'enveloppait violemment et que personne n'était là pour m'empêcher de faire une erreur. Cette fois il n'y avait qu'elle et moi.
— Non plus, je lui ai raconté que tu avais annulé – ce qui est vrai, d'ailleurs.
— Alors, personne ne sait que tu es avec moi ?
Mais à quoi pensait-elle ? Elle savait qu'elle se mettait dans une position dangereuse non ? Elle aurait dû prévenir quelqu'un. Ca aurait été naturel.
— Pas forcément... Car j'imagine que tu as prévenu Alice?
— Bravo, Bella ! J'ai vraiment l'impression d'être soutenu !
— Es-tu si déprimée par Forks que tu veuilles te suicider ? m'emportais-je
— Je croyais que ça risquait de t'attirer des ennuis... qu'on nous voie ensemble.
— Tu t'inquiètes des soucis que je pourrais avoir si toi, tu ne rentrais pas chez toi ? C'est le bouquet !
Elle acquiesça sans quitter la route des yeux. Elle avait une telle confiance en moi que cela me faisait mal. Elle ne voyait aucun danger ou bien elle décidait de l'ignorer. Je ne pouvais accepter cette confiance totale tant qu'elle n'aurait pas vu de quoi j'étais capable. Je devais être sûr qu'elle était pleinement consciente de la situation. Mais j'avais aussi besoin qu'elle donne plus d'importance à sa vie. Car sa vie était tout à mes yeux et je m'en voulais de la mettre dans une position qui pouvait lui faire considérer que ma vie avait plus d'importance. Ma vie n'avait pas d'importance. Il n'y avait qu'elle. Et je me détestai pour la mettre ne serait-ce qu'un peu en danger. Et mon existence elle-même était un danger pour elle avec l'attrait que son sang avait sur moi. Nous n'échangeâmes plus un mot jusqu'à ce que le sentier se dessine devant nous et qu'elle se gare sur le bas-côté. L'air était plus chaud. J'enlevai mon gilet et remarquai qu'elle faisait de même.

— Par ici, dit-je avant de m'enfoncer dans les bois

— Mais le chemin ? demanda-elle paniquée, en courant autour du camion pour me rattraper.
— Je n'ai jamais dit que nous l'emprunterions.
— Ah bon ?
— Je ne te laisserai pas te perdre, va ! la taquinai-je en me tournant vers elle.

Elle poussa un petit cri. Et son visage fut déformé par une souffrance inconnue que je n'arrivais pas à nommer. Le désespoir ? Avait-elle vu quelque chose ? Avait-elle vu le vampire en moi et décider de fuir. Loin.

— Non, répondit-elle en s'approchant plus près de moi.

Non, elle voulait toujours être près de moi. Le soulagement se déversa sur moi.

— Qu'y a-t-il, alors ? demandai-je alors tendrement, tout à mon soulagement
— Je ne suis pas très bonne marcheuse, confessa-t-elle penaude. Il va falloir que tu sois très patient.
— J'en suis capable... même si ça exige beaucoup d'efforts.
Je souris, ne la quittant pas des yeux. J'essayai de comprendre son expression. Elle me rendit mon sourire mais de façon peu convaincante. Etait-elle inquiète finalement ? Mais elle se refusait à me l'avouer pour que je ne souffre pas ?
— Tu vas rentrer chez toi, lui promis-je

— Si tu veux que je crapahute dix bornes dans la jungle avant le coucher du soleil, tu ferais mieux d'avancer, lança-t-elle soudain

Il semblait qu'elle voulait changer de sujet. Mais son expression de correspondait pas au ton de sa voix. Que me cachait-elle encore ? Impossible de le discerner dans ses yeux.

J'abandonnai et me mit en route, ouvrant le passage dans la forêt. Dès que je la touchai pour l'aider à franchir un obstacle son cœur s'accélérer et je ne pus décider si c'était ma peu glacée qui la révulsait, ce que cette peau glacée signifiait qui l'effrayait ou si elle ressentait ce que je ressentais, une décharge électrique dès que nos peaux se frôlaient mais une décharge très agréable. Nous marchâmes longtemps, parlant peu, sauf quand je lui posais quelques questions que j'avais oubliées les jours précédents.

— On est bientôt arrivés ? demanda-t-elle, impatiente
— Presque. Tu vois la lueur, là-bas ?
Elle scruta les arbres intensément.
— Euh... non.
— C'est sans doute un peu trop loin pour tes yeux.
— Alors, il serait temps que j'aille chez l'ophtalmo, marmonna-t-elle

Et je ris à son sarcasme. Mais elle finit par distinguer la lumière et accéléra le rythme. Je la laissai passer devant, un peu anxieux à mesure que l'on se rapprochait de la clairière ensoleillée. Elle entra dans le halo lumineux sans hésiter fermant les yeux pour apprécier le soleil qui caressait sa peau Elle se tourna vers moi mais ses yeux ne me trouvèrent pas tout de suite. Elle devait s'attendre à ce que je l'ai suivi dans la clairière mais j'étais un peu effrayé et j'étais resté à l'abri des arbres. Elle ne pourrait plus nier que j'étais différent après ça. Et elle me faisait me sentir tellement humain que j'avais peur que tout cela disparaisse. Elle me sourit, rassurante, m'invitant à la rejoindre. Ses yeux reflétaient son excitation à l'idée de me voir au soleil. Je m'étais promis qu'aujourd'hui je ne lui cacherai rien de ma nature. Je pris une grande inspiration et plongeai dans la lumière en fermant les yeux.