Chapitre 2 : Captivité

« Où est-il ? Je veux le voir ! »

Un brun échevelé au visage émacié et aux des yeux fous bloquait le passage étroit, posté dans une attitude déterminée. En effet, il s'était jeté sur Remus comme une furie, avant même qu'il ait pu poser son deuxième pied à l'intérieur du quartier général.

« - Où est Severus ? Je dois lui faire la peau.

Il ne s'agit pas de le supprimer, Sirius ; il faut lui soutirer des informations.

Tu plaisantes, Remus. Il a tué Dumbledore ! Je vais jouer avec, le torturer, lui faire regretter jusqu'à son existence et ensuite je l'achèverai.

Tu me fais froid dans le dos, Sirius. »

Le visage de Sirius était en effet assez inquiétant, ainsi déformé par la rage. Quant à ses yeux, ils exprimaient à eux seuls sa totale perte de contrôle.

« Cependant, je vais accéder à ta requête : tu seras mon homme de main. »

Oubliant un instant sa rage, le brun darda des yeux ébahis sur l'homme aux traits tirés par la fatigue et aux cheveux châtains. Il avait l'habitude de ses bizarreries mais il ne semblait pas voir le rapport avec Servilus.

Remus en était à sa quatrième nomination depuis que lui, loup garou de son état, « chômeur » depuis qu'il avait été en quelque sorte « congédié » du corps enseignant de Poudlard, avait été parachuté à la tête de l'Ordre. En effet, une fois Albus disparu (il y a quelques jours à peine), l'Ordre fondé il y a quelques années pour combattre Vous-savez-Qui, s'était retrouvé privé de chef et toutes les têtes s'étaient alors tournées vers lui. Qu'avait-il fait à Merlin pour mériter ça ?! Evidemment, il s'était aussitôt rebellé. Il n'était pas de taille. Sans parler de ses instincts de bête enragée à chaque pleine lune…

Mais ils semblaient tous penser que la "sagesse" suffisait à compenser toutes les tares, même celle-ci. Pour son plus grand malheur, sa seule chance d'y échapper, la brave McGonogall, professeur de Métamorphose, devait déjà s'occuper à plein temps de l'école de sorciers, sans arrêt menacée par une attaque de Mangemorts, les sbires de Vous-Savez-Qui. Alors il dut se résigner. Mais ce devait être provisoire, avait-il insisté.

Une fois le rôle endossé (sa condition vivement acceptée), il s'était étonné de la rapidité avec laquelle les autres sorciers lui avaient fait confiance et s'en étaient remis à lui, si jeune (en effet, 37 ans dans le monde sorcier ...) et si « handicapé ». Mais finalement, ce n'était pas si illogique : à situation inhabituelle, réactions inhabituelles …

Pour commencer, il avait nommé Kingsley Shacklebolt pour être son bras droit et celui-ci s'était aussitôt chargé selon ses « ordres » de trouver un nouveau Q.G, l'ancien n'étant plus sûr à cause de la trahison de Severus. Il avait ensuite assigné la si pétillante Tonks, sa fiancée, à la protection personnelle de Harry, puisqu'elle y excellait, et Molly Weasley devait remplacer Rogue (si tant est que ce soit possible) auprès de Mlle Pomfresh, à l'infirmerie. Bien sûr, c'était difficile à marier avec la charge déjà lourde des repas, mais Ginny, Hermione et Neville (quand il ne cassait pas tout) suffisaient à alléger sa tâche. Et maintenant, il faisait de Sirius son homme de main parce que celui-ci avait besoin d'être canalisé, d'avoir un nouveau but (autre que chercher Rogue dans toute l'Angleterre, bien sûr).

« - Ton rôle consistera à jouer les grosses brutes, comme tu sais si bien le faire.

Ah, ah ! très marrant.

Je suis sérieux. Tu te chargeras de « motiver » Severus pendant que je l'interrogerai, expliqua-t-il mais il ajouta très vite en voyant l'autre changer de visage. Mais tu devras te CON-TRÔ-LER et t'arrêter A CHAQUE FOIS que je le demanderai.

Je me contrôlerai, assura-t-il, se frottant déjà les mains d'anticipation.

Bien sûr. Cependant, j'ai prévu un sort provisoire de garantie, au cas où tu ne serais plus disposé à m'écouter.

Quoi ?!

Je te connais Sirius : alors n'essaie pas de me faire changer d'avis. C'est une condition sine qua non. »

Remus avait longtemps hésité quant à la marche à suivre : il avait toujours eu confiance en l'instinct d'Albus et plus récemment en l'intégrité de Rogue. C'est pourquoi une telle trahison les avait tous surpris (sauf Sirius bien sûr). Quand ils l'avaient capturé, Remus avait d'abord laissé sa peine parler et ensuite il avait douté. Cependant, après trois jours d'hésitation, tout le monde criait vengeance et, Severus restant désespérément muet, il s'était résigné. D'autant que la nouvelle avait fini par filtrer et avait atteint les délicates oreilles du chien enragé qu'était Sirius.

« Très bien, marmonna-t-il entre ses dents. Mais fais vite. »

Sur ce, Remus exécuta quelques enchantements et prononça quelques mots magiques, avant de lui faire avaler un breuvage bien infect à son goût. Que ne ferait-il pas pour se défouler sur Severus ! Puis ils partirent enfin en direction des vrais cachots de Poudlard (pas ceux où dorment les élèves de Serpentard, bien-sûr).

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« - Je vous ai déjà dit que je ne sais rien de plus, au sujet de cette mission. Kidnapper les deux jeunes pour attirer Potter.

Parle !, cracha Sirius, ponctuant ses propos d'un coup de fouet sur les épaules dénudées de Severus.

Sirius, calme-toi un peu, lui conseilla Remus une fois de plus. Et y avait-il d'autres missions ?

Je n'en sais rien. Je m'étais caché quelques jours … seul, dans la montagne.

Tu mens !, cria Sirius alors qu'un autre coup s'abattait. »

Le claquement du fouet résonna lugubrement dans le cachot. Le dos de l'ancien professeur, zébré d'entailles longues et profondes, saignait à présent sérieusement et les poignets du prisonnier lui brûlaient. A force de frotter les chaînes, ils seraient bientôt tout aussi entaillés que son dos parce que ses jambes ne le portaient plus, terrassées par la fatigue d'une trop longue position debout et par la violence des coups qui le faisaient parfois valser, pendu à ses chaînes.

« - Je ne sais rien que vous ne sachiez déjà, ragea Severus, serrant encore les dents après le dernier coup reçu. Ma mission, les Horcrux, quelques noms de Mangemorts.

Des horcrux ?

Oui, le Seigneur des Ténèbres se doute qu'Albus était sur leur piste et …

Ne prononce pas son nom ! , hurla le brun avec un nouveau coup de fouet plus virulent que les autres.

Sirius, gronda Remus en guise d'avertissement.

Mais il a osé…

C'est une information importante, alors maîtrise toi, l'interrompit l'autre. Severus, développe moi ça.

Eh bien … Le Seigneur des Ténèbres a survécu grâce à ses horcrux et … il semble … qu' "il" … en avait trouvé un, haleta celui-ci.

Qui donc ?

Albus. »

Un autre coup de fouet échoua sur ses épaules sans prévenir ; mais Severus s'y attendait et il ne broncha pas.

« - Sirius ! Eloigne toi, ordonna aussitôt le chef de l'Ordre, avant d'attendre que Sirius soit bien assis sur sa chaise au fond de la salle, pour encourager l'autre à continuer.

- Je n'en sais pas plus. Mais sûrement n'avait-il pas engagé cette bataille tout seul. Interroge ton équipe. Mais … épargne-leur … les talents de Sirius. »

Ce dernier grogna férocement en se levant d'un bond, le fouet prêt à s'abattre.

« Non, Sirius, s'écria Remus en arrêtant son geste d'une main ferme. »

Ils se défièrent du regard un instant, le temps pour l'animagus de se calmer. Puis Remus lâcha prise en le fixant toujours : « Puis-je te faire confiance ? Je te le laisse quelques minutes mais je veux le récupérer en un seul morceau. ». Sirius hocha la tête en signe d'assentiment et cela sembla lui suffire. Après un dernier regard dissuasif, il quitta la pièce. Laissant le captif seul avec son bourreau.

Le cachot déjà exigu et sombre, devint étrangement silencieux ; il ne contenait qu'une chaise, dans un coin, et les chaînes qui pendaient au plafond, au centre de la cellule. C'est là que Sirius fit brusquement face au prisonnier, pendu torse nu par les poignets. Son regard plein de haine s'ancra dans celui de Severus.

Avait-il osé un jour espérer lire de l'amour dans ces yeux ?

« - Alors tu essaies de brouiller les pistes avec cette histoire d'orkux !

Et toi, tu essaies de trouver un prétexte pour continuer à me refaire le portrait.

Tu me connais si bien, avoua-t-il d'une voix mielleuse. »

Et le coup partit.

Ses gencives avaient douloureusement réceptionné la caresse mais il s'efforça de sourire diaboliquement, les lèvres ensanglantées. Il était armé pour tenir le siège encore très longtemps, même si l'autre ne retenait plus la force de ses coups. Dieu le gardait de montrer le moindre signe de faiblesse ! Même pas un léger gémissement.

« Maintenant, je vais te faire regretter de l'avoir tué ! »

C'est ainsi que commencèrent de longues minutes de torture qu'il subit avec son éternel sang-froid et un petit sourire diabolique en prime, ne serrant les dents qu'une petite seconde à chaque coup. Cela ne faisait évidemment qu'amplifier la rage de Sirius… et donc ses coups ; mais il n'en avait cure.

Il savait à présent avec certitude qu'ils ne l'écouteraient jamais. Même Remus n'hésitait pas à le faire torturer, avant même d'avoir écouté sa version. « Je doute que tu sois assez bête pour t'être laissé attraper, quoi qu'en pensent les autres, lui avait-il dit durement dès leur premier "tête-à-tête". Alors si tu viens chercher un pardon pour tes actes, tu as frappé à la mauvaise porte. Par contre, si tu es venu chercher un châtiment qui allègera un peu ton sentiment de culpabilité, alors là, nous saurons t'exaucer. Je ne comprends pas, avait-il ensuite ajouté tristement, comment Albus a pu se tromper à ce point. »

Il avait alors décidé de ne pas se défendre.

A présent qu'il avait bavé tout ce qu'il savait, il n'avait plus qu'à attendre l'occasion de s'évader. Alors, il la saisirait sans hésiter : ses talents seraient plus utiles en grain de sable inopportun chez l'ennemi, que là où l'on doutait de lui. Même à raison.

Sirius continuait de le frapper sans relâche, mettant une telle hargne dans ses coups, que seul son regard plein de haine pouvait l'égaler.

Comment ces yeux au métal indomptable pourraient-ils un jour le regarder sans haine ?

Sa décision était prise : il fallait qu'il se résigne définitivement. D'ailleurs ainsi, ce serait plus facile pour lui, de garder le contrôle. Car ces dernières années, rester impassible lui était de plus en plus pénible. Sûrement qu'à son contact, ce qui en lui, ressemblait le plus à un cœur, n'avait pu s'empêcher d'espérer qu'il puisse l'aimer ? Pourtant, adolescent, il ne s'était fait aucune illusion sur le sujet, d'autant que ses propres sentiments n'étaient pas vraiment clairs. Que disait-on déjà ? Qu'avec l'âge, on gagnait en sagesse ? Fadaises ! Il ne contrôlait plus rien. Et en plus, il éprouvait toujours pour lui des sentiments dignes d'un Pouffsouffle dévertébré, incapable de cacher son trouble, si ce n'est en l'insultant à tour de bras. C'était devenu leur mode de communication, un moyen pour lui de se protéger. Car si jamais il s'apercevait de quoi que ce soit … Il en mourrait.

Il fallait qu'il se résigne : le seul lien qu'il garderait alors avec lui, serait de le protéger, quoi qu'il lui en coûte.

Un coup plus fort que les autres lui coupa le souffle un instant.

Il n'avait plus guère le temps de se morfondre en pensée : c'était trop peu digne de lui et la situation ne s'y prêtait guère…

Alors dès qu'il put à nouveau parler, il ne s'en priva pas.

« Eh bien, c'est tout ce que tu peux faire, dit-il moqueur, le regard planté fièrement dans le sien. On t'a confisqué ta baguette, mon chou. »

La réplique vint sans tarder dans un cri de rage frustrée et une brulure intense mordit sa joue de manière foudroyante, fermant de force son œil droit.

Sa décision était prise. Dès lors, il se résignait à ne jamais être aimé …

Après un silence, un rire croissant naquit du fond de sa gorge et emplit toute la pièce, narguant fièrement son geôlier.

« - RAHHHH !, ragea Sirius, armant de nouveau sa frappe.

Canis Obtemperate !*, cria Remus qui était revenu sans qu'ils ne s'en aperçoivent. »

Les deux anciens professeurs virent alors Sirius arrêter brusquement son geste et aller s'asseoir docilement sur la chaise, les yeux vides.

« Tu disais vrai. »

Severus se réjouit intérieurement qu'on le croie enfin, mais ne pipa mot.

« Que sais-tu d'autre ? »

Sa réaction fut la même : il avait décidé de s'enterrer dans un mutisme salutaire. Il avait dit tout ce qu'il avait à dire.

« Tu sais, je peux être plus cruel que Sirius, ragea le loup garou en lui collant sa baguette sur la jugulaire, pressé contre lui avec une expression sadique. »

Alors, lentement, la bouche du prisonnier, semblant d'abord s'ouvrir, se mua finalement en un petit sourire amusé.

Remus soupira et sortit, suivi de Sirius.

« Ce sera tout … pour aujourd'hui »

Mais les autres jours le virent tout aussi muet.

Et bientôt, on l'isola dans la plus haute pièce de la tour d'Astronomie, sans plus l'en sortir.

Il ne voyait pas âme qui vive en dehors de Mlle Pomfresh, qui lui apportait ses repas. Et ils n'échangeaient jamais aucune parole, malgré les nombreux coups d'œil que lui jetait l'infirmière de Poudlard.

Jusqu'au jour où un "merci" incongru s'échappa des lèvres de Severus…

L'infirmière en fut surprise, mais pas autant que Severus lui-même. Et elle l'interpréta mal.

« Personne d'autre n'a voulu s'en charger. Alors comme j'apporte le repas aux blessés… Avez-vous mal à votre œil, quand vous l'ouvrez ? »

Mais Severus s'était replongé dans son mutisme.

Ce ne fut que le lendemain qu'elle reçut une réponse tout-à-fait inattendue à une question sincère qui la hantait depuis le premier jour.

« - Pourquoi ?, demanda-t-elle simplement, avec ses grands yeux troublés.

- Vous êtes la première personne à me poser la question. Réellement, s'étonna-t-il. »

Il la regarda alors dans les yeux, pour la première fois dans cette prison, son œil droit à moitié ouvert.

« - J'étais lié par un serment inviolable, reprit-il. Et Albus le savait.

Vraiment ? dit-elle dans un souffle. Harry … il a dit qu'il n'a pas essayé de se défendre…

En effet, il savait, et il m'avait, en quelque sorte, donné son autorisation. Enfin, … je crois…, confirma-t-il avec un regard étrange.

C'est donc pour ça, murmura-t-elle mystérieusement comme pour elle-même, qu'il vous a finalement nommé à ce poste…

Comment cela ?

Vous savez, pendant toutes ses années de vie, il en avait accumulé des secrets. Alors parfois … il avait besoin de se confier ; et j'étais sa confidente pour certaines choses. C'est ainsi que j'ai toujours su que vous étiez son filleul.

Vous saviez !

Oui. Et il m'avait dit aussi pour la prophétie. Pas celle concernant Harry ; celle vous concernant. »

Severus la regarda un instant avec des yeux ébahis, tandis qu'elle continuait ses explications.

« Selon l'oracle, il devait mourir de la main de son seul parent restant, l'année où celui-ci aurait réalisé son rêve le plus cher. C'est pourquoi il vous avait toujours refusé la place de professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Il attendait d'avoir l'intuition que son heure était venue. Il avait fini par l'avoir, apparemment… »

Ces révélations plongèrent le sorcier dans un silence atterré qui se refroidit sensiblement en quelques secondes.

« - Eh bien. Je vous remercie d'avoir gardé le secret. Pour mon lien de parenté. Continuerez-vous à protéger nos secrets ?

- Oui, répondit-elle après avoir sondé son regard froid. »

Severus la fixa alors intensément puis se blottit à nouveau dans son mutisme.

Consciente d'avoir gagné sa reconnaissance, Mlle Pomfresh sortit sans un bruit.

A SUIVRE …

*sort de mon invention (j'adore bidouiller des trucs en latin, Lol !)

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Voilà !!! La suite arrivera, je l'espère, sous peu mais je tape très très lentement et je n'ai pas toujours le temps.

Sinon, le chapitre suivant est l'un de mes préférés, vous m'en direz des nouvelles…

Que va faire Draco en ne voyant pas rentrer Severus ? …. *gros suspens*

En attendant, une petite review ? ….