Chapitre II-
Le maître des potions
Une fois arrivée dans le bureau de Severus Snape Aysel, qui deux heures auparavant tremblait d'affronter une foule de gens de son âge ou à peu près, se sentit en cet endroit parfaitement à l'aise et en confiance.
Snape lui désigna un fauteuil et alla s'asseoir dans le fauteuil en cuir boutonné derrière son bureau. Devant lui, posés sur le bois usé, des fioles et des livres ouverts attendant d'être lus, feuilletés, consultés. Elle observait les détails de la pièce, appréciant avec des yeux ravis chaque objet de chaque étagère puis se tourna finalement vers le professeur Snape. Celui-ci la dardait de ses petits yeux noirs perçants, l'air sombre.
« Satisfaite? » lui demanda-t-il froidement.
« Pardonnez-moi, répliqua doucement Aysel, un vague sourire aux lèvres, votre bureau est fascinant et je n'ai pu m'empêcher d'y jeter un coup d'œil. »
« Très bien », fit-il seulement, mais il semblait tout de même flatté de l'admiration qu'Aysel portait à son lieu de travail.
Il croisa ses mains devant lui et, sans plus tergiverser, parla. Les connaissances d'Aysel étant fort avancées, il lui suggéra de poursuivre des enseignements particuliers avec certains professeurs.
« Je vous remercie professeur Snape, répondit Aysel avec gravité, on avait parlé à mon père de cette alternative et je dois avouer que c'est la raison pour laquelle il a accepté ma venue ici. Évidemment, c'est moi qui ai proposé cette solution. Ma mère voulait surtout que je rencontre des jeunes de mon âge, avoua-t-elle, mais je veux apprendre. C'est ma seule considération. »
« Il s'agit là de travail en surplus mademoiselle Sauvage, avertit Snape. Pour nous comme pour vous, j'espère que vous en êtes consciente. »
« Professeur, commença Aysel, la connaissance et le savoir sont les seules considérations que j'ai, je le répète, dit-elle sans crainte. Je n'ai pas l'intention d'obtenir une note en dessous de parfait, insista-t-elle. »
Severus l'observa tranquillement et Aysel en profita à son tour pour détailler son directeur. Il avait dans les vingt-six ans environ et ses lèvres se terminaient en un pli d'amertume plutôt rare pour un homme si jeune. La flamme ombrageuse qu'elle voyait danser dans ses yeux noirs révélait une rage contenue, domestiquée presque. Il n'était pas beau, mais il était franchement iintéressant. Aysel se demanda si les rumeurs le concernant étaient fondées et s'il avait vraiment été un Mangemort au service du Dark Lord avant la défaite de ce dernier face au gamin de James et Lily Potter.
« Le Dark Lord! Ne l'appelle plus jamais ainsi, se semonça-t-elle. Ton père en serait furieux! Magnifier ainsi le nom d'un homme dont la renommée s'est élevée sur la base de crimes haineux, racistes et fanatiques est dégradant pour quelqu'un qui se définit comme étant humain. Un être pensant sait que de tels personnages laissent des cicatrices irréfutables sur le dos de l'Histoire. Ça ramène à une comparaison avec l'autre Seigneur Noir, celui des Moldus du monde entier : Adolf Hitler. C'était comme si on l'appelait aujourd'hui le Seigneur Machin-Truc, c'est trop noble pour de telles ordures!»
Elle continua de regarder le directeur des Slytherin durant que ce dernier prenait des notes dans son dossier académique.
Le professeur Snape se sentit inconfortable devant le regard scrutateur vairon d'Aysel. Son inconfort était dû au sentiment qui s'était éveillé en lui, ce sentiment d'être vieux et désespéremment trop adulte. Et puis, il se sentait nerveux et n'aurait su dire pourquoi. Il écarta de sa pensée cette fugitive sensation, du revers de l'esprit comme on tasse du revers du doigt un insecte ennuyeux.
Il referma le dossier puis le tassa de sa vue. Aysel se leva, croyant que l'entretien était terminé, et Severus l'imita, sans se presser toutefois.
« Vous semblez être une élève plus que motivée Mlle Sauvage, lui dit-il. Nous verrons ce que nous pouvons faire pour vous. Vous recevrez votre horaire sous peu. »
Elle se tenait debout devant lui et hésitait à parler, visiblement.
« Mon père m'a déjà entretenu de vous », débuta-t-elle d'un ton incertain.
Severus leva sur elle un regard étonné, attendant la suite. Le père d'Aysel était le sorcier athanasiou le plus puissant au monde, en fait il était l'Athanasiou, le premier d'entre eux. Qu'est-ce qu'un être comme lui avait pu dire à sa fille sur son compte?
« Il m'a dit, se décida-t-elle à poursuivre, que vous étiez certainement l'un des plus doués pour la fabrication de potions et que je pourrais apprendre beaucoup de vous. Énormément même. »
Les oreilles de Severus s'échauffèrent sous l'immense compliment qui lui était fait. L'Athanasiou avait parlé de lui! Et Severus ne l'avait jamais même rencontré! Mais il est vrai que Dumbledore avait déjà été très lié à une certaine époque avec celui-ci.
Il lui serra la main en inclinant légèrement la tête pour la saluer.
« Bonne nuit professeur, dit-elle en relevant sur lui ses yeux vert et noisette. À bientôt. »
« Au revoir mademoiselle Sauvage. »
Aysel tourna les talons et sortit, aérienne, par la porte du donjon qui servait de bureau à Snape. Elle avait le cœur léger et gai. Elle avait en elle la sensation que plus jamais elle n'aurait de soucis. Elle était dans une école agréable, ses nouveaux compagnons de classe semblaient gentils et son directeur était un homme compétent et doué! Quel bonheur!
« Aysel! » fit le garçon avec lequel elle tomba face à face en tournant le coin, Son nom était Josef, un des garçons de son année qui lui montra où se trouvait la salle commune des Slytherin. Il était assez grand, plutôt maigre, mais son visage brillait de malice contenue.
Il avait l'air particulièrement heureux et cela contamina Aysel qui éclata de rire. Les quatrième années se joignirent à eux lorsqu'ils entrèrent et ils occupèrent toutes les places disponibles sur les grands divans confortables de leur salle commune, au plus grand dam des autres qui grognèrent de frustration, et se mirent à discuter avec animation. Ils s'adressèrent souvent à Aysel, pour qu'elle ne se sente pas trop étrangère avec eux. Après tout, il y avait déjà quatre ans qu'ils se connaissaient tous maintenant! Seul Raimund, lorsqu'il lui arrivait de parler, agissait comme si elle n'avait jamais été là. Il ne lui adressait jamais le moindre regard et passait au travers elle comme il l'eut fait d'une fenêtre. C'était gênant à la fin!
Finalement, au bout d'une heure, Aysel fut conduite dans son dortoir par ses camarades de chambre. Il y avait pas mal d'agitation en cette première soirée dans les dortoirs. Elle défit sa valise et songea qu'elle n'aurait pas son chat avec elle cette nuit. Ses ronronnements sonores seraient remplacés par des ronflements bruyants et des murmures inaudibles.
Elle glissa sous les draps et s'endormit presque instantanément.
Assis seul dans son bureau, le professeur Snape réfléchissait à la singulière élève qui venait de faire son entrée dans sa maison. Il ne pouvait le nier, il appréciait déjà les qualités intellectuelles d'Aysel Sauvage. Il avait toujours été sensible à ce genre de personnalité, peut-être parce que celle-ci s'accordait parfaitement avec la sienne.
Il se leva et alla se verser une coupe de vin qu'il contempla longuement à la lueur du feu qu'il venait d'allumer dans l'âtre.
Il pensa à Armand Sauvage. Aysel avait un père exigeant qui lui avait transmis un savoir lourd à porter pour son âge. Un père immortel qui a vu plus de 48 mille fois la lune faire sa course dans le ciel en savait forcément ridiculement plus que les autres mortels, moldus ou sorciers. Et Armand Sauvage, à ce qu'on racontait, prônait le savoir, la sagesse et la connaissance. Il n'était pas donc pas étonnant de voir la même ardeur chez sa fille, cete même soif d'apprendre, de comprendre et d'appréhender les choses.
Mais il ne connaissait pas encore Aysel, ne pouvait encore savoir toute la candeur et la gaieté qui l'habitaient, Aysel et ses yeux vairons; la gravité qu'elle affichait tout à l'heure le trompait légèrement sur sa vraie nature. Paradoxale.
Mais il ne le savait pas encore.
Il soupira. Il se sentait bien las ce soir, à vrai dire. Il alla se verser un autre verre de vin et se plongea dans la lecture du dernier traité sur la potion pouvant aider aux transformations lycanthropiques. Les résultats semblaient positifs.
Une chandelle grésilla, puis deux, puis trois. Lorsque l'aube pointa sa faible clarté au loin, plus aucune chandelle ne brûlait; Severus alla s'étendre un peu avant que la journée ne commence.
